mercredi 1 juin 2016

MANIC EDEN (mars 1994), by Bruno



     Combien y a-t'il eut de super-groupes (du moins considéré comme tels) qui se sont formés et dont l'existence s'est limitée à la réalisation d'un unique album et d'une tournée ? Des tas !
Certains parce que le résultat était bien morne, voire insipide, en dépit d'une affiche prometteuse. Pourtant, d'autres sont parvenus à réaliser un disque ayant les atouts nécessaires pour démarrer sous les meilleurs auspices une nouvelle carrière qui aurait logiquement dû être auréolée de succès.
Telle une comète, le groupe s'enflammait rapidement pour finir dans une explosion destructrice. Bien souvent par faute d'un excédent d'égo surdimensionné au mètre carré.

de G à D : Alridge, Sarzo, Young & Vanderberg

MANIC EDEN fait partie de la seconde catégorie.

Un super-groupe constitué de quatre stars du Rock Américain.
-  Adrian Vandenderg (Van Den Berg - "De La Montagne" in french: presque une icône de la guitare Heavy-Rock dans les 80's, (aidé par son succès auprès de la gent féminine). Après avoir bourlingué avec divers groupes (premier 45 tours en 1973, avec le groupe Darling, et premier 33 tours en 1979 avec Teaser qui mutera en Vanderberg), il parvient à se faire un nom auprès des connaisseurs avec son groupe (probablement limité à l'Europe), sobrement baptisé Vandenberg (l'époque de ses vestes léopards et autres panthères, avec, parfois, un nœud papillon ...). Un groupe Hollandais qui réussit à se faire remarquer hors de ses frontières. Mais tout change rapidement dès qu'il intègre la grosse, machine Whitesnake..... Cependant, la forte pression qu'exercera les tournées et la foule nombreuse, amassée devant les scènes du Serpent-blanc, alors à l'acmé de son succès, aura raison de sa santé. Craignant de ne pas être assez performant pour la tournée US qui se prépare, Adrian travaille son instrument d'arrache pied. Résultat, il finit par souffrir d'une tendinite à la main gauche qui l'oblige à se mettre au vert. Il s'en mordra les doigts.
- Tommy Alridge : c'est "l'ancien" du quatuor (né le 15 août 1950). Le batteur américain est considéré comme un des meilleurs de son époque. Depuis ses débuts chez Black Oak Arkansas (où il fit parler de lui grâce à son solo à mains nues), il est passé chez Pat Travers, Gary Moore, Ozzy, Whitesnake et House of Lords (plus quelques projets studio avec Ruby Starr, Vinnie Moore, Motörhead sur "March ör Die. Par la suite, on le verra avec Ted Nugent, Malmsteem, le Thin Lizzy de Gorham, John Sykes et même Patrick Rondat).
- Rudy Sarzo : un des bassistes préférés des amateurs de Hard-Rock millésimé 80's ; cela autant grâce à sa technique irréprochable que la bonne humeur et l'énergie qu'il déploie sur scène. Si sa carrière professionnelle démarre avec Quiet-Riot, c'est bien avec Ozzy Osbourne qu'il gagne sa popularité lorsque Randy Rhoads (également un ex de Quiet-Riot) le recommande à son employeur et ami, pour partir en tournée en remplacement de Bob Daisley. Toutefois, Sarzo n'apparaîtra pas sur les albums studio du Madman, Bob Daisley reprenant son poste le temps de "Back at the Moon". Et puis c'est le retour pour la résurrection de Quiet-Riot et le méga-succès qui suivra avec plus de 6 millions d'albums vendus rien qu'aux USA, propulsé par le hit "Cum'on Feel the Noize" (une reprise de Slade). Et enfin, son intégration chez Whitesnake où il rencontre et fraternise avec Tommy Alridge (qu'il retrouve aussi dans l'éphémère projet M.A.R.S., avec le guitariste Tony McAlpine) et Vandenberg.
- Ron YOUNG : le moins connu. Injustement, car ce chanteur, avec sa voix enfumée et éraillée, sorte de Rod Stewart en mode biker - copieusement tatoué - aurait logiquement dû, avec son groupe  Little Caesar, casser la barraque et faire trembler dans leurs santiags toutes les formations de Heavy-rock bluesy et de Sleaze. Pourtant, cela avait plutôt bien commencé avec le premier et éponyme opus et ses deux premiers singles classés dans les charts (dont la reprise du "Chain of Fools", d'Aretha). Étonnement, le second, pourtant bien meilleur, fit choux blanc, malgré la présence d'Earl Slick

