mercredi 26 novembre 2014

MAEDER (25 sept. 2007), by Bruno

  


     Bon, c'est sûr. Il n'y a pas grand monde qui va s'intéresser à ce groupe : pas de "Vu à la TV", aucune couverture médiatique d'aucune sorte en Europe. Ce n'est pas non plus devenu plus tard un groupe culte maudit (ou l'inverse). Toutefois, grâce à un de ses membres, ça pourrait bien le devenir.
On pourrait inclure ce disque dans la série réservée aux « losers magnifiques », de ceux qui ont disparu après l'accomplissement du fameux disque à enregistrer, épuisés par des années d'efforts et de persévérance. Si ce n'est que, jusqu'à présent, cette série a été réservée aux années 70, et qu'un des musiciens a réussi à faire par la suite quelque chose de notable en terme de vente. 

   Maeder est un groupe de rock Australien, dont le patronyme vient tout simplement du nom de famille des frères Nicholas et Sebastian, le premier officiant au chant et la rythmique, le second aux chœurs et la « lead » guitare.



      Le groupe distille un savant mélange faisant principalement référence à la scène Rock-Dur de leur patrie (ou de leur pays d'adoption pour certains), notamment d'AC/DC dans l'art de créer des riffs plombés, francs et efficaces. Le son de la Grestch et/ou de la Gibson SG - - en rythmique - , en mode crunchie, boosté par une bonne dose d'overdrive qui a du corps mais pas trop de gras (fat). Une agressivité qui se retrouve dans la manière de plaquer les accords, de frapper sur les fûts, de chanter(/vociférer) et non dans l'utilisation de fréquences poussées pour irriter les tympans. 

En aparté, ce serait l'écoute à la radio du méga-hit "Hell Bells", à l'âge de onze ans, qui aurait tout déclenché chez Nicholas. Ce fut un électro-choc dont il ne se remit jamais.

Outre AC/DC donc, on y retrouve aussi du Kings of the Sun (lien) pour les rythmiques relevés à la sauce Hard-Rock'n'roll, du désormais oublié Starfighters (lien), de Screaming Jets (dont ils ont fait parfois leur première partie), un chouia de Jimmy Barnes (lien) pour les cordes vocales au bord de la rupture, peut-être même plus du Cold Chisel ; mais aussi (pour sortir des références australiennes) de Cheap-Trick (lien) pour leur approche de la mélodie tendance Power-pop jouée avec une énergie débordante sur des chansons rageuses (même sur le virulent "It's all Good" il y a une filiation avec le groupe de Rockford).
D'ailleurs, on retrouve parfois chez le chanteur, Nicholas Maeder, quelque chose de Robin Zander, notamment dans cette façon d'abordé le chant en étant offensif, en donnant l'impression de malmener ses cordes vocales, mais en restant juste et mélodieux. En même temps, il a ces intonations typiques des plus célèbres hurleurs à la voix éraillée du pays des kangourous ; et plus particulièrement de Nic Cester, de Jet.


     Tout comme Cheap-Trick encore, ils sont capables de passer d'une romance au piano et aux arpèges de guitare acoustique, nimbée d'une ligne mélodique au violoncelle ("Night & Day" qui embrasse l'archétype de ballade sentimentale - avec lumière tamisée itou - interprétée par le groupe de Hard-Rock) à un Heavy-rock « punkisant » ("You're freak") avec désinvolture et facilité, dans une continuité ne nuisant aucunement à l'homogénéité de l'album. 
On a reproché au quatuor d'avoir d'avoir enregistré trop de chansons calmes (?) ; soit, en clair, de ne pas s'être simplement contenté de composer des trucs offensifs, qui castagnent, comme "Business in Me", "It's All Good", "You're Freak" (dont les "freak" sont beuglés à la façon des "think" d'Angry Anderson sur "Astra Wally"), "Another Thing Comin'", "Never Last" (qui débute comme un AC/DC sombre mais qui part ensuite sur des refrains aux effluves pop - une pièce le cul entre deux chaises -), ou "Piece of Me". Soit un clone d'Airbourne, mais quel intérêt ? A chacun son truc, non ?
Maeder avait l'avantage de pouvoir varier les plaisirs tout en gardant leur personnalité, en restant ancré dans le Heavy-rock (à consonance australienne).
Le quatuor sait aussi faire preuve d'humour avec la reprise de « Ça plane pour moi » (!) de Plastic Bertrand(disponible en bonus sur la réédition). Un succès inattendue pour ce qui n'était à l'origine qu'une face B pour "Business in Me" (bien qu'elle fit grincer des dents les sectaires du Gros-Rock-violent).

     Si les musiciens ne sont pas des virtuoses, la mise en place de l'orchestration est parfaite, avec un son assez cru, franc du collier, quasiment live, pur tonneau en bois de Rock Australien, procurant une chaleur toute (Hard) Rock'n'roll. Les soli sont courts, concis, cherchant avant tout l'efficacité dans la cohésion, plutôt que l'esbroufe. On ne se cache pas derrière une tonne d'effets, tout est dans l'interprétation, l'engagement et la conviction. A noter quelques patterns de batteries forts sympathiques.

