mercredi 16 janvier 2013

SANTANA - "Shape Shifter" - ( 2012) by BiBi "Devadip" Bruno




Avec ce nouvel opus (à 92 % instrumental), -son 36ème-  Carlos Santana semble, à 64 ans, en avoir enfin terminé avec les collaborations douteuses et creuses.
Le méga-succès de « Supernatural » (1), bien qu'il ait permis de relancer sa carrière et de le faire connaître aux nouvelles générations d'alors (et de remplir les caisses au passage), a également ouvert un chausse-trappe entraînant Carlos vers une musique de plus en plus insipide, même si, noyées dans la mélasse environnante (et en minorité) quelques belles pièces subsistaient encore.

En dépit de certains défauts, le précédent et racoleur « Guitar Heaven » (à lire ici) semblait témoigner du désir d'un retour aux fondamentaux, à des sphères nettement plus rock et moins (inutilement) sophistiquées.


Pour « Shape Shifter », on a pu lire deci-delà que Santana renouait avec son glorieux passé. En l'occurrence celui des premiers opus, en poussant jusqu'à "Caravanseraï". Or, il n'en est rien, ou si peu. Toutefois, il est indéniable que "Shape Shifter" a plus de chance de séduire les vieux fans que les fraîchement convertis. La subtilité de la Gibson SG est définitivement oubliée au profit d'une Paul Reed Smith (2) habillée d'une grosse disto crémeuse, onctueuse même, mais gommant les nuances (3). Parallèlement, Carlos prend plaisir à insérer des phrases jouées sur son électro-acoustique à cordes en nylon (Alvarez).
Ce disque se situerait plutôt quelque part entre « Blues for Salvador », « Freedom », « Guitar Heaven » et « Moonflowers » - ce qui n'est déjà pas si mal – avec parfois un petit côté « Pilgrim » d'Eric Clapton. Son héritage jazz s'exprime à nouveau, notamment sur « Mr. Szabo » (en hommage au guitariste hongrois Gabor Szabo) et le superbe « Angelica Faith ».
Certes, ceux qui connaissent sur le bout des doigts l'intégralité de sa carrière pourront trouver quelques similitudes avec tel ou tel titre antérieur, mais qu'importe, le plaisir est là. On fera toutefois abstraction des synthés froids qui ont tendance à sonner 80's, et du piano du fiston Salvador, qui penche parfois dangereusement vers Richard Clayderman, pour se recentrer plutôt sur la guitare de Santana. En se concentrant sur l'exécution, l'application, plutôt que la vitesse, la guitare de Carlos a bénéficié d'une nouvelle jeunesse ; elle a retrouvé le don de l'expression et de la mélodie, elle sait à nouveau se montrer chantante et touchante.


C'est surtout la première partie - soit du titre éponyme à « Spark of the Divine » (les huit premières plages ), qui me semble la plus intéressante, la suite étant plus anodine. Il y a bien pourtant le retour des rythmes latins, cependant ils manquent de chaleur et de fougue.
Final apaisant avec « Canela » et « Ah, Sweet Dancer » qui semble marcher sur le chemin tracé par le fameux « Europa ».

Carlos en a eu assez de déléguer, il reprend les choses en mains. En composant la majorité de l'œuvre (à l'exception de la reprise de Touré Kunda « Dom », et de « Ah, Sweet Dancer", tous les titres sont signés ou co-signés par Carlos), et en laissant à nouveau le champ libre à sa guitare,  l'extension de son âme.

Bien qu'elle n'ait pas offert ses services, sa nouvelle épouse (depuis décembre 2010),  la musicienne Cindy Blackman (4), n'y est peut être pas étrangère. Cindy devrait théoriquement participer au troisième opus qui suivra celui-ci.

Si on est loin de retrouver le niveau des meilleurs opus du maître, et bien qu'il soit inégal, « Shape Shifter » renoue néanmoins avec la qualité.

Coïncidence ? « Metraton » évoque le « Piano sous la Mer » de Saint-Preux(5), et la base rythmique et l'ambiance de « Never the Same Again », le « Pilgrim » de Clapton.

« Shape Shifter » (« changement de forme ») est un hommage aux amérindiens.





