Vous le
savez, en matière de chansons, j'aime la jeunesse. Je l’ai
prouvé il y a peu en vous parlant d'un concert de nouveaux venus : - clic : The Lemon Twigs -. Et bien je
récidive avec le juvénile Bob Dylan, 78 ans aux
prunes le mois prochain, qui a posé ses valises à Paris pour
trois dates. J’y étais. Au deuxième balcon, donc une vue imprenable sur la
scène. Scène que voici, en photo, la seule à vous proposer, car des cerbères en
costards noirs menaçaient quiconque sortait un appareil de le virer de la
salle. J’ai eu droit à l’avertissement.
Le concert a
duré deux heures, sur une set-list impeccable et parfaitement rôdée puisque strictement la même de
Paris à Pragues, de Würburg à Hunsville. D’où un show
bien huilé, juste une gorgée entre deux chansons alors que les prochaines intros
résonnent déjà, et Dylan se pointe au piano pile poil pour entamer le chant. Au
piano ? Oui, car le barde de Dultuh a des petits soucis d’arthrite, comme
certains (vieux) collègues guitaristes, et a définitivement troqué la six
cordes pour le 88 touches. Un piano demi-queue, surélevé, car Dylan joue du piano debout, et pour moi ça veut dire beaucoup.
Jambes légèrement écartées, il me rappelait
Little Richard ! La comparaison s’arrête là en matière de jeu de
scène.
Conséquence : de nouveaux arrangements
et des chansons parfois méconnaissables, comme (pardon je commence par la
fin) « Blowin' in the Wind » jouée en rappel, électrisée, sur
un tempo 12/8 de vieux rock-blues. Étonnant. En entrant sur scène, à 20h10, les
musiciens s’installent en deux secondes et entament « Things Have
Changed » de l’album MODERN TIME (2006) sans même saluer ni dire bonjour.
Bob Dylan ne dira pas un mot de la soirée. Les musiciens sont habillés de
costumes gris argent : un batteur, un bassiste /
contrebassiste, un guitariste électrique et une pédal steel. Un répertoire donc
totalement électrique, les titres acoustiques ou folk des 60's ont été ripolinés
sauce blues-rock, boogie, des parfums country avec la pedal steel. Ce musicien intervenant aussi à
la mandoline ou au violon.
Un saut de 40 ans avec « It Ain't
Me, Babe » (1964) avant le premier classique « Highway 61
Revisited » salué comme il se doit dès les premières mesures. Il y aura
quatre titres issus de l’album, HIGHWAY 61 « It Takes a Lot to Laugh, It
Takes a Train to Cry » et « Just Like Tom Thumb's Blues » en
instrumental pour le final (on en reparlera) et of course, le prix Nobel de littérature 2016 nous a
fait l’amitié de nous faire « Like a rolling stone ». Sans l’orgue,
ni l’harmonica d’origine, mais avec un nouvel arrangement que je trouve pas mal.
Le couplet commence classique, mais au milieu la rythmique s'arrête, le
contrebassiste prend son archer, tempo suspendu, puis tout se
remet en place sur le refrain. Dylan me fait penser à ces jazzmen qui déconstruisent pour mieux retricoter leurs compositions (son jeu de piano un peu rustre évoque Monk) le public tique, mais comme disait Michel Delpech : Dylan is Dylan...
A propos de chant, celui dont on
disait qu’il n’avait plus de voix a retrouvé tout son gosier, tapissé de
gravier, descendant dans des graves profonds, agile, malaxant la scansion, mais
toujours avec ces accents nasillards qui ont fait sa réputation. Il enchaine
avec « Early Roman Kings » de TEMPEST, superbe blues (il y en aura
pas mal). Le seul titre chanté au micro, debout, est « Scarlet town »
(2012), pas sur le devant de la scène, mais entre ses musiciens, pied de micro
tenu à deux mains, buste penché en avant, une position très rock’n’roll, mais
sans le jeu de jambe d’Elvis, faut pas pousser ! On craint parfois que le
bonhomme tombe en avant, à force, on ne le sent pas très assuré sur les
guibolles.
Quatre titres tirés de TEMPEST (2012),
trois de TIME OUT OF MIND (1997), deux de LOVE AND THEFT (2001)… Donc
finalement, un Bob qui revisite son répertoire sans nous balancer forcément des
vieilleries. Il y aura tout de même « Don't Think Twice, It's All » (1963)
très belle, avec contrebasse à l’archer, et chorus d’harmonica. Il ne va pas le
sortir beaucoup, mais faire un solo d’harmo tenu main gauche, en jouant piano
main droite, y’a que John Mayall que j’avais vu faire ça ! « Simple
Twist of Fate » est tirée de BLOOD ON THE TRACKS (1975), et le dernier
titre avant une courte pause sera « Gotta serve somebody » de l’album
SLOW TRAIN COMING, très boogie-rock.
