mercredi 24 août 2016

The CULT "Electric" (1987), by Bruno



     1987. Après un précédent album qui nageait déjà en plein revival 70's, entre les Doors et Led Zeppelin, The Cult enfonce le clou avec le bien nommé « Electric », en se focalisant sur la partie dure, de la première moitié de la musique de cette illustre (musicalement) décennie. Le précédent, "Love", avait déjà nettement marqué les esprits avec cette voix à la fois autoritaire et sensible, d'écorché-vif, et cette guitare œuvrant une hache de guerre à double lame, tranchante et lourde à la fois, coupant net. Le tout semblant résonner dans un antique et vaste temple païen. Un disque salutaire à une époque où la majorité des productions commençaient à s'engluer des couches de multi-pistes, d'échos d'église en plastiques et de batteries désincarnées.

     En réalisant un disque de Hard-Rock aux antipodes des shredders, du Heavy-Metal, du Hard-FM, du Hard US de poseurs (qui prendra plus tard l'appelation Hair-Metal), en vogue à l'époque, The Cult prend tout le monde par surprise. Leurs fans de la première heure y compris, car toutes traces d'un Rock dit « Héroïque », « gothique », ou même New-Wave, ont été effacées. Ici, il n'est question que de Rock brut, lourd et primaire. Du Hard-Rock qui renoue avec les fondamentaux. Et crénom ! Cela fait du bien ! 
C'est parfois minimaliste (« Peace Dog »). Un rock carré sans aucune fioriture, (sans même une note esseulée d'Hammond ou d'harmonica en introduction), exception faîte du tambourin du chanteur, Astbury, que l'on peut percevoir de temps à autre, en tendant vraiment attentivement l'oreille. Juste guitare, basse, batterie, chant et sueur. The Cult a troqué les bijoux en breloque et les chemises Paisley contre le cuir. Le look « London-hippie-gothique » contre une imagerie biker américain. La mue seront complète avec la venue de l'album suivant et l'exode en Californie qui s'ensuivit.

     Un Heavy-rock simple qui privilégie avant tout l'efficacité, avant des riffs « rentre-dedans » de Billy Duffy. Des riffs déballés avec aplomb, assurance et fierté, par une Grestch White Falcon, un instrument occulté dans le milieu Hard et Heavy, et donc pas très loin du Malcom Young de la décennie précédente. Le son est lourd, pesant, mais dans une optique 70's et non 80's ; c'est-à-dire qu'il se situerait plus entre un Jimmy Page, un Lobby Lyodd, un Leslie West, un Nugent, un Iommi, que vers un Kerry King ou un Kirk Hammet (par exemple). Un son coincé entre une fuzz gonflée mais compressée, assez grave et surtout non baveuse, et une overdrive naturelle de bon vieux double-corps Marshall, équipé de la fameuse tête JCM 800. Billy Duffy a laissé tombé son écho de cathédrale, et sa gratte est alors totalement dénuée d'effet à l'exception d'une distorsion naturelle (dans la même optique des frères Young).
Alors, bien sûr, ici ou là, il y a quelques plans piqués aux ténors du genre. Ainsi, il y a du Cream dans « Aphrodisiac Jacket », tandis que « Love Removal Machine » a pompé le riff de « Start me up » des Stones (ce qui ne l'empêcha de remporter un vif succès, cette pièce se retrouvant même dans les top 100 des meilleurs chansons de la chaîne VH1) et « Wild Flower » nous ramène en plein AC/DC de 76-77 (et plus particulièrement à "Rock'n'Roll Singer". Merci Malcom).
   

