mardi 11 août 2020

J.OFFENBACH - "Les Contes d’Hoffmann" (1880) - par Pat Slade



Le retour du plus sympathique compositeur franco-allemand : Jacques Offenbach.




Le Poète, la muse et la poupée 






J.Offenbach
Surnommé «Le petit Mozart des Champs-Elysées» par Richard Wagner, connu pour ses opéras-bouffes et ses opérettes, Offenbach souffrira de cette étiquette qui lui collera à la peau. Même si ses œuvres sont très populaires et respectées par le public comme par les critiques. Entre 1860 et 1880, il ne va pas chômer. Les œuvres sont enfilées comme des perles sur un collier : «Orphée aux Enfers», «La Grande-duchesse de Gerolstein», «La Belle Hélène» (Qui avait eu sa chronique - Clic), «La vie Parisienne», «La Périchole» et «La Fille du tambour-major» pour ne citer que les plus connus.

Il est indéniable que beaucoup de titres de ses opéras prêtaient à sourire et même à rire, mais il pouvait également composer des chansons d'une simplicité, d'une grâce et d'une beauté indéniables comme la chanson de «La Périchole», la «Chanson de Fortunio», ou la tendre chanson d'amour de la Grande-Duchesse à Fritz : «Dites-lui…». Il rencontre un jour le poète, dramaturge et librettiste Jule Barbier à qui l’on doit tout les livrets des opéras de Gounod (mais il collabora aussi avec Camille Saint-Saëns, Giacomo Meyerbeer et Léo Delibes). On lui devra aussi les traductions et les adaptations de «Fidelio» de Beethoven et «Les Noces de Figaro» de Mozart

Jules Barbier
Donc, Jules Barbier vient voir Jacques Offenbach et lui propose le livret des Contes d’Hoffmann, pour le musicien c’est une occasion à ne pas manquer et de se faire reconnaître comme un compositeur sérieux. «Les contes d’Hoffmann» sont une adaptation de contes fantastiques de l’auteur Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, écrivain romantique mais également compositeur. Beaucoup de musiciens seront influencés par ces contes tels Schumann, Tchaïkovski, Dvorák, Richard Strauss ou encore Léo Delibes. Offenbach viendra s’intercaler dans cette liste.

Qui est Hoffmann ? Tout comme son auteur, c’est un poète qui après avoir perçu trois images de la femme finit par renoncer à l’amour pour se mettre au service exclusif de sa muse, la poésie. Nous sommes à Nuremberg où la cantatrice Stella triomphe dans «Don Giovanni» l’opéra de Mozart. Dans la taverne de Maître Luther (Et pas Maître Kanter !) qui jouxte le théâtre où les esprits vantent les mérites de la boisson : «Je suis la bière – Je suis le vin…» (Avec modération...!)Hoffmann attend avec impatience de pouvoir rejoindre la chanteuse. La muse surgit d’un tonneau  bien décidée à s’accaparer l’amour du poète Hoffmann : empruntant les traits de Nicklausse ami proche du poète pour ranimer en lui sa ferveur artistique et accaparer son amour et aussi d’entreprendre d’arracher sa passion pour la chanteuseStella envoie une lettre avec la clé de sa loge à Hoffmann pour qu’il vienne le voir après le spectacle. Le conseiller Lindorf, l’un de ses soupirants, trouvant la lettre et la clé, veut aller dans la loge à la place d’Hoffmann. À l’entracte, Hoffmann arrive dans une taverne où, après qu’il eut chanté la chanson humoristique de Kleinzach, des étudiants le pressent de raconter ses trois histoires d’amour. (A ce moment de l’histoire, la similitude avec Faust dans «La damnation de Faust» de Berlioz dans la taverne d’Auerbach est flagrante NDA)

Enrst Théodor Amadeus Hoffmann
Et Nous ne sommes qu’à l’acte I de cet opéra en V actes, donc je vais simplifier la trame de l’histoire en ne narrant que les grands airs et les grands moments de cette histoire.

Acte II : Nous sommes à Paris dans le cabinet du physicien Spalanzani qui va dévoilé à ses invités une automate appelée Olympia. Ses yeux, payés avec une traite sans provision, ont été fournis par un certain Coppélius. Le charlatan vend à Hoffmann des lunettes qui lui font voir en Olympia une vraie femme. Il tombe éperdument amoureux d’elle malgré les avertissements de Nicklausse (A croire que tout les héros d’opéras sont des cœurs d’artichaut… rappelez-vous Don José dans «Carmen» NDA). Spalanzani décide de présenter officiellement sa «fille» à ses invités.  Tous sont éblouis «Elle a des yeux, de très beaux yeux», La jeune femme automate fait d’abord la démonstration de ses talents de chanteuse avec un air brillant «Les oiseaux dans la charmille». Hoffmann valse avec la jeune femme mais le mécanisme de la poupée se dérègle, entraînant le couple dans une valse endiablée. Il tombe et brise ses lunettes et se rend compte qu’il ne s’agissait que d’un automate. Ayant découvert la supercherie financière dont il a été victime, Coppélius fait irruption pour se venger et détruit Olympia.

