vendredi 18 mars 2016

THE REVENANT de Alejandro G. Iñarritu (2016) par Luc B.



Il a le vent en poupe, le mexicain. Alejandro Gonzales Iñarritu avait raflé quelques oscars pour BIRDMAN l’année dernière (excellent, virtuose, ludique) et vlan, cette année, THE REVENANT empoche trois statuettes pour sa mise en scène, pour la photographie d’Emmanuel Lubazki et l’interprétation de Léonardo DiCaprio.

DiCaprio et Iñarritu
On a beaucoup parlé de THE REVENANT pour la dureté de son tournage en extérieur (au Canada, province d'Alberta, mais pas que, y'a du studio aussi avec fonds verts pour les trucages...) filmé en lumière naturelle (donc très peu de temps de tournage disponible par jour), dans l'ordre chronologique de l'intrigue, avec un réalisateur/producteur tyrannique, obsédé, mettant à mal une équipe technique décimée semaine après semaine...  A voir le résultat à l’écran, on veut bien le croire. Y z'ont pas dû se marrer ! Quand DiCaprio flottait accroché à un bout de planche à la fin de TITANIC, c’était en studio avec une eau chauffée pour l’occasion. 20 ans plus tard, il nous refait le même coup, mais cette fois, la flotte est à zéro degré !

Cette histoire, réelle dit-on, inspirée d'un récit légendaire, avait déjà été portée à l'écran dans LE CONVOI SAUVAGE de Richard Sarafian, en 1971. Nous sommes en 1803, dans le Dakota. Hugh Glass est pisteur pour un groupe de trappeurs, dirigé par le capitaine Andrew Henry. Le groupe est attaqué par des indiens Arikaras, qui en déciment les trois quarts, et obligent les survivants à fuir en laissant les peaux récoltées. Cette première longue scène constitue une belle entrée en matière, sanglante, violente, filmée en un plan séquence vertigineux. En réalité plusieurs plan raccordés numériquement, bluffant, mais on commence à connaitre le truc... Le chef op' Lubazki avait travaillé sur GRAVITY et BIRDMAN, qui tenaient du même principe.  

Les survivants poursuivent leur route, et Hugh Glass part en éclaireur. Faute d'avoir surveillé ses arrières, il est attaqué par un grizzli. Là encore, scène extrêmement impressionnante. Glass est retrouvé en piteux état, et Andrew Henry demande à trois hommes de le veiller, pendant que les autres vont chercher du secours. Au chevet de Glass, restent son fils Hawk (né de mère indienne), Briedger, un jeune gars, et Fitzgerald, une belle crapule, qui a un contentieux à régler. A la suite de certaines circonstances que je ne raconterai pas, Glass est laissé pour mort. Mais le bougre respire encore…

Et c’est parti pour deux heures de DiCaprio rampant et grognant le visage couvert de boue et de sang. L'acteur ne s'économise pas, tant mieux, mais quitte à lui filer un oscar, j'aurais préféré que ce soit pour le Scorsese. Hugh Glass est est bien décidé à survivre et retrouver Fitzgerald pour lui faire la peau. Normal, pour un trappeur. C'est ce que filme Alejandro G. Iñarritu, une lente résurrection, un combat contre les éléments, mais le film n’est pas ennuyeux pour autant, rythmé par quelques péripéties. Glass est toujours en territoire Arikaras, et doit leur échapper plusieurs fois, il va ensuite croiser un indien Pawnies, qui va l’accompagner un moment, le soigner (jolies scènes) puis se heurter à un groupe de français (qui parlent français dans le film) auquel Glass vole un cheval.

Ce qui débouche sur cette autre scène impressionnante, où pour échapper à ses poursuivants, Hugh Glass précipite son cheval dans le vide. Lui s'en sort, le canasson, non. Une fois éviscéré, le cheval servira de duvet chauffant du meilleur effet ! THE REVENANT est donc aussi un guide de survie utile, à condition d'aimer manipuler les abats. Alejandro G. Iñarritu, fidèle à son style, glisse ça et là quelques images oniriques, paisibles, souvenirs de Glass de sa femme décédée, des petites respirations dans ce monde de brutes. Il n’en abuse pas.

Dans ce film, tout est extrême. Le tournage en lui-même, les dépassements de budget, comme l'exploit de Hugh Glass qui parvient à se sortir de conditions sanitaires et climatiques effrayantes, le froid, la neige, la flotte, la boue, la crasse, le sang… C’est effectivement impressionnant, les paysages sont immenses, sauvages, rudes. Mais n’est-ce pas un peu too much ? 

