vendredi 22 octobre 2021

MOURIR PEUT ATTENDRE de Cary Joji Fukunaga (2021) par Luc B. comme Bond

- Bonjour Moneypenny, vous êtes charmante ce matin, M et Q sont arrivés ?

- Heu, vous êtes qui ?

- Bah, Sonia, c'est moi B... Luc B. Donc est-ce que le Toon et Pat sont là ?

- Heu oui, y prennent un café. C’est quoi ce smoking, vous rentrez tout juste de soirée ?

- C’est mon nouveau look. Classe, non ?

- Pas mal, mais... ça boudine sur les hanches, ça tombe aux épaules, surtout à gauche, rentrez le ventre pour voir ?

Oh bon sang, j’ai cru que je m’étais planté de séance, et choisi la VF ! Ca cause en français. Une femme et sa gamine dans un chalet paumé dans la steppe norvégienne, un tueur masqué qui entre sans frapper avec de mauvaises intentions. La petite, c’est Madeleine Swann enfant (le personnage de Léa Seydoux qui rempile après SPECTRE), donc sa maman est française, ceci explique cela. Et pourquoi elle fume des clopes. Dans une production hollywoodienne, ça surprend.

Et question surprises on va être servi, dans cet ultime épisode interprété par Daniel Craig, qui a su, avec sa double casquette de producteur, renouveler un peu la saga. La critique n’a été tendre avec MOURIR PEUT ATTENDRE, trop long, trop compliqué, trop aseptisé, mais franchement, pendant une bonne heure et demie on nous donne à voir du beau spectacle. Ce qui manque à cette saga, c’est un réalisateur qui imprimerait sa patte, comme Sam Mendès a tenté de la faire avec SKYFALL et SPECTRE. C’est Danny Boyle qui devait se mettre à l’ouvrage, idée excitante de le voir se rompre à l'exercice, mais son scénario n’a pas été validé par la production, trop frileuse avec son idée centrale. Je ne vous dirai pas laquelle, car curieusement, cette idée a été finalement reprise, du moins le pense-t-on à la fin…

C’est donc Cary Joji Fukunaga qui se colle à la caméra, remarqué pour la série TRUE DÉTECTIVE. Il fait correctement ce que la production exige, à l’image de la séquence italienne dans le village troglodyte de Matera, fusillade en rafale, poursuite en Aston Martin à toute berzingue dans des ruelles étroites, cascades de motos voltigeuses montées sur ressorts. Bref, scène de bravoure mille fois vue dans tout BOND qui se respecte. La personnalité, la patte, le style ? Ce n'est pas ce qu'on demande à un réalisateur de la saga.

J'ai relevé une petite ellipse de temps ingénieuse, au sein d'un même plan : la caméra suit la voiture de Bond sortant d'un tunnel, tourne à droite, mais la caméra poursuit son mouvement droit devant, cadre la ville de Matura (vue aérienne) s'en approche, et on voit l'Aston Martin revenir dans le plan. Impossible à moins de rouler à 680 km/h, donc deux voitures ont été utilisées, au début et à la fin du plan. Ou merci le numérique. 

Au registre des surprises, le plan mythique où Bond dégaine et tire en direction de la caméra, vu à travers le canon d’un flingue. D'habitude y'a de l'hémoglobine qui coule, ben pas là. Prémonitoire ? La classique scène d’action pré-générique n’en est pas vraiment une, c’est un flashback (25 ans plus tôt, en Norvège) celle qui suit en Italie aussi (5 ans plus tôt). On y voit James Bond et Madeleine Swann passer du bon temps, l'espion ténébreux s'est trouvé une meuf avec qui il coule une retraite méritée. Quand l’organisation Spectre revient à la charge, James soupçonne Madeleine de l’avoir trahi, fait le ménage par le vide, et se barre pêcher le mérou dans les eaux claires de la Jamaïque. Où son pote Félix Leiter, agent de la CIA (Jeffrey Wright toujours excellent, vu déjà dans CASINO ROYAL) lui demande de l'aider à traquer Valdo Obruchev, un scientifique russe qui a mis au point une arme redoutable…

Les séquences dans le laboratoire (la cage d'ascenseur), à la Jamaïque et celles qui suivent à Cuba sont de toute beauté. Du pur Bond, un peu déphasé lorsqu’il ramène une fille chez lui, Nomi, qui lui demande direct où se trouve la chambre. Même le plus priapique des espions de sa gracieuse majesté n'en revient pas ! Daniel Craig est très bon, c’est peu dire qu’il porte le film sur ses larges épaules. Nomi s’avère bosser pour le MI6, et pire, c’est elle qui a hérité du matricule 007. Ca lui en fiche un coup à notre héros. Mais bon, « ce n’est qu’un numéro ». Les scènes au MI6 à Londres sont à ce sujet savoureuses.

A Cuba, James Bond prend contact avec Paloma, jouée par la craquante Ana de Armas (une bouille à la Christina Ricci). C’est à cette occasion qu'il renfile son smoking, le célèbre thème musical résonne, ouf, on retrouve les fondamentaux. Le personnage de Paloma est la surprise la plus explosive de cet opus, robe noire décolletée jusqu’au nombril, dans les bagarres on espère voir un bout de sein en surgir, mais non, l’accessoiriste a bien fait son boulot : Patafix sur les miches. Craquante et espiègle, Ana de Armas illumine une séquence pleine de charme, d'action et d'humour : notre cocktail bondien préféré, après la vodka-martini au shaker (on ne mélange pas à la cuillère) surmonté d’une olive. A propos.... Qu’est ce qu’il picole dans le film ! Entre deux rasades de plomb, il trouve le temps d’une rasade de scotch ! Comme lui demandera Nomi plus tard : « Vous n’avez pas bu un verre depuis quoi… deux ou trois heures ? ». Elle ne sait pas ce que c’est de sauver le monde tous les trois ans !

