mercredi 28 août 2013

Joe WALSH "Analog Man" 2012 - (par Bruno)



     Pour une majorité, Joe Walsh n'est connu qu'à travers son travail avec les Eagles (On lui doit notammment, outre sa contribution au hit inter-planétaire « Hotel California », le riff de « Life in the Fast line », « Pretty maids all in a room » et « In the City » - entre autres). Pourtant, sa carrière discographique remonte à 1969 où déjà il remporta un succès enviable avec le Heavy-blues des trois premiers opus de James Gang, dont l'incontournable « Rides Again ». Un peu oublié de nos jours, il n'en demeure pas moins que les deux premiers opus de ce trio sont admirables, empreints d'une maturité étonnante ; les suivants "Thirds" et "James Live", bien qu'inégaux, comportent encore quelques pépites. Le live présente surtout le défaut d'être trop court, et d'être un mélange d'extraits donnant la sensation d'un travail de production bâclé ; on reste sur notre faim. Une gageure, car il dévoile assez d'atouts pour laisser subodorer qu'avec un peu plus de matière et de liant, James Gang - avec Joe Walsh - aurait pu, aurait dû, sortir un grand disque en concert de la décennie.
     En 1972, il débuta une carrière solo, qu'il ne lâchera jamais totalement, sortant des disques quand bon lui semblait, et suivant son état de santé, parallèlement à l'activité des Eagles.


      Son dernier album solo remonte à 1992 (« Songs for a dying planet »). Avec une gestation de vingt ans, on était en droit de s'attendre à un grand album du monsieur; il en a les capacités.

     Or, à la deuxième ou troisième écoute - la première pouvant bluffer - on a l'irrésistible envie de s'écrier : « Mais ? Joe ! Joe ? Mais qu'est-ce que c'est que ce Rock convenu, mainstream ? C'est quoi ces gros riffs éculés qui tombent à plat ? »

Le pompon revient avec « Hi-Roller baby », une pop-song bubble-gum  que ne renierait pas One Direction !! Écrit par Tim Amstrong de Rancid ?? Ils ont fumé la moquette ou quoi ???
Et ce « Family »,  un slow dégoulinant de guimauve (avec Crosby et Nash ?).
Pourquoi avoir chargé sa voix d'échos, allant parfois jusqu'à la mixer, la trafiquer à un point qui la rapproche dangereusement des escrocs du r'n'b. Pour cacher les effets indésirables de l'âge ?
Sachant qu'une programmation vient à remplacer parfois la batterie, on se demande si le titre de l'album n'est pas un trait d'humour si cher à Joe.
Mais c'est quoi tout ça ? Recherche de facilité, ou drague d'une clientèle plus jeune ? L'envie de voir son nom affiché au billboard ?
C'est bien la peine de présenter en photo une K7 et une rangée d'innombrables vinyls élimés.
Même sa énième version de Funk 48, ici rebaptisé Funk 50, se pare d'un manteau de « modernité » pour réactualiser son titre fétiche. Sans être médiocre, cette version n'apporte rien de plus à l'original, au contraire.


     Reste ce surprenant et très bon instrumental où l'on croirait presque entendre Angus Young, Satch et Walsh himself tapant le bœuf sur un rythme electro avec bidouillages et programmations à bon escient.
« Band play on » également, avec Ringo Starr, mêlant senteurs indiennes et rock franc du collier ; entre George Harrisson et le titre « Taste of India » d'Aerosmith.
Et « Lucky that way » et son côté Nashville, avec Ringo encore.
Dans le genre Rock californien carré et charnu, les deux premières pièces, « Analog Man » (avec un refrain type Supertramp) et « Wrecking Ball » tirent leur épingle du jeu, malgré une batterie monolithe minante et sans relief. Sur ces compositions, Walsh démontre, si besoin en était, qu'il n'est pas arrivé là par hasard, et qu'il a encore les capacités de bousculer des plus jeunes assis confortablement dans leur fauteuil de la notoriété exacerbé par des médias condescendants et lèche-bottes.

     Une version Deluxe » propose deux titres en plus, dont « But it try », le meilleur titre des Stones depuis des lustres. C'est brut, naturel, vivifiant, un retour aux sources fort bienvenu. En fait il s'agirait d'un enregistrement de James Gang datant de 1970 avec Little Richard. Pourquoi donc réserver ce bijou à une version « Deluxe » ?

     Un album loin d'être déplaisant, qui est largement supérieur aux innombrables daubes matraquées sur les ondes; toutefois ce n'est pas à la hauteur d'un personnage tel que Joe Walsh. Surtout si l'on considère que 36 minutes c'est bien court (d'autant plus en faisant l'impasse sur quelques chansons). En tout cas, cela ne l'a pas empêché de se hisser à la douzième place du Billboard ; chose que Joe n'avait plus atteinte, du moins en solo, depuis 1978. "Vas comprendre, Charles".



     Dans tous les cas, la version Deluxe est conseillée, car à lui seul, ce trésor révélé qu'est « But I Try », mérite le déplacement. Un titre qui accentue encore plus le manque d'un live de James Gang digne de ce nom, et qui prouve que ce trio avait de quoi faire de l'ombre aux plus grands de la même époque.
     Quoi qu'il en soit, pour ceux qui sont amateurs de bonnes musiques, du genre qui fait vibrer et qui n'est pas pollué par divers artifices, plongez-vous d'urgence dans les premiers James Gang (⇦ lien), ou dans ses premiers opus solo (So What, The Smoker You Drink, The Player You Get, Barnstorm), ou encore dans le best-seller : Hotal California des Eagles (⇦ lien)

     Mais que l'on ne se méprenne pas sur le ton et la notation de ma chronique: Joe Walsh demeure un grand musicien - un survivant également -, un gars plein d'humour et d'une humilité qui fait malheureusement défaut à bon nombre de musiciens qui ne possèdent pas le quart de son talent (et encore, je suis généreux).





1."Analog Man"  (Joe Walsh, Drew Hester, Gannin Arnold)  4:02
2."Wrecking Ball"  (Walsh, Tommy Lee James)3:45
3."Lucky That Way"  (Walsh, James)4:14
4."Spanish Dancer"  (Walsh)3:49
5."Band Played On"  (Walsh, James)4:03
6."Family"  (Walsh, James)4:21
7."One Day At A Time"  (Walsh)3:18
8."Hi-Roller Baby"  (Tim Armstrong)3:18
9."Funk 50"  (Walsh)1:57
10."India"  (Walsh)3:44




Bonus :
"Fishbone"  (Walsh) 3:48
"But it Try" (Waslh, Fox, Peters, Richard Penniman) 6:40



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