JUSTE UNE ILLUSION de Olivier Nakache et Eric Toledano (2026) par Luc B.
Ca ne doit pas être simple pour le
duo Olivier Nakache / Eric Toledano de trouver une nouvelle bonne
idée, après les cartons de leurs films depuis 20 ans. Sans revenir
au ras de marée INTOUCHABLE, il y a eu depuis le fameux LE SENS DE LA FÊTE, puis HORS NORMES, UNE ANNÉE DIFFICILE, et un détour par la case télé avec
les deux saisons de la série EN THÉRAPIE.
Alors oui, leur cinéma
n’est pas le plus subversif qui soit. Oury, Yves Robert ou Rappeneau l'étaient-ils ? Mais en termes de
comédie, souvent douces-amères (consensuelles disent certains,
centristes disent d’autres – salut Lester !) les mecs savent
trousser des histoires qui ne ressemblent pas au tout venant, loin
des CAMPING ou QU’EST CE QUE J’AI FAIT… qui semblent être les
nouvelles matrices de la comédie au cinéma chez nous.
Dire que
Nakache & Toledano sont attendus au tournant est une évidence. Bon,
là, ils n’ont pas pris grand risque, puisqu’ils nous refont le
coup du retour nostalgique dans leurs adolescences. J’ai la flemme
de lister le nombre de films dont les auteurs se replongent dans
les années 80, un sous-genre en soi. Qu’est ce le duo aura de
plus, de mieux, à dire sur le sujet ?
D’abord une peinture
sociale et politique assez juste. Les envies d’émancipation de la
mère Sandrine Dayan (Camille Cottin, impeccable), corsetée dans son statut de maman, qui se fait livrer
à domicile un objet étrange : un ordinateur, pour parfaire sa
formation et sortir de son boulot de secrétaire. Première scène
réussie où elle sert le café à une tablée de mecs en costume, et gère
ses gamins par téléphone.
Et le père, Yves Dayan (Louis
Garrel par contre en roue libre, qui surjoue sa partition, pourquoi pas, mais ce n'est pas raccord avec les autres comédiens) qui se
morfond dans un chômage inavoué, une insulte à son statut d'ex-cadre
chez Moulinex. Belle scène d’entretien, où il fait face à une
dizaine de clones en imper et attaché case, reflet de son propre
parcours balisé, qu’il fuira à toutes jambes. Et aussi ce moment avec un voisin qui planque un journal de petites annonces, et cette question : « Et vous, ça fait combien de temps ? »
Le personnage
central, point de vue des auteurs, est le fiston Vincent (Simon Boublil - le fils de Torreton - jolie bouille mais pas toujours très juste dans son jeu), qui
prépare sa bar-mitsvah. Les relations sont tendues avec son grand
frère et modèle (qui fait des compils en K7 et les vend à ses
potes, tiens, ça me rappelle quelqu'un...) et s’amourache de la jolie Anne-Karine, une fille de sa
classe, dont le père est un gros con facho. Quoi de mieux pour le
faire chier qu’Anne-Karine sorte avec un juif arabe ! Et les
auteurs de rappeler - mais en douceur - les années Le Pen (père) et le contre virus Touche pas à mon
pote.
Par rapport à leurs scénarios antérieurs, souvent des modèles de construction (ils écrivent mieux qu'ils ne mettent en scène à mon avis), j’ai trouvé
celui-ci un peu paresseux en termes d’intrigue. On est davantage
dans une succession de vignettes, où chaque personnage semble
vouloir décrocher son Graal. Pour Sandrine c’est un meilleur
boulot, pour Yves c’est la valise RTL ou retrouver sa place de
parking n°26, pour Vincent, mater avec ses potes son premier porno.
Tout ce qui tourne autour de « La ruée vers Laure » (une
production Marc Dorcel avec Laure Sainclair, sortie 10 ans plus tard
mais on s’en fout, car le gag avec « La Ruée vers l’or »
de Chaplin est génial !) est vraiment drôle, ces gamins qui se font
passer pour des cinéphiles avertis, et cette réplique à propos de
« Un homme et une femme » de Lelouch : « -
vous en êtes où ? - quand il pleut ! ».
Il y a
toujours ces bons moments chez les Nakache & Toledano, des répliques
qui vous prenne par surprise (on se souvient de « vous savez
découper un turbo ? un loup ? »), des situations
loufoques à double détente. Une première idée jetée qui prendra
sens plus tard, dans sa chute retardée. Comme la tata qui ressemble
à Michel Drucker (réponse au générique de fin), la photo de François Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main, la
doudoune Chevignon rose…
J’ai bien aimé le personnage du gardien, monsieur Berger, joué par Pierre Lottin, qui accepte sa condition sociale, mais recherche de la considération, notamment d'un Yves Dayan obséquieux, hautain, et sans doute jaloux de ses multiples talents. Berger qui ose
appeler « Sandrine » madame Dayan. Depuis quand un prolo
de gardien d’immeuble se permet d’être intime avec l’épouse
d’un cadre ?!
Dans JUSTE UNE ILLUSION on rit
du désespoir des personnages, de leur incapacité à trouver leur
place, une justification à leur vie. Un contexte finalement assez
noir. Côté mise en scène, c’est du classique, pas d’éclat, on
notera l’utilisation du zoom vintage. L’époque est par contre
reconstituée avec précision mais sans ostentation. Encore une fois,
le duo mise sur les détails, dans le décor, les accessoires, où ce
générique avec les vieux logos Gaumont, TF1, Canal +.
C’est encore
une fois du boulot bien fait, les réalisateurs cultivent leur
savoir-faire, mais cette fois sans surprise, hésitants à se lâcher
totalement. Nakache et Toledano n’ont pas grand chose à proposer
de plus sur un thème rebattu, c’est une chronique familiale
attachante, plus que pétillante. Souvent, à la rediffusion, on
se rend compte que leurs films sont finalement plus aboutis, fins et
complexes qu'à la première vision. Donc attendons pour réviser notre jugement.
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