mercredi 17 avril 2013

JOE BONAMASSA "An Acoustic Evening at the Vienna Opera House" 2013 - by Bruno



En allant voir mon disquaire préféré (métier hélas en voie de disparition) ce dernier me propose le dernier Joe Bonamassa.
- « Mouais » que je lui réponds « les derniers me m'avaient pas emballé. Sur-produit à mon goût. Par contre celui avec Beth Hart et « Sloe Gin », j'adore ».
- « Tu devrais l'écouter. Il est très bon et il y a un super son. C'est un concert pourtant le son est excellent. Aussi bon qu'en studio. Et puis il y a un orchestre derrière... »
- « Okay. Vas-y. Passe-le »
.....
- « C'est vraiment en concert ? Le son est vraiment bon. Ha... oui, c'est pas mal... »
« Hmmmm... c'est pas mal du tout » et pour conclure, sans attendre le titre suivant, « Tu peux arrêter. J'le prends ! C'est vraiment bon ! »
Et voilà que je pars avec cet "An Acoustic Evening at the Vienna Opera House" à la main, alors que j'étais venu chercher quelque chose de nettement plus lourd, voire brutal, et électrique.



Bon, autant le dire tout de suite, Joe Bonamassa me laisse perplexe. En effet, avec ce stakhanoviste du Blues-Rock je m'attend, depuis « The Ballad of John Henry » à des réalisations passables, sans piment. Notamment à cause d'un excès de production. La maladresse incombant peut-être principalement à un chaperonage de Kevin Shirley devenant étouffant. Les multi-couches de saupoudrage de ce dernier finissent par castrer le Blues-rock de Joe, édifiant sa musique en pièce-montée indigeste, saturée de crème.
Pourtant, on ne peut oublier que c'est ce même Kevin qui permit à Joe de sortir de la masse des besogneux en le faisant évoluer d'honnête et talentueux tâcheron en musicien et compositeur de talent.

L'excellent « Sloe Gin » en étant le meilleur exemple. On y découvrait un Joe métamorphosé, qui, sans renier sa personnalité première, s'était mué en musicien au champ de vision large, ayant digéré et assimilé ses influences Blues et autres. Embrassant alors tant les contrées purement Blues que des chemins de traverse allant jusqu'au Heavy-rock des 70's, les plaçant sur un pied d'égalité et les mariant.
Malheureusement, la suite me semblait trop prétentieuse, ampoulée, noyée par une production trop riche, s'encombrant de diverses orchestrations parasites sensées tendre vers un Blues-rock de luxe. Au final, la musique s'étiolait. Une gageure car il est évident qu'il suffit de gratter le vernis, de décaper jusqu'à ce que l'essentiel brille de mille feux pour que les atouts de la musique de Bonamassa ressortent.
Si le projet parallèle « Black Country Communication », avec Glenn Hughes, en dépit de certaines qualités, n'avait pas vraiment convaincu, la collaboration avec Beth Hart en avait laissé plus d'un pantois (lien en fin d'article). Apparemment, Joe ne s'avère jamais aussi bon que lorsqu'il parvient à se modérer, à être plus humble. Ni égotique, ni verbeux.


Et c'est ce qui se passe avec ce live acoustique enregistré à l'Opéra de Viennes le 3 juillet 2012.
Joe a frappé un grand coup. Se mettant à nu, s'exposant sans le soutien de la fée électrique, il dévoile alors la réelle étendue d'un indéniable talent de musicien.

Paradoxalement, cette soirée acoustique est d'une force, d'une vigueur, d'une intensité naturelle (bucolique ?), qui font défaut à tant de groupes actuels. Pourtant, il n'y a même pas l'ombre du plus simple kit de batterie pour consolider le rythme, lui insuffler de la puissance. Juste quelques percussions occasionnelles, rarement mises en avant, parfois marquant juste le rythme, comme le ferait le pied d'un musicien, à l'aide d'un tambour. On pense à l'utilisation du bodhran.

Dans un mariage parfait, le Country-blues, le folk-rock, le rock-celtique, le rock-bastringue se côtoient, se mélangent, s'embrassent, s'ébattent en harmonie ; l'impression d'un tout indissociable et cohérent.
La dynamique développée , en dépit du nombre restreint d'intervenants, donne l'illusion d'un petit orchestre en backing-band (d'où la phrase de « mon » disquaire). Or, il n'y a que cinq musiciens, Joe y compris, qui ne jouent pas nécessairement tous ensemble à chaque fois.

La voix de Joe pouvant difficile se cacher, ou se fondre dans une masse épaisse de sonorités cossues, elle est dans l'obligation de s'offrir sans pudeur au public, s'exposant à la critique et la vindicative. Grand bien lui fasse car elle révèle des qualités – que l'on retrouvait déjà sur des interprétations antérieures où le tempo et l'ambiance sont pondérés – et des atouts qui le rapprochent quelque peu d'un Paul Rodgers. Loin de l'égaler, elle semble néanmoins avoir été attentive aux cours dispensés par le maître. Parfois, le chant évoque également un Jon Butcher moins âpre.

