jeudi 21 décembre 2017

POSTE 942 "Long Play" (2017), by Bruno




          Un fait divers, comme tant d'autres … Pourtant, rien jusqu'alors ne semblait laisser filtrer une quelconque possibilité de tomber dans l'indicible dans cette région de réputation accueillante. (Surtout pour ceux qui ont de la monnaie …). Il y a parfois, dans quelques lieux reculés, à l'écart de l'agitation frénétique urbaine, des endroits que le pur citadin ne peut comprendre. Il existe encore des localités que le citadin pure souche ne devrait pas fouler du pied au risque de perdre l'esprit face à l'inconnu, à l'indicible. (absence de signalisation, de route, de café, de salon de thé, de télé, de réseau : véritable no man's land)
     Ainsi, à la fin de l'été dernier, qui fut bien long, sec et chaud, un petit duo de jeunes copains d'une de nos grandes villes françaises (dont nous tairons le nom afin de ne pas froisser ses habitants), grisés par l'émission « Man Vs Wild » de Bear Grylls, avaient décidé de s'enhardir, de partir à la découverte du monde sauvage, à l'aventure tels des Indiana Jones moderne. Ils s'équipèrent de pied en cap, en récupérant le vieux matos des années de scoutisme des grand-parents. Prudents, ils préférèrent commencer par une région par trop éloignée de la civilisation, et surtout de réception de portable. Ils prirent le train pour descendre dans le Sud. Puis un taxi pour les lâcher dans la nature. Quelque part, au milieu d'un champs, au fin fond du …. Var.
In action ! (z'ont pas l'air de jouer du disco ..)

     Rapidement, les deux jeunes gens se sentirent accablés par la chaleur et l'effort de la marche. Au bout d'une sem … d'une demi-journée, les pieds enflés, les épaules entamées par un sac-à-dos surchargé de futilités, la peau irritée par le parfum dont ils s'étaient préalablement copieusement aspergés, les jambes branlantes, assoiffés, et totalement perdus, ils prirent peur. Ils avaient été présomptueux. Pourquoi avoir quitté leur doux confort, leur télévision (avec leurs émissions enrichissantes de télé-réalité et de divertissement où l'on prend un malin plaisir à manquer de respect aux invités et à les tourner en dérision), leurs rues et leurs panneaux de signalisations bien agencés, et tous les beaux panneaux publicitaires et autres affiches placardées vantant ce qu'il est bon de voir, d'entendre, pour qui voter. Le brouhaha incessant de la circulation leur manquait. Le calme de cette campagne inhospitalière, dans laquelle leur portable tactile ne fonctionnait que par intermittence, les rendait fous. Et s'il y avait des loups, des ours, des chèvres ou des leprechauns ?

     Allaient-ils s'abandonner là, sans espoir, fourbus, résolus à se laisser dépérir là, submergés de désespoir ? Et puis … inespéré : l'espoir. Au loin, résonnait un son qui s'apparentait à une douce musique ? La radio ? Fune ou Haine.rj ? De douces damoiselles sur le flex ? Galvanisés par l'écho, dans un dernier effort, ils se précipitèrent vers la source, qui leur semblait plus rude à mesure qu'ils s'approchaient. Mais, subitement, tout se tut. Paniqués par cet arrêt soudain, même si les derniers sons avaient bousculé sans ménagement leurs tympans

     Essoufflés, il arrivèrent devant une modeste demeure perdue au milieu de la cambrousse. Quelques échos traversaient la porte métallique sur laquelle on pouvait encore lire « Poste 942 ». Des bruits de verre s'entrechoquant et des rires filtraient. En y collant l'oreille, ils perçurent un « Oooh, il est où le numéro ?», « t'y'as le phénomène, là, hein ?! » et un « C'est pas un dromadaire lui, il boit tous les jours, lui ! » avec un accent bourru et chantant. « Diantre ! », se dirent-ils, « Des indigènes ! Ils pourront nous aider à retrouver notre chemin et peut-être nous ramener dans une de leurs charrettes à la civilisation ».

     Ils entrèrent. Là, devant eux, attablé, un vieil homme, au visage buriné, qui arrosait sa soupe de gros rouge. Dans un coin, un groupe de jeunes autochtones, à l'aspect patibulaire, et surtout, en panne de rasoir.