     Suite au déclin de Whitesnake, entamé avec l'album « Slip of the Tongue » et la tournée correspondante assez décevante, en compagnie d'un Steve Vai talentueux mais inapproprié, David Coverdale souhaite se reposer et prendre du recul. Quand Jimmy Page vient le sortir de sa villégiature et qu'une collaboration donne naissance à un disque et une tournée, Vandenberg doit se dire qu'il vaut mieux se prendre en main plutôt que d'attendre le retour et le bon vouloir du patron.
Ainsi, dans le courant de l'année 1993, il réunit les potes et anciens collègues du Serpent alors endormi. Initialement, en théorie, pour le simple plaisir de faire de la musique ensemble. Sereinement, sans aucune pression médiatique, d'échéance ou autres. En totale liberté donc. Adrian Vandenberg, Rudy Sarzo et Tommy Aldridge jouent décontractés et sans complexe un Heavy-rock bluesy à souhait, qui plongent ses racines dans Led Zeppelin, Aerosmith, Mahogany Rush, Robin Trower, magnifié par une guitare bien Hendrixienne. 

     Le trio de vieux briscards s'adjoint au chant les services de James Christian de House of Lords, avant de le remercier et d'embarquer Ron Young qui s'était fait remarquer avec deux très bons disques de Heavy-rock aux effluves de sueur, de cambouis et de bière. Ron Young dont la voix mi-voilée mi-éraillée (style larynx comprimé) aux intonations Soul-Blues se marie à merveille avec ces rythmiques chaloupés et funky, et des riffs bouillonnants enfantés par des guitares aux consonances majoritairement « Fender » (sachant qu’Adrian n’utilise pratiquement plus que des ESP depuis des années, bien qu’il ait longtemps joué sur Gibson LesPaul – sur laquelle il reviendra plus tard -). Avec, il semblerait, une préférence pour les positions intermédiaires et le micro central. Une guitare à peine épaissie par un son crunchy vigoureux. Une saturation entre le vieux Marshall (Plexi ?), pour les soli,  et un cossu Fender (Bassman ?) pour les rythmiques. On est assez loin du son boosté du Whitesnake de l'ère Sykes -Campbell - Vandenberg (puis Aldrich).



      Certes la production (maison [1]) n'a rien à voir avec celle des  précédents disques de Whitesnake, et on peut légitimement lui reprocher un manque de puissance et de dynamisme, et plus particulièrement une batterie un peu sèche (à mon sens, il convient de pousser un peu les basses de la Hi-Fi, pour lui redonner un peu de rondeur et ainsi l'apprécier à sa juste valeur ; ce qui permet aussi de retrouver la basse). D'un autre côté, cette production relativement minimaliste (par rapport à ce qui se pratiquaient quelques années auparavant) incite à se retrancher sur l'essentiel (même si quelques licks de poseurs refont parfois surface), entraînant Manic Eden à s'abreuver aux sources d'une musique plus organique et plus directe, aux nombreuses références typées 70's. 

Quelques courtes lignes de claviers de Vandenberg viennent enrichir les trois ballades (dont une qui aurait eu ses couplets englués dans la mièvrerie avec un autre chanteur). 
Et si le travail des musiciens est époustouflant, il n'est point question ici d'esbroufe, de pathos, de solo à rallonge, ou quoi que ce soit d'autres flattant l'égo. De toutes façons, Adrian a de quoi crâner avec un joli petit lot de plans de guitares à la rythmique qui ont de quoi donner des maux de tête. Mais rien n'est gratuit ou futile.
Revendiquant fièrement un Heavy-rock exempte d'artifices, le combo stipule « No Synthesisers on this album ».

David Coverdale lui-même plébiscita l'album.
Une réussite mais qui est probablement sortie trop tôt (ou bien trop tard). Les médias avaient ouvert en grand leurs portes au phénomène grunge depuis le début de la décennie. 
Une horde de chevelus dépenaillés s'y étaient engouffrés donnant matière tant à la presse qu'aux médias (dont MTV, à l'époque) créant alors un véritable phénomène de mode (même ceux qui quelques années auparavant ne connaissaient rien au Rock, voire le dénigraient, abordaient dorénavant la parfaite panoplie du petit grunger). De plus, bien que le mouvement ait attaqué la ligne droite, 1994 est l'année de disques phares du genre, avec "Superunknown" de Soundgarden (dont 5 singles), "Unplugged in New-York" de Nirvana, "Purple" de Stone Temple Pilots (5 singles), et "Vs" de Pearl Jam (6 singles !). Des albums qui ont recueilli une attention mondiale ... et généré de grosses ventes, surtout aux USA.
     En conséquence, la diffusion et la promotion de ce disque était loin d'être une priorité.
L'opportunité d'une reformation du Serpent-blanc avec à la clef une tournée, acheva définitivement MANIC EDEN. Laissant, seul, comme un con, le pauvre Ron Young. Merci, les gars. Sympa la solidarité (surtout lorsque ça sent les dollars à plein nez).
On pardonnera quelques emprunts à Jimi Hendrix pour les plans de guitares, dont les plus flagrants viennent de « Little Wing » pour "Do Angel Die" (en plus, c'est le titre choisi pour faire le sujet d'un clip ; il y en a qui ne doute de rien mais superbes parties de guitares),  et un "Ride the Storm" qui résonne parfois (mais pas tout l'temps) comme un écho au "Babe I'm Gonna Leave You" du Zep.
Un unique essai sensiblement meilleur que le Moonking's Vandenberg sorti en 2015. La cause première pouvant être imputée au chanteur.