En fait il semblerait que la voix de Joe n'est jamais aussi à l'aise que sur les climats sombres, aériens, tempérés, voire dépouillés, là où il y a de l'espace et de la respiration, où tout n'est pas envahi par l'instrumentation et le volume sonore. Ainsi, Joe s'en tire même très bien sur les Blues les plus roots.


Les compositions ont été travaillées pour être adaptées au format acoustique, de façon à ce qu'elle ne perdent pas leur âme, mais également afin qu'elles ne sonnent pas simplement comme une simple et pâle copie anémiée des originaux. Chose que l'on retrouve sur bon nombre d'enregistrements « unplugged » de musiciens qui ont fait allégeance aux Dieux de l'électricité, qui se contentent à recracher telles quelles des compositions normalement créées pour être jouer dans un double corps. Avec pour conséquence des résultats certes sympathiques mais manquant cruellement de corps.
Sachant que malgré leurs évidentes similitudes la guitare électrique, la guitare folk, la classique, le Dobro même, sont des instruments différents, Joe a eu la sagesse de ne pas transférer ses plans à la note près sur ses sèches.

Des instruments aussi divers que l'accordéon, le violon, le banjo, la mandoline, le piano droit, sont venus pour compenser la perte du soutien de la palette électrique.
Pas de tricherie ici, avec l'utilisation d'instruments électro-acoustiques, ou d'un discret clavier. C'est du 100 % boisé. Seule concession : le repiquage des instruments via les micros. Confort d'écoute pour l'ensemble de la salle oblige, ainsi que l'utilité pour l'enregistrement.

On ne peut passer ici en revue l'intégralité du répertoire, toutefois on peut citer les points forts à commencer par « Dust Bowl » qui prend ici une dimension sombre et pesante, à peine éclaircie par des passages de mandoline (où l'ombre du Led-Zeppelin IV plane), qui sied parfaitement au sujet.


Le Country-folk-blues « Jelly Roll », de John Martin, mené tambour-battant par un banjo espiègle.
« Athens to Athens » qui se mue insidieusement en « River Dance » pour aller ensuite vers un Blues bastringue trépignant ; la musique celtique et le Blues ne font plus qu'un. Entre Guiness et bourbon frelaté. Tout au long du concert, occasionnellement, certains mouvements semblent revenir vers un patrimoine celtique ; on pourrait parfois croire que Lùnasa (excellent groupe de musique Celtique-irlandaise) s'est joint à la formation.
L'interlude instrumental « From the Valley » où Joe œuvrant seul, impose à sa six-cordes des accents orientaux évoquant la solitude d'une route poussiéreuse perdue dans un lieu aride et désolé.
L'approche syncopée de « Dislocated Boy » où les percussions se calquent sur le rythme de la six-cordes, donnant presque un côté « loud » surprenant. Joe y déclame son Blues avec conviction et vigueur.
L'automnale « Driving Towards the Daylight » où les feuilles ocres et bordeaux tombent des arbres hirsutes en virevoltant, poussées par une brise légère et fraîche venant des terres verdoyantes de l'Irlande.

La reprise de « High Water Everywhere » de Charley Patton en mode « Mountain version acoustique ».
Un « Richmond » tout en retenue et simplicité, drapé d'un brillant feeling.
Pur Country-Blues avec le classique « Stones in my Passway » de Robert Johnson, dans une version suante et frondeuse qui ne devrait pas laisser Keef insensible.
Avec « Black Lung Heartache », le Blues s'invite à Tintagel, ou Camelot. Blues gothique ? Ou Country-Blues-Renaissance-Folk ?? Bonamassa meets Blackmore's Night.
Le refrain de « Mountain Time » aurait les qualités nécessaires pour faire un hit si les radios n'étaient pas sous le diktat de la  junte des producteurs de muzack électro-synthétique décérébrée.


Pour les accros de la technique : « Woke Up Dreaming ». Après une intro dans une optique néo-classique, Joe, seul, met le feu à sa gratte avec une belle démonstration de dextérité et de vélocité, sans perdre le sens de la musicalité. Une frappe et un rythme qui a de quoi écorcher le bout des doigts. Avec un petit emprunt, en accéléré, du « Adventures of Brer Rabbit and Tar Baby » de Roy Buchanan.
Et pour finir « Sloe Gin » plus onirique, vaporeux et intimiste que la version de l'album du même nom, mais toutefois moins fort.

Il faut saluer ici le travail des musiciens invités. Indéniablement sans leurs interventions, toujours pertinentes et classieuses, que se soit au violon, à l'accordéon ou au banjo, cet «An Acoustic Evening at the Vienna Opera House » n'aurait pas la même richesse.

