samedi 17 décembre 2016

MENDELSSOHN – Symphonie n°4 "Italienne" – Guido CANTELLI (1955) – par Claude TOON



- Les fêtes approchent M'sieur Claude, vous m'aviez dit que ce serait le moment des musiques gaies ! La symphonie italienne, une carte postale musicale ?
- Il y a de ça ma petite Sonia, Mendelssohn était un grand voyageur, il a composé deux symphonies inspirées par ses souvenirs en Écosse (la 3ème) et en Italie…
- M'sieur Pat qui était au courant de ce projet d'article m'a dit qu'il s'agit d'un disque en mono réalisé par un chef qui a connu une fin tragique ?
- Oui, j'aurais pu préférer une gravure plus récente, mais si Guido Cantelli n'était pas mort dans un crash d'avion, il serait devenu un autre Claudio Abbado du XXème siècle…
- Ah oui, quand même !! Et le son du disque, c'est écoutable ?
- Oui, un disque de 1954 au son très aéré, d'autant que l'orchestration de Mendelssohn n'est guère surchargée, voire même limpide…

Guido Cantelli (1920-1956)
Merci de lire cet article surtout si vous commencez à courir après les cadeaux (et les gosses) dans les galeries marchandes ou à vous prendre la tête pour établir le ou les menus des réveillons de fin d'année.
Donc petit article ! La biographie de Mendelssohn avait été détaillée en son temps dans la chronique consacrée aux Songes d'une nuit d'été, musique de scène dont la marche nuptiale est jouée lors d'un mariage sur deux… (Clic) Je rappelle juste quelques points remarquables en rapport avec le sujet du jour. 1809-1847 : une courte vie pour ce compositeur romantique dans l'âme même si classique dans le choix de ses styles de composition. Gamin surdoué en tout qui, entre 12 et 14 ans, composera 13 symphonies pour cordes vivantes et élégantes !
Ah, ne pas oublier que c'est Felix Mendelssohn qui ressuscitera les grands ouvrages religieux de Bach, les fera connaître au public du XIXème siècle, notamment les passions. Il s'en inspirera pour composer ses propres oratorios comme Hélias écrit en allemand et en anglais ! Car oui, l'hyperactif musicien sillonnera pendant toute sa carrière l'Europe et se produira très souvent comme chef d'orchestre chez la perfide Albion. Il écrit même une belle ouverture en forme de poème symphonique intitulée Mer calme et Heureux voyage montrant son goût pour les traversées maritimes. Il se rendra dix fois en Angleterre à l'époque des diligences et de la marine à voile !
Deux pays vont particulièrement nourrir son inspiration : l'Écosse dans sa 3ème symphonie "Écossaise" et l'ouverture de la Grotte de Fingal (Les Hébrides) (Clic) et (Clic), ainsi que l'Italie dans sa 4ème symphonie. Les deux symphonies seront d'ailleurs composées simultanément. Ces voyages initiatiques d'un jeune prodige de 23 ans ont lieu en 1829 et 1830. Depuis 1823-24 et la composition de son Octuor pour cordes et de sa 1ère symphonie par un adolescent, l'Europe sait que Felix Mendelssohn joue dans la cour des grands. (Clic)
Nota : les symphonies de Mendelssohn ayant donné lieu à de nombreuses retouches de sa main ont été éditées en partie dans les années 1840. Leur numérotation est un peu anarchique…
La symphonie "Italienne" sera créée à Londres en 1833 par le compositeur lui-même.
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Mendelssohn vers 1829
Guido Cantelli aurait dû occuper une place importante dans le petit monde des grands maestros de l'après-guerre. Toscanini, l'entendra diriger et le petit moustachu irascible dira du jeune homme "il ira loin, très loin". Le destin en décidera autrement ! Le petit Guido voit le jour à Novare dans le Piémont en 1920 dans cette Italie qui va sombrer dans le fascisme. Il poursuit des études brillantes  et débute sa carrière de chef au moment où le monde s'embrase. En 1943, Il est appelé sous les drapeaux, mais exprime ouvertement ses opinions anti fascistes, son refus d'adhérer au parti, et son aversion pour le nazisme gangrenant cette Allemagne alliée de son pays. On l'envoie réfléchir à la question dans un camp de concentration allemand à Stettin. Hospitalisé, il parvient à s'échapper, rejoint Milan avec de faux papiers, mais repris comme otage, il doit son salut à l'arrivée des alliés… Guido Cantelli : un humaniste héroïque !
Surdoué, sa carrière s'envole, notamment à la Scala de Milan. Il débute très tôt des tournées internationales et dirige des orchestres de prestige : L'orchestre de la NBC, précisément le temple de Toscanini, qui lui aussi avait fui le régime de Mussolini, les orchestres de Boston et de New-York. Il participe à l'aventure discographique du Philharmonia, orchestre de studio et de concert créé par Walter Legge qui valorisera l'invention en 1949 du microsillon en partenariat avec EMI. Le disque de ce jour est un témoignage de cette collaboration.
En 1956, il décolle de Paris-Orly pour aller résilier un contrat le liant à la Philharmonie de New-York. L'avion se disloque lors de son envol (59 morts, 1 survivant).
En dix ans de carrière, Guido Cantelli est entré dans la légende et ses enregistrements restent appréciés et réédités. Je conserve précieusement un vinyle de 1955 avec le Phliharmonia consacré à Debussy et réunissant une lumineuse interprétation de la mer et les plus rares extraits symphoniques du Martyre de Saint Sébastien.
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Port de Naples (Claude Vernet, 1714-1789)
Inutile de chercher une vision descriptive comme la symphonie pastorale de Beethoven, ou un maelström orchestral comme la symphonie Fantastique de Berlioz qui vient d'être créée et a fasciné Mendelssohn. Non, le compositeur, jeune et heureux, va à la fois transcender la forme très classique à laquelle il est attaché et son enthousiasme pour les lumières et le bon vivre de l'Italie, en un mot : Mendelssohn se fait poète.
Soucieux d'alléger les timbres, l'orchestration de Mendelssohn est calquée sur les ultimes ouvrages de Haydn ou la première symphonie de Beethoven : 2/2/2/2, 2 cors, 2 trompettes, timbales et cordes. Pas trop de cordes par pitié… À l'époque, on devait en compter une vingtaine. Avec le temps l'effectif avait gonflé jusqu'à maître Furtwängler et ses confrères qui en disposaient une cinquantaine. Conception grandiose, certes, mais qu'était devenue la légèreté voulue par l'auteur ? Guido Cantelli va nous la rendre, c'était son style !

1 - Allegro vivace : Coup de fouet chez les cordes. Mendelssohn innove : un pizzicato sur tous les instruments à cordes (1er et 2nd violons divisés en 2 x 4 groupes) jaillit du silence dans un accord de 11 notes ! Saisissant. De leur côté, les bois (également divisés) entonnent une marche rythmée et virulente. Le ton est donné, celui d'un allegro chorégraphié et cadencé évoquant la lumière étincelante de la péninsule italique, les apostrophes des lavandières qui papotent sans fin, l'excitation des carnavals, le bel canto entendu sur une place animée. Les cordes s'élancent en une mélodie empressée et tournoyante.
Venise  (Federico del Campo - 1837-1923)
On pense à la fougue juvénile et débordante voire jubilatoire de l'octuor. Le compositeur n'hésite pas un imprimer un caractère très concertant aux échanges entre pupitres. À ce climat assez héroïque souvent rencontré chez Mendelssohn s'opposera des idées opposées, plus rêveuses d'où émergeront d'élégants solos de flûtes, de hautbois, de trompettes, avec toujours cette ambiance trépidante. Guido Cantelli, sans accents épiques, hors sujet dans cette musique empreinte de poésie, et sans rubato chichiteux, illumine d'un subtil staccato ce mouvement agreste.

2 - Andante con moto : [8:11] On retrouve la même pulsation dans le second mouvement. Sur une inhabituelle base rythmique de croches aux contrebasses, les cordes aiguës et les bois développent un cantabile tendre et festif. Une ballade bucolique respirant le parfum fruité des oliviers…

3 - Con moto moderato : [14:10] Le menuet (scherzo) retrouve un style plus mélodique, presque ondulant… Mendelssohn, comme dans l'andante parvient à une osmose entre le phrasé et la polyphonie classique et l'évocation de sentiments divers. Le trio avec les plaisants solos des cors très humoristiques et rivalisant de facétie avec les flutes et les bois est un exemple de cette voie esthétique inattendue à l'époque : le compositeur conjugue la finesse d'un Haydn jovial et les éclats romanesques d'un Beethoven bouillonnant.

4 - Saltarello : Presto : [21:08] Le final n'est autre qu'une frénétique tarentelle (napolitaine ?) d'une totale liberté de ton. Il y a toujours le risque pour un chef de conclure furieusement en se focalisant sur le tempo presto. De plaisanterie populaire, la musique sombre alors dans la vulgarité brutale. Guido Cantelli aimait la clarté et la retenue. On serait tenté de parler de concerto pour orchestre face à la richesse fantasque de l'orchestration colorée et aux accents énergique de la coda. Une œuvre et une interprétation qui sont les reflets enchanteurs d'un carnet de voyage ensoleillé loin de la sombre Allemagne du nord !
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Tous les chefs de renom (et même les autres) ont enregistré les cinq symphonies de Mendelssohn. On peut préférer à la mono maigrichonne de la gravure Cantelli les couleurs et le dynamisme de la stéréophonie. Voici une mini sélection qui ne décevra personne. Claudio Abbado, autre chef italien, avant de graver pour DG une intégrale qui reste une référence, donnait des symphonies 3 et 4 une lecture enivrante à la fin des années 60 avec le symphonique de Londres. (DECCA – 6/6). Cet été 2016, ont été rééditées les captations de Kurt Masur avec son Orchestre du Gewandhaus de Leipzig, l'orchestre de Mendelssohn. Clarté, maitrise, fluidité, contrastes, une perfection. Le coffret à prix extra doux comporte aussi les 13 symphonies de jeunesse par le Concerto Köln (Warner – 6/6). Harnoncourt, comme à son habitude, rééquilibre l'orchestre romantique au bénéfice des bois et des cuivres, ici éclatants, par rapport aux cordes. L'orchestre de chambre d'Europe souffre d'une prise de son un peu terne (Teldec – 5/6).
Pour les grands anciens maestros, un double album collector des interprétations de Klemperer avec le Philharmonia reste un incontournable des fans du chef. Remasterisation miraculeuse. Quelle verve ! (EMI – 6/6). Tiens une bonne vidéo est dispo… Je l'ajoute

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