       
     Au chant, Ian Atsbury pourrait être le fils caché de Jim Morrison (physique y compris), tant sa voix possède des similitudes. C'est d'ailleurs sans réelle surprise qu'il sera invité par Robby Krieger et Ray Manzarek à prendre la place (enviée mais difficile car soumise aux critiques) de chanteur pour les tournées de Doors of the 21st Century (de 2002 à 2007)
Néanmoins, la voix est moins puissante, et évolue dans un registre plus rauque (rock). Un registre qui a abandonné les vapeurs d'un Rock psychédélique au profit de la fournaise d'un Rock franchement plus lourd et direct. Un rock viril, débordant de testostérones, frôlant parfois dangereusement le stéréotype, mais magnifié - et sauvé - par une foi, une innocence, une authenticité à faire pâlir bon nombre d'apprentis Rockers. Un Classic-rock burné qui a bien des senteurs de sleaze.     On pourrait aussi mentionner Iggy Pop comme référence. D'autant plus que l'album "Instinct" (clic/lien), sorti l'année suivante, vogue dans le même univers.

     Le tandem, Ian « Mystic » Atsbury et Billy « Working Class Killer Riffer » Duffy, flanqué d'une rythmique crue et solide, fait feu de tout bois. C'est un nouveau duo complémentaire et inséparable ; un duo de frères spirituels, pourvu d'un égo trop fort - ou non maîtrisé - qui engendre des tensions, des prises de becs, des conflits ... et des séparations. Pour finalement, se réconcilier une fois que l'on découvre qu'il n'y a aucun moyen de retrouver l'alchimie naissant de leur collaboration. Un duo du genre des Tyler-Perry, Jagger-Richards, Holder-Lea, Vennum-Kekaula, Page-Plant, (Holidays-Buchanan ?).
Paradoxalement, c'est avec l'unique reprise, l'hymne « Born to be Wild », de Steppenwolf (doit-on encore le préciser ?), qui fait office de maillon faible. Toutefois, étonnement, beaucoup se sont extasiés devant cette version, au solo pénible, et qui fait pourtant bien triste mine en comparaison de l'originale, ou encore de celle de Blue öyster Cult ou de Slade. D'un autre côté, pratiquement toutes les chansons de l'album font office de classiques. Classiques du groupe certes, mais ça sonne carrément comme des classiques du Heavy-Rock. Tout simplement. 

Pourtant, dans l'ensemble, ce n'est que du pur Hard-rock carré et martelé, vaguement bluesy (dans le sens des Mountain, Euclid, Stray Dog, Head Over Heels, Hackensack, AC/DC, Truth & Janey), et relativement naïf. A l'exception de "Bad Fun", à la frontière du Punk Rock, le quatuor ne se contente que d'un rythme binaire en mid-tempo ; parfois à peine plus élevé, mais pas trop ("Outlaw"). Mais voilà, ça sonne. Cela résonne à nos oreilles comme une douce et chaude chanson composée et conçue dans les forges de Credne Cerd.
 


     Il y a quelques points communs avec la première galette de Zodiac Mindwarp & The Love Reaction, "Tattooed Beat Messiah" (clic/lien), paru un an après (avec une production plus léchée), qui comporte d'ailleurs la même reprise. Stephen Haggis, le bassiste, rejoindra d'ailleurs The Cult pour la tournée américaine.

     C'est Rick Rubin qui produit l'album. Alors au début de sa carrière, il commençait déjà à se faire un nom via son travail pour des groupes de Rap (Beastie Boys, LL Cool J et Run DMC). Cependant, avant d'être enfermé par une étiquette, forcément réductrice, il produit un fer de lance du Thrash et Speed-Metal : Slayer. Il devient alors le producteur attitré des brutes. L'année suivante, il produit son premier groupe Anglais : The Cult. Ses succès d'affilés lui confèrent alors une réputation qui ne perdra jamais (même si ses méthodes singulières, parfois prises pour une forme de fainéantise, ne conviendra pas à tous). Depuis, il a acquit ses lettres de noblesses grâce à ses productions pour The Four Horsemen (lien), Danzig, Red Hot Chili Peppers, System Of A Down, Johnny Cash, Audioslave, ZZ-Top, Tom Petty, Linkin Park, Weezer, Shakira (aïe !) et d'autres. Rubin est assisté par George Drakoulias, à peine plus jeune que lui, qui ne tardera pas à s'affirmer en produisant pas moins que les Black Crowes, Jayhawks, Maria McKee, Tom Petty, Reef, Susan Tedeschi, Primal Scream. Un duo de choc pour un album qui ne l'est pas moins.