1."Shape Shifter"  C. Santana6:16
2."Dom"  H. Touré, O. Touré, I. Touré, T. Sixu Touré3:51
3."Nomad"  C. Santana4:49
4."Metatron"  C. Santana2:39
5."Angelica Faith"  C. Santana, Chester Thompson5:03
6."Never the Same Again"  C. Santana, Eric Bazilian5:01
7."In the Light of a New Day"  C. Santana, Narada Michael Walden5:06
8."Spark of the Divine"  C. Santana1:03
9."Macumba in Budapest"  C. Santana, Walter Afanasieff4:01
10."Mr. Szabo"  C. Santana6:20
11."Eres La Luz"  C. Santana, Walter Afanasieff, Andy Vargas, Karl Perazzo4:51
12."Canela"  C. Santana, Salvador Santana5:22
13."Ah, Sweet Dancer"  Micheal O Suilleabhain3:08
durée total :
57:22







(1) Plus de 30 millions albums vendus dans le monde et trois singles dans les charts, dont un n°1 pendant douze semaines. 
(2) De 1998 à 2011, Paul Reed Smith a réalisé onze modèles signatures (Santana I "The Yellow", II "Supernatural", Santana III, Santana SE, SE II, "Shaman" SE, Santana MD "The Multidimensional", "Abaxas" SE, et Santana SE "The Multidimensional")
(3) Il apprécie la Big Muff d'Electro-Harmonix, alors qu'auparavant c'était plutôt la Tube Screamer. Et côté amplis, en plus du Mesa-Boogie Mark I, il utilise un Dumble Overdrive Reverb, et un Bludotone qui enverrait sévère sans qu'il ne soit nécessaire de mettre le potard sur onze.
(4) Cindy Blackman, initialement musicienne de jazz, devint mondialement connu grâce à son intégration au sein du groupe de Lenny Kravitz. C'est elle que l'on voit malmener ses fûts sur le clip de "Are You Gonna Go My Way". Percussionniste américaine, elle a réalisé quelques disques en solo, et a joué avec Bill Laswell, Buckethead, Pharoah Sanders, Cassandra Wilson. Elle s'est mariée le 19 décembre 2010 sur l'île de Maui (Hawaii).
(5) Christian Saint-Preux Langlade (père de Clémence) compositeur, pianiste et chef d'orchestre français. Gros succès en 1969 avec "Concerto pour une Voix", puis en 1972 avec l'album "Le Piano sous la Mer" où il mélange sans retenue des instruments typés "rock" (avec pas mal de guitare wah-wah) à un orchestre classique. Ce dernier album a été composé lors d'un séjour en Corse, dans le golfe de Girolata. En totalité, plus de vingt albums à son actif.




Le précédent opus : Guitar Heaven - The Greatest Guitar Classics of All Time

6 commentaires:

  1. Tu parles de Cindy Blackman, madame Santana. Je l'ai découverte dans un groupe "Spectrum Road", dont le bassiste est Jack Bruce (ex-Cream). J'ai vu une prestation live, le quatuor donne dans un espèce de jazz-rock-fusion, du solo en veux-tu en voilà, limite free, mais avec des musiciens de cette trempe, ça passe bien. Blackman, à la batterie, frappe comme une dingue, sauvage, pas très subtil, c'est pas du Max Roach... Elle chante aussi.

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    1. Jack Bruce avec Cindy ? Ouah, cela doit jouer sévère en concert. J'aimerai bien voir ça.

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  2. Mon Roudoudou de Bruno... Il a pas utilisé un certains temps une Yamaha 6 cylindres comme gratte ?

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    1. Yes, of course.
      Une SG 2000 (le modèle, car évidemment Carlos avait plusieurs modèles, dont certains richement décorés). D'la bonne gratte (je n'ai pu essayer qu'une SG 200 - l'entrée de gamme -, mais c'était déjà pas mal ; tenue d'accord irréprochable). C'est très proche d'une Gibson SG, avec un manche conducteur et un corps plus épais. Utilisation fin 70's et début 80's.

      Je n'ai parlé que de la Gibson SG à titre de comparatif par rapport à la période de référence mentionnée. (Donc, je plaide non coupable)

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