Album du mois.

Disc One
  1. Arrival (K.Shirley & Jeff Bova)
  2. Palm Trees, Helicopters and Gasoline (J. Bonamassa)
  3. Jelly Roll (John Martin)
  4. Dust Bowl (J. Bonamassa)
  5. Around the Bend (J. Bonamassa & Will Jennings)
  6. Slow Train (J.Bonamassa & K. Shirley)
  7. Athens to Athens (J. Bonamassa)
  8. From the Valley (J. Bonamassa)
  9. The Ballad of John Henry (J. Bonamassa)
  10. Dislocated Boy (J. Bonamassa)
  11. Driving Towards the Daylight (J. Bonamassa & Daniel Kortchmar)
Disc Two
  1. High Water Everywhere (Charley Patton)
  2. Jockey Full of Bourbon (Tom Waits)
  3. Richmond (J. Bonamassa & Mike Himelstein)
  4. Stones in my Passway (Robert Johnson)
  5. Ball Peen Hammer (Chris Witley)
  6. Black Lung Heartache (J. Bonamassa)
  7. Moutain Time (J. Bonamassa)
  8. Woke Up Dreaming (J. Bonamassa & Will Jennings)
  9. Sloe Gin (Bob Ezrin & Michael Kamen)
  10. Seagull (Paul Rodgers & Mick Ralphs)



Joe BONAMASSA : guitare acoustique et chant
Gerry O'CONNOR : Banjo irlandais et violon
Mats WESTER : Violon à clef (instrument traditionnel à cordes suédois joué avec un archet) et mandoline
Arlan SCHIERBAUM : Harmonium, accordéon, baby piano et Glockenspiel.
Lenny CASTRO : Percussions

O'Connor est un musicien irlandais reconnu et estimé.
Wester est un musicien Suédois, spécialiste du violon à clef, ou nickelharpa
Schierbaum vient de Los Angeles, il joue également sur le disque instrumental de fusion Jazz-Funk-rock, du groupe "Rock Candy Funk Party" avec Bonamassa, et jouait sur "Don't Explain", le disque avec Beth Hart.
Castro, né en Afrique du Sud, bien que d'origine Porto-Ricaine, après avoir vécu un temps à New-York, il part pour Los Angeles où il entame une carrière professionnelle. Il a joué avec Toto, Stevie Wonder, Diana Ross, Slash, Yellowjackets, Maroon 5, Little Feat, RHCP, Mars Volta, Rickie Lee Jones, Pat Benatar, Dido, et bien d'autres encore. 








Et une vidéo officielle, avec Sir Brad Whitford


Autres articles sur (ou avec) Joe Bonamassa :
"Don't Explain" Beth Hart & Joe Bonamassa
"Dust Bowl" Joe Bonamassa (Luc B.)
Black Country Communication - 2010 - 1er opus (Bruno)

7 commentaires:

  1. oui, il est excellent cet album. comme quoi le talent n'a pas besoin de trop d'artifices.C'est vrai qu'en général j'ai une préférence pour les versions acoustiques, mais si même Bruno le dit, lui qui est très "branché" on ne peut que le croire....
    à écouter sans modération.

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  2. Le légendaire "Wiener Staatsoper", le temple de Mozart, R. Strauss, Verdi et Cie... Une musique tonique et dans laquelle le héros ne meurt pas à la fin !!! Enfin j'espère :o)
    J'adore notamment les accents celtiques, l'énergie... Oui Cat, sans modération !

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  3. pat slade17/4/13 15:24

    Très bon ! "From the valley" joué en slide est super planante !Et quand tu le vois jouer "Woke up dreaming" sur sa Takamine,tu n'as qu'une envie, casser ta gratte sachant très bien que tu n'arriveras jamais à son niveau !

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  4. Joe Bonamassa ne m'a jamais totalement convaincu, d'abords il a un nom de série TV des années 70, si si, avec des cowboys...Qui passait sur l'ORTF... Heu ... La j'exagère peut être un peu, il y avait certainement 2 à 3 chaines à l'époque. Puis les escapades au travers de BCC m'ont jamais emballé comme dirait ma sorcière bien aimée... J'attends donc que le CD soit en occasion pour tenter une nouvelle approche.

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  5. gege_blues29/5/13 15:12

    Désolé les gars, je le préfère "électrifié" !avec une ou deux poses acoustiques comme il le fait dans ses albums...

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    1. Oui GéGé, je comprends, mais écoutes. Tu seras surpris.

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  6. Gege_blues29/5/13 23:07

    Je l'ai écouté et j'ai même rédigé un petit commentaire sur Amazone, j'ai du mal quand même... tout en reconnaissant qu'il assure une prestation de haute volée.

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