mercredi 29 octobre 2014

The CADILLAC THREE "Tennessee Mojo" (7 mai 2013), by Mojo Bruno


Yiippiie

     Comme quoi les a priori ont la vie dure. J'étais complètement passé à côté de ce trio de crados hirsutes pour une simple raison :
- un batteur, ouais... un chanteur-guitariste, mouais... une Lap-steel guitare, haaa oui, pourquoi pas... et c'est tout ?? Y'a pas d'basse ??
Et bien oui. Ou plutôt non, il n'y a pas de bassiste. Et bien oui, j'aime la basse. J'aime la basse lorsqu'elle fait trembler les murs et cogner les cœurs, j'aime quand elle insuffle un groove funk profond, à l'âme afro-américaine, lorsqu'elle a les épaules larges et qu'elle s'impose comme la fondation sur laquelle se pose, ou s'appuie, la musique. J'aime les bassistes qui ne se laissent pas impressionner par les gratteux (généralement un peu égocentrique sur  les bords).
Alors dès que je vois un petit combo qui a l'affront de se dispenser de cet instrument, en général, je passe mon chemin. Ce fut le cas avec The Cadillac Three. Ce qui fut une erreur. Heureusement, il y eut une réédition cette année. Et puis, ça tombe bien puisque cette nouvelle édition (de 2014) s'enrichit d'un superbe "The South" qui va rendre vert de jalousie Blackberry Smoke et Whiskey Myers.



Jaren Johnston, Kelby Ray et Neil Manson sont trois potes d'enfance qui, après quelques errances, finirent par se retrouver et s'allier.

     Les choses sérieuses débutent avec American Bang, un groupe né des cendres de Llama et de The Kicks, plus un nouveau venu, Jaren Johnston (qui rejoint ainsi ses "vieux" amis, Kelby et Neil). Ce quatuor de Nashville réussit son  coup en réalisant un album frais de Southern-rock poppy (ayant quelques similitudes avec les derniers Kings of Lion et Taddy Porter - 1er opus-) idéal pour les radios et les fiestas de post-adolescents et de jeunes nord-américains. Pas très original mais bien ficelé, sans accrocs ; du Rock passe-partout plutôt vivifiant. Leur hit, qui joue les trouble-fêtes dans les charts US, est repris pour le thème de WWE NXT. 
Lorsque le guitariste quitte le groupe, Jaren, Kelby et Neil se retrouvent un peu le bec dans l'eau. Ils essayent bien de repartir avec un nouveau membre mais cela ne colle pas. On ne sait pas si le fait déclencheur est le départ de Ben Brown ou l'inadéquation avec son remplaçant, mais au final, les trois copains effectuent un virage au frein-à-main qui les recadre dans une Country plus en phase avec leur état, leur ville. 
Une Country qui n'a rien de celle, aseptisée et ampoulée, dont on a élimé toutes les aspérités afin de rentrer dans les formats de la télévision US bon teint. Une Country qui sent la terre (normal), le climat humide, subtropical du Tennessee, écrasé par un Soleil de plomb. Une Country ayant une main dans la prise (et un pied sur la pédale d'overdrive) et l'autre tenant un verre de Jack Daniel's (n°7 ?) (1). Une country qui sent la testostérone, les Ford Mustang, les Corvette C3, les Trans Am, les longues routes en décapotable ou en bécane cheveux au vent, les soirées festives et chaleureuses dans des clubs fait de bric et de broc où résonnent des vibrations recrachées par des amplis certes souffreteux mais qui ont de la patine. Une Country qui retrouve sa capacité à faire danser, à foutre le feu, et à rejeter toutes les facettes larmoyantes et niaises.
Une Country qui semble parfois renouer avec des percussions aux rythmes tribaux, binaires mais hypnotiques, réminiscences des tribus natives américaines de cet état, des Creeks, des Chicachas et des Cherokees. 
Une Country qui a pris des bains de boues de Hard-blues curatif.

  Ils auraient pu tout simplement repartir sur les mêmes bases qu'American Bang, sachant que tout s’annonçait pour le mieux, qu'une route dégagée et sans embûches leur était ouverte depuis leur album éponyme.
Et bien non, ils ont préféré se serrer les coudes, rester entre eux, et changer carrément de patronyme pour repartir pratiquement à zéro. 

Si Jaren Johnston a préféré garder son aptitude à pondre des refrains fédérateurs, lui et ses acolytes ont donc choisi de suivre cette nouvelle voie nettement plus roots. Pas vraiment très éloignée de celle d'American Bang mais nettement plus franche, honnête et... humaine, organique. Il faut préciser que d'après Jaren, American Bang était un groupe nettement plus southern-Rock, avec même quelque chose de Punk-rock, avant de signer avec Warner Brothers et... de s'éloigner de leurs racines.
Kelby Ray ressort sa vieille LapSteel de la grange, Jaren dépoussière une Telecaster dont la table et le manche accusent de nombreuses heures d'utilisation intense. Quant à Neil, il ne déloge pas de derrière ses fûts.

La recette est simple, mais tout le monde ne parvient à faire monter la mayonnaise. Ce n'est que du Country-Rock, Southern-Rock même, du genre efficace, évitant tout chemins tortueux.
Sur quelques pièces, le côté parfois bastringue de la LapSteel et du Dobro de Ray, couplé aux attaques furieuse de la guitare de Johnston donnent une sensation de Bluesgrass-Metal.
 Bien que l'orchestre n'ait pas du tout la même envergure (difficile à trois de réaliser ce que d'autres font  à six ou sept), on pense assez à Lynyrd Skynyrd, voire à 38 Special (du début). Toutefois, s'il n'y avait qu'un seul groupe à citer en référence, se serait Blackberry Smoke. Le timbre et les intonations de Johnston en étant la principale raison, très proches de ceux de Charlie Starr. Cette même façon d'imposer un rythme par le chant. (plus précisément, ce serait un timbre à la Charlie Starr agrémenté de Ronnie Van Zant et de Cody Cannon, le tout avec quelque chose d'un tantinet plus enjoué et une approche un rien plus sauvage). On y retrouve aussi ce son de Telecaster (parfois remplacée par une Gibson SG) à l'overdrive boostée, au crunch mat et débordant, penchant de temps à autre vers une fuzz bien fat (Big Muff). Le trio qualifie d'ailleurs leur musique, entre autres épithètes, de Country Fuzz.


Ils le clament haut et fort, ces trois loustics sont du Sud (des USA), de Nashville précisément, et ils en sont fiers. Ils revendiquent leur étiquette de Southern-men et de patriotes Américains (« God bless America » sur une de ses Telecaster et au dos d'une National). Ce que reflète leur musique ainsi que les paroles des chansons qu'ils se plaisent à truffer de références : « I got my Johnny Cash black boots... », « Bumpin' an ol' Tom Petty cassette... », « My family's full of crazy Cajuns », « My daddy came from Louisiana... », « It's all about The South. Georgia, Alabama, Mississippi, Louisiana, Carolina... », « Singin' « Free Bird »... », « Moved down to Mississippi... », « A little hillbilly redneck stomp my feet », « Tennessee boys and girls, running free, ... », « Skynyrd.. », « Tennessee Mojo ».


Ouaip, d'indécrottables Rednecks amoureux de leur ville, de leur état, du Southern, et qui doivent penser qu'il ne fait pas bon vivre ailleurs : « (the South) This is where I was born and this where I'll die ».

Ils le disent eux-même : leur musique oscille entre des hymnes adéquats pour la radio (américaine), un Heavy-rock et un Southern-folk traditionnel. Dans ce sens, les loustics nommeraient leur musique  Country-Fuzz ou Hipster-billy. Un truc qui pourrait autant séduire les fans de ZZ-Top que ceux de Dierks Bentley.

Une musique qui pourrait faire la bande son de séries typiquement américaines tels que Sons of Anarchy, Banshee, voire True Blood.
Tandis que "Days of Gold" aurait pu être un tube des "Culs-Trempés" ( "O'Brothers"). (Titre repris par Jake Owens et qui permit à ce dernier de visiter les charts Nord-américains).

Ouaip ! Pour sûr, boy. Y'a bien du Four Horsemen (le son rêche près de l'os, la slide), du Lynyrd Skynyrd, du Blackberry Smoke, du Leroy Powell & the Messengers, du Delta Saints, du Blackfoot (dont Johnston est fan), du Georgia Satellite, quelques onces de Ken McMahan, de Shooter Jennings, voire de Kid Rock (de Rock'n'Roll Jesus et de Born Free, avec plus de c... gnaque), parfois même du White Cowbell Buffalo. Et ça envoie le bois !
Pour être juste, il convient immanquablement de citer Stoner Train. Un autre trio - plus bluesy avec l'harmonica qui prend la place de la LapSteel - qui allie l'acoustique (banjo) et la débauche d'électricité avec une fougue démente. (Un trio de frappa-dingues qui devrait l'objet d'une prochaine chronique).
En mentionnant Stoner Train on peut ainsi faire le meilleur raccourci pour donner une image : The Cadillac Three, c'est Stoner Train qui joue du Blackberry Smoke.

