mercredi 29 juin 2016

The CULT "Hidden City" (février 2016), by Bruno



     Dire que le dernier The Cult en a laissé plus d'un dubitatif est un euphémisme.
Certains s'en détournent même aux premières écoutes quand d'autres clament "au génie". Ce qui est sûr, c'est qu'il n'y a rien d'évident, d'immédiat, dans cet album. Enfin, pratiquement. Et que, probablement plus que jamais, il s'en dégage un spleen apte à rendre maussade une douce journée printanière. Au point où l'on imagine un Billy Duffy renfrogné lorsqu'il joue ses riffs. Et un Ian Astbury aigri, désabusé.

     Certes, il y a bien longtemps que The Cult ne fait plus dans le réjouissant et le précédent, "Choice of Weapon" (lien/clic), est déjà sombre, emplit de noirceur. Mais là, ce "Hidden City" est un disque amer. Un disque qui a perdu tout espoir de rédemption. Reflet du monde actuel ?
Pourtant sa magnifique couverture (parmi les plus réussis de l'année) pouvait laisser entrevoir un Heavy-rock puissant et offensif, chiadé et direct à la fois. D'autant plus que, derrière la console, on retrouve un certain Bob Rock. Pourvoyeur de gros son et coupable de celui de "Sonic Temple" en 1989 (et qui, pour le coup, devint une référence en matière de gros son). Ainsi que du mésestimé disque éponyme de 1994, du bourrin "Beyond Good and Evil" de 2001 (le disque du retour et de la réconciliation du duo Duffy-Astbury) et d'une partie du précédent, de 2012. On retrouve d'ailleurs ici son péché mignon, ou son principal défaut pour certain, à savoir la superposition de couches de guitares. Avec parfois, la sensation de trop, d'excès, qui étouffe la musique. C'est copieux mais un peu riche pour la digestion. Néanmoins, un effort a été fourni sur la définition ; en dépit d'une basse parfois sans relief. Pourtant, ils ne se sont pas offert les services d'un manchot puisqu'il s'agit de Chris Chaney qui présente un C.V long comme le mois de mai, sur lequel on peut lire les noms de Jane's Addiction et d'Alanis Morissette (bien sûr), de Bryan Adams, Orianthi, Celine Dion (glup !), Meat Loaf, Joe Cocker, Satriani, Rob Zombie, J. Blunt, Slash, etc, etc... Bob Rock tient la quatre-cordes sur quatre morceaux.

     Toutefois, ce dernier essai (qualifié de conclusion d'une trilogie entamé en 2001 avec "Born Into This") n'est pas sans intérêt. S'il souffre forcément de la comparaison avec ses illustres aînés, il n'en est pas moins un disque intéressant. Mais qui, cependant, demande un minimum d'attention ; et éventuellement nécessiter plusieurs écoutes pour commencer à l'apprécier. On peut dire que c'est le cas pour tous leurs disques depuis "Ceremony". Par contre, on pourrait recommander aux dépressifs, et à ceux qui sont dans une mauvaise passe, de se le réserver pour des jours meilleurs.
D à G : Astbury & Duffy

     Avec ses 54 ans révolus (depuis le 14 mai dernier), Ian Astbury n'a plus la puissance et la flamboyance qu'il déployait il y a plus de vingt ans. Une voix qui a illuminé les albums "Love", "Electric", "Sonic Temple", "Ceremony" et "The Cult". Dorénavant, sa voix semble s'éteindre dès qu'il fait mine de la pousser. Néanmoins, au lieu de s'égosiller en vain (comme certains), il a adapté son chant (et peut-être une des raisons du rejet de titres percutants du style d'un "Wildflower" ou "Fire Woman") sans perdre, autant que faire ce peut, sa personnalité. Bref, il ne force guère plus sur sa voix ; ce rapprochant alors quelque peu d'un style à la Iggy Pop, mais avec moins de profondeur.

