samedi 18 mai 2013

VIVALDI : Concertos en folie pour Mandolines – Il Giardino Armonico – par Claude Toon



- M'sieur Claude, j'ai l'impression que la photo du CD est en biais !!!
- Non ma belle Sonia, c'est un effet d'optique provoqué par l'illustration qui domine le visuel qui, elle, est vraiment en biais… Et à part cela ?
- J'imagine que c'est une cure de soleil avec Vivaldi, des luths, des mandolines et plein d'instruments… Ça semble très épicée cette musique…
- En effet, un Vivaldi printanier dans une interprétation déchaînée… C''est de saison…
- Vous parlez beaucoup baroque ces derniers temps M'sieur Claude, Bach, Charpentier et son Te Deum, et de nouveau Vivaldi…
- Ohhh Sonia, les médias nous bassinent avec la crise, la météo est merdique… Le baroque a des vertus antidépressives…. Na !!

Très instructif ce petit bavardage matinal avec Sonia. Ne me demandez pas pourquoi, mais j'ai envie de commenter de la musique gaie, voire rigolote ces temps-ci. Oui, partager ensemble les jolis couleurs et la vivacité de la musique interprétée par des formations baroques survoltées. Survoltées, mais sans esbroufe, c'est le cas depuis des décennies avec Il Giardino Armonico sous la houlette de son flutiste  solo et directeur, j'ai nommé Giovanni Antonini.
Après la musique religieuse de Vivaldi magnifiée par Philippe Jaroussky, après Cecilia Bartolli dans l'album original Mission, après Charpentier et son Te Deum qui bien que religieux n'en est pas moins festif, et enfin les suites de Bach par le violoncelliste Bruno Cocset, retour avec Vivaldi dans un autre genre : les concertos pour mandolines, luths et tout un bataillon d'instruments étranges…
Vivaldi a composé 500 concertos. On craint à juste titre le syndrome du copier-coller, de la redite, de l'ennui. Ce n'était pas faux dans les années 60 où l'on regroupait ces concertos par séries. L'approche thématique, autour d'un instrument inhabituel, ou une source d'inspiration donnée, a permis un renouvellement complet de la discographie et une écoute pleine de surprise et de fantaisie. Quant aux instruments anciens, ils sont devenus incontournables. J'ai réécouté, lors de la rédaction de la chronique "Les quatre saisons" (clic), le disque historique de I musici de 1959. Respect pour ces pionniers, mais Dieu que cela est devenu, heuuu anémique, (je vais me faire lyncher !)
Aujourd'hui, c'est mandoline ! Avec mes amis rockers ou bluesmen du Deblocnot, les instruments à cordes pincées et avec un manche tiennent le haut du pavé de ce blog. Non Bruno, la mandoline baroque ou le théorbe ne viennent ni de chez Gibson, Les Paul et Cie. N'empêche que l'infinie variété des guitares sèches ou électriques doit tout à leurs aïeules de la renaissance et du siècle des lumières… Ah les luthiers de l'époque ne manquaient pas d'imagination : toutes les formes, toutes les tailles… Le Théorbe possédait deux manches : un pour l'aigu et le médium et un autre plus long pour les basses. La tessiture du Théorbe était si large que souvent, et de plus en plus de nos jours, il remplaçait le clavecin difficile à transporter et à accorder… Avec des essences de bois rares, un travail inouï sur la table ouvragée de rosaces, ils avaient de la gueule ces joyaux construits à la main…

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~


Quelques mots sur Il Giardino Armonico créé à Milan en 1985 par Giovanni Antonini. Le violon solo, au rôle important à l'époque baroque vénitienne est Enrico Onofri. Il ne faut pas oublier que Vivaldi était un violoniste virtuose et que la moitié de ses concertos est dédiée à cet instrument. L'ensemble de niveau superlatif s'est produit sur les plus grandes scènes du monde : Vienne, Barbican Hall à Londres, Théâtre des Champs-Élysées à Paris, Concertgebouw à Amsterdam, toute la planète l'a accueilli. Cet orchestre se produit en concert dans le répertoire baroque, mais également en accompagnement des oratorios, des opéras et de grands solistes ou chanteurs comme la violoniste russe Viktoria Mullova, le violoncelliste Christophe Coin, ou encore Cecilia Bartoli. La discographie fidèle au label Teldec est riche et passionnante. Les récompenses types Diapason d'or sont légions…
Il Giardino Armonico a beaucoup servi au disque Vivaldi. Parmi sa production, j'avais cité Sacrificium et un album d'airs d'opéra de Vivaldi chantés par Cecilia Bartoli dans la chronique sur Mission. (Clic)
~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~
Les concertos pour mandolines ont fasciné très tôt les artistes enregistrant Vivaldi. Je ne peux pas passer sous silence l'album Erato de Claudio Scimone qui enregistra vers 1970 un vinyle qui n'a pas trop vieilli, avec son orchestre I Solisti Veneti (créé en 1959). Un disque qui fit un tabac et permit de connaître ces œuvres pleines de vie. Hommage à ce visionnaire (né en 1934).
Des concertos présents sur l'album de Il Giardino Armonico, le premier, RV 558 (Plages 1 à 3), est le plus échevelé. Il comprend dans son effectif : 2 mandolines, 2 théorbes, 2 flûtes, 2 violons "in tromba marina", 2 salmoés (ou chalumeaux que l'on remplace parfois par des clarinettes), 1 violoncelle et quelques cordes pour le continuo. Ça ne vous rappelle pas un Jazz band, une telle formation ? Le résultat est un peu fou et difficile à commenter. La rythmique assurée par les cordes est féroce. Il Giardino Armonico joue sous psychostimulant. La mélodie virevolte d'instruments en instruments, nous faisant songer à des parlotes entre potes bien allumés dans une soirée arrosée… La taverne des amis musiciens !
L'andante inverse les rôles. Les cordes nous invitent après la furie de l'allegro à une méditation sereine.
Le final noté allegro fait songer à une danse de cour. Tous les instruments s'interpellent. L'écriture en devient moderne. On ne retrouvera quasiment jamais autant de couleurs instrumentales pendant la période baroque. Même Mozart dans ses sérénades paraîtra plus "philharmonique". C'est Schubert avec son octuor au début du XIXème siècle qui retrouvera le secret de ce mélange de timbres instrumentaux…



