Je ne vous ferai pas l’injure de raconter l’histoire. Si ? Bon, alors rapidos. Ulysse (Matt Damon en jupette) roi d’Ithaque, part en guerre sauver la belle Hélène (Lupita Nyong'o), assiège la ville de Troie, parvient à la faire tomber grâce à la ruse du cheval du même nom. Il devient un héros. Mais le voyage de retour sera semé d’embûches : dieux contrariés, géants casqués, Cyclope, Circé la magicienne, l’envoûtante Calypso, les Enfers... Pendant ce temps, sa femme Pénélope l’attend en faisant de la broderie, assaillie de prétendants qui espèrent l’épouser. Sans nouvelle d’Ulysse au bout de 20 ans (même pas un texto ?) elle envoie son fils Télémaque aux nouvelles. Antinoos, censé veiller sur l’héritier, ourdit un complot contre lui…
La nymphe est jouée par Charlise Theron, qu’on voit surgir de l’onde telle Ursula Andress dans DR. NO (ou la pub Dior J'adore). Franchement, a-t-on besoin d’une potion magique pour rester buller avec une telle créature sur une plage ensoleillée de Grèce… Pas crédible deux secondes l'Homère !
La
baston avec les Lestrygons (géants en armures argentées) est visuellement réussie, je me demande si Nolan n'aurait pas visionné l'EXCALIBUR de John Boorman juste avant... On a de très beaux mouvements de foule sur des plages immenses, ou des paysages brumeux, nuageux, des ciels plombés, décors naturels dénichés en Écosse, ou en Islande
pour la scène aux Enfers, visuellement superbe avec ces morts qui sortent du sable noir volcanique. La palette de couleurs est très éloignée de
la mer Ionienne, davantage raccord avec un épisode de GAME OF THRONES, qui
semble être la référence esthétique du film.
Si on ajoute certains costumes qui renvoient plus à BATMAN qu’à HERCULE
ou
MACISTE,
le
compte n’y est plus (l’armure
d’Agamemnon… le roi barbu qui s’avance, bu qui s’avance,
bu).Ah oui, on est passé à ce qui m’a moins plu… C'est quoi cette construction alambiquée ? Christophe Nolan aime distordre la linéarité, certes, mais pourquoi ce récit sur trois temporalités qui se télescopent ? L'Odyssée c'est un voyage, une trajectoire droite, interminable pour le héros. En revenant sans cesse à Calypso, ou le siège de Troie via les flashback, Nolan brise cette continuité. D'où ce manque de souffle, d'aventures. Le film donne l'impression de faire du surplace. Il lui faut 25 minutes d’exposition - qui retardent le départ de l'action - pour présenter tous les protagonistes et enjeux. Ce qu'il aurait eu largement le temps de faire en cours de route.
Tourner
en Imax 70mn pourquoi pas, mais quasiment aucune salle de cinéma n'est en mesure de projeter le résultat tel que souhaité par le réalisateur. Comme un bateleur de foire Nolan annonce vous allez voir c'que vous allez voir... on paie, on entre, et on ne voit rien ! Je te files les clés de ma Porsche Carrera 911 mais tu ne dépasses pas le 30km/h.
La dernière séquence du retour, fameuse avec le défi de l’arc à bander, est décevante, brouillonne, montée avec des plans qui ne dépassent pas 3 secondes. Je ne pensais pas dire ça un jour de Christopher Nolan : elle est où la mise en scène ? D'autant que l'épisode est célèbre, c'est comme Robin des Bois qui arrive encapuchonné au concours de tir à l'arc, on connait le truc !
Mais y’a pire. L’ODYSSÉE est encore plus insupportable à écouter ! Les dialogues hésitent entre sentences tragiques, profondes (pompeuses ?) et langage contemporain. Première réplique d’Ulysse : « Va falloir se tirer de cette putain de plage ! ». Gloups ! C'est le soldat Ryan qui parle depuis Omaha Beach, ou Rambo ? Car, et ça c'est pas bête, Nolan fait d'Ulysse un vétéran traumatisé par son passé guerrier, conscient de ses excès de violence (la prise de Troie a été un massacre) puis contraint de sacrifier des hommes, ne pouvant pas les sauver tous. Comme dans ce choix cornélien du passage entre Charybde et Scylla. A se demander s'il veut vraiment rentrer chez lui.
Si sur la fin la musique fait entendre quelques bribes d’instruments
antiques, 95 % de la bande son est un grondement électronique continu, une fusée Ariane (sic) qui tel Sisyphe n'en finirait pas de décoller, des ultra-basses hyper saturées qui
font vibrer les fauteuils. Nolan se dit fan absolu de Kubrick et de son 2OO1, film dont l'originalité première est... le silence angoissant.
Comme les matelots qui se bouchent les oreilles de cire pour ne pas entendre le chant des sirènes, j’avais prévu les boules Quies, mes acouphènes ayant décuplé après OPPENHEIMER, mais ça n’a pas suffit. Et ça monte crescendo, plus fort, plus vite. Pas une minute de silence, de repos, de répit, chaque centimètre carré est rempli ras la gueule de bruitage. J'espérais une pause pour entendre le chant envoûtant et mélodieux des sirènes... Peau d'zob ! Scène expédiée.
Et les acteurs ? Y’en a plein, et des connus. Interprétation sans d’éclat, Matt Damon est massif, torturé, voix caverneuse, Tom Holland a l’air un peu con con, Robert Pattinson joue bien les fourbes, les autres sont méconnaissables ou ne font qu’une apparition. Je retiendrai du casting Anne Hathaway.
Christopher Nolan s’empare d’un récit homérique pour nous livrer un film qui ne l’est pas, plombé par une esthétique héroic fantasy contemporaine. Un film sans réel panache épique, sans féerie ni merveilleux, sans frisson, d’un sérieux de moine jésuite.







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