mercredi 21 octobre 2015

Samantha FISH "Wild Heart" (2015)

     


     Suite au très bon accueil qu’a reçu son excellent précédent disque, « Black Wind Howlin' », la petite Samantha Fish de Kansas City aurait pu se contenter de rester dans le même registre, voire de le développer. Mais non, une fois encore, elle a fait le choix d’explorer d’autres voies. De cheminer sur d’autres sentiers qui, d’une façon ou d’une autre, la ramènent toujours au Blues. Démarche assez courageuse, d'autant plus à une époque où, à part quelques rares trublions (souvent des anciens d'ailleurs), les artistes et les collectifs se contentent de se conforter dans ce qui a fait son succès, ou de cultiver une image (malheureusement, un fait bien souvent imposé par des gens bien moins intéressés par la musique que par le profit). Et ce ne sont pas deux ou trois pièces aventureuses par CD (parfois qu'une) - quand elles y sont - qui peuvent vraiment signifier quelque chose de probant.


     Ainsi, avec « Wild Heart », elle se présente sous un aspect presque intimiste en comparaison avec l’album précédent. Finis la saturation baveuse et les rythmes lourds, place à une facette relativement plus roots, ou même les pièces les plus Rock présentent une approche relativement plus boisée. De nombreuses pièces à l'atmosphère nettement plus roots qu'auparavant, tout en gardant consistance et stabilité. Rien ici d'éthéré ou de blafard.
Il y avait déjà eu des prémices, mais ici ça a prit le pas. Toutefois, sans parvenir à totalement contenir le démon de la guitare électrique (c'est que c'est un costaud et un malin celui là) qui réussi de temps à autre à s'extirper de sa cage... ou à reprendre possession de la gente demoiselle !!! "Bitch on the Run".

     L'album démarre par un rock(-bluesy) assez classique et manquant de sel. Probablement le morceau le moins intéressant, cependant qui pourrait avoir de beaux jours sur scène. Samantha embraye sur un slow-blues rêche, déchiré par des traits de Lap-steel abrasive ("Place to Fall"). Lap-steel toujours, omniprésente sur « Blame it on the Moon », avec rythmique habillée de tremolo, qui marche avec aplomb sur les plates bandes de Susan Tedeschi.
« Highway’s hodding me now » pourrait être un rescapé des sessions de “Black Wind Howlin’”, tout comme le vindicatif et bravache “Turn it Up” dont les potards dans le grave, soutenu par une basse lourde (une 5 cordes ?), font baver les baffles ; de même que « Show Me » avec son riff entêtant à quatre temps, rampant sournoisement. 

Samantha avec sa Delaney signature (qu'elle ne quitte plus)

A côté de ces pièces d’artillerie, “Go Home”, pièce folk-rock semi-acoustique de toute beauté, charmante, teintée de tristesse, dévoilant toute la grâce de la demoiselle, tranche par sa fraîcheur. Ce que réitère « Lost Myself", aux paroles non dénuées de poésie chanté sur un ton qui ne laisse pas de place à la contestation, le tout baignant dans une atmosphère « bleutée de pleine lune » prenante. Arpèges acoustiques et slide fantomatique, basse souple gardienne du rythme et une batterie qui semble progressivement partir dans une transe vaudou (1). La classe : avec "Lost Myself" on côtoie les meilleures ballades folk-rock bluesy de cette époque musicale particulière, presque sans frontières, que l'on pourrait définir comme celle s'étalant entre 1968 et 1974.
Tandis que le « I’m in love with You », à l’origine porté par une orchestration bancale et bastringue (composé par Junior Kimbrough), se mue ici en une magnifique ballade, simple, fraîche, vraie, pleine de tendresse et de vibrations positives régénératrices (à dédier à tous les amoureux – et que je dédie donc à ma tendre compagne -) clôturant l’album de la plus belle des manières. Une bien jolie pièce.

Juste avant le final (par ailleurs idéal), on flirte aussi avec le Hard-blues 70’s avec «Wild Heart » dont le rythme évoque le trot d’un canasson, et « Bitch on the Run » ou le meilleur du Boogie-Rock de Savoy-Brown avec en sus une touche féminine pleine d’assurance et d'aplomb, mais sans orgueil (c'est l'démon ! Celui qui s'épanouit, et reprend du poil - d'la bête -, dans le crépitement de l'électricité).

     En dépit de quelques bons sursauts assez électriques, l'ensemble de cet album est paré d’une aura nettement plus roots qu’auparavant (j'me répète). De telle façon que même le « Jim Lee Blues Pt. 1 » de Charley Patton (avec Luther à la mandoline et son collègue de NMAS, Lightnin’ Malcom, à la gratte), en dépit de son charme rétro, reste à sa place. Un titre qu'elle reprenait déjà cette année en concert (tout comme le "War Pig" de Black Sabbath... oui, effectivement, pas du tout le même registre, mais c'est plutôt bien, un plus même, pour les personnes qui n'ont pas d'œillères).
  
     Exit Mike Zito, producteur des deux précédents opus de la demoiselle. Celui-ci l'est par Luther Dickinson (John Hiatt, North Mississippi All Stars, Black Crowes, south Memphis String Band), qui donne également quelques sérieux coups de main en jouant pratiquement toutes les parties de basse, toutes celles de lap-steel et quelques uns à la guitare. 
Visiblement, Samantha préfère avoir pour producteur, quelqu'un qui soit également un musicien en activité, qui réalise des disques et des concerts. Probablement pour être sur la même longueur d'onde.

      Il y a tout juste deux ans, la petite frimousse blonde et avenante de Kansas City avait assez surpris avec sa maîtrise d’un Heavy-blues fardé de Fuzz. Aujourd’hui, elle dévoile une autre facette, nettement plus acoustique où elle excelle tout autant. Sans en faire des tonnes, en laissant bien respirer sa musique, elle parvient à faire ressortir l’émotion et à y imprimer son caractère. Cette petite a du talent.
Sans tourner le dos au Blues, Samantha Fish élargit son champs d'action, et confirme son statut d’espoir montant.

     Un petit mot sur la qualité de l'artwork qui a déjà l'avantage de sortir des stéréotypes (usés jusqu'à la corde) des disques de Blues et consorts. 

A l'intérieur, une belle photo de Samantha moulée dans une ravissante robe blanche - ou écrue - semblant courir dans une frêle forêt prise dans les brumes. Le bas arrière de sa robe, soulevée par le mouvement, prend feu, est nimbée de flammes ... (hé ! ho ! Pas d'ça chez nous ! Ce n'est pas le style de la maison ! Et puis Samantha n'est pas une pouffe de l'industrie r'n'bi, c'est une musicienne, elle ! Alors respect). Les flammes jaunes et orangées tranchant avec les différentes et exclusives tonalités de bleus du digipack et du livret.


(1) Il s'agit de Brady Blade, un batteur très réputé, tant dans le domaine du Jazz que celui de la Soul, du blues et du Rock. On le retrouve sur des disques, entre autres, de Steve Earle, de Buddy Miller, d'Emmylou Harris, de Beth Hart ("Leave the Light On"), de Chris Witley,de  Doyle Bramhall II, de Dave Mathews, d'Eric Bibb et de Solomon Burke.
L'album a été enregistré dans son studio : le Blade Studio.







Autre article / Samantha Fish : "Black Wind Howlin'" (2013) 


Samantha live



Samantha en version intimiste (enfin presque), acoustique et sans filet


Pour les curieux, avides de nouveaux matos, les amplis qu'utilise Fish (le p'tit gris, à gauche) sont des Category 5. De belles pièces montées à la main qui ont déjà gagné les faveurs de Warren Haynes, Tad Benoit, Derek Trucks, Jimmy Thackery, Joe Bonamassa, Anders Osbornes, Jorgen Carlsson, Mike Zito, Smokin' Joe Kubek, Bart Walker, Damon Fowler, Nick Moss (pour les plus connus par chez nous).
Category 5 avait réalisé, à sa demande, une tête d'ampli pour Gary Moore, pour remplacer une tête Marshall Plexi 100 watts défaillante. Le modèle portait la signature Gary Moore. Il en sera de même pour Bonamassa.

Article paru initialement dans la revue BCR.

8 commentaires:

  1. Son meilleur opus à mon avis et une des plus fines gachettes de la maison RUF! J'avais beaucoup aimé le trio "Girls with guitars" et la version torride de "I put a spell on you" par Samantha Fish. La belle est en tournée en Europe avec Laurence Jones autre petit prodige de la même maison de disque! Ah oui enfin une tournée européenne qui évidemment ne passe pas par la France, car il faut bien admettre qu'en matière de music la France n'est plus en Europe depuis longtemps....

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    1. Plus fine gâchette ? Je ne sais pas... (Une des plus fines, oui effectivement, JP, probablement)
      Joanne Shaw Taylor me paraît être une bien meilleure tricoteuse (et la nouvelle p'tite italienne, Eliana Cargnelutti, me semble en avoir aussi sous l'capot). Cependant, Samantha se présente plus nature, voire plus authentique que ses concurrentes. Cherchant plus à développer - ou/et découvrir - sa propre personnalité.

      Quant aux concerts, malheureusement, j'avais lu (il y a quelques années) que le problème majeur venait du coût. Non pas le cachet que demandait le management du ou des musiciens, mais bien du prix que réclamait le "promoteur" français, supérieur à ceux des pays limitrophes. C'est pour cela pour que l'on pouvait voir (encore le cas ?) des groupes traverser l'Europe en occultant la France (avec parfois l'exception d'une date parisienne).

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  2. Voilà un article très complet (chapeau à l'auteur) qui rejoint celui ci
    http://redjoes.blogspot.fr/2015/07/samantha-fish-explore-de-nouveaux.html

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  3. voilà un excellent article. pour mémoire, cet article avait "effleuré" le sujet il y a quelques temps
    http://redjoes.blogspot.fr/2015/07/samantha-fish-explore-de-nouveaux.html

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  4. oups... J'avais eu un message d'erreur après mon premier com. DSL

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    1. Ha... mais je connais ce blog où j'avais pu y lire (et voir quelques belles photos), il y a quelques temps déjà, une épopée en deux-roues dans la plus belle des îles de Méditerranée (c'est un euphémisme). Et le manque de courtoisie de personnes assises dans un bar (près d'Acqua Doria, je crois - où il n'y en a qu'1 -)...
      Et puis j'avais perdu la trace (du blog, par des pneus des trottinettes). Une gageure car on y trouve de bonnes chroniques sur le Blues.

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  5. Ouh là! j'ai du mal avec Joanne Shaw Taylor, ses deux premiers opus ok, mais après......Vu sur scène au Cahors Blues Festival, un set froid sans aucun feeling, grosse déception!

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  6. J'ai vu Joanne Shaw Taylor, le 11 novembre dernier. J'étais un peu inquiet car tu n'étais pas le seul a avoir ramené un pâle souvenir de sa prestation à Cahors.
    en fait elle a cassé la baraque dans la petite salle dans laquelle elle se produisait
    http://redjoes.blogspot.fr/2015/11/joanne-shaw-taylor-enflamme-le-portail.html

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