Il y a cette auteure, Frida (Mélanie Thierry) qui pour documenter son bouquin s’invite dans le service de Gabrielle. Dès le début, sur un plan, un regard, on sait que cette rencontre va changer beaucoup de choses, ouvrir des perspectives. Là encore, jolie scène, dans un appartement en clair-obscur ocre où se joue un ballet, pas anodin non plus, puisqu'on s’approche, on s’éloigne, on se frôlent, on se touche. Il y aura d’abord un « Non », et plus tard un « Encore... ».
Dans les chamboulements, il y a ces grands enfants, ceux de son compagnon Henri (Charles Berling) qui vivent encore dans l’appartement, une présence que Gabrielle commence à ne plus supporter, s'ils restent, c'est elle qui part dans son studio. On ressent les doutes d'Henri sur sa place dans le couple, au côté de celle qu'il surnomme « Robocop » (terme que Gabrielle reprendra à son compte, à la fin) et sa capacité à gérer patients, collègues, gamins, mari. Mais aussi sa mère dont elle prépare le départ en Ehpad (Marie Christine Barrault). Belle scène, drôle et grave devant la juge des protections (Suzanne de Baecque).
Alors, comment tout cela se traduit dans la mise en scène ? Car des bilans de (mi) vie, des films portraits, on en avait déjà vus, on pense à DOCTEUR FRANCOISE GAILLAND (1976) avec Annie Girardot. LA VIE D’UNE FEMME n’est donc pas d’une originalité folle en soi, boulot, gamins, couple, sexualité. Je me souviens de UN BEAU SOLEIL INTÉRIEUR de Claire Denis (2017) que j’avais beaucoup aimé, bilan sentimental d’une quinqua, qui reposait sur une Juliette Binoche impériale. Ou A PLEIN TEMPS (2021) d'Eric Gravel avec une formidable Laure Calamy, cette fois en mode prolo, qui avait su capter son époque. Ici Charline Bourgeois-Tacquet pose sa caméra dans les beaux quartiers (l'environnement bourgeois n'aide pas forcément à l'empathie) où Léa Drucker impressionne encore, avec ces airs détachés à la Deneuve, Huppert (pas les plus mauvaises), cette capacité à se fondre dans un rôle, une fonction, dans un naturel confondant.
Et puis on prend de l’espace, les paysages s’ouvrent, les plans prennent plus leurs temps, comme dans les scènes en Italie où Gabrielle et Frida prennent quelques jours au bord d’un lac (avec Erri De Luca, écrivain italien dans on propre rôle). Il y a ce colloque avec un beau mouvement à la grue, qui part de la salle, recadre Gabrielle à la tribune pour finir sur Frida, assise dans l’ombre de la salle. Ou ce beau plan long sur Henri et Gabrielle marchant de nuit, cette caméra qui les enveloppe amoureusement, les laisse partir au loin.
Le film vaut pour l’interprétation des comédiens. Bien sûr Léa Drucker éblouit, on le sait depuis un moment, on retrouve cette distance, ce détachement, être là sans y être, cette petite voix fielleuse, au-delà des compositions que les acteurs américains affectionnent. Mais toute la distribution impressionne, Marie Christine Barrault en tête.
Je reprocherai à LA VIE D’UNE FEMME ce chapitrage redondant (comme JULIE EN DOUZE CHAPITRES de Joachim Trier) dont chaque titrage annonce le contenu de la séquence qui suit. Et où à chaque fondu au noir on se dit que c’est fini, et non, ça recommence. Sinon, on ne peut rien reprocher de particulier à ce film, si ce n'est d'aborder des thèmes rebattus, sans y apporter une touche d'originalité.






Bourgeois-Tacquet, au moins on peut pas se tromper, c'est dans le nom... :-)
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