     Pour Billy Duffy, son instrument n'étant pas organique, les ans n'ont pas eu d'effet. Quoi que. Il lui est donc aisé de garder le son par lequel il s'est fait connaître. Un son érigé à l'aide de diverses Gretsch Falcon (modèle peu usité dans le Hard-rock), principalement, de Gibson Les Paul Custom, et, accessoirement, de Gretsch Country Club. Des grattes qu'il aime bien habiller de delays (il en utilise plusieurs pour varier les modes), de phaser et d'overdrive (un max de pédales Boss, la marque phare des années 80 - faut dire que c'est du robuste -). Et de wah-wah pour des soli fiévreux. Un son qui doit pas mal à Mick Ronson (Billy, en grand fan, possède une Wah-Wah de Ronno et un Tone Bender signature).

     Pour sûr, c'est du pur The Cult. Une évidence dès les premières secondes. Il n'y a pas de révolution. L'album semble se partager, ou se déchirer entre sa nouvelle entité (de la décennie en cours) et son passé (glorieux ?). 

     Généralement, tout en bénéficiant d'une meilleure production (bien moins touffue), on retrouve plus ou moins les mêmes influences et les mêmes odeurs, que sur la précédente réalisation. Néanmoins avec un petit surplus d'amertume. Un peu moins foncièrement Rock, Heavy, et agressif que "Choice of Weapon", préférant travailler les climats plus que l'attaque frontale.

     D'autre part,  quelques pièces nous renvoient au passé (glorieux ? bis ) des Anglais. En l'occurrence "G O A T" (le dernier single) est une résurgence de "Sonic Temple", avec son riff Heavy-boogie-rock, son solo enivré de wah-wah et sa batterie massue. "Birds of Paradise", aussi, dont la tristesse et la mélancolie, ainsi que son aura gothique, semblent sortir tout droit du matériel fabuleux du "Love" (il ne lui manque que l'écho de cathédrale). Avec toujours ces paroles empruntes de poésie mystique "How will you feel when it comes to an end ? I feel like I'm falling. What am I to do with these visions of paradise ? Don't drink the poison, it's pure illusion. What am I to do this vision, these lesser lights ? As I am, as you are immortalized, in paradise". La guitare, acerbe, se tait parfois, laissant le champs à la basse. Astbury ménage sa voix, fini les hurlements, et c'est l'occasion de plus se concentrer sur le sujet, faisant preuve d'une sensibilité accrue, proche d'une fragilité. Donnant plus de gravité et d'authenticité au propos.
 "Dance the Night" aurait pu aussi être un rescapé des sessions de cet album. On se demande si joué par d'autres, ce titre n'aurait pas pataugé dans un rock partagé entre le "rock héroïque" des 80's et un Hard-rock qui n'ose pas totalement s'ouvrir à la furie électrique. Un terrain de jeu miné où The Cult n'a aucune difficulté pour s'ébattre sans risque de s'y casser les dents.
Le redoutable "No Love Lost", porté par la batterie tribale et puissante de John Tempesta (en poste depuis 2007, et ancien cogneur de Thrash-Metal chez Exodus et Testament et un temps mercenaire de Rob Zombie) s'est échappé de "Ceremony".
Cette batterie est assez mise en avant, procurant ainsi des ambiances martiales, dures et offensives qui parvient quelques fois à se glisser dans le rôle de la bande-son d'un régime totalitaire et oppressant. C'est probablement le meilleur marteleur du Cult depuis Mickey Curry et Matt Sorum.

Quant à "Hinterland" c'est une affiliation directe avec "The Cult" (l'album). Pour le coup, la basse, binaire au possible, a été gonflée. Certains mouvements de ce morceau semblent malades, viciés, comme habités par une entité démoniaque. "The dream of life is fading. Generation's fading ! The truth is wrapped and death is in the field of the lords,... In death the truth, the truth is you". Astbury constate, mais n'a plus d'espoir en l'avenir. L'horizon est ténébreux.

     Billy Duffy est encore capable de pondre un riff bien savoureux et imparable, bien que simple et évident. Il suffit d'écouter le duo gagnant, "G O A T" ou "Heathens", pour être convaincu. Ou même "Avalanche of Light" (marqué par le disque "Mercy" de Steve Jones). Voire pour "Dark Energy" où il gratte comme Ron Asheton sur un plan de James Williamson ; le titre possède d'ailleurs quelques intonations à la Stooges, sauf sur le refrain où on retrouve le Cult en arpèges gras et saturés, écartelé entre sa période gothique et son attrait pour le Hard-rock.

