samedi 27 juillet 2013

Concert Wagner : Ouvertures célèbres – Otto Klemperer – par Claude Toon



- Oh Oh M'sieur Claude, un programme Wagner aujourd'hui. C'est vrai que c'est le bicentenaire, vous avez mis la chevauchée des vaches qui rient ? hihihihi…
- Tss Tss Sonia, elle est usée cette blague, laissez-la à Luc ou Rockin'… Mais oui, j'ai prévu la Chevauchée des Walkyries, un morceau de 2 minutes d'ailleurs…
- C'est un double album, vous avez une ligne directrice dans votre sélection…
- J'aime mieux cette formulation mon petit ! Oui, j'ai sélectionné les ouvertures des opéras parmi les plus célèbres et je termine sur le charmant Siegfried Idyll écrit pour la naissance de son fils, une aubade pour petit ensemble, un cadeau pour Cosima, la maman…
- Joli cadeau, je n'imaginais pas Wagner fleur bleue… Bon j'écoute tout cela...

Sonia suit l'affaire de près ! Wagner aurait bien 200 ans cette année. Aller savoir ? C'est peut-être comme dans X-Files, à l'instar d'Elvis, il est peut-être encore en vie ! Blague à part, j'avais consacré une sacrée (cette figure de style, j'voulais pas la louper, désolé) chronique à Wagner chanté par Jonas Kaufmann en mars. Ceux qui avaient zappé ce chef-d'œuvre du blog y trouveront une bio détaillée du compositeur haut en couleurs (clic). Wagner, on a presque autant écrit sur le bonhomme que sur le Christ parait-il ! Ça sent la légende urbaine. Petit résumé :
Wagner est le personnage de toutes les contradictions. Il passera la moitié de sa vie en exil. La première fois pour avoir joué les révolutionnaires sur les barricades de Dresde ; l'Allemagne prussienne n'aime pas les anarchistes. Premier séjour  à Zurich. Retour en Allemagne où notre Wagner ne trouve rien de mieux que d'emballer la femme de Hans von Bülow, le chef qui dirige ses opéras ; la prude Allemagne n'aime pas les coureurs de jupons option adultère. Nouvel exil à Lucerne (un peu de changement) avec la belle Cosima qu'il pourra épouser après la tempête médiatique. Elle lui donnera un fils : Siegfried. Collection Harlequin, tout un monde d'évasion…
Et je ne reviens par sur la construction du TEMPLE de Bayreuth dédié à l'usage exclusif du maître et financé par Louis II de Bavière, un monarque infantile, déjanté mais richissime, amoureux de la musique de Wagner… Place à la musique justement :
Pour commencer le programme, l'ouverture de Tannhäuser. Une de ces histoires moyenâgeuses dont raffolait Wagner. Tannhäuser vit prisonnier au Vénusberg (un lieu de volupté permanente, tu te rends compte Rockin'). Tannhäuser rencontre Elisabeth de noble extraction… Elle essaye de sauver l'âme de Tannhäuser en l'empêchant de retourner dans ce lieu de bacchanales et de perdition. Tous les deux en mourront… forcément ! On écoute l'ouverture luxuriante avec la marche des pèlerins épicée des déchaînements orgiaques du Vénusberg :

C'est à Zurich que Lohengrin sera composé, et la création aura lieu à distance en 1850 grâce à Franz Liszt. Encore une histoire du temps jadis (Xème siècle)… C'est une affaire compliquée, avec un preux chevalier, Lohengrin, qui débarque par miracle sur une nef tiré par un cygne (non Philou, je n'ai rien bu) au secours de la douce Elsa qui, accusée d'avoir un amant, doit subir le "jugement de Dieu". Le Graal a une place importante… etc. L'ouverture de l'acte I, avec ses longues phrases célestes aux violons, est l'une des plus belles pages écrites par Wagner

La chevauchée des Walkyries : les douze cavalières reviennent joyeuses de la bataille avec leurs trophées, des bras et jambes humains, quelques têtes. Une grande féminité ces nanas. C'est plus un opéra, c'est Verdun…

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Profitons de l'entracte pour prendre une petite coupe de champagne au bar (Merci Sonia heuu… non pas de canapé salé, sucré plutôt, c'est gentil…) et parler du Philharmonia et d'Otto Klemperer. L'orchestre et le chef ont déjà fait la une de plusieurs chroniques consacrées aux enregistrements mahlériens (clic) et au Songe d'une nuit d'été de Mendelssohn (clic).
En 1945, Walter Legge (mari de la grande Elizabeth Schwarzkopf) pressent l'arrivée du microsillon. Producteur de EMI, Il fonde le Philharmonia, un orchestre de studio de qualité qui va renouveler le répertoire classique sur ce nouveau support à la capacité multipliée par 6 pour une face ! Il fait appel au plus grands : Furtwängler, Karajan et plus tard pour près de 15 ans, Otto Klemperer revenu d'entre les morts. Le grand gaillard au visage d'airain, haut de deux mètres, sarcastique et autoritaire est hémiplégique depuis son séjour aux USA (Klemperer, juif, avait fuit le nazisme). Il survit entre deux crises cardiaques à coup d'injections de Mozart, Beethoven et Mahler lors de concerts où, assis, il dirige d'un bras… Il dirigera ainsi jusqu'à 88 ans, en 1973. De Bach à R. Strauss, le vieux maestro va réenregistrer les grands tubes symphoniques ou opéras de l'âge classique et romantique.
Au début des années 60, Klemperer grave 3 vinyles des grandes pages symphoniques de Wagner. Les soucis de clarté dans la mise en place orchestrale, et une compréhension aigüe de l'univers du compositeur, font miracle dans ce répertoire. Une anthologie exemplaire qui n'a jamais quitté le catalogue, rééditée, numérisée, remasterisée… Inutile de préciser que tous les morceaux de ce e-concert sont extraits de ce double album indispensable, surtout pour s'initier à Wagner.
Tristan et Isolde : Klemperer a enregistré sans interruption l'ouverture et la musique accompagnant la mort d'Isolde. 15 minutes d'un poème dramatique où tous les thèmes de cette histoire d'amants maudits s'entrecroisent… Encore un conte cruel du moyen-Âge. Isolde fait absorber un philtre mortel à Tristan qui a tué son fiancé. Magie ! Il aurait du en mourir, il tombe en fait follement amoureux de Isolde. Tristan devait amener la jeune femme auprès de son roi pour épousailles. Une trahison qui les conduira au trépas, eux aussi, forcément... L'ouverture alterne les thèmes évoquant la violence du récit, l'immensité de la mer qui sert de décor à la tragédie, le souffle épique. Dans les dernières mesures, Klemperer fait haleter l'orchestre en écho aux derniers soupirs d'Isolde agonisante sur le corps de Tristan… Attention… chef d'œuvre !

Et pour finir sur une note plus sereine, le cadeau à Cosima. Le joli Siegfried Idyll dans la version originale pour une douzaine d'instruments.


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pour le coffret Klemperer

5 commentaires:

  1. l'ouverture de Tannhäuser et celle de Lohengrin (Que l'ont peut entendre dans le dictateur de Chaplin. La scène ou il joue avec une mappemonde en baudruche). J'aime aussi ce que Klemperer a enregistré en 1960 chez EMI, toujours Wagner avec les ouvertures de Rienzi et du vaisseau fantôme

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  2. Ouvertures... Que l'on trouve dans ce coffret bien évidemment...

    Il existe aussi un double album de la collection "Century" ; toujours chez EMI sans les poèmes symphoniques de Strauss qui valent cela dit le détour...

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  3. On trouve "Lohengrin" en vinyle dirigé par Klemperer ?
    Magnifique et passionnante chronique....merci.

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  4. J'ignore si Klemperer nous a laissés une gravure de Lohengrin en entier à l'époque Philharmonia et EMI, je ne pense pas... Tannhauser, oui et c'est une référence comme sa flûte enchantée de Mozart.
    On trouve les albums des ouvertures et extraits divers en vinyle sur le marché de l'occasion... Chers, et de mémoire : les pressages français n'étaient pas terribles...
    Pour Lohengrin, deux enregistrements marquants : Rudolf Kempe et Rafael Kubelik...

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  5. Merci Claude
    Je me mets en recherche...

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