NOTA : sur certains PC (pb de versions navigateur et FlashPlayer), les lecteurs Deezer peuvent ne pas apparaître !!! Pour écouter, cliquez ICI.

Après cette trépidante entrée en musique, cet album de 1993 propose 4 autres concertos pour 1 ou 2 mandolines ou luth et deux trios pour violon et luth. Vivaldi n'a jamais cherché à philosopher dans sa musique concertante. On y ressent plutôt une joie de vivre, le soleil de l'Italie, la douceur des nuits et bien sur la réjouissance des fêtes vénitiennes. Le concerto RV 425 pour une seule mandoline, cordes er basse continue est, avec celui déjà présenté, sans doute le plus connu (comprendre diffusé à la radio). C'est également une œuvre courte.
Dans cette vidéo de Il Giardino Armonico en concert, on retrouve tout ce style à la fois festif et poétique du prêtre roux et la délicatesse du jeu de Giovanni Antonini. Le largo [3'04"] est d'un intimisme qui n'est pas sans rappeler la voluptueuse torpeur estivale du concerto "l'été" dans les quatre saisons. C'est dans cet univers feutré des mouvements lents que l'on ressent le plus le génie de Vivaldi : l'élégance, la pureté de la ligne mélodique, les sensuels clairs-obscures.
On ne voit pas grand-chose au départ sur cette belle vidéo :o). La lumière jaillit et permet d'attarder notre regard sur la petite mandoline napolitaine, et sur le théorbe. On remarquera que les cordes sont doublées. La sonorité gagne en brillance sans perdre son cristallin staccato.

~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~~

Je n'en dirais pas plus. La musique de Vivaldi par sa spontanéité et sa fraîcheur ne se prête pas à la dissertation. Je veux seulement signaler qu'il existe un magnifique album concurrent chez Virgin avec l'orchestre Europa Galante dirigé par Fabio Biondi : les concertos RV 558, RV 532 et RV 425 se retrouvent dans les deux albums. Le CD de Fabio Biondi propose par contre plusieurs concertos pour hautbois et bassons. Le niveau d'interprétation est dans les deux cas au TOP.

Et pour finir en musique, un live de Il Giardino Armonico. Le concerto pour quatre violons de Vivaldi (oui, est-ce un plagiat quand Bach l'a transcrit pour 4 claviers ? A l'époque, on ne se gênait pas, SACEM où es-tu ?)

XXX

5 commentaires:

  1. Vivaldi m'a souvent évoqué un doux Printemps ensoleillé, des arbres en fleur, des chemins tapissés de pétales aux couleurs vives, et des papillons virevoltants. Une douceur de vivre.
    Une musique revigorante.

    RépondreSupprimer
  2. Bien vu pour Gibson, Claude. Effectivement, Orville Gibson a débuté en fabricant des mandolines (à Kalamazoo). Il déposa un brevet en 1898 pour une forme particulière de cet instrument (mais Lester Polfuss n'était pas encore né).

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Bruno… et si on remonte à la nuit des temps, les cithares avec une caisse de résonance existaient déjà du temps de la Grèce antique !
      D'ailleurs j'ai sous le coude un album Harmonia Mundi de la musique de cette époque. Les artistes ont utilisé des parchemins de pièces musicales notées avec un solfège primitif. Les instruments ont été reconstitués à partir des nombreuses représentations sur les vases, les fresques, etc..

      Ca ferait un petit sujet de com sympa pour changer des classiques du classique…
      L'intégrale du disque étant sur YouTube, ça peut se faire….

      http://www.youtube.com/watch?v=a1z0zaGDzlQ

      Supprimer
    2. Vraiment intéressant ce voyage dans la Grèce antique.
      Certaines compositions sont à la fois angoissantes et empreintes de dévotions : on a l'impression d'être convient à une manifestation, ou plutôt la célébration d'une divinité, ou d'une entité cosmique ou issue des profondeurs.
      Toutefois, l'intégralité est un peu lourde à digérer (certains sons d'instruments à vent sont à la limite pénible).

      Supprimer
  3. pat slade18/5/13 11:04

    Le concerto pour mandoline que l'on peut entendre dans le film de François Truffaut de 1968 "La marié était en noir" avec Jeanne Moreau. Quand elle empoisonne Michel Bouquet, la musique de Vivaldi ne s'arrête qu'au moment ou ce dernier termine sur le plancher.

    RépondreSupprimer