Ces deux rôles féminins, Nomi et Paloma, ont bénéficié à l’écriture de la scénariste Phoebe Waller-Bridge, engagée pour mettre les aventures du vieux macho au goût du jour. Pourquoi pas, mais ce n'est pas la révolution au palais pour autant, même si une 007 fille en a heurté plus d'un. Dans le même genre d'idée, on sous-entend que Q serait homosexuel, ça ratisse large pour plaire à tout le monde. Pour Madeleine Swann par contre, ils auraient pu étoffer le rôle, la pauvre Léa Seydoux passe son temps à pleurnicher, renifler, le regard de cocker, on n'est loin de l’envoûtante Vesper Lynd jouée en son temps par Eva Green

On est content de revoir Christoph Waltz dans le rôle de Blofeld, le grand manitou du Spectre mis sous les barreaux dans l’épisode précédent. Qui  continue ses petites affaires depuis sa prison. Le coup de l’œil bionic est franchement limite, mais bon... Mais si maléfique qu'il soit, Blofeld n’apparaît que 5 minutes menotté dans une cage, dommage de ne pas avoir exploité davantage le personnage. D'autant que le méchant de cet épisode, Lyutsifer Safin, n'a aucun intérêt, gamin pleurnichard au charisme de poulpe, l’acteur Rami Malek (le Freddie Mercury au cinéma) le joue poker-face, tellement atone qu'il en devient transparent. L’adage hitchcockien se vérifie une fois de plus : plus le méchant est réussi, plus le film est réussi.

Et c’est là que les choses se gâtent. Il reste plus d’une heure, et ça commence à ramer, les scénaristes bouchent les trous à coup de dialogues interminables entre James et Safin. L’idée de l’arme fatale est ingénieuse. Un virus qui va cibler des ADN précis. C’est comme le Covid, vous pouvez être asymptomatique mais refiler la bestiole à votre voisin sans le savoir, ici un genre de variole-express avec des bubons dégueulasses.

Mais c’est quoi le plan de Safin avec son virus ? Se venger des membres de Spectre, ça on avait compris (scène à Cuba) ce qui devrait en faire un allié de Bond. Alors pourquoi ne pas en rester là et vouloir donner dans la surenchère je-vais-détruire-le-monde-ah-ah-ahhhh!!! La suite recycle OPÉRATION TONNERRE (1966, un de mes préférés) avec la base planquée sur une île, on y accède avec un sous-marin de poche, et vas-y que ça défouraille à tous les étages, c’est interminable. C’est dingue comme les méchants tirent comme des nuls, à quatre mitraillettes dans un escalier Bond ne se prend pas une balle ! Comme sur le pont de Matera. C’est quoi l’expression, y verrait pas un éléphant dans un couloir ?

On nous parle d'acheteurs (qui arrivent en bateau) d'ingérence d'autres gouvernements, mais on en verra rien. Pourquoi épaissir l'histoire de sous-intrigues avortées ? Cette  dernière - très longue - partie ne vaut que par son dénouement surprise, davantage que par la musique de Hans Zimmer, qui a pris son gros chèque et refilé des fonds de tiroirs, quand il ne recycle pas la musique des précédents films. La chanson de générique est signée par la jeune Billie Eilish, un truc sirupeux sans intérêt, et à la fin c’est « We have all the time in the world » par Louis Armstrong, déjà utilisée dans AU SERVICE DE SA MAJESTÉ (1969) qui racontait déjà une histoire de virus contagieux, comme quoi, rien ne se perd, tout se recycle. La palme avec cette réplique in french dans le texte, « j’ai perdu mon doudou ». Vous ne rêvez pas. James Bond a le choix entre sauver le monde ou la peluche de la petite Mathilde, la fille de Madeleine. Y va choisir quoi ?

Bond-dieu ! 2h45 ! Record battu pour un BOND, Sean Connery aurait eu le temps de s’occuper de Goldfinger et Dr No en plus d'Ursula Andress. Le film est alourdi par des propos pseudo psychologiques, le nouveau truc en vogue, les super héros ont des soucis existentiels, sous les pectoraux il y a un p'tit coeur qui bat. Et Woody Allen dans Kickboxing 8 ?

Pour la première moitié, ça vaut le dérangement. La suite pédale un peu dans la mélasse, jusqu’à l’ultime réplique de Madeleine Swann à sa gamine : « Je vais te parler d’un ami très cher, il s’appelait Bond... James Bond ». Là, on en aurait presque la larme à l’œil.

 

Autre contribution à cet article

Avis du fiston : Le film était franchement bien, mais bien moins que les précédents. En effet, les cascades étaient trop exagérées (non, une moto ça ne vole pas dans le ciel), et le méchant n'était pas très convaincant. Il y a trop de facilités scénaristiques (on comprend tout de suite ce qui va se passer dans la minute suivante). Mais bon, pour 4€* ça peut valoir le coup, ça occupe bien 3h dans une après midi ! 

*cinoche municipal + carte abonnement

 

couleurs  -  2h45  -  scope 2:35  

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