mercredi 13 septembre 2017

FOGHAT "Under the Influence" (2016), by Bruno



     Sincèrement, j'étais plutôt sceptique quant à la valeur et l'intérêt d'un nouvel album de Foghat. Peut-être qu’inconsciemment j'aurais été d'une certaine manière conforté par un résultat maussade. Car Foghat sans Lonesome Dave Peverett et Rod Price - à mon sens -  ce ne peut plus être, ne doit plus être même Foghat. Car enfin, Peverett et Price étaient le cœur et l'âme même du meilleur des Boogie-band à la sauce Heavy-rock. Lonesome Dave Peverett et Rod Price, deux de mes "héros". L'homme à la voix d'or et l'homme à la slide volcanique.
     Maintenant, comment pourrait-on reprocher à Roger Earl, batteur d'origine et un des membres fondateurs du groupe, de ne pas continuer à jouer ce patrimoine musical auquel il a contribué depuis les débuts. Soit dès le premier disque éponyme de 1972. Et même avant, si l'on considère que sa participation à Savoy Brown (1) fait déjà partie de la genèse des plus américains des Boogie-bands Anglais. Sachant qu'à ce moment là, il y avait Dave Peverett et Tony Stevens (bassiste), avec qui, dans le courant de l'an 1970, il quittera le groupe de Kim Simmonds pour fonder le leur.
Roger Earl

D'autant plus que Roger Earl est le seul membre du groupe à avoir joué sur tous les albums, et à avoir été de toutes les moutures. Y compris les multiples qui se succédèrent de 1986 à 1993, seulement là pour faire de la musique, sans jamais rien proposer de neuf. Jusqu'à ce que le célèbre producteur Rick Rubin, un grand fan de la formation originale, oeuvre pour une réunion.

     D'un autre côté, un mauvais disque de Foghat, ce serait un peu gâcher la mémoire ... une offense.
Or, cette dernière oeuvre en date, "Under the Influence", est une bien bonne surprise. Certes, aucune comparaison avec l'âge d'or du groupe. Il serait présomptueux de chercher à rivaliser, ou chercher à faire de l'ombre, à des galettes telles que "Fool for the City", "Stone Blue", "Night Shift". Voire même les premiers opus, ou encore "Return of the Boogie Men". Ces disques sont des monuments torrides de Heavy-Boogie-rock-bluesy difficilement égalables. Et ce n'est pas faute d'avoir essayé ; depuis des années, des hordes de chevelus s'y sont essayés avec difficulté, ne parvenant pas toujours à éviter la caricature, voire le ridicule.

- Bref ! Fais la plus court : bref, tous ceux avec le duo Peverett-Price.
- Euh ... Oui ... ben non ! Je n'inclurais pas "Boogie Motel" ; le dernier avec Rod Price. Avant la reformation de 1993.

     Non, ce qui convient, c'est de continuer, simplement et humblement, à utiliser les recettes de ce bon vieux Heavy-boogie-blues chaleureux. A s'imprégner jusqu'aux os de son essence, et de jouer cette musique avec probité, comme si elle avait toujours fait partie de sa vie. Et surtout, sans trop se poser de questions.

C'est ce que semble avoir réussi les deux remplaçants : Charlie Huhn et Bryan Bassett. Bien plus qu'avec le précédent qui date tout de même de 2010 ("Last Train Home"). La somme des concerts accumulés a indubitablement été formatrice. C'en est même à un point tel où il serait bien difficile de déceler chez Charlie Huhn son long passé en compagnie de Ted Nugent, où, on peut le dire, il a fait ses classes. Avec notamment son premier disque enregistré ("Week-End Warrior" en 1978) et cinq années à arpenter les diverses scènes et stades d'Amérique-du-Nord et d'Europe. Encore moins ses huit années (en deux étapes distinctes) au sein du groupe Allemand de Heavy-Metal, Victory.
Dans le cas de Bassett, les quatre années formatrices à accompagner Dave Peverett en tournée - qui l'avait choisi pour remplacer Rod Price jusqu'au retour de la mouture originale -, et même celles avec Molly Hatchet sont bien suffisantes pour justifier son poste (et on fera l'autruche pour son passé au sein de Wild Cherry).
Huhn, à gauche, et Bassett

     Si l'album débute par deux  Heavy-boogie-rock torrides dans la pure tradition du Foghat des années 70, ce n'est qu'à partir de "Ghost" que les choses intéressantes commencent. Roger Earl annonce clairement la couleur avec cette pochette où on le voit défoncer à coups de lattes des fûts estampillés Soul, Blues et Rock. (En grand amateur de vins et producteur lui-même, rien de plus normal que de le voir dans une cave à vins) (2). Et c'est de cela qu'il s'agit. Y surnage cette sensation de vieux briscards qui, une fois passé le passage obligé de l'instant "guarantee pur Foghat", tant pour satisfaire les fans que pour justifier l'appropriation du célèbre patronyme, se font réellement plaisir en jouant la musique qui les fait vibrer. Ou, du moins, celle qui les a forgées. De la sorte, le contenu paraît plus que jamais personnel.

