- Une certitude Claude, ton enthousiasme en écoutant les musiques
vivifiantes de Haydn… Il en existe au moins 104, un billet chacune et
même un regroupement, on en a pour des années…
- Tu vois Sonia, comme pour la quarantaine de symphonies de Mozart,
toutes celles du père Joseph oscillent entre des divertissements
agréables et sans temps mort, ou des symphonies ambitieuses annonçant le
romantisme et écrites en fin de sa longue carrière…
- Oui, mais elles reposent sur des modèles de composition similaires,
pourquoi cette série sans logique apparente de la numérotation ?
- Tu avais donné toi-même la réponse dans ton billet sur la N°43 dite
"Mercure" publié quand j'étais à Vienne pour des recherches. Neville
Marriner a eu l'idée d'une pseudo intégrale réunissant toutes les
symphonies portant un sous-titre justifié ou ajouté de manière posthume
sans raison très pertinente, "Mercure", justement comme tu le
soulignais.
- Pas bête, les pochettes sont sympas, trente symphonies réparties sur
15 CD… L'interprétation est-elle à la hauteur ?
- On a reproché parfois un léger manque de panache à Neville Marriner dans ses interprétations. Encore cet a priori sur les chefs fidèles à l'interprétation sur instruments modernes sans les cabotinages prétendument "informés" d'adeptes inconditionnels de certains baroqueux. Élégance et beauté sonore sont aux rendez-vous…
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| Neville Marriner |
La majorité des symphonies de cette anthologie a été gravée au crépuscule
de l'analogique à partir de 1976. Elle a été complétée jusqu'en
1990. Je possède le vinyle des
symphonies 31
et
73. L'orchestre se révèle léger, à effectif réduit, l'espace est large, les
timbres sont naturels, le pressage soigné mais… une seule œuvre d'à peine 20
minutes par face. Ce leg du chef anglais s'appuyant sur le contexte amusant
de n'enregistrer que les œuvres portant un "sous-titre" peut paraître
bizarre. Des premières symphonies jusqu'au dernières londoniennes, un
panorama varié du catalogue est ainsi couvert, 30 symphonies sur 104.
DECCA ayant repris le patrimoine abandonné par Philips a
récidivé en éditant un nouveau coffret comportant 3 symphonies par CD et non
deux, hélas sans les jolies pochettes de l'époque… Il y a du choix. Calcul
facile : 10 CD et non 15 mais un prix inchangé et une jaquette moche.
Référence : Symphonies à titre.
Avec sa verve et les jeux de mots rigolos qui font son charme, Sonia nous
avait rédigé un amusant billet sur la
symphonie
"Mercure" en début d'année. Elle avait eu la bonne idée de poser un lien vers un
article ancien comportant une biographie essentielle de
Haydn. Je ne change rien
(Biographie)
Neville Marriner
fait la une du blog pour la huitième fois. Disparu en 2016 à l'âge
vénérable de 92 ans, un portrait du maestro anglais, stakhanoviste des
gravures de qualité, était à lire dans l'article consacré au
Messie
de
Haendel en 2013
(Clic).
Une sélection était nécessaire, six symphonies ont ainsi été réunies dans
deux playlists. Un choix au hasard parmi celles qui n'ont pas encore été
commentées et en laissant les londoniennes de côté. Ces œuvres d'un
Haydn
abordant le romantisme méritent des analyses un peu plus détaillées et leur
orchestration reflète l'effectif riche de bois et de cuivres qui deviendra
la norme chez
Beethoven. et le romantisme du début du XIXème siècle. Toutes ces
symphonies datent de la période dite classique, ce qui ne sous-entend en
rien un style académique. La
N°22
date de 1764, la
N°78
de 1782.
Playlist 1 : No.
22
"Le philosophe", No.
31
"Sonnerie de cor", No.
48
"Maria Theresia".
Playlist 2 : No.
55
"le maître d'école", No.
59
"le feu", No.
73
"la chasse".
Un article dédié au compositeur italien
Giovanni Sammartini
et publié il y a quelques semaines évoquait la naissance de la symphonie
classique à partir du concerto grosso en trois parties et de la forme sonate
(Clic). Dans ces sinfonias, le compositeur milanais donnait à chaque instrument
un rôle égal dans l'ouvrage symphonique, même si l'orchestre demeurait très
modeste en terme d'effectif.
On suppose que sans imiter ce précurseur,
Mozart
et
Haydn
ont pu être influencés par cette forme novatrice au style concertant
appliqué à tout l'orchestre, remarque toujours valable de nos jours, même
pour les orchestres cyclopéens de
Mahler
ou de Chostakovitch. Pour la grande majorité des ouvrages du genre, apparaîtra un quatrième
mouvement : un menuet puis un scherzo possédant une thématique plus étendue.
Les orchestrations requises en cette période du classicisme ayant
définitivement tourné le dos au baroque tardif montrent de grandes
similitudes :
Petites comparaisons entre orchestrations très similaires :
Sammartini
:
Symphonie JC 60
(1772), 2 hautbois, 2 cors, cordes dont basses à l'unisson.
Haydn
: No.
22
"Le philosophe" (1764), 2 cors anglais, 2 cors, cordes, continuo. Le cor anglais sonne de
manière plus vénérable que le hautbois… l'humoriste
Haydn
illustre-t-il ainsi l'affectation du discours philosophique 😊 ? Sans
engagement de ma part… Mais écoutez la drôlerie de l'introduction…
Mozart : No.
11, (1770), 2 hautbois, 1 basson, 2 cors, cordes. (Elle ne comporte que trois
mouvements comme la plupart des symphonies de
Wolfgang
de cette période.)
L'orchestration de la fin du classicisme vhez Haydn
et
Beethoven
dans les symphonies 1 et 2 : 2 flûtes, 2 hautbois, 2 clarinettes,
2 bassons, 2 trompettes, 2 cors, (3 trombones dans la
5ème
Symphonie
de
Ludwig) n'est donc pas encore au goût du jour, ou plutôt disponible dans les
sociétés de concert encore rares…
Il n'est pas envisagé d'analyser en détail les six symphonies, uniquement
ladite "Le philosophe" que j'adore. Elle est en quatre mouvements et reflète tellement bien
l'imagination débridée de
Haydn.
Les solistes : clavecin ad libitum :
Nicholas Kraemer,
Flute –
William Bennett.
Cors : Horn – Julian Baker, Nicholas Hill, Robin Davis, Timothy Brown. (2 ou 4 suivant effectif requis).
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Cor naturel |
Haydn ne sous-titrait jamais ses symphonies ! D'où viennent ces
pseudos ?
Le programme s'ouvre avec la
symphonie No. 22
"Le philosophe". J'avais émis une hypothèse dans le chapitre précédent. Ce sous-titre
n'apparait pas sur le manuscrit de Haydn mais sur une copie de 1790 découverte à Modène… 1790,
Haydn
a encore vingt ans à vivre. Le copiste semble partager mon imaginaire… Lui
aussi imagine une dispute peu conflictuelle entre les cors anglais et les
cors dans l'intro adagio figurant un débat doctrinale de très haut vol 😊.
Les cordes scandent en notes pointées la ténacité des échanges. Le ton
suggère une certaine présomption de la part des intellos… La conversation
entre instrument se prolonge dans tout le mouvement, agrémentée de trilles.
Voici les premières mesures :
Le musicologue David Wyn Jones soutient cette allégorie mais
souligne que le reste de la symphonie gardera un style certes rythmé et
allègre, mais indépendant de toute intention métaphorique.
La
symphonie No. 31
s'est vue attribuée le surnom de "Sonnerie de cor" par l'éditeur parisien Jean-Georges Sieber en 1785. Son
harmonie comprend une flûte, deux hautbois et quatre cors ! l'orchestre de
la création comprenait environ 16-17 musiciens, les cornistes étant appelés
à de belles prouesses dans leur jeu… La fanfare aux airs villageois se
manifeste dans le final en alternance avec un solo du violon. On retrouve ce
quatuor de cors naturels dans la
symphonie N°25
de
Mozart
et la
symphonie No. 73
"La
chasse" de
Haydn
écoutée en fin de programme.
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Le sous-titre "Maria Theresia" de la
symphonie No. 48
reste bien mystérieux. On a supposé un temps qu'elle fut écrite à l'occasion
de la visite de l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche en 1773. Il
semblerait que la
symphonie No. 50
était l'élue. Comme celles de ses camarades de cette époque, l'orchestration
initiale comprenait deux hautbois, un basson, deux cors et des cordes. Il y
a des doutes quant à la présence de trompettes et de timbales voulue par
Haydn
qui donnerait une allure solennelle à l'œuvre.
Neville Marriner
ne les a pas retenus.
On comprend mieux l'historique de ces surnoms avec la symphonie No. 55 "le maître d'école". Et si on doute encore de l'inventivité sans limite du talent compositionnel de Haydn, plus aucun espoir n'est permis d'aimer sa musique… 😊. D'après le musicologue british H.C. Robbins Landon, le sous-titre est connu depuis la dernière décennie de l'existence de Haydn décédé en 1809. Au crépuscule de sa carrière, Haydn a contribué au catalogage de ses œuvres et le compositeur de tempérament plaisant et tolérant aurait accepté sans difficulté l'ajout de ces sous-titres sur les éditions à venir, même si parfois ceux-ci semblent tirés par les cheveux. Ici, c'est le second mouvement assez long (8 minutes) et son rythme marqué qui suggère un "instituteur pointilleux" tapant du doigt sur son bureau dans l'espoir d'appuyer son enseignement ou de réveiller les têtes blondes s'assoupissant 😊. Et en parlant d'imagination débordante quant à l'écriture, cet adagio comporte un thème et sept variations alternant scansion et mélodie… (une variation staccato et une variation legato). "Ma Semplicemente" précise que le mouvement doit éviter toute ornementation incongrue dans le discours. Si la musique est fantaisiste de part ces variations, l'instituteur doit apparaître disons… un peu fat et ennuyeux… [2:00] Autre trouvaille : le trio est un trio de chambre opposant un violoncelle solo et deux violons ! Sacré Haydn !
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"Au feu, les pompiers ! La maison qui brûle". Encore quelques mystères autour de la
symphonie No. 59 "le feu". La numérotation est erronée, car on suppose que cette œuvre enflammée
devrait être classée plutôt vers le N°30. Sa date de composition,
1760, le laisse supposer, sa brièveté aussi… Bien entendu son surnom
"le feu" n'est pas directement de la main de
Haydn. On peut penser que les tempos très rapides ont influencé un éditeur. Plus
vraisemblable, la symphonie aurait servi de musique de scène pour une
représentation d'une pièce de
Gustav Friedrich Wilhelm Großmann (1746-1796) portant
le titre de "Die Feuersbrunst" ("L'incendie"), spectacle donné à
Eszterháza en 1774 ou 1778, dates où seront composées
les
symphonies de la série 70. Tout cela n'est que supposition. Pourtant un manuscrit daté du vivant de
Haydn
mentionne ce sous-titre. L'orchestration reste chambriste ; 2 hautbois, 2
cors, cordes dont basses à l'unisson. Bien que sympathique à écouter par sa
vélocité (presto en introduction), cette symphonie n'apporte pas de
trouvaille solfégique particulièrement originale, ce qui plaide aussi pour
une rédaction précoce dans le parcours symphonique du maître…
Achevons cette anthologie avec la symphonie No. 73 "la chasse" de 1783. L'orchestration comprend 1 flûte, 2 hautbois, 1 basson, 2 cors, cordes dont graves à l'unisson. Parfois on ajoute 2 trompettes et des timbales dans le finale. La partition propose un continuo de clavecin. Le sous-titre semble faire référence aux appels de cors dans le finale et à une citation extraite d'une cantate "La Chasse du cerf", un divertissement pour voix solistes, chœur et orchestre du compositeur français du XVIIIéme siècle Jean-Baptiste Morin… Pour une fois le contexte est vraiment pertinent 😊. Noté perdendosi, la coda s'éteint doucement jusqu'à ppp.
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Playlist 1 :
No. 22 "Le philosophe" mi bémol majeur
[1] I Adagio 4/4
[2] II Presto 4/4
[3] III Menuetto 3/4
[4] IV Finale (Presto) 6/8
No. 31 "Sonnerie de cor" ré majeur
[5] I Allegro 3/4
[6] II Adagio – sol majeur 6/8
[7] III Menuet 3/4
[8] IV Finale (Moderato Molto – Presto) 2/4
No. 48 "Maria Theresia" en do majeur
[9] I Allegro 4/4
[10] II Adagio - fa majeur 6/8
[11] III Menuet (Allegretto en do mineur) 3/4
[12] IV Finale. Allegro 2/2 |
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Playlist 2 :
No. 55 "le maître d'école" mi bémol majeur
[1] I Allegro Di Molto 3/4
[2] II Adagio, Ma Semplicemente si bémol majeur 2/4
[3] III Menuetto – Trio 3/4
[4] IV Finale (Presto) 2/4
No. 59 "le feu" la majeur
[5] I Presto 4/4
[6] II Andante O Più Tosto Allegretto 3/4
[7] III Menuetto 3/4
[8] IV Allegro Assai 4/4
No. 73 "la chasse" ré majeur
[9] I Adagio – Allegro - ré majeur, 3/4,
[10] II Andante - Sol majeur, 2/4
[11] III Menuetto - trio - Allegretto Ré majeur, 3/4
[12] IV Presto - Ré majeur, 6/8
Cor anglais vers 1800
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Écoute au casque ou avec des enceintes additionnelles plus que conseillée. Le son des PC, sauf exception, est vraiment une injure à la musique…
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INFO : Pour les vidéos ci-dessous, sous réserve d'une écoute directement sur la page web de la chronique… la lecture a lieu en continu sans publicité 😃 Cool. |
- Attention Claude, tu as partagé deux fois la même vidéo !!!!
- Tss tss Sonia, jeu des sept erreurs, regarde l'une débute par la
symphonie 22 et l'autre par la 55. Un hasard, les deux étaient réunies
sur le même LP lors de la parution
😊. Un dessin humoristique d'ailleurs, un philosophe dodu et fier de lui
et un instit empressé, le charme de cette collection…










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