jeudi 13 août 2015

BOURVIL, DU RIRE AU DRAME - par Pat Slade








Bourvil une crème de Normand 




Quand on parle de Bourvil, on pense au pitre un peu simplet et sympathique. Mais derrière cette image (Trop) connue du public, il y a un acteur et un chanteur qui a su  émouvoir, que ce soit à l’écran ou dans certaines chansons et c’est de ce Bourvil là que je voudrais parler, rendre hommage au Bourvil qui ne fait pas toujours rire.


André Raimbourg est né en Normandie à Prétot-Vicquemare (76) en juillet 1917, son père part au front et ne reviendra jamais. Sa mère décide de rejoindre la ferme familiale dans son village de Bourville ou le jeune André grandit en découvrant la nature et la douceur de vivre. Déjà son naturel de boute-en-train prend le dessus et est apprécié de tous. En plus de son plaisir à monter sur scène lors des représentations organisées par son instituteur, il fait preuve d’un certain don pour le dessin. Après avoir décroché brillamment son certificat d’étude, son instituteur le verrai bien reprendre sa suite. Il intègre en internat l’école supérieure où l’obligation de porter un uniforme, de marcher au pas et d’être toujours sous surveillance ne plaît pas beaucoup au jeune homme épris de liberté. Il se sauve de ce cadre trop étroit pour lui et décide de rejoindre la ferme familiale, mais il se rend compte que le métier de fermier n’est pas fait non plus pour lui. Il devient commis-boulanger à Saint Laurent en Caux pour un salaire de 10 francs par jour (A peu près 1,68 euros). Passionné de musique, virtuose à l’accordéon et au cornet à piston, il attend avec impatience les bals du samedi soir pour y exercer son art.


Après avoir rencontré Jeanne, celle qui sera sa future femme, il trouve un emploi de boulanger à Rouen ou il assiste à un spectacle de Fernandel, il y trouve aussi sa vocation, il sera artiste. En 1937, il est à Paris mais comme trompette au 24e régiment d’infanterie, il en profite pour courir les radio-crochets sous le nom d’Andrel. Pendant la guerre, il sera brancardier dans les Pyrénées, il rencontrera Etienne Lorin qui écrira la plus part des musiques de ses chansons (Les crayonsLa tactique du gendarme..). En 1941, il fera de la figuration à l’écran et il présentera un spectacle prés de Bourville devant sa famille, il a alors l’idée de changer son pseudonyme définitif en Bourvil.





Bourvil, Le tragi-comique





Mais l’idée première était de parler du clown triste et tendre comme pouvait l’être Bourvil. Alors que des chansons comme «La Rumba du Pinceau» et autre «A Joinville-le-Pont» lui avaient déjà collé une certaine étiquette, en 1954 sort «Monsieur Balzac» une de ses premières jolies chansons mélancoliques qui rend hommage à monsieur Honoré. En 1958, il choisit pour partenaire Pierrette Bruno (Toujours de ce monde !) pour l’opérette «Pacifico», ce sera le début d’une longue collaboration artistique et d’une tendre amitié. Le premier duo sera «Je t’aime bien», un jolie petit duo. 
La même année «La ballade Irlandaise» casse la baraque, deux ans plus tard c’est «Ma p’tite chanson» et en 1961 «Le petit bal perdu» devient un classique. Dans les plus connus il sortira «La tendresse» en 1963. Sur les 210 chansons de son répertoire, certaines sont moins connues comme «La berceuse à Frédéric», «La ronde du temps» ou «Au jardin du temps passé», des chansons toutes aussi magnifiques autant les unes que les autres. Il est évident que je n’ai pas pu écouter tout le catalogue de ses œuvres, seul un biographe de Bourvil pourrait en parler plus savamment.  


C’est avec le cinéma que son talent d’artiste dramatique apparaîtra aux yeux du public. Sur les 59 films de sa filmographie, quelques perles vont lui donner une autre image à l’inverse de certains longs métrages un peu niais comme celui d’Isidore le benêt dans «Le Rosier de madame Husson» en 1950 ou Hippolyte le dadais dans «Le Trou normand» en 1952 (Qui sera aussi la première apparition de Brigitte Bardot sur un écran).