La mort d'Antonia en 1880
Acte III : Munich, dans la maison du conseiller Crespelsa fille Antonia, assise au clavecin, chante une mélodie mélancolique «Elle a fui, la tourterelle !». Antonia est douée d’une voix exceptionnelle mais, malade, elle se rapproche de la mort chaque fois qu’elle chante, sa voix lui rappelant celle d'une des plus grandes cantatrices du pays, hélas décédée. Crespel se félicite d’avoir éloigné sa fille d’Hoffmann, elle en était éperdument amoureuse et celui-ci l’encourageait à chanter. S’apprêtant à sortir, le conseiller recommande à son domestique Frantz de n’ouvrir à personne, pestant toutefois contre la surdité de ce dernier. Resté seul, ce dernier se plaint d’ailleurs du mécontentement permanent de son maître «Jour et nuit, je me mets en quatre». Frantz n’ayant pas entendu la demande de son maître, il laisse entrer Hoffmann et Nicklausse. ,Entendant sa voix, Antonia  tombe dans les bras de son amant «Ah ! J'ai le bonheur dans l'âme !». Crespel revient, Hoffmann se cache et Antonia s’enfuit. Le docteur Miracle (Un genre de docteur fou !) vient proposer ses services à Crespel. Caché, Hoffmann entend de quel mal souffre Antonia. Aussitôt seul avec Antonia, il lui fait jurer de renoncer au chant par amour pour lui. Mais dès que le poète la quitte, le Docteur Miracle vient la trouver afin d’attiser son envie de chanter, lui faisant entendre la voix de sa mère décédée, Antonia répond à sa mère dans un chant enflammé, puis s’effondre, morte «Tu ne chanteras plus ?». Crespel, Hoffmann et Nicklausse accourent, mais trop tard.

Olympia "Les oiseaux dans la charmille"
Acte IV : Nous sommes dans une gondole à Venise (Nuremberg, Paris, Munich, Venise… les opéras font voyager !) Nicklausse chante la très connue barcarolle en compagnie de la courtisane Giulietta «Belle nuit, ô nuit d'amour». Le premier explique à la seconde qu’Hoffmann s’enivre et joue, mais refuse tout amour depuis qu’il a perdu sa fiancée. Nicklausse met en garde son ami contre Schlemil, l’actuel amant de Giulietta. Celle-ci relève le défi de le séduire et, sous les ordres du capitaine Dapertutto, de lui voler son reflet à l'aide d’un miroir magique. Hoffmann ne résiste pas et la courtisane qui parvient à ses fins. Schlemil, une précédente victime de Giulietta et Dapertutto, tente de sauver Hoffmann, qui ne veut rien entendre. Les deux hommes se provoquent en duel, Schlemil est tué et Giulietta prend un nouvel amant (A croire que Giuletta est un genre de Carmen en plus diabolique ! NDA).

J.Offenbach
Acte V Épilogue : De retour dans la taverne de Maître Luther, Hoffmann, complètement ivre, jure de renoncer à l’amour. Nicklausse résume quant à lui l’histoire d’Hoffmann : Olympia, Antonia et Giulietta ne sont en fait qu’une femme, à la fois jeune femme, artiste et courtisane. Tandis qu’Hoffmann entreprend de noyer sa tristesse dans l’alcool, Stella paraît enfin. Ivre, Hoffmann ne la reconnait pas. Découvrant son état pitoyable, elle repart au bras du conseiller Lindorf «Allumons le punch !». Restée seule avec le poète, Nicklausse dévoile son identité de Muse. Elle convint Hoffmann de ne plus se consacrer qu’à elle «On est grand, très grand par l'amour et on est plus grand par les pleurs, par les pleurs!»

RIDEAU


En lisant cette chronique, vous allez surement vous dire que «Les Contes d’Hoffmann» parait bien compliqué, Échevelé avec trop de personnages et je le comprend. Il vaut mieux écouter une œuvre que de lire le livret ou cette chronique, mais faire les deux en même temps, ça passent comme une lettre à la poste. Et si l’histoire n’est pas à l’image de ce que faisait Offenbach avant, il y a quand même quelques pages humoristiques, la chanson d’Olympia «Les oiseaux dans la charmille» est charmante et drôle. 

A sa mort, Offenbach avait terminé la partition chant-piano mais n'avait orchestré que le prologue et le premier acte. Ce sera Ernest Guiraud qui se chargea de terminer l'orchestration et de composer les récitatifs, comme il l'avait fait pour «Carmen»  à la mort de Georges Bizet.
Jacques Offenbach est décédé avant la complète maturation de son œuvre, et sans indications explicites de sa part et il est bien difficile d'imaginer comment ces quatre histoires, d'après l'écrivain allemand Ernst Theodor Amadeus Hoffmann, devaient s'imbriquer pour constituer une œuvre unitaire dans l'esprit de l'auteur. A partir de ces morceaux posthumes Il y a des constantes et des parties que l'on trouve chez les uns et pas chez les autres. La durée et le nombre d'actes peut varier.

Les enregistrements sont nombreux, très nombreux et tous aussi bons les uns que les autres. Personnellement j’ai découvert l'ouvrage avec celui d’André Cluytens de 1965 avec une pléthore de chanteurs de grande qualité : Elisabeth Schwarzkopf, Victoria de los Ángeles, Nicolaï Gedda, Michel Sénéchal. Pour les versions plus récentes. En 1989 une belle version de l’Orchestre National de France sous la baguette de Seiji Osawa (Bien sur !) avec un Placido Domingo en Hoffmann (Domingo a fait beaucoup d’enregistrement des «Les Contes d’Hoffmann»). Mais il y a une version qui sort du lot. En 1996 l’Orchestre National de Lyon sous la baguette de Kent Nagano avec Roberto Alagna et une géniale Nathalie Dessay en Olympia.

Avec «Les contes d’Hoffmann», le "conte" est bon. 

En vidéo en plus des "Barcarolles", j'ai mis deux irrésistibles versions de "Les oiseaux dans la charmille" une avec la charmante Patricia Janeckova et l'autre avec une Nathalie Dessay hilarante.




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire