LA FEMME FLIC (1980) d’Yves Boisset - par Pat Slade
Fini le flic à la Belmondo qui distribue des torgnoles et court sur le
toit des métros, la femme se fait flic et on y gagne au change.
Le Charme de la Parité
Ah, ”La Femme Flic“ d’Yves Boisset, un film qui ne manque
pas de piquant et qui mérite qu’on en parle. Sorti en 1980, ce
long-métrage est un mélange savamment dosé de polar et d’un soupçon de
féminisme avant l’heure. Alors, attachez vos ceintures, on embarque pour
une chronique décalée de ce film pas comme les autres.
Dès le départ, le titre donne le ton : ”La Femme Flic“. Pas ”l’homme flic“, non, ”la femme“ parce qu’en
1980, voir une policière en vedette, c’était déjà un petit vent
de fraîcheur dans un océan de moustachus et de flingues à la ceinture.
L’héroïne, Corinne Levasseur, incarnée par Miou-Miou, est une policière qui n’a pas froid aux yeux. Elle débarque dans un
commissariat où la testostérone est à son comble, et où elle doit
prouver que oui, elle est aussi efficace – voire plus que ses collègues
masculins. Elle le fait, souvent avec panache et un sens de la répartie
qui ferait pâlir n’importe quel inspecteur. Le film a ce charme désuet
propre aux années 80, avec ces plans un peu granuleux, ces dialogues
bien sentis, et cette ambiance urbaine du Nord qui donne envie de
ressortir sa veste en jean. Yves Boisset
joue sur le contraste entre la dureté du métier de flic et la
sensibilité féminine de son personnage principal, sans jamais tomber
dans le cliché niaiseux. Corinne se bat, s’énerve, rit, pleure parfois
(ok, ça reste rare), mais surtout elle avance, tête haute.
Ce qui m’a vraiment plu, c’est cette approche plutôt en avance sur son
temps. Aujourd’hui, on parle beaucoup d’équité et de représentativité,
mais en 1980, mettre une femme au cœur d’une enquête policière,
avec autant de présence était presque révolutionnaire. Boisset
ne la montre pas comme une super-héroïne invincible, mais comme
quelqu’un qui galère, qui doute, qui peut se planter. Bref, un
personnage crédible et attachant. Mais l’intérêt du film ne réside pas
tant dans le suspens que dans la manière dont il met en scène le combat
quotidien d’une femme dans un monde d’hommes. Entre scènes de boulot,
petits moments de vie perso un peu bancals, et dialogues piquants,
Le scénario fait mouche grâce à sa simplicité efficace : Corinne
doit enquêter sur un réseau de prostitution infantile dans la noirceur
du Pas-de-Calais et de ses bassins minier. Là où le film devient
intéressant, c’est qu’il ne verse jamais dans le sensationnalisme.
Jean-Pierre Kalfon
Les personnages sont crédibles, ni tout blancs ni tout noirs, ce qui
donne une vraie profondeur à l’intrigue. Yves Boisset
utilise cette enquête pour pointer du doigt des dysfonctionnements
sociaux, la misère, le racisme, la corruption qui restent
malheureusement toujours d’actualité. Côté casting, Miou-Miou
livre une performance impressionnante. Elle parvient à transmettre
toute la dualité de son personnage : à la fois dure et vulnérable,
rigoureuse dans son travail mais humaine. Face à elle, on retrouve des
visages connus comme Jean–PierreKalfon, qui joue un rôle assez ambivalent de directeur de MJC, alimentant
la tension dramatique du film. La mise en scène de Boisset
est nerveuse, avec un bon rythme qui évite à tout moment l’ennui,
malgré une intrigue qui reste ancrée dans le quotidien et la routine
du boulot de flic.
Leny Escudero
On peut parler des collègues masculins de l’héroïne joués par des
acteurs comme Roland Blanche
ou Jean-Marc Thibault
dans le rôle du commissaire. ils incarnent les défis que rencontre la
femme flic dans un univers profondément machiste. Certains sont
clairement hostiles, faisant preuve d’un sexisme latent qui donne du
piquant aux confrontations dans les scènes de bureau. Par ailleurs,
les seconds rôles ne se limitent pas aux seuls collègues le film
propose aussi une galerie de petits rôles bien sentis, des petits
malfrats aux témoins en passant par les civils rencontrés par la femme
flic dans ses enquêtes. Comme Leny Escudero
anti-flic convaincu mais qui va l’aidera dans son enquête ainsi qu’un
jeune abbé (Phiippe Caubère). Et il y a aussi les sales gueules et les méchants comme Niels Arestrup
le photographe et François Simon
(le fils de Michel Simon) un médecin radié de l’ordre, ancien collaborationniste, misogyne et
comme Céline
il vit entouré de chats ayant des noms d’écrivains célèbres.
Ce qui fait aussi le charme de La Femme Flic, c’est sa bande-son signée Philippe Sarde. Elle accompagne parfaitement les moments d’introspection ou de
tension, sans jamais prendre le dessus. Le film a ce petit côté vintage
qui le rend encore plus attachant aujourd’hui, avec ses décors urbains
et son ambiance années 80, qui évoquent une époque où la place d'une
femme dans la police en fait une pionnière. En résumé, ”La Femme Flic“ est un film qui fait réfléchir, et parfois lever un sourcil. Il nous
rappelle qu’avant que la parité ne devienne un slogan politique,
certains artistes avaient déjà compris l’importance de raconter autre
chose. Une œuvre à (re)découvrir pour son côté vintage, et son
héroïne qui fait figure de pionnière.
Alors si vous avez envie d’une soirée cinéma où suspense rime avec
charisme n’hésitez pas à plonger dans cet univers un peu kitsch mais
terriblement attachant. Et surtout, gardez en tête : derrière chaque flic,
il y a une histoire… et pour une fois, c’est une femme qui la
raconte.
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