mercredi 20 décembre 2017

CHEAP TRICK "Christmas, Christmas" (20 octobre 2017), by Bruno




Crénom de Zeus ! C'est l'année Cheap Trick ou quoi ??


          Visiblement en pleine forme, les Cheap Trick ont rapidement remis le couvert. Entre la tournée de cet été et celle qui débute en décembre en Amérique-du-Sud, ils se sont pliés à une vieille tradition - commerciale - américaine. Celle du disque de chansons de Noël. Bouah ... 😒😞😨🙅 La gerbe ...
Oui, il est certain que bien trop généralement, tous ces disques n'apportent absolument rien à la discographie des artistes, si ce n'est quelques retombées financières à court terme. Les rares qui ont réussi à tirer leur épingle du jeu en proposant quelque chose qui tient la route, et surtout qui ne tombe pas dans la mièvrerie et le suranné, doivent se compter sur les doigts de la main. Des deux pour les plus indulgents. On pense au "Christmas Time Again" de Lynyrd Skynyrd, au "It's Holiday Soul Party" de Sharon Jones, au "Christmas Comes Alive !" de Brian Setzer.  Et ... ?? Et puis quoi ? Pas grand chose en fait ; alors chat échaudé craint l'eau froide et, en conséquence, on n'attend donc pas grand chose de ce "Christmas Christmas". Il n'éveille aucune curiosité - ou si peu - et on ne fait même pas la démarche d'y prêter une oreille distraite. Et pourtant, même si l'on est réfractaire à ce genre de produit, ce qui est bien légitime, celui-ci comporte tout de même quelques bonnes surprises. 


         Et puis, en dépit de l'entrée en matière qui laisse présager le pire, ça reste un album de Rock. Un lot de reprises et seulement trois chansons originales, qui ne cassent pas trois pattes à un canard, sauf ... la dernière et éponyme chanson. Un "Christmas, Christmas" qui avait déjà été le sujet d'une première édition il y a quelques années. La version originale est plus longue, lestée d'une première partie douce et calme, bien dans le ton "chant de Noël", avec une chorale de bambins (genre servant d'autel, ou enfants de chœur). Là, on ne fait pas de manières. Les vieux loustics de Rockford font fi des préliminaires et attaquent directos par la seconde partie. Et ça envoie le bois (ou les bûches) comme un BM-27 Uragan les missiles. Coda de la chanson, final du disque, sur un a capela de "fin de soirée", une chorale copieusement éméchée (conclue par un "bravo" désespéré). 

     A l'exception du traditionnel "Silent Night" (de Franz Xaver Gruber et du prêtre Joseph Mohr), Rick Nielsen et ses sbires ont fait le choix de se tourner vers des chansons, certes de Noël, mais en lieu et place des traditionnels surannés, et souvent massacrés depuis des lustres, ils ont choisi de fouiller et de se servir ailleurs. Dans une chambre parallèle. Ils sont allés dénicher des chansons probablement moins connues des auditeurs lambda, ce qui risque d'avoir un impact commercial moins fort. Moins fort pour un public lambda,  par contre, pour ceux qui ont une culture Rock, ça risque d'être le contraire. Car derrière cette présentation des plus nulles - digne du rayon "compilations" de supermarché - se cache une tripoté de compositions susceptibles de les intéresser.

       En effet, Rick Nielsen et ses acolytes se sont emparés d'un petit lot de chansons, certes dédiées à cette fête annuelle et internationale - normalement synonyme de paix, mais aussi de chiffre d'affaires -, mais d'essence Rock'n'Roll.
 Sage décision. De plus, plutôt que de se contenter de reprendre les chansons telles quelles, la troupe a préféré apporter sa touche personnelle. Tout en prenant soin de ne pas les déstructurer, car il fallait bien qu'elles aient toujours une sensibilité spécifique, apte à évoquer les douces et cordiales réunions pacifiques au coin du feu, et du pauvre sapin sacrifié. Pour la plupart, la bande de joyeux lurons sexagénaires (à l'exception de Daxx, bien sûr, qui est bien plus jeune que ses aînés) les a boostées en leur injectant ce petit côté irrévérencieux sans en avoir l'air, que l'on attribue généralement aux facéties de Rick "la Casquette".


