mercredi 3 août 2011

LEROY POWELL & THE MESSENGERS - Atlantis - ( 2011) par Bruno


Le Heavy-blues-Country de Leroy

Leroy Powell est surtout connu aux Etats-Unis comme étant le fidèle lieutenant de Shooter Jennings (le fils de Waylon), pour qui il composa quelques-uns de ses succès. En France, et ailleurs, c'est un parfait inconnu.


Tombé très tôt dans la musique, il devint multi-instrumentiste. Outre la guitare, l'harmonica, et la pedal-steel, qu'il utilise sur cette galette, il apprit à jouer de la basse, de la batterie et du violon. Après s'être établi à Los Angeles où il aborda divers styles de musique, du Funk au Rock, il se consacra au Country-rock à partir de 2001. En 2004, il intègre le groupe de Shooter Jennings. En 2007, il se lance dans une carrière solo en commencant par un album Country bien plus traditionnel que ce qu'il faisait avec Shooter. Il s'y révèle alors bon chanteur, assez proche de son ancien employeur. Le second, " Angles  & Curves", l'est un peu moins. Cependant, à partir de 2009 avec "Paranoïd", il injecte une bonne dose de Heavy-blues, avec parfois une once de psychédélisme, à certaines de ses compositions.

Plus récemment, il a participé au dernier album des Whisky Myers, "Firewater", en tant que producteur et musicien complémentaire occasionnel. On y retrouve deux de ses compositions, qui s'avèrent être parmis les meilleures du disque.

Pour sa dernière réalisation, il a décidé de s'allier à un groupe, enfin plutôt un duo : The Messengers.  Flanqué du binôme composé de Dean Tomasek à la basse (essentiellement Fender, dans le genre élimé), et de Christopher Williams à la batterie (pas d'inquiétude, aucun lien de parenté avec le chanteur R'n'B, encore moins avec Williem). Deux musiciens ayant une bonne expérience de la scène. Tomasek, parallèlement, poursuit une carrière d'artiste-peintre qui l'amène autant à peindre des tableaux qu'à créer des posters et des couvertures de disques, généralement à partir de photographies (il est certainement l'auteur de la couverture d' "Atlantis"). Christopher Williams a accompagné divers artistes sur scène dont les plus renommés sont Kid Rock et Bernard Fowler (le choriste attitré des Stones et le comparse de Stevie Salas).

Pour son dernier opus, Powell ne dévie pas franchement du chemin tracé par son capitaine Shooter ; du moins d'un album tel que  « Electric Rodeo ». Il oeuvre toujours dans un country-rock « outlaw » épuré, dépouillé, au son plein, qui a du corps sans se parer d'artifices. Un country-rock appuyé par des guitares dont la sonorité doit plus au Heavy-rock des 70's qu'à Chet Atkins, à Paul Kossof qu'à Hank Williams. Autrement dit, la limite entre les derniers faits d'armes de Wayne Shooter Jennings et cet opus est mince. Disons qu'avec The Messengers le son est plus dépouillé, et la couleur country-rock est atténuée. Et en trio point de piano. Un peu comme si Powell désirait garder une certaine authenticité qui lui permettrait de pouvoir rejouer presque dans leur intégralité les chansons d'« Atlantis » sur scène, sans avoir affaire à des musiciens complémentaires. En conséquence, rares sont les adjonctions instrumentales supplémentaires. Il y a bien quelques interventions d'harmonica, mais Powell joue déjà des deux instruments à la fois sur scène. Sinon, on retrouve un peu de pedal-steel, discrètement au début, mais de façon plus affirmée sur la fin (plus un vrombissement d'une grosse cylindrée en réponse à la mention de – Heavy-Metal thunder -, clin-d'œil évidemment à Steppenwolf). La plupart des chansons ont été interprétées et rodées sur scène, avec les Messengers, avant d'être enregistrées ; et c'est donc sans surprise que les versions gravées sur disque sont très proches de celles jouées en public.

