Sonia revient songeuse d’une visite des thermes de Cluny. Elle interpelle
Nema :
- Tu connais Julien l’apostat ?
- Ouais, je l’ai croisé au supermarché hier… répond négligemment Nema
en continuant à travailler à son bureau,
- Arrête ! Sérieux, tu connais cet empereur romain ? Je n’en avais
jamais entendu parler. Empereur d’Occident et d’Orient. Entre 361 et
363…
- Elizabeth Finch était une spécialiste de cet empereur… commence
Nema.
|
| Julien l'Apostat |
Oui,
Elizabeth Finch
a étudié Julien l’apostat. "Elizabeth Finch" est le titre d’un roman de
Julian Barnes. Un roman à la première personne, dans lequel
Niel
raconte une partie de sa vie, à partir de sa rencontre avec
Elizabeth Finch, cette professeure de "culture et civilisation" dont il a suivi les
cours en jeune adulte dans une université londonienne.
Elizabeth Finch,
E.F., est une femme respectable, posée, toujours égale à elle-même. Sans âge.
Avec un charme désuet lié entre autres à une tenue vestimentaire que l’on
imagine bon chic bon genre, version british, et fumant des cigarettes
qu’elle extrait d’un étui en écaille. Sa façon d’animer ses cours est
basée sur l’échange avec les participants.
Un petit groupe de trentenaires suit ces cours. Parmi eux, il y a bien
entendu
Niel, jeune homme qui se cherche, qui a été acteur, qui est divorcé et père
de deux enfants,
Geoff, le rebelle intello de gauche,
Linda, la fleur bleue avec ses problèmes de cœur, et
Anna, la hollandaise réfléchie.
E.F. présente un sujet et lance une question ouverte. Et la conversation
s’engage. Beaucoup de sujets autour de la culture occidentale sont
abordés, avec quelques digressions autour des premiers martyres chrétiens,
un sujet de prédilection pour
E.F..
Avec sa diction parfaite, son langage exemplaire, elle aborde la
controverse sans coup férir. Ainsi le monothéisme, mais également la
monogamie, seront évoqués, avec de la part des uns ou des autres des
arguments plus ou moins virulents.
|
| Royal Holloway University of London |
Des réflexions sur le bonheur nourrissent le café débat entre les quatre
jeunes.
Linda
et
Niel,
Niel
et
Anna, et
Geoff. Leurs conversations au café sont une sorte de debriefing des cours d’E.F..
Niel
est en admiration,
Linda
voit l’aspect écoute du cœur, tandis que
Geoff
est très critique et trouve
E.F.
académique et ampoulée.
Anna
reste plutôt neutre.
Le temps passe,
Niel
déjeune avec
E.F.
et les conversations se poursuivent. L’Histoire est-elle infaillible ? Un
débat houleux s’engage au sujet des juifs et de la 2ème guerre
mondiale,
Geoff
monte au créneau… Progrès technologique versus progrès moral ? Et
Julien l’apostat. Les chrétiens sont martyrisés par des païens et les païens sont
exterminés par des chrétiens. C’est ça l’histoire.
Le temps passe.
E.F.
décède et
Niel
est surpris de se voir léguer les carnets de cette dame avec qui il avait
continué de déjeuner régulièrement, toujours à 13h dans le même restaurant
italien.
Chris, le frère
d’Elizabeth
("Liz" pour lui), ouvre à
Niel
les portes de l’appartement de la défunte et le laisse prendre tout ce qui
pourrait servir à écrire sur
Liz
une autobiographie.
|
| Julian Barnes |
Et
Julien l’apostat. Des pages et des pages sur cet empereur. Entre Occident et Orient, entre
chrétienté et paganisme.
Niel
se lie d’amitié avec
Chris
qui l’invite à venir dans l’Essex mais ils se verront uniquement à Londres.
Niel
interroge sur leur enfance, leurs parents.
Chris
complète petit à petit le portrait d’E.F, cette sœur si brillante mais si rigide. Des conversations reviennent en
mémoire de
Niel
comme par exemple leur vision des hommes et femmes politiques par rapport à
la corruption. Et il y a eu un scandale lors d’une conférence donnée par
Elizabeth Finch.
Un détour par un roman de Michel Butor qui évoque des voyages.
Niel
se décide à bouger. Les retrouvailles avec
Anna
en Hollande sont d’une touchante naïveté :
Niel
et
Anna
évoquent une
E.F.
avec laquelle ils n’ont pas tout à fait partagé la même intimité. Tous ces
éléments permettront-ils à
Niel
d’écrire une biographie ?
Julian Barnes
est un grand écrivain, né en 1946. Il a reçu de nombreux prix et
médailles. Même traduit (merci à Jean-Pierre Aoustin) le style est
riche, fluide, plaisant. L’érudition sous-jacente est là, mais discrète et
à notre portée. Bon, il y a un grand passage sur
Julien l’apostat.
Il faut aimer l’histoire 😊.
Bonne lecture !
Folio - Pages 245






Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire