mardi 6 mars 2018

LE GOLF DROUOT ET SON GROOVY POP SESSION (1972) - par Pat Slade




Le mythique Golf Drouot et son incroyable tremplin qui lancera beaucoup de groupes ou de chanteurs vers la reconnaissance.





La Guerre du Golf





Quand on sortait du métro Richelieu Drouot, il y avait une énorme brasserie qui faisait le coin de la rue Drouot et du Boulevard Montmartre : le café d’Angleterre et, en levant les yeux, un gigantesque néon où l’on pouvait lire Golf Drouot suivi d’une longue flèche qui vous emmenait jusqu’à la porte du n°2 de la rue Drouot. Mais pourquoi ce nom de Golf ? Parce que c’était le seul parcours de mini-golf neuf trous couvert de Paris, mais il était très peu fréquenté. A l’initiative de Madame Perdrix, la propriétaire, pour attirer du monde, il deviendra le Cup-of-Tea un salon de thé dansant où l’on venait déguster quelques pâtisseries, arrosées de thé, le tout sur un fond de musique feutrée où quelques fois Henri Leproux laissait son tablier de barman pour le costume de chanteur de charme. Il devint ensuite un restaurant mondain. Le barman Leproux changea encore d’étiquette en devenant 1er maître d’hôtel, mais la fréquentation de l’établissement ne décolle pas et Mme Perdrix reviendra à son point de départ.

Mais le passage au Golf d’adolescents en mal de nouveautés va changer l’ambiance. Ils passent leurs journées autour de l’électrophone d’Henri à écouter «Rock Around The Clock». Un petit noyau va se créer pour en savoir plus sur cette musique qui débarquait en France et qui s’appelait Rock and Roll. Henri Leproux alla voir la propriétaire et lui proposa de faire du Golf une discothèque réservée aux jeunes. Il se vit confier un juke-box de la marque Seeburg en bois verni qui pouvait contenir 100 disques soit 400 titres. Les teenagers se ruèrent au Golf où, pour le prix d’une consommation, ils pouvaient rester le temps qu’ils voulaient devant la machine bourrée de disque rock. La passion de la musique va faire grossir la petite bande du Golf, et de fil en aiguille le phénomène va prendre de l’ampleur et le juke-box va laisser la place aux instruments de musique.

Gene Vincent-Henri Leproux-Schmoll
Les premiers groupes vont apparaitre et le premier à étrenner la scène se nomme : Ricky Sailor et les Loup Garous. Combien de formations et de vedettes sont passés par les planches du Golf Drouot ? Johnny Hallyday, Eddy Mitchell et les Chaussettes Noires, Dick Rivers, Gene Vincent, Vince Taylor, l’âge d’or du rock ! Les modes suivront et le Golf restera, il deviendra même une scène mythique un peu comme le Marquee club à Londres ou the Cavern Club de Liverpool. De grosses pointures internationales viendront se frotter au public français comme Titanic, Canned Heat, Bill Haley, the Who, Free, David Bowie et the Krewkats qui deviendra le groupe de soutien à Dick Rivers, le chanteur du groupe Ray Thomas créera plus tard Les Moody Blues. Les Rolling Stones y passeront aussi mais uniquement pour une séance de photos.   





Les temps changent, la musique reste






Les années 70 vont attirer beaucoup plus de monde dans le temple du rock parisien, le rock progressif et son tremplin du vendredi soir. Le Groovy Pop Session va marquer l’époque avec des groupes qui vont laisser une empreinte dans la pop française de cette époque. En 1972, il restera un disque avec six groupes. Abracadabra un groupe parisien qui avait dans ses rangs deux musiciens d’Alice : Jean-Pierre Auffredo et Sylvain Duplant, Francis Lockwood le frère de Didier qui rejoindra le groupe l’année suivante et qui jouera «Tiger». Absinthe un groupe Bordeaux qui ne restera pas dans les mémoires et qui n’enregistrera qu’un seul album «Strange life, strange girl» qui sera  aussi le titre qui apparaitra sur l’album. Qui dit musique progressive, dit Ange, les Belfortains avaient remporté le tremplin du Golf en 1971 et signé un contrat chez Philips. Après un premier 45 tours «Tout feu, Tout flamme», ce sera le second «Le vieux de la montagne» qui sera choisi pour la session. Les Moonlights de Roubaix, des reprises de Deep Purple et de Yes donnent l’étiquette musicale du groupe. Philippe Leroux le batteur fera une bonne carrière et
Ange
participera à l’enregistrement de beaucoup d’album de Bernard Lavillier en autre. «Reviens vers moi» le seul titre qu’il ait sorti était aussi présent sur l’album. Pulsar, les lyonnais sont connus dans le milieu prog, leurs comparaison au Pink Floyd en feront un groupe qui marchera fort. Le titre joué «Pulsar» n’apparaitra que sur leur premier album en 1975. Tac Poum System, les parisiens avec leurs tenues blanches et des futes pattes d’éph qui font un psyché-rock complètement barré. Ce ne sont pas d’excellents compositeurs, mais sur scène ils envoyaient grave ! Deux petits single et puis s’en vont ! Sur le Groovy Pop Session se sera «
Everybody Needs Somebody To Love» le morceau de Solomon Burke plus connu par l’interprétation des  Blues Brother.

L’album Groovy Pop Session est une perle rare que tout collectionneur se doit de posséder. Il est assez simple de le trouver sur certaines plates-formes sur le net, mais les prix sont assez exorbitants. Il reste une page sonore de l’histoire du Golf Drouot qui fermera ses portes en 1981 après 26 années au service de la musique. Le café d’Angleterre n’existe plus et a laissé la place à une enseigne d’une célèbre chaine de fast-food américain. Le hamburger à chassé le rock and roll. Oublié pendant des années, le 24 février 2014 au matin en présence de nombreux invités du monde de la chanson dont Jean-Jacques Goldman et Michel Jonasz qui tout deux y joueront l’un avec Taï Phong et le second avec le King Set, le maire de Paris de l’époque Bertrand Delanoë va dévoiler une plaque commémorative mentionnant «Temple du rock». L’investigateur de génie du Golf Henri Leproux décèdera en juin 2014 peu de temps après la reconnaissance de son œuvre.          





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