jeudi 23 juillet 2026

MOZART – Exultate Jubilate (Motet 1773) – Edith MATHIS (1979) vs Franco FAGIOLI (2003) – par Claude TOON


- Hou hou… Sonia ! Je te trouve bien guillerette ce matin… Tant mieux… une bonne nouvelle… t'as gagné au loto…

- Oh Claude, je n'ose pas annoncer deux nouvelles intimes… mais je ne pourrai pas cacher longtemps…

- Allez mon petit on se jette à l'eau… On se connait si bien depuis 15 ans…

- J'attends un bébé… si si pour janvier, février et je vais épouser Ferdinand… Je suis trop heureuse !!!!!

- Waouh… Exsultate Jubilate – Réjouissez-vous en latin, le titre du motet de Mozart du jour… Tu nous invites à la cérémonie ?

- Oui, oui… et même à la noce… Oh pas un truc de star, les parents de Ferdinand, quelques amis dont ceux du blog…

- Bon tu me diras quel ou quels cadeaux tu souhaites de la part du blog… On a un budget pour les évènements…

- Trop gentil, mais pas trop de dépense, Luc commandera un presse-purée chez Temu… hihi haha hihihi hahaha…  (3,31 € 😊)


Edith Mathis

Sonia, toute à ses chouettes projets, semble oublier que l'on doit écrire une chronique. Hasard de la programmation, j'avais prévu un billet sur un allègre motet de Mozart dont le titre en latin est Exsultate, Jubilate, soit deux expressions synonymes : réjouissez-vous ! Ce qui avouons-le est de circonstance suite à ces deux annonces… 😊

L'œuvre d'une douzaine de minutes ayant été écrite pour soprano ou castrat, j'ai facilement trouvé une interprétation féminine, il y en a des dizaines et l'élue sera Edith Mathis, célèbre chanteuse des années 70-80. Par contre une interprétation par un contreténor m'a posé bien des problèmes jusqu'à la découverte d'un chanteur idéal – est-ce le seul ? – l'argentin Franco Fagioli

Mozart ne fut guère passionné par la composition de musique sacrée sur commande, pour ne pas dire musique d'Église alimentaire. Le compositeur devenu adulte fréquentera les loges maçonniques. On lui doit une petite vingtaine d'œuvres religieuses mineures et divers chefs-d'œuvre. Les neufs messes brèves écrites à Salzbourg montrent à l'évidence une parenté avec les derniers soubresauts de l'époque baroque. Composées sans grande conviction pour les offices et d'une écriture précipitée, elles demeurent des curiosités académiques peu enregistrées. Parlons des exceptions :

La Messe de l'orphelinat en ut mineur, K. 139 écrite par un gamin surdoué de 12 ans, d'une durée de 45 minutes surprend par ses dimensions et son orchestration qui l'élève au rang de Missa Solemnis. Claudio Abbado en a gravé un enregistrement passionnant.

Moins ambitieuse, citons la Messe en ut majeur K. 167, celle en ut majeur K. 257, ou encore la Messe en ut majeur K. 262. Toutes sont datées de 1776 environ et sans doute commandées par le prince-archevêque Hieronymus von Colloredo, l'employeur de Mozart. Pour diverses raisons, on les considère plutôt comme des messes brèves que des Missa Solemnis. Mozart détestait autant le prélat que ces commandes pour lesquelles son génie permettait néanmoins de fournir des ouvrages de qualité, exemple :  Messe du Couronnement K 317 créée en 1779. Enfin pour Colloredo, Mozart livrera la partition d'une Messe en ut majeur K. 337 en 1781. Elle met fin à la collaboration orageuse entre les deux hommes.