Le groupe revient donc avec « Blowin'
in the Wind » et « It Takes a Lot to Laugh », puis Bob Dylan
quitte le piano, et attention mesdames et messieurs c’est la minute "je
communique avec mon public"… Enfin, la minute… Dylan fait quelques pas vers le milieu
de la scène, s’immobilise trois secondes,
main sur la hanche, incline légèrement la tête ( traduction : il salue) comme s’il posait pour un photographe invisible, et
hop, retour en coulisses ! Une manière un peu rustre de dire bonsoir et
merci, sans doute, mais j’avoue que c’est très classe. On sait le monsieur peu
porté sur la communication, mais au moins, il n’a pas chanté de dos ! Pendant
ce court cérémonial, le groupe entame « Just Like Tom Thumb's Blues »,
version instrumentale. La pedal steel quitte la scène, puis le
guitariste, laissant la section rythmique basse/batterie en duo, le bassiste
part à son tour, c’est donc le batteur qui conclut seul, et dans un dernier
mouvement, lâche les baguettes derrière lui, et quitte son tabouret.
Le batteur… j’ai beaucoup aimé
son jeu, il ne bastonne pas le classique 2-4, trouve des patterns inventives, joue
finalement peu sur le charley, privilégiant le tom basse, joue souvent au stick
(bambou) ou mailloches. Mais une superbe interaction avec le bassiste. Tous sont évidemment hyper pros, Dylan n’étant pas du genre à s’entourer
de seconds couteaux. Le son était bon, la salle est très belle, Dylan y avait déjà joué, les murs
adjacents reproduisent un décor vénitien, balcons, terrasses, lustres, et le
plafond bleu nuit est parsemé d’étoiles. Un p’tit côté Las Vegas tout de même…
Bon, c’est toujours difficile de
rester objectif face à la prestation d’une légende. Je me souviens d’un concert
de Robert Plant qui m’avait laissé sur ma faim, une fois les yeux désembués de
l’émotion à me retrouver face au bonhomme. Dylan, je l’avais vu y’a 20 ans, au
Zénith de Paris, très bon souvenir, notamment par la qualité du son.
Franchement, la prestation du gars ce 12 avril était impeccable, Dylan n'est pas un pianiste pur jus, plaque les accords, martèle, un peu à la manière d'un Thélonious Monk. Mais quel répertoire ! Y'a pas un déchet. Et ça envoie le
bois, c'est pas pépère au coin du feu. Et qu’est-ce qu’on attend d’un concert de Bob Dylan ? Ses chansons. Point barre.
Ma première réflexion en sortant, c’est : putain ! Qu’est-ce que
c’est bien ! On en oublie presque que ce petit bonhomme à la démarche
aujourd'hui chancelante est un des auteurs-compositeurs les plus influents de la seconde moitié
du vingtième siècle. Il pourrait vivre de ses rentes, mais non. Il tourne sans
fin (le « Never ending tour » comme Aznavour !). Bob entre en
scène, chante, repart. Point barre. Quelle soirée !
Merci à ceux qui ont bravé l'interdit en osant sortir une caméra. On regarde Highway 61 Revisited le 12/04 (l'image vacille au début) et It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry la veille...
Merci à ceux qui ont bravé l'interdit en osant sortir une caméra. On regarde Highway 61 Revisited le 12/04 (l'image vacille au début) et It Takes a Lot to Laugh, It Takes a Train to Cry la veille...
Vu le Prix Nobel dans l'été 2010. Performance minable et pathétique, peu de classiques joués mais tous concassés et massacrés (dont un méconnaissable "blowin' in the wind" au rappel). Pas bonjour non plus (jamais bonjour nulle part de toute façon), jouait pas du piano mais un Korg il me semble ... j'avais pas loin de la cinquantaine et j'étais largement le plus jeune de la chambrée (3000 cochons de payants environ, ravis du spectacle, y'a des fois des trucs m'échappent ...).
RépondreSupprimerCeci étant, tout le monde (?) sait pertinemment que Dylan n'est bon au mieux qu'un soir sur deux, j'étais tombé sur le mauvais soir ...
Est-ce que tu es sûr qu'il joue toujours les mêmes titres tous les soirs ? J'avais lu quelque part qu'ils avaient une centaine de titres prêts à être joués et que de temps en temps Dylan s'écartait de la set list prévue pour vérifier que ses employés suivaient ...
Comparer Dylan à Little Richard, fallait y penser, même moi j'aurais pas osé ...
Ce soir-là, il était en forme. La preuve : il a esquissé un sourire à la fin. Non mais franchement, ça épate. Il garde la foi, comme on dit.
RépondreSupprimerLa set-list ? Oui, j'ai vérifié (non mais tu crois quoi ?) c'est strictement la même, et dans l’ordre, depuis deux ans. Mais au sein d'un même morceau, il est tellement imprévisible, juste un coup d'oeil aux musicos... Seul le dernier titre peut changer, et encore... Ils bossent un truc, et vlan, le balancent à chaque concert, mais cent fois sur le métier... tout l'inverse de Springteen qui improvise tout le temps, capte des choses dans le public, et vlan. (t'as écouté son live sublime à Broadway ?). C'était juste pour placer le Boss dans la conversation. Parce qu'on y pense, forcément.
Peu de classiques ? Ce soir-là, je dirai 4 ou 5... Mais on s'en fout. TOUTES les chansons étaient formidables.
2010, la cinquantaine... deux et deux quatre, fois trois, divisé par... Ah ouais quand même ?! Allez, Lester, une tisane et au lit.