Il y a peu d’émotions dans ce film, les personnages font corps avec la nature, mais existent-ils par eux-mêmes ? Franchement, le héros nous indiffère un peu, on ne s'attache pas vraiment à lui. Ce qu'il réussit à faire est tellement hors-norme (le film est très premier degré), qu'on suit cela admiratif, mais sans réel empathie. Rendons grâce au réalisateur de ne s’être pas dispersé, de n’avoir traité que son sujet principal, en jouant le jeu de l’authenticité totale (il y a un aspect très documentaire sur les conditions de vie) mais au final, ça n’en fait pas un film si passionnant que ça…

J'ai en plus un petit souci avec la manière de filmer. J'aime les effets de caméra, je vous en décrypte suffisamment, les yeux embués de bonheur face aux travellings de Kubrick, Ophüls, Hitchcock ou Welles... Iñarritu est de cette école. La caméra est presque la vraie vedette du films. Mais là, il la colle systématiquement sous le pif de ses acteurs, dont les visages sont déformés par l’objectif grand angle. Une caméra sans cesse en mouvement, qui tournoie quand le chemin le plus court serait la ligne droite, qui ne sait pas se tenir à distance. Beaucoup de très gros plans, ce qui peut paraitre paradoxal, alors qu’on filme en scope dans de grands espaces. On a parfois l’impression qu’il tourne avec une caméra GoPro, parvenant à faire des panoramiques 360° dans un mouchoir, au raz des narines. Il s'amuse avec un nouveau modèle de caméra numérique (une Alexa 65mm avec 6 K de définition !!) et semble vouloir la mettre à profit à la moindre occasion, se surpasser dans l'exploit purement visuel. 

Le parallèle est intéressant avec le dernier Tarantino, un western aussi, sous la neige aussi, avec de très longs plans séquences aussi... mais labellisé 100% vraie pellicule, et pas moins virtuose pour autant. Et ça a plus de gueule au final, comme rendu d'images et de mouvements.  

Ce film s’inscrit dans la lignée des JEREMIAH JOHNSON (Sydney Pollack, 1972), LITTLE BIG MAN (Arthur Penn, 1970), DANSE AVEC LES LOUPS (Kevin Costner, 1990) qui ont une approche réaliste, authentique, et dynamitent le thème du bon sauvage, exposent l’Homme à la nature qui y retrouve son instinct animal. On peut penser aussi à LA CAPTIVE AUX YEUX CLAIRS (Howard Hawk, 1952) pour l’époque, les indiens et les trappeurs, mais la comparaison s’arrête là !

Au final, THE REVENANT est un véritable tour de force, technique, humain, qui contient des séquences impressionnantes, mais qui ne fait pas totalement vibrer. Comme si l'intérêt du film était le film en lui-même, l'objet, plus que ce qu'il raconte. Comme si Iñarritu se disait : jamais un réalisateur n'aura été aussi loin dans son sacerdoce, je vais faire plus fort qu'Herzog avec FITZCARRALDO, ou Cimino avec LA PORTE DU PARADIS, et on en parlera encore dans 50 ans. Okay. Mais en reparlera-t-on pour les bonnes raisons ?  

THE REVENANT
couleur  -  2h38  -  format scope



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9 commentaires:

  1. Un sacré putain de western! Tu as raison, ce petit bijou accède directement à la grande classe celle des "Jeremiah Johnson" et autre "Danse avec les loup". Di Caprio c'est "Jeremiah Johnson" qui aurait croisé "Rambo"!

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  2. Un sacré putain de western! Tu as raison, ce petit bijou accède directement à la grande classe celle des "Jeremiah Johnson" et autre "Danse avec les loup". Di Caprio c'est "Jeremiah Johnson" qui aurait croisé "Rambo"!

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  3. JP, tu radotes maintenant? Syndrome Grateful Dead? Bon, moi, j'aime ni Caprio, ni les réalisateurs hispaniques. C'est donc plié. Je trouve que Jeremiah Johnson et Little big man n'ont pas très bien vieilli, trop collés à leur époque. Quant au Sarafian, aïe, aïe, aïe...Luc B, n'a pas dit que ce film relevait de la grande classe. Son avis est plutôt mesuré.

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    1. JP envoie des messages en stéréo, c'est pour ça...

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  4. C'est parce que je suis un ancien bèbèguegue!!!!!

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    1. Rassure-nous, tu n'as pas Parkinson, à tout taper deux fois ?!

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  5. Oui Jean-pascal, encore un gag informatique zarbi (s'il il n' avait que celui-là :o))
    J'en ai supprimé un sur les deux derniers... Je laisse le reste de la conversation... poilante !!!!

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  6. Lorsque je commande une pizza je demande "sans Caprio", il faut quand même reconnaitre que ce petit con à du talent, un peu bizarre de vouloir se taper que des blondes, mais il a du talent.

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    1. Ouais, comme tu dis, ce p'tit con à du talent, et surtout une bonne paire de c... pour financer des projets que beaucoup mettraient au rebut. C'est lui qui a permis à Scorsese de faire son dernier film. J’aimerais juste le voir un jour sans l'autocollant "performance" mais ça viendra... Mais le mec est très intéressant, complexe, et ses choix de carrière sont osés par rapport à beaucoup d'autres. Et en plus, il se tape des "blondes" sur son yacht... le salaud !!!

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