vendredi 24 avril 2026

JUSTE UNE ILLUSION de Olivier Nakache et Eric Toledano (2026) par Luc B.


Ca ne doit pas être simple pour le duo Olivier Nakache / Eric Toledano de trouver une nouvelle bonne idée, après les cartons de leurs films depuis 20 ans. Sans revenir au ras de marée INTOUCHABLE, il y a eu depuis le fameux LE SENS DE LA FÊTE, puis HORS NORMES, UNE ANNÉE DIFFICILE, et un détour par la case télé avec les deux saisons de la série EN THÉRAPIE.

Alors oui, leur cinéma n’est pas le plus subversif qui soit. Oury, Yves Robert ou Rappeneau l'étaient-ils ? Mais en termes de comédie, souvent douces-amères (consensuelles disent certains, centristes disent d’autres – salut Lester !) les mecs savent trousser des histoires qui ne ressemblent pas au tout venant, loin des CAMPING ou QU’EST CE QUE J’AI FAIT… qui semblent être les nouvelles matrices de la comédie au cinéma chez nous.

Dire que Nakache & Toledano sont attendus au tournant est une évidence. Bon, là, ils n’ont pas pris grand risque, puisqu’ils nous refont le coup du retour nostalgique dans leurs adolescences. J’ai la flemme de lister le nombre de films dont les auteurs se replongent dans les années 80, un sous-genre en soi. Qu’est ce le duo aura de plus, de mieux, à dire sur le sujet ?

D’abord une peinture sociale et politique assez juste. Les envies d’émancipation de la mère Sandrine Dayan (Camille Cottin, impeccable), corsetée dans son statut de maman, qui se fait livrer à domicile un objet étrange : un ordinateur, pour parfaire sa formation et sortir de son boulot de secrétaire. Première scène réussie où elle sert le café à une tablée de mecs en costume, et gère ses gamins par téléphone. 

Et le père, Yves Dayan (Louis Garrel par contre en roue libre, qui surjoue sa partition, pourquoi pas, mais ce n'est pas raccord avec les autres comédiens) qui se morfond dans un chômage inavoué, une insulte à son statut d'ex-cadre chez Moulinex. Belle scène d’entretien, où il fait face à une dizaine de clones en imper et attaché case, reflet de son propre parcours balisé, qu’il fuira à toutes jambes. Et aussi ce moment avec un voisin qui planque un journal de petites annonces, et cette question : « Et vous, ça fait combien de temps ? » 

Le personnage central, point de vue des auteurs, est le fiston Vincent (Simon Boublil - le fils de Torreton - jolie bouille mais pas toujours très juste dans son jeu), qui prépare sa bar-mitsvah. Les relations sont tendues avec son grand frère et modèle (qui fait des compils en K7 et les vend à ses potes, tiens, ça me rappelle quelqu'un...) et s’amourache de la jolie Anne-Karine, une fille de sa classe, dont le père est un gros con facho. Quoi de mieux pour le faire chier qu’Anne-Karine sorte avec un juif arabe ! Et les auteurs de rappeler - mais en douceur - les années Le Pen (père) et le contre virus Touche pas à mon pote.

Par rapport à leurs scénarios antérieurs, souvent des modèles de construction (ils écrivent mieux qu'ils ne mettent en scène à mon avis), j’ai trouvé celui-ci un peu paresseux en termes d’intrigue. On est davantage dans une succession de vignettes, où chaque personnage semble vouloir décrocher son Graal. Pour Sandrine c’est un meilleur boulot, pour Yves c’est la valise RTL ou retrouver sa place de parking n°26, pour Vincent, mater avec ses potes son premier porno. Tout ce qui tourne autour de « La ruée vers Laure » (une production Marc Dorcel avec Laure Sainclair, sortie 10 ans plus tard mais on s’en fout, car le gag avec « La Ruée vers l’or » de Chaplin est génial !) est vraiment drôle, ces gamins qui se font passer pour des cinéphiles avertis, et cette réplique à propos de « Un homme et une femme » de Lelouch : « - vous en êtes où ? - quand il pleut ! ».

Il y a toujours ces bons moments chez les Nakache & Toledano, des répliques qui vous prenne par surprise (on se souvient de « vous savez découper un turbo ? un loup ? »), des situations loufoques à double détente. Une première idée jetée qui prendra sens plus tard, dans sa chute retardée. Comme la tata qui ressemble à Michel Drucker (réponse au générique de fin), la photo de François Mitterrand et Helmut Kohl main dans la main, la doudoune Chevignon rose… 

J’ai bien aimé le personnage du gardien, monsieur Berger, joué par Pierre Lottin, qui accepte sa condition sociale, mais recherche de la considération, notamment d'un Yves Dayan obséquieux, hautain, et sans doute jaloux de ses multiples talents. Berger qui ose appeler « Sandrine » madame Dayan. Depuis quand un prolo de gardien d’immeuble se permet d’être intime avec l’épouse d’un cadre ?!

Dans JUSTE UNE ILLUSION on rit du désespoir des personnages, de leur incapacité à trouver leur place, une justification à leur vie. Un contexte finalement assez noir. Côté mise en scène, c’est du classique, pas d’éclat, on notera l’utilisation du zoom vintage. L’époque est par contre reconstituée avec précision mais sans ostentation. Encore une fois, le duo mise sur les détails, dans le décor, les accessoires, où ce générique avec les vieux logos Gaumont, TF1, Canal +.

C’est encore une fois du boulot bien fait, les réalisateurs cultivent leur savoir-faire, mais cette fois sans surprise, hésitants à se lâcher totalement. Nakache et Toledano n’ont pas grand chose à proposer de plus sur un thème rebattu, c’est une chronique familiale attachante, plus que pétillante. Souvent, à la rediffusion, on se rend compte que leurs films sont finalement plus aboutis, fins et complexes qu'à la première vision. Donc attendons pour réviser notre jugement.


Couleur - 1h57 - format 1 :1.85 

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