Bourvil - Jean Gabin - Anouk Ferjac
«La traversée de Paris» en 1956 réalisé par Claude Autant-Lara d'après une nouvelle cynique de Marcel Aymé, est sûrement le premier rôle dramatique de Bourvil : Marcel Martin, chauffeur de taxi au chômage sous l’occupation. Malgré certaines répliques et certaines scènes cultes, ce film sur fond de marché noir, de STO et de prise d’otage (A la fin du film) et la noirceur du scénario n’en fait pas une histoire très comique mais misanthrope et désespérée. Bourvil sera récompensé de la coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine à la Mostra de  Venise. 

les misérables
Il retrouvera Jean Gabin deux ans plus tard dans «Les Misérables» et il y incarne un Thénardier veule et sournois que Victor Hugo n’aurait pas renié. La version de Jean-Paul Le Chanois reste une des meilleurs avec celle de Raymond Bernard en 1934 avec Harry Baur et celle de Robert Hossein avec Lino Ventura. Toujours la même année, il va tourner deux films coup sur coup «Le miroir à deux faces» et «Un drôle de dimanche» ; Pour le premier, un rôle d’assassin du chirurgien esthétique qui a embelli  Michelle Morgan, une femme laide devenue une beauté qui attire désormais les hommes. Le banal Bourvil deviendra un jaloux criminel. Un rôle qui en fera un acteur aux talents multiples aux yeux des critiques (Gérard Oury interprète le chirurgien...). Dans «Un drôle de dimanche», son personnage est très proche de celui du « Miroir à deux faces» : un publicitaire qui cherche à reconquérir le cœur de sa femme (Danielle Darrieux) qui l’a quitté 5 années plus tôt.




Les Années 60





FORTUNAT R.Varte-T.Bilis- F.Mitterand- M.Morgan- Bourvil
Après deux films de capes et d’épées, il tourne en 1960 l'un de mes films préféré : «Fortunat» d’Alex Joffé où il retrouve Michèle Morgan comme partenaire et un jeune garçon qui plus tard se fera connaitre, comme cinéphile et fondateur de l'Olympic Entrepôt, Frédéric Mitterrand. Bourvil interprète un braconnier  qui, sous l’occupation, va aider une femme bourgeoise et ses deux enfants à se cacher des nazis, depuis que son mari, chef de la résistance, a été arrêté. Il va s'attacher à cette femme qui n'est pas de son milieu, l'aimer dans la tourmente, mais devra céder la place au mari survivant des camps. Un mélodrame, mais subtil. 

Entre films alimentaires et simples apparitions comme dans «Le jour le plus long», il tourne en moyenne 3 à 4 films par an, sans parler de ses apparitions au théâtre comme «La bonne planque» ou dans les opérettes avec Georges Guétary. En 1962, il apparaît dans «Les Culottes rouge» d’Alex Joffé avec Laurent Terzieff : l’évasion d’un soldat plutôt «Résistant»  d’un stalag en Allemagne avec un compagnon de route poltron et «collabo». L’année suivante, il endosse la robe du juge d’instruction Albert Gaudet dans «Les Bonnes causes» avec Pierre Brasseur et Marina Vlady. l'un de ses films les moins connus. Avec 1965, sonne le succès du «Le Corniaud», mais la même année, il tourne aussi «Les grandes gueules» avec une distribution grandiose. Une histoire de bûcheron dans les forêts des Vosges qui engage bon gré mal gré "pour une seconde chance" des détenus en liberté conditionnelle et de caractère rugueux voire féroce. Un très beau film ou Bourvil n’hésite pas à jouer du poing et du fusil. En 1966, il renoue avec Gérard Oury, De Funés et une comédie qui ne prendra jamais une ride : «La Grande Vadrouille». Revenons aux personnages plus sombres et tourmentés...
1969 et «L’arbre de Noël» ou l’histoire d’un père joué par William Holden qui offrira la plus belle fin de vie qui soit à son fils atteint d’une leucémie avec l’aide de son compagnon de résistance, Verdun, joué par Bourvil, un film à regarder avec une boite de kleenex à porter de main.


Le Cercle Rouge
Arrive son avant dernier film alors que la maladie de Kahler avait déjà fait ses ravages sur l’acteur. «Le Cercle Rouge» de Jean-Pierre Melville où il incarne le commissaire Mattei qui poursuit un gangster en cavale (il a faussé compagnie dans le train alors que le commissaire en avait la garde), un malfrat interprété par Gian Maria Volonte. Il va enquêter sur une affaire de cambriolage de bijouterie de luxe où sont impliqués, Alain Delon et Yves Montant en ancien flic renégat et alcoolique. Film qui comporte un final où Bourvil, malgré la maladie, ne s’empêchera pas de faire une blague pour faire rire son entourage. Le commissaire Mattei dit à son adjoint : «Vous savez comment j'ai fait pour arriver à la solution de cette affaire?... Eh bien, c'est tout simplement en appliquant... » Et l’artiste commence à entonner «La Tactique du gendarme» et de finir dans un éclat de rire propre à lui-même. Il refusera le cachet pour son rôle dans le film.

Il tournera son dernier film «Le mur de l’Atlantique» avec la souffrance comme compagne. 

Mais son rôle le plus dramatique sera celui qu’il jouera le 23 septembre 1970 en s’éteignant dans son appartement parisien à l’âge de 53 ans.




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