mercredi 4 septembre 2013

JUMPIN' THE GUNN "Shades of Blues" 1993 - (by Jumpin' Bibi)




    Dans la liste des « loosers magnifiques », de ceux qui ont disparu après l'accomplissement du fameux disque à enregistrer, en voilà un de choix. (Oui, encore un, et la liste est loin d'être épuisée ; il y a du stock ! Yes Sir !). 
Alors que les précédents de la série dataient des années 70, celui-ci vient juste d'avoir ses vingt ans (le 6 avril dernier exactement) ; un jeunot en comparaison.
Bien que paru lors d'une année assez bonne pour le Blues (avec Gary Moore qui cartonne sur les ondes avec sa version live de "Parisian Walkways", Buddy Guy qui est devenu - enfin - une vedette et fait un malheur avec "Feel like Rain", John Lee Hooker en orbite, Clapton qui marque son retour avec le fameux "Unplugged", un des disques les plus vendus de par le monde, B.B. King déboule avec un "Blues Summit" avec une pléiade d'invités qui lui permet de renouer avec le Billboard, Albert Collins fait une percée remarquée en Europe), l'unique album de Jumpin' the Gunn se place aisément parmi les meilleurs de l'année. 

     Certains groupes ont besoin d'une longue période de gestation pour arriver à réaliser une œuvre décente, d'autres parviennent dès leur premier opus, à faire ressortir la quintessence de leur musique, à faire preuve d'une maturité désarmante.
Jumpin' the Gunn est de la deuxième catégorie. En effet, en 1993, le label Point Blank (représentant alors le département Blues de Virgin), publie « Shades of Blue ». Un disque de gamins sortis de nulle part, (ou plutôt si, d'Ecosse). Même pas des vieux briscards, encore moins des galériens qui auraient écumé la scène depuis des lustres.
     Le plus âgé, le leader Andrew Gunn, guitariste émérite et compositeur, n'a pas vingt ans (!). Et pourtant, suite à cet album, ce jeune prodige ouvrira et jouera avec Albert Collins, jammera - sans complexes ? - également avec Albert King, Pop Staples, Buddy Guy et Larry McCray. « La valeur de l'âge n'attend pas le nombre des années » dit-on.


Gunn, quelques années bien plus tard...
     Alors que cet album offre des blues de très bonne facture (rien à jeter), naviguant dans les sphères d'un Chicago-blues, d'un West-side sound, et d'un Blues-blanc respectueux des fondateurs, dont une très bonne reprise du « Tired of tryin' » de Johnny Winter. Le son, notamment, est assez éloigné de celui du Blues-Rock, a fortiori celui qui s'est épanoui à compter de cette décennie. Pas de guitare boostée, pas d'orgue furibond. Non, c'est plutôt piano (bluesy, boogie ou bastringue) et guitare en son clair ou crunchie.
   Ce sont sur les slow-blues et les ballades bluesy que Jumpin' the Gunn fait la différence, notamment parce qu'ils dégagent un feeling rare. En effet, dès les premières secondes de « Turtle Blues » (composition de Janis Joplin, of course), on est saisi par la voix limpide, sûre, nuancée, relativement puissante, de Vikki Kitson. Véritable phénomène, qui du haut de ses 16/17 ans, scotche littéralement l'auditeur par ce timbre enchanteur, qui n'a rien de juvénile, même si les cordes vocales ne sont pas éraillées par les ans et les mauvaises habitudes. Cette reprise est magnifique, sublimée. Introduite par de puissants chœurs gospel, Vikki pose sa voix veloutée, un piano blues s'immisce, quelques notes de guitares. Cela reste feutré jusqu'à l'explosion d'un solo de guitare pur pentatonique.
« More & More », joue un peu sur le même registre, mais en penchant un peu plus vers la ballade bluesy avec un fond pastel teinté Jazzy, avec toujours cette voix expressive, qui ravis, enchante. D'ailleurs, sur certaines mesures, seul un arpège de guitare accompagne le chant, qui, de par sa beauté, aurait pu être fait a cappella. On y retrouve du Sharleen Spiteri (de Texas) et du Lydia Pense (de Coldblood), moins sensuel mais avec un tantinet plus de fraîcheur et, occasionnellement  une pointe juvénile, voire ingénue, pouvant parfois percer.

« Shades of Blues », un slow-blues, plus classique, où on a droit au solo de gratte de deux minutes (bon mais qui aurait gagné à être raccourci de moitié).
On clôture en beauté sur un slow-blues, "All I Say to You", interprété seulement par une guitare plaintive et un piano, tout en retenue, sur lesquels se pose délicatement la voix rafraîchissante de Vikki. Sans artifices. Magnifique, du velours, une béatitude, un recueillement, une bénédiction. Trop rare. 

     Andrew Gunn joue sur la fameuse Gibson SG Custom (la blanche à trois micros), sans effet, alternant entre sons clairs, purs, pleins, et d'autres juste enrobés d'une légère saturation d'ampli. Son jeu est plus ancré dans le Chicago-Blues, que dans le Blues-rock, ou le British-blues. Même si quelques soli évoquent des phrasés un jeune Peter Green  et d'autres de Gary Moore (en bien moins saturé, et bien moins technique).

     L'album est produit par Mike Vernon en personne (aidé par John Wooler), le producteur attitré du British-Blues, qui se fend au passage de quelques chœurs et percussions. Et c'est certainement lui qui a invité Steve Potts (de Booker T & the MG's !) a assurer derrière les fûts. Tant qu'à faire, autant prendre ce qu'il y a de mieux.


Belle photo de la nouvelle compagne d'Andy 
     A l'écoute d'un tel album, on ne peut que s'interroger sur la raison d'absence de suite. D'autant plus que le disque eu un certain succès ; du moins les quelques critiques de la presse spécialisée, ne tarissaient pas d'éloges. Apparemment, seul Andrew Gunn (rebaptisé Andy) a continué, en produisant lui-même ses rares albums où il mélangent allègrement le Blues et le folk, avec quelques pincées de rock. 
Ses graves problèmes de santé (il fut transfusé à six ans avec du sang contaminé importé des USA, et à 14 ans ont lui diagnostiqua le VIH) ont très certainement miné irrémédiablement une carrière prometteuse. Plus récemment, il y a environ une dizaine d'années, on lui aurait découvert un cancer. En août 2010, il est arrêté pour une sombre affaire de paranoïa où il aurait mis en danger, ou effrayé, des amis proches, à la suite de quoi il est interné dans un établissement psychiatrique pour plusieurs semaines.
Aujourd'hui, il semblerait guéri et prépare son quatrième effort solo.
  1. Cryin' Blues 
  2. Green All Over
  3. Turtle Blues
  4. Crossed Wires
  5. More and More
  6. Tired of Tryin"
  7. Shades of Blues
  8. Mind Reader
  9. Sweet Jesus
  10. All I Say to You





Les documents vidéo sur ce groupe sont extrêmement rares ; seulement deux recensés, ci-joints, mais rien concernant le répertoire de leur unique disque.


7 commentaires:

  1. Tiens, tiens! en 2010 j'ai fait l'acquisition de ce cd, suite au com d'un certain "Brutor"....Ben oui, j'ai toujours accordé un certain crédit à ce gus!....Donc je souscris évidemment aux propos tenus ci-dessus.Un superbe disque de blues que je ressors régulièrement.
    Comme tu le dis, la liste des"loosers magnifiques" est longue! Au hasard: Back Door Slam, David Knowles, et les Brandos et Loose Diamonds (chers à notre Philou)

    RépondreSupprimer
  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

    RépondreSupprimer
  3. Tiens tiens! J'ai fait l'acquisition de ce disque en 2010, suite à un comm d'un certain Brutor....J'accordais alors un certain crédit aux dires de ce Monsieur, jamais regretté par ailleurs!
    Superbe opus que je ressors régulièrement. Comme tu le dis, la liste est longue des "loosers magnifiques", au hasard: Back Door Slam, David Knowles, The Brandos et Loose Diamonds ( si chers à notre Philou!) Amicalement

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, David Knowles (dont on a déjà parlé ici) et son Back Door Slam. On se demande bien ce qu'il fabrique ce jeunot. Apparemment, il n'est pas carriériste. Son seul souci étant de monter sur les planches En 2010, il a rejoint le groupe des batteurs de Grateful Dead, Rythm Devils - avec Andy Hess à la basse - pour quelques tournées. Et depuis.... plus rien.
      Toutefois, Knowles n'est pas vraiment un "looser", puisque, je l'espère, ça carrière n'est pas fini.

      Supprimer
  4. désolé y'a deux fois le message, j'ai dû merder quelque part!

    RépondreSupprimer