     Les dessins sont d'Adrian Vanderberg. Un peu surprenant, car excellent dessinateur il nous avait habitué à bien mieux (voir la pochette de "Alibi" du groupe Vanderberg). Est-ce le fruit de son travail lorsqu'il contracta sa terrible et handicapante tendinite ? Apparemment non, puisqu'il a exposé des toiles affichant ce style singulier.
Incompréhensible mais bien réel : la mise en page et les couleurs du livret sont dégueulasses. Oui, il n'y a pas d'autres mots. Des caractères noirs, à peine doublés par une ligne rouge en ombrage, sur un fonds bariolé de longs traits sombres (gris et bleus). Faut être fatigué du ciboulot ou avoir vraiment un gros melon et de la suffisance pour croire que c'est de l'art (on parle de la présentation interne). Surtout lorsque l'on n'y perçoit que dalle !


Track listing (certaines versions - l'européenne peut-être - n'ont pas le même ordre d'agencement des chansons, et "Crossing the Line" - la pièce heavy de la galette - est absent de celle de l'édition Steamhammer)

  1. "Can You Feel It" - 4:15 (Vandenberg - Young)
  2. "When the Hammer Comes Down" - 5:45
  3. "Ride the Storm" - 4:12
  4. "Can't Hold It" - 4:00
  5. "Fire in My Soul" - 6:15 (Vandenberg - Young)
  6. "Do Angels Die" - 5:34 (Vandenberg - Young)
  7. "Crossing the Line" - 4:20 (Vandenberg - Young)
  8. "Dark Shade of Grey" - 4:40 (Vandenberg - Young)
  9. "Pushing Me" - 4:30 (Vandenberg - Young)
  10. "Gimme a Shot" - 5:10
  11. "Keep It Coming" - 4:29

2, 3, 4 10 et 11 par Vandenberg


,75


(1) Auto-produit avec l'aide de Tom Fletcher. Un gars qui s'est fait un nom en travaillant (producteur, ingénieur et compositeur) pour des références du Rock-progressif, du Hard-Rock et du Heavy-Metal (Yes, Great-White, Paul Rodgers, Toto, Malmsteen, Dokken, D. Sherinian, S. Lukather, Metal Church) avant de se fourvoyer avec One Direction.



Session acoustique



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2 commentaires:

  1. Tout ce que tu en auras dit est parfaitement exact. A ceci près que je n'ai jamais rien trouvé a redire sur le son de la batterie. A contrario, la basse manque selon moi de présence et de rondeur surtout. Le rendu global en n'aurait été que plus chaleureux.

    Chouette album en tout cas auquel j'aurai volontier attribué une note plus élevée que la tienne. Mais c'est là un détail.

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    1. Pour la note, c'est, malheureusement, une question de subjectivité du moment. Initialement (en fait, il y a quelques mois), j'avais d'ailleurs prévu une note plus avantageuse. (et il m'ait déjà arrivé d'en rectifier ultérieurement).

      J'ai relevé la batterie parce qu'elle est un peu en avant (en fait surtout les toms et la caisse claire). Mais la basse oui, effectivement. Elle manque de présence (c'est pour ça d'ailleurs que j'ai écrit "... ce qui permet de retrouver la basse"). En réécoutant le disque j'ai carrément mis le potentiomètre des basses sur 15 heures.
      C'est incompréhensible ce manquement crucial dans le mixage car, tout de même, Sarzo n'est pas un bassiste à la p'tite semaine se contentant de quelques "doum-doum-doum-doum - bum-bum- doum-doum-doum-doum".
      Et effectivement, lorsque l'on pousse les basses ont découvre un bon travail de Sarzo et le disque n'en est que ... plus chaleureux (comme tu le soulignes).
      Peut-être que Manic Eden n'aurait pas dû s'occuper de la production, de tout léguer à Fletcher (ou autrui).

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