mercredi 19 août 2026

ONLY CHILD " Only Child " (1988), by Bruno

 


     Ça y est ! Dans les années 80, le Rock FM, AOR et consorts ont gagné la bataille. Ce genre et ses ramifications, bien aidés par le pouvoir financier des majors, dominent les médias. Progressivement, tel un virus, ça a impacté une grande partie de la musique populaire. L'immense succès des Foreigner, Journey, Bon Jovi et Boston, ainsi que le « 1984 » de Van Halen ou le Def Leppard de « Hysteria », a titillé l'envie de gloire des musiciens en mal de reconnaissance. En plus d'exacerber l'avidité des majors, qui, dans l'espoir de s'aligner sur les « best sellers », ont tôt fait d'encourager – voire d'imposer – à suivre l'exemple des « experts » du genre. Tant dans la forme de composition que dans la production et même dans l'apparence. Pour l'originalité, on verra plus tard... Finalement, ce n'est pas que la musique soit mauvaise, voire insipide (même si, parfois), mais c'est comme si elle suivait un cahier des charges. On tombe alors dans une relative uniformisation, poussée par une production vraisemblablement imposée, calquée tant bien que mal sur ce qui est alors érigé comme les canons de la nouvelle religion musicale. Ceux qui promettent succès et grosse monnaie. À vouloir suivre de trop prêt les cadors, on fini par tomber dans une relative uniformisation.

     Une hégémonie qui commence malheureusement par gaver, saouler. En réaction, une frange de la jeunesse, nourrie à la NWOBHM, au Métal des plus rigides et au punk, s'est vouée à de sombres entités – les Grands Anciens ? - qui les entraînent vers des tonalités et des cadences extrêmes. Parallèlement, quantité de groupes ont dû tourner casaque, épouser la nouvelle cause dans l'espoir de rester d'actualité, de survivre, et se sont finalement si durement ramassés que ça leur a coûté leur carrière. Comme ce fut le cas pour Fastway qui, après deux galettes magistrales, se vautre avec « Waitin' For The Roar ». Le pire, c'est que la tentative de mimétisme corrompt également les clips vidéos. Des clips tournés à la chaîne, quasiment dans les mêmes décors, avec des musiciens abordant sourire niais, attifés comme des as de pique, avec futals moule-burnes et coiffures extravagantes de porcs épics mutants – battant à plate couture la folle de Chaillot dans l'extravagance – et gigotant comme de jeunes filles délurées et certaines de leurs charmes (douteux).


   Toutefois, il ne faut jeter pas l'eau du bain avec le mioche. Ainsi, même si la seconde moitié des années 80 a été percluse de productions boursouflées (généralement, engluées dans d'inexpressifs et sirupeux claviers et des sons de batteries amplifiés, comme s'ils avaient été capté dans de profondes et vastes cavernes, (dans la salle de bain du seigneur des enfers), certaines ont su tirer leur épingle du jeu. Et pas nécessairement les plus connues.

   Parmi celles-là : « Only Child » et son premier album éponyme. Sorti en 1988, il est généralement élevé au rang de classique du genre. Only Child, c'est le nouveau bébé de l'Indo-américain Paul Sabu. Celui-là même qui, après quelques errements dans le disco, avait finalement trouvé son épiphanie dans le Rock. Le gros, celui qui tache avec des grosses grattes baveuses, saturées de distorsions, friandes de riffs spinescents et de soli qui gnaquent. Après la période Kidd Glove, puis celle en son nom propre, il monte un nouveau groupe. Il aurait pu prolonger la carrière de Kidd Glove, qui bénéficiait d'un certain succès ; il aurait pu continuer sous le nom de Sabu, dont l'excellent « Heartbreak » fit quasiment l'unanimité, mais non. Apparemment, il est vraisemblablement ce genre de gars, perpétuellement insatisfait, remettant toujours en doute son travail, atteint de « bougeottie aiguë », et qui n'est pas capable – ou n'a pas la patience suffisante – de s'attarder sur un même projet. Dans l'industrie musicale, c'est prendre un gros risque, qui peut aller jusqu'au suicide commercial. Mais, visiblement, il n'en a cure. De toute façon, pour faire rentrer de la thune, il compose pour la télévision, le cinéma ou pour des groupes. Quand ce n'est pas de la production ou dénicher des talents et de les promouvoir – il découvre Eilleen Twain, avant qu'elle ne passe à la Country, avant qu'elle ne soit maquée par Robert « Mutt » Lange et avant qu'elle opte pour Shania comme prénom. Il est aussi possible que Sabu ait décidé de monter un groupe dans un souci d'équité, pour ne pas tirer toute la couverture à lui, afin que la lumière rejaillisse aussi sur ses acolytes. Notamment sur Charles J. Esposito, batteur, choriste et co-compositeur, déjà à ses côtés depuis l'album « Heartbreak », ainsi que sur le claviériste Tommy Rude, qui, lui, était de la partie Kidd Glove.