Mozart part avec Constance pour Vienne en 1782 et s'empresse d'écrire avec son cœur une vraie messe à l'intention de son épouse, la Grande messe en ut mineur K427. L'ouvrage aux proportions proches de la Missa Solemnis de Beethoven restera hélas inachevée. Qualitativement cette messe n'a comme concurrente que le Requiem, ultime composition du maitre. Les deux œuvres ont été chroniquées. (Index)


Venanzio Rauzzini

Le catalogue de musique sacrée de Mozart comprend diverses pièces de circonstances. Les deux plus connues sont Ave verum corpus, KV. 618 et surtout le motet Exsultate, jubilate, KV. 165 composé en 1773 à Milan par un jeune Wolfgang de 17 ans. Il compose sous la coupe du prince-archevêque Hieronymus von Colloredo. Il voyage pour la troisième fois en Italie, à Milan, capitale de l'opéra. L'ambition de son père Leopold d'obtenir des postes à la cour des Habsbourg sera déçu… Les opéras séria de son fils n'obtenant qu'un demi succès. Parmi ces opéras toujours proposés sur les scènes lyriques, Lucio Silla, (un despote romain, Lucio Silla en pince pour Giunia, la fille de son rival politique Marius… Mais Giunia déteste Lucio Silla et aime un sénateur exilé, Cecilio. Et patati et patata, la thématique classique à l'époque : conflits sentimentaux, assassinats, tentative de suicide et tout est bien qui finit bien.)


Tout ça pour dire que le rôle de Cecilio était destiné au célèbre castrat Venanzio Rauzzini que Mozart admirait. Rauzzini (1746-1810) occupe une place importante dans le classicisme comme chanteur, compositeur et pédagogue, notamment en Angleterre… N'imaginons pas un eunuque qui gazouille telle une midinette mais un musicien majeur. À son intention, Mozart compose Exsultate, jubilate qui est créé par Venanzio Rauzzini le 17 janvier 1773. La pièce deviendra un hit des airs de concerts sacrés de Mozart.

Le motet est constitué de trois parties et d'un récitatif. L'alléluia conclusif se révèle d'une difficulté technique redoutable comparable à l'air de la Reine de la nuit de la flûte enchantée. De nos jours toutes les sopranos ou mezzos se confrontent à ce motet à l'écriture pétulante ne s'absolvant pas de spiritualité, de prière. Les textes latin-français suivent les vidéos. Rien à ajouter.


Bernhard Klee

J'ai écouté un casting de chanteuses de talent dans cet air jusqu'à la migraine 😊. Honnêtement, j'ai toujours adoré la voix d'Edith Mathis qui chante l'œuvre avec une rare religiosité, sans affectation. M'interrogeant sur la possibilité que la Tribune des disques ait confronté six sopranos, j'ai eu la surprise de constater que oui, chose rare pour une œuvre aussi courte. Edith Mathis fut classée seconde après Cecilia Bartolli, diva à la technique époustouflante mais justement un peu opératique à mon goût pour cette page sacrée… Bref, pour les deux artistes, du grand art.

Déjà présente dans l'enregistrement légendaire du Requiem dirigé par Karl Böhm en 1971 j'écrivais : "Edith Mathis déserte l'opéra pour nous inviter avec une voix d'ange à la méditation, aucune coquetterie sur le mot "Jerusalem". " (Clic)

D'origine suisse Edith Mathis (1938-2025 dans l'anonymat 😊) débute de 1959 à 1963 sur les scènes européennes : Cologne, Festival de Salzbourg, Festival de Glyndebourne, Hambourg, Munich où elle incarne une Mélisande hors du commun. Au Deutsche Oper BerlinKarl Böhm la repère et booste sa carrière : Metropolitan Opera de New York ou Covent Garden à Londres. Les très grands rôles sont désormais à sa portée : Pamina dans La Flûte enchantée, Annette dans Le Freischütz, (Voir la chronique sur le disque de Carlos Kleiber, un must), la douce Sophie dans Le Chevalier à la rose… mais aussi des cantates de Bach. Elle chante dans tous les registres et avec brio… Et bien sûr, ses master-class seront bondées !