     En clôture, « Give away », pièce maîtresse du CD, soutenue et entraînante, pur joyau rythmé, un Power-Pop, du genre qui s'implante dans votre tête, dans la lignée du meilleur d'un Ash, de Cheap-Trick, de Jet (first opus), qui aurait due logiquement faire un hit si elle avait été un tant soit peu diffusée sur les ondes (à la place de "Never Last").


     Du pur Rock Australien, doté d'un bon chanteur et de rythmiques efficaces, faisant référence aux groupes Australiens nommés ci-dessus, mais qui aurait laisser traîner des oreilles attentives du côté de Ash, Stereophonics, Green Day et donc aussi Cheap-Trick.

On pourrait également mentionner la première galette de Taddy Porter (la seconde étant à oublier, à effacer des mémoires même), toutefois ce quatuor là est arrivé plus tard (en 2010).

Tracklist :
01. Never Last  - 03:43
02. Another Thing Comin'  -  02:36
03. Future Story 03:59
04. No Grass Is Greener Than Your Own  -  03:14
05. Business In Me  -  02:58
06. Night And Day  -  03:14
07. You're A Freak  -  02:33
08. You Make Me Die  -  03:40
09. It's All Good  -  04:16
10. Piece Of Me  -  03:26
11. White Pillow  -  03:29
12. Give Away  -  04:14

     Et aujourd'hui ? Et bien plus de nouvelles de Maeder, le groupe, et cet unique disque éponyme risque bien de n'avoir jamais de suite. Et c'est bien regrettable, car ce petit skeud sans prétention a suffisamment de qualités pour avoir passé les ans sans aucun dommage ; le plaisir d'écoute ne s'altère pas. D'autant plus qu'il n'y a aucun déchets (même si on peut faire la fine bouche pour "Night And Day").

On sait que le collectif a eut des hauts et des bas, et qu'il a fini par se dissoudre ; les quatre musiciens tentant alors leur chance séparément. 
Le batteur, Travis Dragani, a bien essayé quelques projets éphémères qui n'ont, à ce jour, guère mieux fait qu'un Ep et quelques tournées (Six Hours, Angels of Gung-Ho, Hills & Trains, Crying Sirens). Occasionnellement, Il joue avec des groupes de reprises, ou pour des backing band en tournée Australienne (notamment pour Mike Tramp et Bruce Kulick). Sinon, il est employé au Hard Rock Café de Dubaï et aux hôtels Shangri-La d'Indonésie au sein de groupes engagés pour animer les soirées (qui ne doivent laisser de place au Heavy-rock made in Australia). Rien de bien Rock'n'Roll.
On a retrouvé Kit Riley dans des groupes de Jazz-rock, jazz-fusion, notamment avec EQ   (avec qui il a enregistré deux disques) et Commond Threads ; son jeu se révèle alors très technique et fluide. On a pu aussi le voir jouant pour Michael Buble, le chanteur canadien de Jazz (big band) qui aime bien virer variété (certainement du travail temporaire et alimentaire).
Et le frangin, Sebastian V. Maeder ? Et bien à l'exception de quelques  rares démos que l'on peut trouver sur le net, il semble s'être évanoui dans la nature.
A ce jour, seul le chanteur semble avoir réussi a retrouver le succès. En effet, alors qu'il traversait une période creuse (devant parfois, pour assurer sa pitance, faire seul, quelques prestations acoustiques de reprises), il quitte l'Australie pour retourner à Europe, en Suisse, à Lausanne (sa ville natale) pour répondre à l'annonce qu'un groupe helvète avait fait paraître sur son site officiel. Le groupe en question avait posté une annonce pour remplacer leur chanteur décédé le 5 octobre 2010 lors d'une virée aux USA. 
Ainsi en 2011, Nicholas Maeder auditionne pour Gotthard et réussi le passage d'entrée. Mieux, il a été rapidement accepté par les fans du groupe. Depuis, il a déjà enregistré deux disques, "Firebird" en 2012 (considéré par certains comme un des meilleurs du quintet Suisse) et "Bang" en 2014. Et si, à mon sens, ces deux derniers sont moins bons que l'unique fait d'armes du groupe Australo-Suisse Maeder, Nicholas, a enfin rencontré un certain succès.

     





un clip

un autre

encore un

et un bonus : La reprise de "ça plane pour moi". A l'origine une face, mais dont le succès inattendue imposa la réalisation - rapide - d'un clip vidéo. Avec une chorégraphie digne de Maurice Béjart.

2 commentaires:

  1. Pour moi, Nick Maeder est le meilleur choix que Gotthard pouvait faire pour remplacer leur défunt chanteur Steve Lee. Tu sais quoi Bruno ? Je le trouve même meilleur que ce dernier.

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    1. J'ai effectivement lu que pas mal de fans de la première heure avaient totalement adopté Maeder. C'est un fait plutôt rare, d'autant plus pour les chanteurs, leur place étant la plus difficile à remplacer.

      Amusant en fait le parcours de ce Suisse d'origine, qui part en Australie, monte un groupe et enregistre un disque qui, malgré sa qualité, ne parvient pas à avoir du succès hors de ses frontières. Puis retourne au pays et accède au succès international avec un groupe Suisse.

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