de D à G : Petersson, Nielsen, Zander & Daxx Nielsen

       Ainsi, peut-être pour le plus marquant, le populaire "Run Rudolph Run" de feu-Chuck Berry (écrit par Johnny Marks et Marvin Brodie) est transformé en fracassant Scud Heavy-rock trempé dans la sauce australienne des The Angels (avec qui ils avaient d'ailleurs effectué, il y a bien longtemps, une tournée européenne commune) ou The Casanovas, accompagné d'un harmonica incendiaire et des chœurs de l'amicale des gros amateurs - buveurs - de bière. Autre clou (sic) de l'album, le "I Wish It Was Christmas Today" - attribué à Julia Casablanca alors qu'en fait c'est une composition du
 duo Jimmy Fallon et Horatio Santz pour le Saturday Night Show (décembre 2000). Un gag devenu standard - qui perd ici un peu de désinvolture au profit d'un surcroît de morgue, de pilosité. Le petit carillon d'origine se prend alors pour celui, bien plus imposant, de Westminster ; clin d’œil à leur "Clock Strike Ten" (album "In Color"), longtemps un classique de leur répertoire scénique, et single qui avait cartonné au Japon. Tandis que Robin Zander évoque le Billy Idol de "Rebel Yell", avec les "oh-oh" et les ébouillantés "waouh" de rigueur. La palette de Zander faisant immanquablement la différence avec Julia Casablanca ; pas la même catégorie.
Ou bien encore - ça fait trois clous ... (sic) - le " Merry Christmas (I Don't Want to Fight Tonight)" des Ramones (album "Bain Brain"). A priori, on peut être surpris que Cheap Trick puise dans le répertoire de ce groupe emblématique du Punk rock US ; même si cette chanson de 1989 est finalement assez bubble-gum et donc assez commerciale. Mais ce serait mal connaître le registre et la riche palette du groupe de Rockford. Sachant de plus que certaines de leurs compositions n'ont absolument rien à envier aux débauches d'énergie du Punk-rock. Ce serait même plutôt le contraire. Une fois encore, continuant sur sa lancée, la troupe rajoute du gras et du mordant, offrant de la morgue et de la consistance à ce morceau qui en avait besoin. Le caméléon Zander mime un Johnny Rotten impertinent et arrogant (pléonasme ?) et le groupe accapare les attributs des Stooges d'avec James Williamson.
Franchement, ces trois missiles justifient déjà à eux-seuls que l'on s'intéresse sérieusement à ce "Christmas, Christmas".

       Mention honorable pour le "Father Christmas" des Kinks (sorti il y a quarante ans déjà) dont l'attaque et la puissance de l'instrumentation l'amène plus sur le territoire des Who que celui de la bande des frères Davies (sachant que déjà, à l'origine, ce titre tend déjà vers l'univers de Townshend ; solo compris). Le chant est alors si proche de Roger Daltrey que l'on consulte les crédits, persuadé d'y trouver son nom en guest.

     Sinon, on a le plaisir aussi de retrouver un titre du bluesman Charles Brown (co-écrit avec Gene Redd), un vieux hit de 1960, "Please Come Home for Christmas" qui a finit par devenir un standard. Notamment grâce aux versions de James Brown, d'Aaron Neville, de Johnny Winter (avec le frérot Edgar au chant, au saxo et à l'orgue. Un must ! 🙆), des Eagles, de Bon Jovi, d'Etta James, de John Mayer, de B.B. King. Et la B.O. de "Home Alone" ("Maman, j'ai raté l'avion" ...). Un grand classique des galettes de Noël outre-Atlantique. A l'origine une douce ballade Rhythm'n'Blues, elle est ici devenue un âpre et robuste slow-blues. De mémoire, genre rarement abordé par les loustics sinon pour des breaks ou des improvisations. 