     La troupe était accaparée à répéter quelques chansons avec une violence qu'ils ne pensaient pas possible. S'étaient-ils si égarés qu'ils se seraient retrouvés, par Dieu sait quel coup du sort, dans une loge du Hellfest ? Cet horrible festival pour des barbares sans foi ni loi, des sauvageons sans éducation qui n'ont jamais connu le catéchisme ? (Christine revient !). Le chanteur semblait avoir un compte à régler avec son micro. Il lui criait dessus comme s'il était responsable de tous ses maux. Guitaristes et bassistes étaient arc-boutés sur leur instrument, frappant sans ménagement les cordes, produisant ainsi de massifs accords, tranchant comme des lames de rasoirs, et épineux comme un roncier centenaire. Ce ne sont pas des instruments à cordes mais des carabines, du calibre 12, des Mossberg 590, des Winschester 1200 ! Assassins ! Et un gars, planqué derrière une armada de boîtes rondes de tailles diverses retournées et sans couvercles et de disques cuivrés, faisait une crise d’épilepsie avec des bâtons aux mains.
Les deux jeunes gens étaient terrorisés, paralysés par la puissance sonore et l'agressivité de leurs rythmes infernaux. Ils n'osaient plus bouger, de crainte d'être remarqués, et de se faire molester par cette bande de rustres farouches. Voire même de se faire dévorer.

D'un autre côté, ils étaient certains que s'ils s'éternisaient, ils perdraient la raison, leur cerveau broyé par ce déferlement de décibels.

     Les titres défilaient comme les bastos d'une HK MG43. Et ça faisait mal. Très mal. « Color of Red », « Devil's Complaint », « Lonely Day », « Breathe » vous perforaient les esgourdes et l'encéphale de balles à ailettes. Pour varier les plaisirs, il y avait d'autres types de munitions ; du genre lourd, qui vous écrasaient, compressaient le cœur dans un étau. Sadiques ! Comme « Grace » … un truc furtif, un truc tellurique qui rampe doucement vers vous avant de vous saisir fermement jusqu'à vous marier, vous marier avec la nature tant minérale que végétale (imaginons qu'une grosse paluche de Hulk vous fasse embrasser le sol. Vlan !! Décalqué !). Ou encore ce « Pigs in Paradise » qui vous fait un temps respirer avec ses arpèges tordus et torturés avant de vous plaquer avec une puissante cataracte nivarnaesque.
En plus, ils osaient critiquer nos institutions, avec notamment leur « 49.3 » (la loi c'est la loi ! Il convient de la respecter, surtout ne pas chercher à la désapprouver, qu'ils disaient à l'école catholique de garçons. La parole des "sages" est impénétrable). Véritable missile à tête chercheuse. Et cet « Punky Booster », agressif comme un pitbull enragé, qui vous achevait en vous saisissant la tête pour la taper – en rythme – contre le mur (Ludwig Von 88 avec la puissance du Heavy-Métôôôllle).
Au moment où ils allaient succomber, il y eut une accalmie. « Psycho Love Part.I » (énorme !!). Oh, mais voilà t'y pas une p'tite ballade acoustique (qui rassure un instant les pieds tendres perdus). Un moment plus cool qui nous ramène directement au désormais oublié Staind (célèbre groupe de Nü-Metal/Post Grunge, de Springfield, tenu par Aaron Lewis qui eut un retentissant succès international au début du siècle avec le single "It's Been Awhile") avec tout comme eux, ces grattes rugissantes qui derrière, ne peuvent s'empêcher de lâcher les watts. Mais ils sont sans pitié. Ils prennent un malin plaisir à jouer avec leurs victimes. Après un « Psycho Love Part.II » qui va crescendo vers l'hystérie, ils concluent l'affaire avec un « Breathe » fracasseur de crâne qui revisite "Le Brio" (de Big Soul) en le passant au hachoir électrique en l'alliant au Punk et au Grunge. Corrosif.


      Agonisants, tremblants et couverts de sueurs froides, au bord de l'infarctus, les deux jeunes apprentis aventuriers prennent leurs jambes à leur cou et détalent comme des lapins. Abandonnant leur sac-à-dos, leur couvre-chef, leur dignité, leur précieux portable, ils décampent comme des lapins. Erreur. Le bruit qu'ils provoquent dans leur fuite éperdue, sort les musiciens de leur transe. 
"Oh fan ? Vé !" ;  "Qu'est-ce ? D'où ils sortent ces pignoufs ? Ils n'aiment pas notre musique ou quoi ?". "Oh fatche de con !? Y-z- ont pas appris la politesse, ces minots ?". "Pétan, ça fait monter la bouffais !". "Mi fa caga !". 
Sans se concerter, comme un seul homme - c'est une bande soudée -, ils se dirigent vers leur Dodge Charger 69 "General Lee" et y récupèrent leur artillerie. Des fusils de chasse gros calibre. Paraîtrait que les razorbacks pullulent dans la région ... 😂
S'ensuit une battue, une chasse à l'homme ... Des coups de feu partent ... 

     De retour de l'équipée impromptue, pour se ressourcer après ce petit intermède sportif, les lascars remettent ça. Tranquillou, en plein air. On sort la "folk", sur laquelle on égrène un gimmick, avant de rapidement faire à nouveau parler la poudre. Si la rythmique se teinte de couleurs Southern, les guitares restent acérées, tranchantes. Tiens ! Voilà le poto Stephen qui débarque avec sa cornemuse. Non ? Si ! Comme un quintet des antipodes, il y a plus de 40 ans (!), une cornemuse s'invite sur un morceau de Heavy-rock (l'affiliation avec "It's a Long Way to the Top" est inévitable). Et ça le fait. Un délice. "Whiskey" s'inscrit quelque part entre le 1er opus de The Jet, The Lazys et Hogjaw (à faire passer ces derniers pour un groupe de radio). C'est tarpin bien ! On en redemande.

     Depuis, on n'a plus eu de nouvelles des jeunes globe-trotters. Certains racontent qu'ils errent encore dans la cambrousse, toujours à la recherche de leur chemin, se nourrissant de champignons et d'herbes, hurlant parfois la nuit 😵 . D'autres racontent que, totalement traumatisés, ils seraient toujours en soins intensifs à la clinique "Les Trois Sollies". D'autres surenchérissent en avançant qu'ils les ont aperçus à l’hôpital Félix Zehetner, sur la Côte d'Azur.

Tous les faits relatés ici, sont la pure vérité vraie.

     En attendant, dans le département du Var, un groupe de dangereux délinquants soniques continue de sévir en toute impunité. Des psychopathes aimant châtier les incrédules, les innocents, les profanes à coup de vibrations faites de Hard-rock bouillonnant, de Grunge décapant, de Stoner tellurique, de Punk virulent, agrémenté de deux-trois rasades de Heavy-Metal et de quelques pincées de Southern-Rock bien patibulaire (style Hogjaw, Rebel Train, Backwater, Nashville Pussy). 
Un chanteur qui s'égosille sans ménagement - il se soigne les cordes vocales grâce à une vieille recette : bière aromatisée au Jack Daniel -. Un timbre écorché entre Chester Bennington, Nic Cester, Leon Harrisson, Daniel Puzio et Angry Anderson. Une paire de guitaristes tortionnaires faisant hurler sans scrupules leur amplis Orange (ça hume le Triny Terror à fond les manettes), un batteur autiste et un bassiste impitoyable harponneur. 
Sous leurs sympathiques bobines se cachent d'authentiques pyromanes !
Un disque brûlant ? Incandescent ! 🌋

On raconte que, cet été, la préfecture du Var aurait fortement déconseillé l'écoute de ce CD entre 8 heures et 19 heures. De crainte qu'il ne mette le feu aux broussailles.



🎶

8 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ta chronique avec une approche en forme de roman digne d'un Jack London sous speed ! Bonne musicalité, moitié hard, moitié grunge. je ne sais pas ce que toi ou les lecteurs vont penser comme moi, mais "49.3" me fait beaucoup penser au Foo Fighter. Et puis j'adore la pochette de l'album !!!!

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    1. Ha ! Oui, les Foo Fighters. Effectivement, tu es dans l'vrai. Y'a bien de ça dans leur musique. Le Foo Fighters de titres percutants tels que "All My Life" ou "Best of You". Bien vu.

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  2. MERCI !!! Le 49.3 a reçu un petit lifting sur l'album, encore plus puissant : https://poste942.bandcamp.com/track/493-2

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  3. Eh eh, et moi qui travaille sur les petites messes et autres cantates intimistes de Bach pour Noël, ça réveille ! De la pèche de la dynamique. J'adore.
    Heuu, les explosions dans le premier clip… C'est les CRS ou des terroristes ?
    Sacré Bruno, t'as écris ton papier sous amphétamines ou acide ? :o)

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    1. Herbes du maquis 100% bio, 100% sauvages. Non, j'déconne.
      Y'a p't-être eu une bière, ou un bourbon ... ou les deux ??

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    2. sur les sangliers les herbes du maquis Bruno, sur les sangliers!! pas les fumer!

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  4. On aura reconnu dans le premier clip la voiture de la série des 80's "Shérif fait moi peur"... Typique du Sud, certes, mais est-ce bien rock'n'roll comme référence ?

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    1. Yes, la Dodge Charger 69 "General Lee" immédiatement reconnaissable. Bien plus célèbre que les acteurs de la série.
      Est-ce que la série était Rock'n'Roll ? Sincèrement, je ne m'en souviens plus. C'est antédiluvien et je n'en avais guère regardé beaucoup.
      Par contre dans la B.O. du film ("The Dukes of Hazzard" en V.O.), on retrouve du AC/DC, du Ram Jam ("Black Betty" ... évidemment), du Molly Hatchet, ZZ-Top (incontournable), du James Gang, Lynyrd Skynyrd, Tony Joe White, Allman Brothers Band, et ... Mountain (yes !). Et là, y'a pas photo.
      Certes, avec quelques trucs country (genre outlaws), mais il y a aussi, hélas, cette version "fourre-tout" et faisandée de "These Boots Are Made for Walkin'" par Jessica Simpson (qui est toujours persuadée d'être une chanteuse). Un truc immonde.

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