mercredi 26 mars 2014

MOUNTAIN "Climbing !" (7 mars 1970) by Bruno




       Mountain. Voilà encore un nom qui n'évoque plus grand chose aux jeunes amateurs de musique bourrue. Pourtant, il fut un temps où l'évocation de son nom remplissait les salles et attirait du monde dans les festivals. C'était un des ténors du Hard-Blues américain.
Son histoire est liée à celle de Leslie Weinstein : un jeune garçon, grand et gras, à l'allure d'ogre, fan de Blues et de Cream.

Leslie West

       Leslie entra dans la vie active en travaillant pour un bijoutier de New-York, mais son cœur était pris par la musique du diable. Ainsi la légende dit que lors de ses pauses pour déjeuner, il prit l'habitude d'admirer les guitares exposées en vitrine ; un jour, il reprit son poste avec retard, ce qui lui valut son renvoi. Qu'importe. Ainsi il put se consacrer entièrement à la musique via The Vagrants. Un premier groupe où son frère, Larry West, officiait au chant et à la basse.
     En 1966, The Vagrants parviennent à avoir deux tubes mineurs, limités à la côte Est, dont une énergique reprise de « Respect » d'Otis Redding. C'est Felix Pappalardi, le producteur attitré de Cream ( il a travaillé sur « Disreali Gears », « Wheels of Fire » et « Goodbye »), qui les produit. La musique des Vagrants oscille alors entre Rock-garage, beat musclé et Soul. En concert, le groupe n'hésite pas à se lâcher, se muant parfois en formation proto-Hard, encouragé par la guitare de Leslie qui prenait alors des tonalités bien plus agressives et sauvages. A un moment, Leslie s'était confectionné une cape de plumes pour son costume de scène ; ce qui lui valut l'attention de Bill Graham qui le compara à un « canari psychédélique de 150 kilos » (toutefois, cela permit que Graham se souvienne de lui lorsqu'il participa à l'organisation d'un festival en août 1969).
The Vagrants est présent sur la fameuse compilation Nuggets.
L'album sorti sur le tard (le bien nommé "The Great Lost Album", en 1987) regroupant tous leurs enregistrements, plus quelques prises live, démontre tout le potentiel de ce jeune groupe.

Leslie West avec The Vagrants (son frère en arrière plan)

     Felix Pappalardi devait produire le premier disque des jeunes et prometteurs Vagrants. Mais il y a déjà des dissensions et le groupe éclate. Toutefois, Pappalardi, séduit par le potentiel de Leslie West, lui propose alors d'enregistrer un disque. De la sorte, en 1969, Leslie West réalise un premier album solo, sobrement intitulé « Mountain » produit donc par Felix Pappalardi. Ce dernier, totalement impliqué dans le projet, joue de la basse et des claviers, et participe à la composition de la plupart des titres, parfois aidé de sa compagne, Gail Collins. Si l'album est encore un tantinet hésitant, il pose déjà toutes les bases d'un Hard-blues lourd et brutal, empreint de rage et de frustration, aéré de touches psychédéliques canalisées, qui vont faire le succès et la marque de Mountain, le groupe.

     Felix Papparladiqui avait déjà produit deux 45 tours des Vagrants, avait depuis longtemps pris toute la mesure du talent de Leslie West. Et à partir de la réalisation du premier essai en solo de West, il ne le lâcha plus. C'est l'occasion ou jamais pour qu'il puisse enfin s'exprimer sur scène, démontrer que lui aussi a de réels talent de musicien. Il a déjà trente ans en 1969 (âge déjà avancé pour se vouer à une musique privilégiant l'électricité à cette époque) et Leslie West serait le partenaire idéal pour le suivre dans cette expérience. Tout se fait rapidement. Felix et Leslie décident dans la foulée de monter un groupe pour poursuivre l'aventure, et donner vie à cette musique sur scène. Ils baptisent leur formation Mountain, le titre de ce premier effort solo., et convient autant à la musique délivrée qu'à la stature imposante de West. 
L'album solo, « Mountain », sort dans les bacs en juillet 1969, et, déjà, le groupe Mountain se produit au festival de Woodstock le mois suivant, en août, avec quelques nouvelles pièces dont « Mississippi Queen ».


     Après cette performance historique, le collectif se consolide autour de Laurence « Corky » Laing à la batterie, un « vieil » ami de West. Et de Steve Knight aux claviers.
En mars 1970, Felix et Leslie lance, décomplexés, à la face du monde de la musique, « Climbing ! », le premier véritable album de Mountain, un manifeste de Hard-blues psyché teigneux.