     Incursion dans le territoire Glam-rock british avec "I Wish It Could be Christmas Everyday" de Roy Wood (avec son Wizzard ), petit hit Anglais, régulièrement réédité et repris. (Ce qui porte à quatre le nombre de reprises signées Roy Wood : "California Man", "Rock'n'Roll Tonight", "Blackberry Way" cette année, et celle-ci). 
Et le  "Merry Xmas Everybody" de Slade.
     Si l'on n'est guère surpris de la présence de ce hit sachant que le groupe apprécie Slade depuis ses débuts - il puisait dans leur discographie avant même leur 1er essai, pour combler un registre encore trop mince - et une fois sur disque ("When the Lights Are Out" sur "The Latest"), c'est un peu la déception. Bien que le sujet soit absolument dans le ton, et que ce fut un succès de la bande de Wolverhampton, toujours populaire en Albion grâce aux nombreuses reprises qui ont participé à sa pérennisation (dont celle de Brendan Benson, Train, Spice Girls, The Metal Gurus, Sloan, R.E.M., Oasis, Kim McAuliffe de Girlschool) ce n'est pas ce que Slade a composé de mieux. Alors même si là dessus, Daxx nous ferait presque oublier Bun E. Carlos, (simplement parce qu'il se calque sur son jeu particulier favorisant les tom-basses), même si Zander y est très bon, que Nielsen y va de ses petites facéties et que l'on pourrait croire que Bob Ezrin est à la production, cela ne relève pas suffisamment le morceau. Et  "I Wish It Could be Christmas Everyday" est à peine mieux. Les paillettes de ce Glam sont bien moins issues d'une quelconque bacchanale Rock'n'Roll que des plateaux chauffés de télévision pour de grandes émissions de variétés pour un public confortablement assis et attentif aux bonnes mœurs. 

     Cependant, c'est bien meilleur que leur daube sirupeuse et convenue, propice à faire rendre le dessert. Leur "Our Father of Life" qui arrive comme un cheveu - ou une mouche - sur la soupe. C'est même bien pire que le "Remember (Christmas)" d'Harry Nilsson (qui a pourtant composé de bien meilleures choses) tiré de "Son of Schmilsson" (1972) et repris pour un grand, très grand film d'auteur de 1972 : "Le Fils de Dracula". Belle chanson au demeurant, avec un chant difficile, mais plus apte à satisfaire la ménagère. Ou les midinettes ? C'est l'instant crooner de Robin Zander qui réussit aisément l'exercice.

     Un disque inégal donc, mais le bon l'emporte sur le passable. Avec en plus une petite poignée de petites pépites qui pourraient très bien s’immiscer dans les classiques de leur répertoire scénique. 
Par contre, on peut s'étonner qu'il n'y ait aucun titres des Fab Four qui pourtant, rappelons-le, avaient réalisé quelques 45 tours pendant sept années consécutives. Ces titres firent plus tard, en 1970, l'objet d'un regroupement sur un 33 tours ("Beatles Christmas Album" pour la version US). Toutefois, ces chansons ne sont pas connues car elles transitaient par l'organisation du fan club britannique. Autrement, par des éditions pirates.
Sinon, comme disque de Noël, on a rarement eu aussi bien. Avec en perspectives de bonnes soirées :
- "Oh, mais tu nous saoule avec ta musique de sauvages. Mets-nous plutôt des trucs dans le ton. Tu dois avoir ça parmi tous ces cd qui envahissent la maison ? Nan ?
- "Musique de sauvages ?? Mais ? Oh ? Tu trouves que c'est totalement déplacé pour ces fêtes de fin d'année ?? Bouah ... ça met un peu d'ambiance, non ?"
- "Bon d'accord ... Tiens ... Un pur disque de Noël, avec les classiques et tout et tout. Ne suis-je pas le mec le plus cool et le plus attentionné ? Ma bonté naturelle me perdra ..."
(On commence par un sirupeux "Our Father of Life" afin de rassurer l’auditoire (pour ceux qui ne sont pas encore trop éméchés), on enchaîne sur le doucereux "Remember Christmas", et puis sans avertissement on fait péter les enceintes par un enchaînement non-stop des Scuds à fond les manettes !!! )
- "Yaaaahhh !!!! T'en veux des douceurs ??! Et bien en voilà une tripotée !! 😈😈😈🙌🙌😁😈 Yaaahhh Rock'n'Rooollll  !!!! " (Aahhh ... ça fait du bien ...) "Naann !! J'n'baisse pas l'son ! C'est Noël ! Ambiance !!" "Vas-y ! Fais péter le tonnelet de bière ! J'vous laisse le champ' "




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