lundi 16 mars 2015

GREG BROWN - "If I Had Known, Essential Recordings, 1980/1996"- par Philou




The Iowa Folk Hero.

Les poètes chanteurs- auteurs-compositeurs existent encore, si, si, je vous l'assure !
Non, je ne vous parle pas des Christophe Maé, Pascal Obispo, Patrick Bruel, Calogero, Stromae, Ed Sheenan ou autres Pharell Williams ... Non je vous parle des "vrais chanteurs-auteurs-compositeurs".
Si vous voulez écouter autre chose que ces mièvreries, je vous conseille vivement de tendre une oreille (ou deux) sur le dénommé Greg Brown, un
troubadour existentialiste du Midwest, qui propose depuis 4 décennies, une musique sincère et sans compromis.   

Injustement inconnu chez nous, cet américain né le 2 juillet 1949 à Ottumwa (Iowa), a été élevé entre un père pasteur et une mère chanteuse de country. Il a grandi au son du gospel et du banjo et joue de la guitare depuis l’âge de 11 ans. A cette époque, il écoute les disques de Hank Williams, Muddy Waters, Leadbelly, Robert Johnson, la Carter Family, John Jacob Niles, Big Bill Broonzy, plus tard il découvre Leonard Cohen, Lou Reed et Bob Dylan. En dévorant les livres de ses écrivains préférés (William Blake, Hemingway, Tchekov, André Dubus), il écoute également beaucoup de rock.

Par deux fois, Greg Brown a voulu quitter les grandes plaines de l'Iowa, une fois pour New York et une autre fois pour Los Angeles où il compose pour Buck Ram, fondateur des Platters. Il n'a jamais réussi à vivre hors de son Iowa natal et déclare : "Je voulais revenir où j’ai grandi, cesser de me battre contre ma propre nature. Les villes ne sont pas faites pour moi… J’ai voulu changer de vie et j’ai échoué. Je suis donc une sorte de loser. Mais ça me fait écrire de bonnes chansons".

Aujourd'hui, Greg Brown doit avoir une bonne trentaine d'albums dans ses valises, dont certains sont incontournables, comme "One More Goodnight Kiss" (1988), "Dream Café" (1992), "The Poet Game" (1994), "Further In" (1996), "Slant 6 mind" (1997), "Covenant" (2000) ou "The Evenning Call" ( 2006). Son dernier disque "Hymns To What Is Left", paru en 2012 prouve que son songwriting intelligent et subtil, est un trésor inépuisable.
 
Cet ardent défenseur de l'environnement, est un chanteur culte pour des dizaines de milliers de nord-américains, une sorte d'anti-héro, allergique aux paillettes du show business. Il vit peinard, bien éloigné du star system, sur la terre des ses grands-parents, à Iowa City. 
On a affaire ici à un immense musicien à la voix grave, suave et vibrante. Une voix qui impose par sa présence et qui distille tout au long de ses ballades folks et bluesy, une sensibilité profondément teintée de mélancolie.
Le comparer à un Léonard Cohen du blues ne serait pas une offense, d'ailleurs le canadien est un des ses plus fervents admirateurs.

Greg Brown pour définir sa musique, dit lui-même : "Ma musique ressemble à un gumbo (plat traditionnel de la Louisiane) dans lequel j'aime mettre des éléments différents comme du gospel, du blues, de la country, du rock et du jazz. Cette liberté est pour moi le bien précieux et je ne sais jamais ce que sera ma prochaine chanson". 


