C’est donc bel et bien Tod Browning qui signe officiellement la première adaptation. Son DRACULA ouvrira la voie à une ribambelle de films d’épouvante, FRANKENSTEIN, LA MOMIE, KING KONG, et les autres studios hollywoodiens profiteront du filon. Le film permettra aussi à l’acteur Bela Lugosi de passer à la postérité, son nom est indissociable du personnage - comme Christopher Lee ensuite – qui lui colle aux canines comme le sparadrap du capitaine Haddock. Dans son dernier film en 1959, la fameuse série Z PLAN 9 FROM OUTER SPACE d’Ed Wood, il y joue encore un homme vampire. Et si la légende est belle, j'imprime ici l'Histoire : non, Lugosi n'a pas souhaité être enterré dans un cercueil avec sa cape de vampire...
C’est Lon Chaney, acteur fétiche de
Browning, qui devait interpréter le rôle, mais il a eu la mauvaise
idée de décéder avant le tournage. Bela Lugosi est logiquement
choisi parce qu’il jouait le rôle à Broadway – on y reviendra.
D’origine hongroise, acteur de théâtre, il fuit son pays pour des
raisons politiques (il était syndicaliste), atterrit en Amérique où
son accent hongrois le prédispose à jouer Dracula sur scène.
Le film bénéficie de moyens, la photographie est superbe, les décors en jettent. On entend le Lac des Cygnes de Tchaïkovski au générique (il n’y a pas d’autres musiques composées) et le récit démarre au quart de tour. Une diligence, des passagers pressés : « Nous devons être à l’auberge avant le crépuscule ». Superbe plan à l’intérieur de l’auberge, avec cette femme qui prie, en amorce de l’image. Quand un passager, visiblement pas du coin, informe qu’il a rendez-vous à minuit avec le comte Dracula, une autre femme se signe et lui offre un médaillon crucifix protecteur. On lui apprend l’histoire de ce comte buveur de sang, qui se métamorphose en loup, et ses trois femmes mortes-vivantes.
Un
raccourci qui enlève toute surprise, mais permet de rentrer de suite
dans le vif du sujet. Autre raccourci, le passager en question
s’appelle Renfield. Or dans le roman, le personnage qui rencontre
Dracula en Transylvanie pour lui faire signer les papiers d’une
vente immobilière est Jonathan Harker. Renfield, le possédé qui
avale mouches et araignées, disciple de Dracu, intervient plus tard dans l’histoire. Les scénaristes de cinéma ont parfois tendance, pour limiter le nombre de personnages à l'écran, d'en cumuler plusieurs en un seul. Sauf que Harker
apparaît bien dans le film, mais plus tard ! Là, j'avoue le pas piger...
Les scènes au château du comte sont
formidables, gothiques à souhait, avec ces trois femmes qui sortent de leurs
cercueils, les doigts blanchâtres, les toiles d’araignées qu’il
faut fendre à la canne, la brume, et ces chauves-souris qui gigotent
pendues à un fil ! Le décor est immense, avec un escalier
monumental, que Browning filme en plongée ou contre plongée pour
signifier la domination du comte sur son invité.
On appréciera la traversée en bateau vers Londres,
visiblement reconstituée dans une bassine d’eau. Tod Browning
réussit de belles scènes en Angleterre, le comte Dracula s’invite
à des mondanités, son pouvoir de suggestion est illustré par un
reflet de lumière sur son regard (comme lorsqu’il fallait mettre
en valeur les yeux bleus de Jean Gabin dans PÉPÉ LE MOKO !), Bela
Lugosi avait le visage recouvert de maquillage vert pale. Bel effet à
l’opéra, lorsque la lumière s’éteint après l'entracte au moment où Dracula
dit : « Il y a pire que la mort », laissant les
autres dans l’expectative. Beau mouvement de caméra à la grue, au
sanatorium, reliant le jardin extérieur à la cellule où est
enfermé Renfield, désormais possédé, disciple de maître des
ténèbres.
Car ce film n’est pas une adaptation stricte
du roman, mais d’une pièce de théâtre créée en 1924 en
Angleterre, qui triomphera à Broadway en 1927. Avec donc Bela Lugosi
dans le rôle titre, qui, avec trois autres comédiens, reprendra son
personnage pour ce film. Dont Edward Van Sloan en Van Helsing, visez moi ses culs de bouteilles en guise de
lunettes, une tête qui fait penser à Eric von Stroheim, est-ce un
hasard ? Même si les séquences s'inscrivent dans le récit (la
morsure de Lucy, puis de Mina) y’a un sacré coup de mou dans la
mise en scène.
Ce premier DRACULA est un film important dans l'histoire du cinéma, ce pourquoi je vous en cause, par la voie qu’il a ouverte. Toutes les autres versions s’en inspirent par ci par là, y compris celle, flamboyante, de Francis Coppola. Mais Tod Browning peine à y déployer tout son talent, pourtant évident dans les séquences en Transylvanie, contraint et surement frustré par la théâtralité des séquences centrales. On est loin de la fulgurance visuelle que Murnau nous avait servie dans son NOSFERATU.
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Lien vers : FREAKS
Noir et blanc - 1h10 - format 1:1.20 (format des premiers films parlants, pour intégrer la piste son)
Ce n'est pas la bande annonce d'origine, mais qui possède la meilleure qualité images.




La première fois que j'ai vu Bela Lugosi c'était dans " La Marque du vampire" et j'ai longtemps cru qu'il tenait de rôle de Dracula
RépondreSupprimer" La Marque du vampire", un autre Tod Browning. Ce n'est pas du Dracula, mais c'est tout comme !
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