     Avec "Electric", The Cult a pondu un disque essentiel, incontournable. Astbury & Duffy n'ont même pas cherché à faire du neuf avec du vieux. Ils se sont tout simplement contentés de remettre les pendules à l'heure. Pratiquement une oeuvre salvatrice au moment où l'on avait l'impression que tout s’enfonçait (à l'exception des excités du Thrash et consorts) dans une surproduction annihilante. Une réalisation qui allait ouvrir la voie dans laquelle allait s'engouffrer une nouvelle horde de barbares influencée par la culture des années 70 ; musicale, mais aussi cinématographique et picturale, B.D. y-comprise. Pour certains, cela allait être un facteur déclencheur pour (re)découvrir un patrimoine qui avait tendance à être oublié depuis quelques années.
Une réalisation qui fait désormais parti des références. Même la pochette (sortie double pour le 33 tours) est très réussie avec ce cadrage picturale né de la fusion de l'univers d'un Druillet, d'un Steve Dikto, d'un Rick Griffin et d'un Caza. Ce disque avait fait l'effet d'une bombe.

"I saw the devil, the contrary man. I saw the devil down the long, long road. He said to me : Boy, boy, boy, I want your soul. I said no ! Took a while, thought about it, down at the crossroad tempin' fate ... said Yeah, you can take may soul. Zany antics of a beat generation in their wild search for kicks. Fighting ! Drinking ! Scorning convention ! Making wild love"


P.S. : Pour la petite histoire, initialement cet opus devait s'intituler « Peace ». Mais à l'écoute de leurs bandes, le groupe, les trouvant trop molles, trop cleans, changèrent de producteur, et réenregistrèrent intégralement leurs compositions. Ces enregistrements initiaux, rebaptisés « Manor Sessions », seront édités plus tard avec le coffret



All songs written by Ian Astbury and Billy Duffy, (sauf notation).
  1. "Wild Flower"   –   3:37
  2. "Peace Dog"   –   3:34
  3. "Lil' Devil"   –   2:44
  4. "Aphrodisiac Jacket"   –  4:11
  5. "Electric Ocean"   –   2:49
  6. "Bad Fun"   –   3:33
  7. "King Contrary Man"   –   3:12
  8. "Love Removal Machine"   –   4:17
  9. "Born to be Wild" (Mars Bonfire)   –   3:55
  10. "Outlaw"   –   2:52
  11. "Memphis Hip Shake"   –   4:01









bonus



The Cult,autres articles (clic/lien) : "The Choice of Weapon" (2012) ; "Hidden City" (2016)

2 commentaires:

  1. Connais pas. Passé sans m'arrêter, à cause du look (j'ai des réactions primaires, et un cerveau reptilien hypertrophié). Le pompage de Start me up sur la deuxième vidéo est en effet impressionnant.

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    1. Et pourtant, cela n'a pas empêché "Love Removal Machine" de faire un carton, montant jusqu'à la 18ème place des charts. Il y eut même un Ep "Love Removal Machine" avec différentes versions.

      Quant au look, à l'époque, j'aimais bien. (Une sorte de biker-gothique romantique ?). C'était plus crédible que les futals en spandex, les brushing pétards à 500 balles, et les tee-shirts déchirés. Et puis, la toque en fourrure m'avait immédiatement évoqué le bon souvenir de Steppenwolf. Toutefois, je trouvais la coupe de Duffy suspicieuse. Guère digne d'un authentique rocker ça.
      Mais tu avais peut-être buté sur la croix pattée, ou croix de fer, de Duffy.

      Tout de même surpris que tu ne connaisse pas. Entre "Love", "Electric" et "Sonic Temple", il était alors difficile de passer à travers. On pouvait même les entendre, le soir, à la radio.

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