jeudi 11 août 2016

ERIC SATIE - par Pat Slade


Eric Satie Un Musicien en Décalage





Eric Satie «Mémoire d’un Amnésique» 




Sachant que Claude n’est pas un amateur inconditionnel de ce compositeur, je lui consacre une chronique qui, j’espère, sera dans le style de notre ancien qui a la verve, le phrasé et toujours le mot juste dans les analyses des œuvres qu’il commente.
En plus de Hector Berlioz, j’ai toujours aimé Eric Satie avec son image de Topaze de Marcel Pagnol comme on pourrait se l’imaginer, le vieux maître d’école d’une époque révolue avec son faux col et ses lorgnons. Eric Satie et son humour mordant et les titres de ses œuvres complètement décalés.
«Je suis venue au monde très jeune dans un temps très vieux». Voici comment Eric Satie citait ironiquement une époque qu’il ne semblait guère apprécier.

Eric Satie est né en 1866 d’une mère écossaise et d’un père courtier maritime à Honfleur, ville qui verra beaucoup de célébrités voir le jour, comme l’écrivain humoriste Alphonse Allais. Il recevra ses premières leçons de musique auprès de l’organiste de l’église d’Honfleur, un ancien élève de l’école Niedermeyer. la famille Satie montera sur Paris en 1870 ou son père avait obtenu une place de traducteur dans une compagnie d’assurance avant de devenir papetier, puis, plus tard, éditeur de musique. Il a le malheur de perdre sa mère à l’âge de sept ans, il retournera avec son frère à Honfleur chez ses grands parents pendant six ans jusqu’à la mort de sa grand-mère. Il retourne sur Paris chez son père. Entre temps son père s’était remarié et sa belle mère Eugénie Barnetche (Qui écrira une bluette pour piano sans prétention : «Soie Bénie» romance sans parole pour piano seul opus 64), professeur de piano, qui lui enseigne les bases de l’instrument. Mais ce dernier n’accepte pas le coté rigide de la musique et de son enseignement. Il va tout de même intégrer à l’âge de 13 ans le Conservatoire de Paris, il n’y est pas un élève brillant et il sera renvoyé trois ans plus tard en 1882 pour cause d’absentéisme. Il sera réadmis trois ans plus tard et c'est à cette période qu’il va composer sa première œuvre : Allegro. Mais comme le destin ne joue pas pas en sa faveur, il n’obtiendra aucun diplôme. Il s’engage volontairement dans l’armée mais il constate rapidement que le milieu militaire n’est pas pour lui, il cherche à se faire réformer en s’exposant la poitrine nue en pleine hiver et il en contractera une maladie pulmonaire.  



«L’air de Paris est si mauvais que je le fais toujours bouillir avant de respirer»





C.Debussy et E.Satie
De retour à Paris, il retrouve son père devenue éditeur de musique qui publie ses premières mélodies. En 1887, il quitte le domicile familial et s’installe à Montmartre. Il commence à fréquenter le Chat Noir dont il deviendra le pianiste régulier et tiendra même la baguette de l’orchestre du cabaret. Il côtoie Mallarmé, Verlaine et il fait la connaissance de Claude Debussy. Il compose en 1888 ses trois «Gymnopédies» (Les gymnopédies étaient des festivités religieuses à l’époque de Sparte) qui seront orchestrées par Claude Debussy. Les deux amis vont s’engager dans l’ordre «Kabbalistique de la Rose-Croix» où il composera quelques œuvres pour cette "secte". Deux ans plus tard, il compose les six «Gnossiennes», un mot inventé par Eric Satie, même si certains prétendent que l’étymologie du mot viendrait du Crétois «knossos» ou «gnossus». Les «Gymnopédies» et les «Gnossiennes» resteront ses œuvres les plus populaires. 

Il connaît en 1893 une courte et intense relation avec Suzanne Valadon l’égérie de Toulouse-Lautrec et d’Auguste Renoir, il lui propose le mariage au matin de leur première nuit. Il compose pour elle les «Danses Gothiques» et elle, de son coté, peint son portrait. Une relation qui ne durera que cinq mois et qui brisera Eric Satie. Il va fonder sa propre église ou il écrira une «Messe des pauvres» pour orgue et chœur, mais en étant à la fois le président, le trésorier, le grand-prêtre et surtout le seul fidèle, encore un projet sans lendemain. Il va composer «Vexation» construit sur une mélodie courte de 1 minute 04 répétée 840 fois. Jouée dans son intégralité, il faut 20 heures. La même année, il fait connaissance de Maurice Ravel et remis de sa séparation avec la Valadon, ses partitions s’enrichissent  d’indications «personnalisés» qui surprennent par leur poésie, leur fantaisie et leur ironie. Il va hériter d’un somme d’argent qui lui permet de faire imprimer quelques œuvres et de changer sa garde robe. Il fera faire un complet de velours couleurs moutarde en sept exemplaires identiques qu’il portera sept ans durant. Pour des raisons économiques, mais aussi  pour se rapprocher d’un public populaire, il déménage en banlieue à Arcueil-Cachan.