Le titre d'ouverture, le radical « I ain't Human » par bien des côtés, rappelle la facette séminale de Free. Batterie franche, directe et binaire, soutenue par une basse qui ne sort pas un iota du sentier tracé; un riff hard-blues entre Koss, Page et MacMahan, se greffe sur l'implacable binôme rythmique. Seuls les chœurs apportent une dose de fraîcheur à ce titre fiévreux.
« Tumblin' Down », une ballade brutalisée par des mouvements franchement Heavy dans une mixture faite de Free, Led Zep, Sabbath et The Dusters. Un riff gras et basique établi sur seulement deux accords . Economie de moyens pour exposer la violence du propos, la cassure franche avec les arpèges légers enrobés d'harmonica du début. Une alternance entre le chaud et le froid. Les deux sont bons et revitalisants.
A partir de « Telluride », alors que les deux premiers brûlots laissent présager un torrent de Hard-blues salvateur, les Messengers font dans la ballade rock, teintée de volutes country-rock. Un sentiment de déception qui s'efface rapidement devant la qualité évidente de ces compositions. Un mélange de Rock américain, de country, de slow-blues, de Soulful, de road-song, au final plus Americana qu'autre chose. Des chansons d'une sensibilité à fleur de peau portées à bout de bras par le chant expressif de Powell, soutenu par des chœurs féminins d'une belle tonalité, toujours à leur place, jamais grandiloquents ou ostentatoires. Avec les suivantes, « Break it easy » et « It's our turn now », il est évident que Powell n'a guère besoin d'en faire des tonnes pour faire ressortir une émotion. Il cultive l'essentiel,  en tirant ainsi force et émotion, ainsi qu'une mélodie imparable et prégnante.
« Evil » brise cette ambiance en passant à un registre plus sombre, avec une trame Heavy-slow-blues, portée par un chant meurtri, en souffrance. « Gravedigger's Blues » va plus loin avec un Hard-blues psyché bien lourd et poisseux. Les P-90 montées sur Gibson SG standard crachent leur fiel à travers une Fuzz épaisse. Entre Mountain, Buffalo, Incredible Hog, Cactus. Hélas, un solo psyché pénible. « The House is Rockin' » revient à des choses plus gaies et plus légères. Un boogie-rock classique, un peu Stonien, pas très enlevé, ni brillant, mais bien sympathique et vivifiant.

Après un intermède country avec « Family Tree », le trio rend hommage au boogie-rock du « Little Ol' Band From Texas » et s'invite ainsi dans la famille consanguine et nombreuse des « Baby did a bad bad thing », « Bad to the Bone », « On the Road Again » et « La Grange », ayant pour père fondateur John Lee Hooker. Pour l'occasion, Powell s'époumone comme un forcené sur son harmonica. Instrument qu'il ne délaisse pas pour le titre suivant, et qui lui sert alors à insuffler et rappeler le rythme auquel répond d'abord la guitare puis le chant. Là, les chœurs s'offrent plus de liberté, accédant ainsi à un registre gospel. Une chanson qui aurait pu faire partie du répertoire d'Hazy Malaze, le groupe Rock de Neal Casal.

Ensuite, les Messengers reviennent, et finissent avec trois ballades dont les deux premières sont particulièrement brillantes, la dernière se présentant comme le maillon faible. La première est dans une optique Rythm'n'Blues avec une ligne de guitare évoquant Steve Cropper, la seconde presque éthérée et totalement intemporelle, et la dernière renoue avec un country plus traditionnel, proche des efforts initiaux de Powell dans ce domaine.

1 - I Ain't Human – 3,45
2 – Tumblin' Down – 3,44
3 – Telluride – 5,36
4 – Break it easy – 4,08
5 – It's Our Turn Now – 4,01
6 – Evil – 7,09
7 – Gravedigger's Blues – 6,05
8 – The House is Rockin' – 3,34
9 – Family Tree – 5,19
10 – Lookout World (I'm coming) – 5,23
11 – You Can Count On Me – 4,18
12 – One Kiss, One Love – 4,12
13 – When The Morning Comes – 5,19
14 – Song for You – 2,59






Un clip artisanal et hautement symbolique, ésotérique.


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