mercredi 1 février 2012

PARISH HALL (1970), par Bruno




     Dans la liste des perdants magnifiques, en voilà un de choix. En effet, cet unique album de Parish Hall se place aisément parmis les meilleurs de cette catégorie. On peut même rajouter, sans être dithyrambique, qu'il n'a rien à envier, si ce n'est le succès, à des oeuvres majeures de la même époque.

     Bien que la pochette (portrait du leader, guitariste-chanteur-pianiste-compositeur, Gary Wagner) pourrait laisser présager une musique folk Nord-américaine, aux influences country, propre à la deuxième moitié des 60's, "PARISH HALL" oeuvre principalement dans un Heavy-Blues-Rock, qui peut prendre des saveurs plus Hard-Blues, assez rugueuses. Il semble puiser principalement son inspiration chez Hendrix, Cream, Ten Years After et le Chicago-blues, et peut également évoquer Savoy-Brown, Black Pearl ou même le Spencer Davis Group. Ainsi que, mais en filigrane, la scène acid-rock de San-Francisco, d'où le groupe est issu. Le tout en gardant une approche toute personnelle. On parle parfois de Proto-Hard-Rock (Why not ?).
Un album qui frappe d'entrée par la maturité et l'aboutissement des compositions.

Le jeu de guitare évoque une fusion entre Hendrix, Alvin Lee, Leslie West (en moins lourd), Michael Bloomfield, et Otis Rush. Certains plans de guitare, noyés dans la masse, proviennent de Freddie King. Une guitare dépourvue d'effet, (juste quelques torsions de vibrato sur le 1er titre), dotée d'un son entre celui du British Blues Boom, le Chicago-blues le plus rude, à la prise de son « Live » qui pourrait évoquer une Gibson SG Junior élimée (ou Special mais avec des P.90), voire une Telecaster (certaines notes sifflées sonnent comme du pur Buchanan 70's).
Le batteur, Steve Dames, a un jeu vif, énergique et soutenu ; un fils improbable de Mitch Mitchell, de Ginger Baker, et de Michael Shievre.
Le bassiste, John Haden, évolue dans un style mixant celui de Donald Dunn, Greg Ridley et Félix Pappalardi, (hélas pas assez mis en valeur par la production).
Le chant lui, est légèrement désabusé, nonchalant, et s'est certainement forgé à l'écoute d' Hendrix, Nick Gravenites, Rod Evans (?), peut-être même Carlos Santana et Fieldings de Black Pearl (ce qui ne saurait guère étonnant car, « Parish Hall », tout comme ces deux derniers, est issu de la même ville).
Quelques utilisations ponctuelles d'un orgue, ou quelques notes de piano, pour seuls arrangements. Notamment, sur le remuant « Ain't Feelin' Too Bad », sur l'unique ballade Pop-Blues « Take Me with You When You Go » à la Nick Gravenites en clôture, ou encore quelques accords perdus « Skid Row runner ».
Pochette de l'édition française
 
     D'entrée, Parish Hall frappe fort avec un brûlot très proche du « Oh Well » de Fleetwood Mac et dont une partie anticipe le « Crossroader » de Mountain (qui lui ne sera réalisé qu'un an plus tard...). Suivent des pièces de Blues-rock Heavy, allant à l'essentiel, évitant les solos démonstratifs et inutilement prolongés, exception faîte avec « My Eyes Are Getting Heavy », où on joue au guitar-hero type de l'époque ; et visiblement, Wagner peut se le permettre sans s'exposer au ridicule.
Certaines compositions évoquent immanquablement les figures emblématiques citées plus haut ; comme « How Can You Win? », avec la guitare à l'unisson du chant, tel que l'avait développé le gaucher et des mesures qui empruntent au « If 6 was 9 » épuré de psychédélisme ; « Dynaflow » à des parfums du Ten Years After de « Stonehenge» ; « Silver Ghost » semble être un mix entre l'Electric Flag, d'Hendrix et du Buddy Miles de l'album « Them Changes ». Tout comme « Take Me With You When You Go », cette fois-ci sans le côté Hendrix. « We're Gonna Burn Together » nous ramène au meilleur du Spencer Davis Group. Et « Somebody Got the Blues » pourrait aussi évoquer un Johnny Winter de la même époque.
Un lot de dix pièces habitées, qui ne manquent ni de charme, ni de chaleur, ni d'entrain.
Peut-être rien de spécialement transcendant (quoique...), mais au final, un disque que l'on se surprend à écouter en boucle avec plaisir. 

     Toutes les compositions sont du maître d'oeuvre, Gary Wagner, guitariste, chanteur et pianiste. Un musicien qui avait déjà des antécédents discographiques avec un premier 45 tours en 65 (avec le Gary Wagner Blues Band). Après cet unique album, il semble avoir disparu dans la nature. J'ai pu lire une fois qu'il avait eu une crise mystique et qu'il s'était perdu dans un mouvement religieux. Le patronyme du groupe n'était peut-être pas innocent.

     Un album court (31 minutes), avec des compositions qui le sont tout autant. Ormis le premier tir, elles avoisinent les trois minutes, ce qui leur évite de se disperser. Toutefois, on peut regretter le final un peu brutal de certaines d'entre elles, avec un fade précipité, alors que l'on aurait aimé les entendre s'étirer davantage.
Un trésor à découvrir.





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