vendredi 23 septembre 2011

WILLY DEVILLE "LIVE" (1993) par Luc B.


Hommage à Willy DeVille, qui nous a quitté il y a deux ans



Willy DeVille (né William Borsay), newyorkais d’origine, s’est fait connaître comme leader et compositeur du groupe MINK DEVILLE, dans un registre punk rock, genre fleurissant alors. C’est à San Francisco qu’il trouve des musiciens, et la première mouture de la formation s'appelle BILLY THE SADE AND THE MARQUIS. On est en 1972-73, l'époque est aux solos de gratte de 25 minutes, et ça, Willy n’en veut pas ! Son truc à lui, c’est le style des RAMONES, concision, brutalité… et âme soul ! Il ramène son petit monde à New York, resserre les boulons, et se produit régulièrement au CBGB’s de Big Apple. Si l'énergie est toujours présente, sa musique se fait plus subtile, plus écrite, que les bruitistes d'alors. Cuivres et choeurs parsèment ses arrangements. Premier album produit par l'incontournable Jack Nitzsche en 1977, CABRETTA, avec un morceau qui fonctionne bien "Spanish Stroll" qui nous ramène illico vers l'univers Lou Reed, grand manitou de la scène punk newyorkaise. Suivi l’année suivante de RETURN TO MAGENTA (en référence au boulevard du même nom, à Paris, où Willy DeVille avait habité). Faut dire que l’homme est féru de culture française, ne jure que par Edith Piaf, dont il croise la fibre mélodramatique avec les riffs de Chuck Berry, zesté de traits de saxophone. Ou alors, à Paris, on pouvait trouver et consommer plus facilement de la dope, dont notre bonhomme est friand. Ou les deux...

C’est à Paris que le groupe enregistre l’opus suivant LE CHAT BLEU (Ronnie Tutt à la batterie, le batteur d’Elvis Presley…) un album qui propulse le groupe dans les charts, un rhythm’n’blues brutal, dont le premier titre "This must be the night" n'aurait pas dépareillé sur DARKNESS de Springsteen. Willy s'y fait aussi crooner sur "Just to walk that little girl home" avec wap doo wap à la Platters, et donne dans le genre cajun. On trouve aussi Charles Dumont au générique (si si !) qui avait écrit pour Piaf. Le succès est vraiment venu de France, car ce disque, les financiers américains n’en voulaient pas. Mais les ventes les ont fait changer d’avis (parallèle avec Calvin Russel, qui d'ailleurs a fini quasiment de la même manière). Un album riche, vraiment très bon, qui n'a pas pris une ride. COUP DE GRACE (encore un titre français) sonnera plus rock, l’esprit springsteenien de THE RIVER n’étant pas très éloigné ("Love and emotion" , "She was made in heaven") et quelques traces de musique hispanisante… Bref, ce sont de multiples influences qui nourrissent la musique de Willy DeVille, et de nombreux musiciens qui viennent prêter main forte au groupe, en studio. Le noyau dur s’est quelques peu éparpillé au fil des années. De même que les acheteurs de ses disques…

Raison pour laquelle, en 1987, Willy DeVille commence à enregistrer sous son seul nom, avec l’album MIRACLE produit par Mark Knopffler. Le leader de DIRE STRAITS (docteur ès-chanteur en panne de succès) y joue de la guitare, on y croise aussi Chet Atkins, Jeff Porcaro à la batterie… Et l’album se vend, beaucoup, notamment aux Etats-Unis, où le public semble enfin découvrir ce musicien qui a déjà 15 ans de métier derrière lui. Willy DeVille s’installe à la Nouvelle Orléans, ville du métissage musical par excellence, et qui semble avoir été créée pour que ce personnage y vive ! Dès lors, ses albums feront le mix de musique rock, de rythme latino, cajun, blues, soul… En 1992, la reprise mariachi du fameux « Hey Joe » sur l'album BACKSTREETS OF DESIRE sera sans doute son plus grand tube. La reprise du "Stand by me" avait bien marché aussi. Le grand public découvre sans doute Willy DeVille à cette occasion. Un visage sculpté à coups de serpe (je vois Daniel Day Lewis pour le biopic!), pauses de dandy classieux, les doigts ornés de bagouzes, chemises à jabots, tatouages, coiffure impeccablement gominée, alliant cheveux long et banane, fine moustache à la Clark Gable. On avait eu droit aussi à la période iroquois, genre De Niro dans TAXI DRIVER ayant fauté avec Pocahontas, ou bel hidalgo décadent, grelots à la ceinture. Franchement, j'aurais payé cher pour aller à la Nouvelle Orléans, essayer d'y croiser Willy DeVille et le Docteur John, jammant chacun dans leur accoutrement, l'un à la guitare, l'autre au piano. Assurément, ces deux-là étaient du même moule, excentricité de façade, personnage haut en couleur, et des musiciens hyper-pro, compositeurs, mixant toutes les facettes de la musique populaire, du jazz ou funk, du blues au cubain, du rock'n'roll au cajun. En 2008, Willy Deville sort son ultime album, PISTOLA, obéissant toujours à cette règle, faire la musique qu’il aime, cueillant ci et là l’inspiration. Il décédera en août 2009, des suites d'une hépatite contractée dans des circonstances pas trop difficiles à imaginer...

Un grand bonhomme.

C’est en 1993 qu’est enregistré le LIVE, entre NewYork et l’Olympia de Paris. Une bonne façon de faire le tour de l'oeuvre, puisque ce disque s'apparente à un best-of, puisant dans toutes les périodes, avec le son live en prime. Et ça commence fort avec "Lilly's daddy's cadillac" de 1983 et son motif funky, la basse puissante, les choeurs, les cuivres. Ca continue avec "This must be the night" dont je parlais plus haut, puis "Savoir-faire" (in french!) et "Cadillac Walk" issu du premier album CABRETTA. On quitte le registre rock pour un peu de douceur et "Bamboo Road", avec pedal steel, accordéon, suivi d'une ballade hispanisante "Mixed up". On aura aussi la très soul "Can't do whithout it" et la springsteenienne "Maybe tomorow" et son chorus de sax à la Big Man. Arrêtons-nous sur "Heaven stood still" qui nous renvoie à Tom Waits, magnifique et crépusculaire à souhait, avec violon slave pleurnichard, et un très dansant, cuivré et cubain "Demesiado Corazon" . On termine avec les trois tubes du monsieur, "Spanish Stroll" toute en puissance, et les reprises de "Stand by me" (se souvient-on qu'elle fut écrite par le fameux duo Leiber et Stoller?) et de "Hey Joe" (là par contre on ne sait pas trop à qui on doit la version originale, Billy Roberts l'avait seulement reprise avant qu'Hendrix se l'approprie). Un second mini-CD propose quatre titres du feu de Dieu, tendance New Orléans/rythm'n'blues et dégoulinant de cuivres, dont le survolté "Jump city" et le classique "Iko Iko".   

Dans l'orchestre on retrouve les acolytes d'antan, époque MICK DEVILLE avec Seth Farber au claviers, Freddy Koella à la guitare, et Mario Cruz au sax. Une heure et demi de concert, festif, coloré, puisant dans toutes les galaxies musicales, dominée par la voix éraillée, rocailleuse et habitée de Willy Deville.

Ce type, c'était la classe incarnée.

Z'avez du bol vous, parce qu'en cherchant bien, je tombe sur ce clip, montage de deux titres justement issus de cet album, entre Paris et NewYork, avec "Stand by me" et "Every Dog". Qualité vidéo pas top, mais l'ambiance est bien là, c'est ce qui compte.



Et un second extrait pour le plaisir, car il s'agit d'un "Dust my broom" survolté (à 1'40) introduit par un "Edith je t'aime" ! Malheureusement, non présent sur l'album, mais il serait bon qu'une boite du distribution se penche sérieusement sur cette soirée à l'Olympia, et nous ressorte l'intégral !



WILLY DEVILLE "LIVE" 1993
Lilly's Daddy's Cadillac / This Must Be the Night / Savoir Faire / Cadillac Walk / Bamboo Road
Mixed Up, Shook Up Girl / Heart and Soul / Can't Do Without It / Maybe Tomorrow / I Must Be Dreaming
Heaven Stood Still / Demasiado Corazon / Spanish Stroll / Stand By Me / Hey Joe

+ selon des éditions : Jump city / Every Dog / Hello my love / Iko Iko


4 commentaires:

  1. La classe incarnée, c'est ça!
    Et quel album!!! Bravo pour cet article!

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  2. Un très grand interprète et un poète en quelque sorte Heaven Stood Still avec Freddy Koella au violon restera toujours dans mon panthéon personnel des magnifiques ballades

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  3. Un très belle chanson, oui. merci à vous deux du passage.

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  4. Tites larmes demotion!! Jetais au concert de paris,a l'olympia, a un metre de la scene.. trop tout. Re larmes...

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