Il fera, quelques années plus tard, son apprentissage politique en s’inscrivant au Parti Radical Socialiste, puis, après la mort de Jean Jaurès, il adhère à la S.F.I.O (Devenue en 1969 le Parti Socialiste) pour ensuite s’inscrire au Parti Communiste. Il donnera dans le social en veillant aux loisirs et en donnant des cours de solfège aux enfants défavorisés.

Ce siècle avait trois ans, comme aurait pu le dire Victor Hugo (Je sais, c’est deux ans pas trois !), il compose «Trois morceaux en forme de poire». Changement de look aussi en prenant l’apparence d'un petit fonctionnaire : chapeau melon, faux col et parapluie. A 40 ans il décide de tout reprendre à zéro, il reprend ses études jugeant sa formation musicale trop limitée. Il s’inscrit à la Schola Cantorum de Vincent d’Indy pour étudier avec Albert Roussel l’art du contrepoint. Trois ans plus tard il décrochera un diplôme (Le seul qu’il aura obtenu) avec la mention «Très bien».

Maurice Ravel le représente comme le précurseur de la nouvelle musique. Il trouve enfin des éditeurs et des interprètes pour ses œuvres de jeunesses mais aussi pour ses nouvelles compositions comme «Quatre Préludes flasques (Pour un Chien)», «Embryons Desséchés»,  «Sports et Divertissements». La guerre va interrompre cette époque fructueuse jusqu’à un jour de 1916 ou Jean Cocteau l’entraine dans la composition d’un ballet «Parade» qui sera donné au Châtelet par les Ballets Russes de Diaghilev avec des décors et des costumes de Picasso. (Claude nous a souvent parle de ces ballets qui réunissait le gratin de la modernité musicale, picturale et chorégraphique au début du XXème siècle : «Le Sacre du printemps» de Stravinski, «Daphnis et Chloé» de Ravel «Prélude à l'après midi d'un faune» et «Jeux» de Debussy (fin juillet - voir Index classique pour les détails de cette aventures des Ballets russes)

Comme pour le Sacre, la première fut une véritable «Bataille d’Hernani», avec l'habituelle hostilité et incompréhension du public. A une critique rageuse, Satie répliquera «Vous n’êtes qu’un cul, mais un cul sans musique» ce qui lui coûtera huit jours de prison. Sa réputation recevra le soutien des nouvelles générations comme le fameux Groupe des Six. Même s'il était considéré comme un fumiste et un excentrique, les musiciens comme Debussy, Ravel et Stravinsky reconnaissent son influence, ben oui, les mêmes.
Il composera un drame symphonique «Socrate» d’après les dialogues de Platon s’en suivra deux autres ballets «Mercure» avec Picasso et «Relâche» avec Picabia

Il meurt à 59 ans le 1 juillet 1925 à l’hôpital. Ses amis après sa mort découvriront l'inextricable taudis où il avait vécu et où il interdisait l’accès à quiconque. Dans le fatras de sa vie, il restait deux pianos, de la correspondance non ouverte, une collection de faux-cols et de parapluies et dans une armoire, les sempiternels costumes de velours gris qu’il portait toujours. Mais aussi ses manuscrits soigneusement calligraphiés.




Eric Satie la discographie 
XXXXX
Quand on parle de la discographie d’Eric Satie, tout de suite on pense à l’intégrale pour le piano enregistrée par Aldo Ciccolini en 1967 chez EMI et qui reste la version de référence pour certains (Comme moi !), mais d’autres enregistrements tout aussi bons existent sur le marché comme celui d’Anne Queffelec en 2008 chez Erato, ou encore l’intégrale par Jean-Pierre Armengaud chez Harmonia Mundi en 1996
Claude m'a envoyé un mail pour me faire penser de citer Daniel Varsano, fauché très jeune par le SIDA, et qui nous a légués un très bel album single de pièces diverses.
 
Quelques illustrations sonores : Les «Gymnopédies» et les «Gnossiennes» par Aldo Ciccolini. Parade par Igor Markevitch. Enfin, un petit jeu pour finir, écoutez le titre «La belle excentrique» et à quelle émission télévisée il servit de générique.     




Un petit bis suggéré par l'ami toon : "Je le veux", une mélodie sur un rythme de valse, ici en version piano solo sous les doigts de Philippe Entremont (et non Daniel Varsano comme l’indique la vidéo  ☺) :

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