Cette compilation publiée en 2003 regroupe la période 1980-1996, soit 17 titres parmi lesquels on retrouve, "Ring Around The Moon" de "44 & 66" sorti en 1980, "Spring Wind" & "You Drive Me Crazy" de "Dream Café" (1992), "Boomtown" & "Driftless" de "The Poet Game" (1994), "Where Is Maria" & "Two Little Feet" de "Further In" (1996).
Nichée dans cet album, une collection de chansons pleines de chaleur : des superbes ballades folk, de la country profonde et sensuelle, des blues paresseux. Des titres d'une simplicité trompeuse, qui constituent une remarquable introduction pour entrer dans l'univers musical de Greg Brown.
Entouré de musiciens exceptionnels comme Bo Ramsey à la guitare, Dave Moore à l'harmonica et Gordy Johnson à la basse, la musique se joue ici à l'économie. Pas d'arrangement superflu, la musique est enracinée dans la terre, jouée avec une émotion et une justesse qui ne sont vraiment pas à la portée du 1er venu.
La sublime Prudence Johnson chante la plupart des chœurs et Shawn Colvin prête également ses harmonies luxuriantes à 2 ou 3 chansons.

Malheureusement, peu soucieux de vendre des millions de disques ou d'accroitre son public, cet attachant artiste ne réussit pas vraiment à obtenir la reconnaissance qu'il mérite. Il a par ailleurs choisi délibérément de tourner le dos au succès purement commercial : "Je ne pense pas que le genre de chansons que j'écris puisse m'imposer dans les radios. Mais je suis content qu'aux États-Unis il existe ces scènes un peu parallèles permettant de se produire dans de petits clubs sans gagner des millions de dollars, mais de quoi vivre décemment. Je n'ai jamais recherché la célébrité, ni l'argent. Je donne 90 concerts par an, ce qui me laisse du temps pour écrire, voir mes enfants, vivre tout simplement".
La plupart de ses albums sont passés inaperçus (ou presque) et leur notoriété a à peine dépassé le cercle de la presse folk spécialisée à l'étranger (au fait ça existe la presse folk en France ?). Ce n'est qu'à partir de "Dream Cafe", une œuvre exceptionnelle, que ses disques seront distribués hors des USA et que les choses vont commencer à changer.
Au printemps 1995, Eric Clapton l'a invité pour assurer la 1ère partie de sa tournée en Europe. Des milliers de spectateurs ont enfin pu applaudir cet artiste flegmatique qui considère que son rôle est de rassembler les gens. Pendant ses concerts, il émeut le public avec sa chaleur, son humour décalé, sa voix tonitruante et sa vision musicale sans prétention. De plus, il n'a jamais établi de distinction considérable entre musique et poésie, ce qui donne à ses chansons une puissance émotionnelle impressionnante.
A partir de ce moment là, Greg Brown commence petit à petit, à s'imposer comme un artiste essentiel et ses chansons vont même être reprises par Carlos Santana &Willie Nelson, Michael Johnson, Shawn Colvin, Joan Baez, Mary Chapin Carpenter...



Quoiqu'il en soit, si vous voulez découvrir Greg Brown, un des plus grands auteurs-compositeurs de l'Amérique profonde, à la croisée des chemins, quelque part entre JJ Cale, Tony Joe White, Johnny Cash, Leonard Cohen ou Bob  Dylan époque "Blood On The Tracks", vous pouvez sans hésiter acheter un (ou plusieurs) des ses albums. Vous me remercierez plus tard...

Le DVD qui accompagne ce "Best Of" comprend un documentaire de 45 mn, avec des extraits de concerts et des interviews.

"You Drive me Crazy" de l'album "Dream Café"

2 commentaires:

  1. Un sacré bonhomme que ce Greg Brown! Le second volet de ce best of "Dream City" couvrant la période 1997/2006 est pas mal non plus, bien que je préfère nettement les années 1992 à 98. Des chansons comme "Brand new 64 Dodge" ou "Where is Maria" sont de purs chef d'oeuvres! Et si on commence à parler du fidèle Bo Ramseyet ses slides magiques! Je possède aussi un live superbe "In the hills of California", un florilège des prestations du phénomène au Kate Wolf Music Festival de 1997 à 2003 .

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    1. une superbe chanson "Brand New '64 Dodge" et un très bon album "the poet game".....j'apprécie aussi beaucoup l'album. "the dream café".


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