     Finalement, ce « Only Child » n'est autre que la suite logique de « Heartbreak » - quoi de plus normal puisque les compositeurs sont les mêmes ? -, soit du heavy-rock FM particulièrement velu, avec force guitares bodybuildées (1) et patterns de bûcheron. Toutefois, l'album est peut-être un poil plus « FM », notamment grâce à des claviers qui arrivent, tant bien que mal, à s'extirper de cette fournaise de six-cordes hurlantes et d'avalanches de fûts. Peut-être aussi parce qu'il y a un peu plus de refrains et de mélodies mainstream, avec quelques passages convenus. Cependant, déjà, le quatuor a le bon goût de garder une batterie boisée, faisant l'impasse à cet "écho de cathédrale" qui a régné sur les productions de l'époque. Par contre, les cymbales, elles, n'ont pas eu de traitement de faveur - peut-être que les rééditions y ont remédié.


   Sur des titres comme "Always", "I Remember The Night", "I Wanna Touch" (assez typé Honeymoon Suite), et "I Believe In You", la guitare est bridée afin de laisser plus d'espace aux claviers, permettant ainsi à l'album de s’insérer dans la mouvance AOR. Des morceaux en résonance avec les deux premiers opus solo de Lou Gramm. "Save a Place in Your Heart" a les fesses entre deux chaises, hésitant entre la power-ballad et le heavy-pop à la Journey (ère Steve Perry) - la chanson sera reprise par Joe Lynn Turner. Tandis que "Rebel Eyes", proche d'un Jeff Paris, trouve un équilibre entre un riff primitif et une basse dansante.

     Mais d'autres pièces fricotent dangereusement avec le Métôl. À commencer par "Just Ask", qui ouvre le bal en rugissant, et qui a tout pour faire fuir le fan de Toto ou de Richard Marx. "Scream Until You Like It", qui est franchement heavy, avec, dans la dernière partie, un Sabu qui s'égosille jusqu'à carrément virer en mode "Brian Johnson en transe". Initialement, c'est une composition de Sabu, Esposito et Neil Citron pour le film "Ghoulies II" (le premier était déjà une bouse...) interprétée par W.A.S.P.. Ce dernier se l'est accaparé pour le sortir en single et en bonus de leur "Live... in the Raw". Évidemment, la version d'Only Child est meilleure. En final, "Shot Heard Around The World" résonne comme du Sammy Hagar des "VOA" et "I Never Say Goodbye".

     En comparaison avec d'autres productions de type "FM" ou "AOR", le raffinement peut faire défaut, et en conséquence ce "Only Child" pourrait être taxé d'AOR de bourrin. Cela n'empêche, c'est du bon, du très bon. 

     Pour la petite histoire, la revue anglaise « Kerrang ! », généralement considérée comme le mensuel incontournable de tous les métallovores et autres adeptes du Rock-fort, – certainement la première européenne consacrée au Rock dur -, avait exceptionnellement attribué à cet album la note « L » (??). Un « L » car le rédacteur en chef estimait qu'il valait bien plus que la note maximale des cinq « K ».  

     Encore une fois, au lieu de poursuivre sur sa lancée et de tenter de pérenniser sa dernière formation, l'année suivante, Paul Sabu, qui entraîne ses comparses à sa suite, soit l'intégralité d'Only Child, s'investit dans un nouveau projet. Celui de produire et d'enregistrer un album pour une chanteuse Suisse, Anastasia Alexa, dont la voix se situerait entre Lee Aaron et Eric Martin. Un unique et très bon album sobrement baptisé « Alexa », qui, en raison d'absence totale de promotion et d'un tirage limité – et rapidement épuisé – est passé inaperçu. Un objet de collection apprécié et recherché par les fans de Paul Sabu – on reste dans le même bain, même si ça s'enfonce encore un peu plus dans l'AOR -. Quant à Only Child, ce n'est qu'en 1996 qu'il refait surface avec « Only Child II », sorti en toute discrétion...


(1) C'était le temps des racks d'effets et Paul Sabu avait le sien, réalisé à son intention. avec une majorité de composants MXR. Le rack avait deux potentiomètres de saturation ; les deux dans le rouge. En sus, ce rack imposant, incorporait divers effets de MXR. Le Phase 90, la Blue Box (fuzz et octaver), le Dyna Comp , un Analog Delay, un Envelope Filter, plus le Chorus Ensemble de Boss (le CE-1) et un équaliseur 10 bandes.



🎼
Autre article / Paul SABU 👉 " Heartbreak " (1985)

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