 

Bernhard Klee (1936-2025) soit l'exact contemporain à un an près de la soprano Edith Mathis dont il fut le mari pendant un temps non précisé ! Ancien petit chanteur du Thomas-Chor de Leipzig, il a dirigé nombre d'orchestres germaniques. Le maestro se spécialisera dans l'interprétation d'opéras en mémorisant pas moins de 80 partitions. Il sera aussi proche des milieux modernistes de la seconde moitié du XXème siècle, créant par exemple des ouvrages de Hans Werner Henze, compositeur sérialiste dans sa jeunesse mais plus éclectique par la suite… Encore des sujets de chroniques. Notons une gravure originale du chef avec Edith Mathis et d'autres chanteurs connus : Der Wildschütz (le braconnier) un opéra-comique d'Albert Lortzing (1801-1851).

 

Pour le disque du jour comportant en complément de nombreux airs de Mozart, Bernhard Klee dirige l'orchestre de la Staatskapelle de Dresde, pas moins.


Franco Fagioli

Difficile d'achever cette chronique sans découvrir Exsultate, jubilate chanté comme à l'époque par un castrat. La modification génitale imposée n'étant plus à la mode (qui s'en plaindra  😊), La voix de contreténor a été redécouverte presque à l'identique par Alfred Deller au siècle dernier. Il semble que l'exigeant "chant de tête" caractérisant la tessiture de contre-ténor, appelé aussi falsettiste, haute-contre, etc., spécialité d'Andreas Scholl ou Philippe Jaroussky, s'exerce exclusivement dans le répertoire baroque… C'est assez logique car cet artifice "génital" qui peut nous choquer a disparu à la fin du XIXème siècle en Italie. Les gamins préados n'étaient ni consultés ni a fortiori consentants !!

Près de l'abandon (pas mon genre, mais bon…), Franco Fagioli m'a apporté une réponse grâce à son album Anime Immortali. Le chanteur d'origine argentine, que je découvre, âgé de 45 ans, propose dans son album des airs de Mozart dont le motet. Les spécialistes le classent comme contreténor voire comme soprano. Il a donné au Théâtre des Champs-Élysées en décembre 2023 un concert dans le répertoire mozartien peu visité. Un album miraculeux disponible sur YouTube. Il domine une tessiture d'une amplitude stupéfiante… Daniel Bard dirige l'orchestre de chambre de Bâle. Je reviendrai sur sa discographie riche de 27 albums seuls ou avec des comparses, notamment dans des airs de Haendel ou encore l'opéra Artaserse de Leonardo Vinci avec entre autres Philippe Jaroussky et Diego Fasolis à la direction…

Orchestration : 2 hautbois, 2 cors, cordes et orgue pour le continuo. Partition :

Plan :

Allegro, en fa majeur, 4/4.

Recitativo secco, en fa majeur, 4/4

Andante, en la majeur

Allegro, en fa majeur

 

Minutage : Edith Mathis : [00:00] - [5:01] - [5:58]  -[12:20]

Durées des plages : Franco Fagioli :[4:25] - [0:45] - [5:43]  - [2:31]

Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée.

Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…


INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. 

Exsultate, jubilate,

o vos animae beatae,

dulcia cantica canendo,

cantui vestro respondendo,

psallant aethera cum me.

 

Fulget amica dies, iam fugere et nubila et procellae;

exorta est justis inexspectata quies.

Undique obscura regnabat nox; surgite tandem laeti, qui timuistis adhuc,

et iucundi aurorae fortunatae

frondes dextera plena et lilia date.

 

Tu virginum corona,

tu nobis pacem dona,

tu consolare affectus,

unde suspirat cor.

 

Alleluia, alleluia

Réjouissez-vous, réjouissez-vous,

Ô âmes bénies,

Chantant de doux chants,

En réponse à votre chant,

Les cieux chantent avec moi.

 

Le jour bienveillant brille, les nuages ​​et les orages fuient ;

Un calme inattendu s'est levé pour les justes.

De toutes parts régnait la nuit obscure ; levez-vous enfin, joyeux, vous qui aviez encore peur,

Et offrez votre main droite pleine de feuilles et de lys à l'aube bienfaisante et heureuse.

 

Vous êtes la couronne des vierges,

Vous nous accordez la paix,

Vous consolez les cœurs,

D'où soupire le cœur.

 

Alléluia, alléluia



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