     Dans les maillons faibles on peut dénoncer : "Deeply Ordered Chaos" qui tente de générer un spleen profond et poisseux ; cependant à force de langueur, on s'enfonce dans la vase. Comme dans un cauchemar où l'on ne parvient plus à avancer. Même le changement de tempo n'y change rien, la faute à ces violons censés apporter un plus (probablement dans le sens de la noirceur) mais qui ne font en fait que surcharger le propos, jusqu'à le rendre inopportun, confus. Est-ce volontaire pour souligner, là encore, une constatation d'une dégradation de la société ? D'un mal-être ? "I'm a European, witnessing the fallfrom the perfumes lands... Syria the fall ; weep for you". Une chanson qui aurait été écrite en hommage - ou inspirée par - aux attentats du 13 novembre 2015 ("C'était une attaque dirigé contre la Culture" dixit Astbury)
La pauvre "Lilies" bien morose et sans saveur ; elle laisse indifférent au point de ne laisser aucune trace de son passage. Un essai crooner à la Bowie-Iggy pas vraiment réussi. Le lent "In Blood" avec ses violons et ses trois notes de piano, lasse rapidement ... néanmoins, on lui découvre quelques atouts. Une écoute attentive nous fait finalement découvrir un morceau travaillé. Notamment à la guitare. Une espèce de Rock-progressif-bluesy-gothico 80's (??).

L'album est conclu par une titre crépusculaire, sobre et dépouillé, sevré d'électricité et de saturationLe piano prenant la place de la guitare, une rencontre entre un Bowie meurtri (grosse influence d'Astbury), et un Johnny Cash vidé. Les paroles de "Sound and Fury" ne font toujours pas dans le réjouissant. "The killing floor how lost are we from time to time. I hear the sound of the wind from the sea. She climbs through all the tears, blind with fury. She fights through all of her fear and fury. A god kills the innocent...". 

     Un album parfois difficile à cerner, faisant peu ou prou le lien entre le nouveau The Cult et l'ancien ; celui d'avant la séparation de 1995. Cependant, quoi qu'il en soit, on ne pourra pas reprocher à Billy Duffy & Ian Astbury de faire deux fois le même album. Bien que dans dans une poignée de cas, on l'aurait souhaité (notamment en ce qui concerne leur âge d'or étalé de 1985 à 1991). 
L'écoute au casque (conseillée dans un deuxième temps) dévoile un album riche et chiadé. Alors que les "avants-premières" sur le net pouvaient faire croire à un disque plus brouillon, voire légèrement bâclé.

" "Hidden City" est une métaphore de nos vies spirituelles, notre intime vie intérieure" dixit Ian Astbury







Autre article sur The Cult (lien/clic) : "Choice of Weapon" (2012)

3 commentaires:

  1. L'album semble avoir en tout cas séduit la plus part de ceux qui suivent le groupe depuis longtemps.

    L'illustration est superbe, mais en est-il de même du produit lui même ? Packaging, Digipack ou boitier Crystal, livret, photos,etc.

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    1. Hélas, non. C'est même limite foutage de gueule. Surtout à l'ère du tout téléchargement. La pochette s'ouvre sur une photo d'une Porsche cramée avec les mots "Ciudad oculta". Point.
      Une pochette interne (à l'ancienne) pour protéger le CD lorsqu'on le sort, sur laquelle est stipulée le nom des musiciens et des intervenants. Point.
      Aucune parole de chansons (dommage, d'autant plus que Astbury n'est pas toujours facile à comprendre).
      Ha oui, on apprend que Astbury et Bob Rock ont jouaé quelques plans de guitares.

      Finalement, c'est très succinct ; fait regrettable, à mon sens.

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  2. :-(

    Il arrive encore bien trop souvent que les acheteurs du produit physique tel que le CD ne soient pas récompensé comme il se devrait. Sale époque !

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