     L'album s'ouvre sur une pièce binaire, primaire même, « Mississippi Queen », déjà présente lors de la prestation de Woodstock, et certainement la pièce la plus connue du groupe (la plus facilement mémorisable ?). Le riff est épais, lourd, d'une simplicité effarante, chargé d'une fuzz bien grasse, débordant du spectre sonore. La basse se cale dessus pour épaissir le son, donnant alors un aspect fort pesant, pachydermique. Leslie, à l'avenant, éructe comme jamais, tel un ogre enragé (toutefois moins qu'en concert où il vocifère carrément). Steve se fait discret, comme terrifié par cette déflagration sonore, égrenant un timide triolet, à peine audible, entre les coups de ramponneau de Leslie. En compensation, les soli sont sautillants et moins saturés. L'archétype du titre Hard-Rock simple, puissant et foncièrement agressif. Il y a là encore dans le fonds du Blues, mais le Heavy-Metal n'est pas loin.
Suit « Theme for an Imaginary Western », un autre grand classique que Leslie réenregistrera. Une composition à l'origine de Pete Brown et de Jack Bruce (et cela s'entend dans le chant) entre Procol Harum, Jack Bruce et Cream. Le chant de Pappalardi, malgré quelques faiblesses lorsqu'il essaye de maintenir la note, fait preuve d'un certain lyrisme, certes naïf, mais qui permet d'aérer la musique brutale de Mountain, de lui insuffler une mélodie. Ainsi Leslie et Felix alternent entre le chaud et le froid, l'agressif et la – toute relative – douceur. Cette première version est néanmoins grevée par la guitare sur-saturée couvrant le pauvre et timoré Steve Knight qui semble faire son possible pour se faire entendre. Les versions suivantes, dont les live, seront meilleures. Leslie y joue un de ses plus beaux soli, tout en feeling. « When the wagons leave the city, For the forest and futher on, Painted wagon of the morning ; Dusty roads where they´ve gone ; Sometimes travelin´ through the darkness, At the summer comin´ home, Foreing faces by the wayside, Look as if they hadn´t known ; All the sad was in their eyes, And the desert that´s dry, In a country town , Where the map was found »
Outre Jack Bruce, cette chanson sera reprise par Greenslade et Colosseum.

L'essentiel de Mountain, les claviers n'étant alors que superficiels

Encore un classique avec « Never in my Life » qui renoue avec le Hard-blues lourd et offensif. Bien moins primaire que le premier, il est un tantinet plus remuant grâce à sa batterie tribale. Cette pièce aurait gagné en finesse si Pappalardi avait mixé les quelques parties de claviers ne serait-ce qu'un petit degré plus en avant. Mais, apparemment, son but était d'envoyer la purée, les claviers, pour se premier jet, étant là essentiellement à titre de simple ornementation.
Avec « Silver Paper », Mountain semble proposer un Heavy-rock né au pays du Soleil-levant.

Mountain sait faire aussi dans la ballade, même si Corky y semble mal à l'aise, avec « For Yasgur's Farm », titre en hommage au festival de Woodstock et au fermier qui prêta sa propriété. Enfin, ballade, c'est vite dit, car les refrains sont plutôt appuyés et la basse vrombit, malmène les baffles, lors du solo. Leslie et Felix alternant au chant renforcent ainsi cette sensation de montagnes russes.
Instant détente avec « To My Friend » : guitare acoustique livrée seule pour jouer une pièce folk qui prend des accents yiddish sur le final. Même sans électricité, West peut se montrer virulent. Un bon enchaînement pour la ballade folk, « The Laird », où Felix chuchote presque.


Pappalardi & West

     Corky introduit « Sittin' on a Rainbow » par un pattern à la fois alambiqué, faussement chaotique et néanmoins bien en place, avec un jeu de double grosse-caisse. La basse sue la fuzz à grosse goutte, et la guitare plantent un boogie fanfaron et grassouillet. Un Hard-boogie pour canailles en goguette, ou plutôt pour tournée des bars.
     A cette époque, Leslie avait abandonné sa Guild demi-caisse et sa Rickenbaker des Vagrants pour jouer sur des Gibson Melody Maker, des grattes pas vraiment conçues pour faire dans la dentelle. Et puisque l'on parle un peu matos, la basse de Pappalardi est une Gibson EB-1. Un instrument au corps plutôt fin, surtout pour sa catégorie, et ayant un fort niveau de sortie. Cette basse est réputée pour délivrer un pur son rock millésimé sixties-seventies, ou encore adéquate pour jouer du Blues en mode Heavy.