The Cadillac Three est un sacré coup de pied au cul du Southern-Rock.
Mais surtout, ce qu'il y a avec ce trio de rednecks à l'aspect sympathique et négligé, c'est que malgré l'apparente simplicité de leurs chansons, on ne s'en lasse pas. Ça tourne en boucle. Et rares sont les disques à comporter treize titres tous de qualité (on ne compte pas le "hot sauce mix" (?) de "I'm Southern Man"). 
Ha, et aussi, Kelby Ray ressort sa basse pour le studio. Pardonné. Toutefois, la quatre-cordes est bien mixée en retrait, souvent difficilement discernable, ne servant pratiquement qu'à épaissir le son.

Pari réussi avec l'album qui parvient à gravir la 19ème place des charts US.

P.S. Jaren Johnston a coécrit le hit de Keith Urban, "You Gonna Fly" (1er des charts country US), et "Southern Girl" pour Tim McGraw (autre n°1, mais cette fois-ci au Canada). 

(1) Le Jack Daniel's est un bourbon du Tennessee. Créé en 1866 à Lynchburg, par Jasper Newton Daniel. A savoir que la date de création de la première distillerie, revendiquée par l'entreprise sur ses étiquettes, est remise en question par le biographe de Daniel qui la daterait plutôt vers 1875. Cette entreprise est une des fiertés du Tennessee. "It's not Scotch. It's not Bourbon. It's Jack".





belote


et rebelote


dix de der

10 commentaires:

  1. Dès le premier titre on est de suite accroché par la justesse du riff bien gras qui vous attrape direct, après le refrain qui fait chanter en coeur et les petits espaces plus aériens avec des grattes bien crunch ca fait envie c'est sûr !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Effectivement, Jipes, la mise en place est excellente. Je pense que ce Jaren Johnston, qui est le principal compositeur, risque d'être sollicité pour aider quelques groupes et chanteurs à sortir un titre qui les remettraient en selle.

      Supprimer
  2. comme tu adores la basse, je te conseille pour te rattraper d'écouter le superbe duo basse-batterie de ROYAL BLOOD, mais je suppose que tu l'as dèjà fait depuis longtemps, surtout qu'il est en train de devenir le truc (hype) du moment....

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, j'ai prêté une oreille attentive à ce duo - difficile de ne pas en entendre parler actuellement -.
      Je ne sais pas trop quoi en penser. Ils sont bons, c'est indéniable. C'est original même, et ils assurent sur scène. Mais je crains que cela soit vite lassant, car leur registre ne me semble pas très étendu. Le bassiste joue de son instrument comme d'une guitare, et je me demande s'il n'utilisent pas des amplis guitares (Fender). Mais... y'a pas d'guitare. Et ça manque.

      Les Anglais sont très forts pour ériger un groupe- anglais - au rang de star incontournable, parfois avant même qu'il ait fait un disque, et l'oublier, ou l'ignorer au bout de quelques mois, (ou d'une petite poignée d'années).

      En tout cas, ces deux poupons se démènent sur les planches. Ce ne sont pas des poseurs en play-back.

      Supprimer
  3. C'est quand même très très (trop?) proche de BBS.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et bien, oui, dans un certain sens. comme je le spécifie. Plus précisément le Blackberry Smoke de deux premiers albums. Toutefois les "très" et "trop" me paraissent trop forts ; je les remplacerais par "assez".

      Supprimer
  4. Y'a un truc qui m'échappe mon cher Bruno......pourquoi dis tu qu'y a pas de basse chez Cadillac Three? Et Kelby Ray y joue quand même pas que du lap-steel sur tous les morceaux! Sur la pochette il est mentionné qu'il tient aussi la basse, mais bon j'hésite à remettre en question la parole d'un éminent spécialiste......pardonnes moi oh maître! et éclaire ma lanterne!

    PS: je viens d'écouter au casque....que je sois damné si y 'a pas de la basse là-dedans!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Bon, et bien comme dirait l'autre : "à quoi ça sert que [pub] il se décarcasse ??". Heingue ? J'm'l'demande moué ?

      Je cite (chapitre 5, paragraphe 39, page 176)
      "Ha, et aussi, Kelby Ray ressort sa basse pour le studio. Pardonné. Toutefois, la quatre-cordes est bien mixée en retrait, souvent difficilement discernable, ne servant pratiquement qu'à épaissir le son."

      Moi je dis.... le fouet !!!!

      Il est vrai que le premier paragraphe peut prêter à confusion, mais, pour être plus précis, mes premières écoutes de The Cadillac Three datent de la première édition (autre pochette, avec les tronches des musicos), et là, sans casque, et via internet, et bien... pas d'basse. Du moins rien qui n'arrivait à mes zoreilles. Et malheureusement, les extraits de concerts m'avaient conforté dans cette impression.

      Supprimer
    2. Pardon maître! Bien que ta prose soit d'excellente qualité, j'ai dû avoir un petit coup de mou vers la fin ......j'avais pas vu! C'est promis je recommencerais plus!

      Supprimer