Le clavier, absent depuis « To my Friend », réapparaît pour la clôture, pour le bancal « Boys in the Band » ; une pièce qui hésite entre Hard-blues, rock-psyché, progressif, et quelques légères réminiscences 60's, au spleen omniprésent.

     L'album se place dans les charts et est certifié disque d'or au bout de quelques mois. Et cela n'a certainement rien à voir avec le charisme de ses musiciens.
Rapidement donc, Mountain devient un groupe phare des groupes de Heavy-rock et de Hard-Blues (du genre bien chargé en électricité). Hélas, des problèmes de fatigues et de pression alliés à des substances illicites auront tôt fait de dissoudre le groupe.


People : Jimi Hendrix était présent dans un studio limitrophe à celui qu'utilisait Mountain pour l'enregistrement de « Climbing! ». Ainsi, on dit que le premier à avoir écouté l'album, était Jimi en personne. Ce dernier aurait apprécié le riff de « Never in my Life », la première pièce enregistrée.
Jimi et Leslie joueront ensemble dans un club New-Yorkais. Jimi prit la basse pour accompagner Leslie.


  1. Mississippi Queen (Corky Laing, Pappalardi, David Rea, West) - 2:32
  2. Theme For an Imaginary Western (Pete Brown & Jack Bruce) - 5:07
  3. Never in My Life (Gail Collins, Corky Laing, Felix Pappalardi, Leslie West) – 3:53
  4. Silver Paper (Collins, Gardos, Steve Knight, Laing, Pappalardi, West) – 3:18
  5. For Yasgur's Farm (Collins, Gardos, Laing, Pappalardi, David Rea, Gary Ship) – 3:23
  6. To My Friend (West) - 3:38
  7. Laird (Collins, Pappalardi) - 4:39
  8. Sittin' on a Rainbow (Collins, Laing, West) - 2:22
  9. The Boys in the Band (Collins, Pappalardi) – 3:43
  10. For Yasgur's Farm (Live) – 4:18 (bonus sur l'édition de 2003)

     Le dessin de la pochette a été réalisé par Gail Collins (la compagne de Pappalardi, qui en fera d'autres), qui participe également à l'écriture des chansons.
Au recto de la pochette, on peut lire la mention « This record was meant to be played loud ». On peut y voir aussi la photo de deux potes qui se claquent la main, comme pour marquer leur satisfaction mutuelle pour leur travail effectué, et finalisé. Un échalas face à un grand gaillard, large d'épaules, et en surpoids. 


Steve Knight est décédé le 19 janvier 2013, de complications de la maladie de Parkinson.


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Articles sur Leslie West :
"Unusual Suspect" (2011)
"Still Climbing" (octobre 2013)

7 commentaires:

  1. Tu sais d'où elle vient la seconde vidéo ? Quel festival ?

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    1. Cincinnati, le 13 juin 1970, donc trois mois après la sortie de la galette, et moins d'un an après la formation du quatuor. Le "Cincinnati Pop Festival" exactement.

      Par contre, j'ai oublié de spécifier que sur la première vidéo, Mountain (première prestation scénique ?) joue un titre de l'album solo de Leslie West : Southbound Train. Une berceuse.

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  2. Je l'ai. Je ne l'écoute jamais. Pourtant essayé plusieurs fois, mais ça ne passe pas.

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    1. Tu as essayé avec une vraie chaîne Hi-Fi, un truc costaud qui envoie et tient les graves sans baver et restitue les aiguës sans distorsion ; avec des enceintes qui pèsent, pas des trucs de 3 kilos.
      Bon, ok, je plaisante. Je pense bien que "Mississippi Queen", "Never in my Life" et "Sittin' on a Rainbow" ne doivent pas vraiment s'accorder avec tes affinités. De plus, la captation de la guitare donne parfois un peu l'impression d'être artisanale. Comme si on n'avait pu domestiquer la bête en rut, ou en colère (au choix). Et c'est à deux doigts de gâcher le superbe "Theme for an Imaginary Western".
      Par moments même, l'album préfigure Gov't Mule. Alors, là....
      La production du suivant, "Nantucket Sleirghride" est plus maîtrisée, et est peut-être encore meilleur (les avis divergent).

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  3. Tu prends ca comme matos pour écouter Moutain et...

    http://www.hardmaisrock.com/search/label/Tannoy%20%26%20Mc%20hintosh

    ca va passer comme un suppositoire !

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  4. Je n'aime pas les suppositoires!

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  5. Je ne peux plus rien faire pour toi de plus.

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