     Ainsi, quel plaisir de goûter à cette version corsée du "Heard It Through The Gravepine". Ce titre tellement représentatif de l'âge d'or de la motown (2). Ici avec l'aide de la léonine Dana Fuchs qui fait monter de quelques degrés la température dès qu'elle chante sur le premier refrain. Pour mémoire, chaque galette de Foghat, depuis le premier éponyme de 1972, comporte son modeste lot de reprises ; généralement des classiques de Blues, peu ou prou connus, plus rarement de Soul. Une pratique qui contribua à la renommée du collectif. Notamment parce qu'il leur insufflait tout son cœur et sa passion, et surtout parce qu'il n'hésitait pas à faire sortir le morceau de ses rails, quitte même à le transformer. Comme avec cette désormais fameuse version du "I Just Want Make Love To You" de Willie Dixon, déjà bien chargé en guitares mordantes sur leur premier essai, elle explose de mille feux multicolore sur le "Live" de 1977. Une pratique non pas opportuniste mais bien un hommage d'authentiques passionnés qui n'oublieront pas de payer leur tribut en amenant avec eux sur la route des Bluesmen (dont Muddy Waters, une de leurs idoles alors encore de ce monde) afin de rappeler à leur public d'où vient leur musique.
     On retrouve Dana sur le bien funky "Honey Do List" et qui, là encore, boute le titre à un cran supérieur. Avec tout le respect que l'on doit à Huhn - d'autant plus que sa prestation sur ce dernier titre est excellente - on ne peut que regretter que l'énergique chanteuse ne soit pas plus présente.
de G à D : Huhn, MacGregor, Earl et Bassett

     Foghat, ou plus exactement Earl, renoue aussi avec les liens de son passé. Raison et occasion pour inviter un vieil ami. En l’occurrence Kim Simmonds qui a été convié pour jouer ensemble, comme il y a bien longtemps - when we were young -, et retrouver cette jeunesse insouciante et perdue de cette année 1969, où tout semblait accessible, possible. 1969, année d'où sont issus "She's Got a Ring in his Nose" ("Blue Matter") et "Made Up my Mind" ("A Step Futher") - tous deux signés par Chris Youlden, chanteur de 1968 à  1970 - ; année parfois considérée comme l'une des meilleures de Savoy Brown. L'ami Simmonds en profite pour participer et co-signer la chanson-titre, "Under The Influence". Il s'y montre particulièrement bon et pertinent, en parfaite osmose avec le reste des participants.

     Et puisque cet album doit avant tout refléter le plaisir de jouer, autant inviter encore d'autres potos. Dont Scott Holt, le fidèle acolyte de Buddy Guy, présent ici sur "Honest Do List", "All Because of You" et "Upside of Lonely". Et même Nick Jameson, ancien producteur du groupe (pour six albums, et non des moindres), mais aussi bassiste remplaçant dans les années 1975, 1976, 1982 et 1983. Aujourd'hui, une fois encore, il est appelé à la rescousse. Cette fois-ci pour seconder un Graig MacGregor désormais trop affaibli par son cancer, toujours considéré comme membre permanent mais incapable de monter sur scène.

     Un disque sans autre prétention que celle du "bon temps rouler", du "Let's the Good Time Roll", du plaisir simple que peut procurer un bon Boogie copieusement épicé de Rock et Blues. La marque déposée "Foghat" est respectée et ces sexagénaires ont toujours santé, souplesse et énergie.   
 Si ce CD est grevé par un défaut, c'est bien celui d'avoir gardé le nom de Foghat, avec tout le passé qui s'y rattache. Dans le cas contraire, probablement que "Under The Influence" aurait récolté bien plus aisément les louanges des médias. Quoique ... il y aurait toujours eu des grincheux pour leur reprocher alors de reprendre les ficelles du plus américain des groupes de Boogie-rock anglais... Dur.

Par contre, la question se pose sur la réelle utilité d'une reprise de "Slow Ride", de plus fort proche de la version live. Sachant que la discographie complète en comporte déjà cinq (!), c'est absurde. Même si c'était pour fêter les quarante ans de cette chanson qui reste aux USA un grand classique (qui fait encore une petite apparition dans divers films).

Comme précédemment, le disque rend hommage à Lonesome Dave Peverett et Rod Price qui continuent à les inspirer.

Track listing





1."Under The Influence"Hambridge, Bassett, Earl, Huhn, K. Simmonds4:29
2."Knock It Off"Hambridge, Bassett, Earl, Huhn4:14
3."Ghost"Huhn, Hambridge, Earl, Bassett3:19
4."She's Got A Ring In His Nose "C. Youlden3:57
5."Upside Of Lonely"Hambridge, Nicholson, Jimmy Thackery4:30
6."Heard it Trough the Gravepine "Norman Whitfield, Barret Strong4:21
7."Made Up My Mind"C. Youlden3:13
8."Hot Mama"Tom Hambridge, Fleming3:34
9."Heart Gone Cold"Huhn, Hambridge, Earl, Bassett4:26
10."Honey Do List"Holt, Earl, Bassett4:44
11."All Because Of You"Holt, Earl, Bassett4:56
12."Slow Ride"Dave Peverett7:43





(1) A compter de 1968, avec l'album "Getting the Point", deuxième disque de Savoy Brown. Il y reste jusqu'en 1970, avec "Looking In". En tout, cinq disques avec Savoy Brown. Le même parcours que Dave Peverett rentré comme guitariste rythmique, il prend le chant à part entière après le départ de Youlden. Tony Stevens n'incorpore la troupe de Simmonds qu'en 1969. Cela a été un coup dur pour Kim Simmonds lorsque les trois-quarts de son groupe s'est cassé pour fonder le sien. Mais, Peverett, Earl et Stevens, qui avaient désormais une autre vision différente, souhaitaient que leurs propres compositions sont un peu plus prises en considération.
(2) Roger Earl est un passionné de bon cru depuis des lustres. Tout comme l'ont été les autres membres fondateurs. Voir à ce sujet le dessin de la pochette intérieure de "Boogie Motel". Earl et son épouse, Linda, produisent un Pinot noir, un Chardonnay et un Cabernet Sauvignon. Maintenant, de là à savoir si ses vins méritent leur appellation. Son Chardonnay a remporté un prix.
(3) Composé à l'origine pour Smokey Robinson, il est enregistré par Gladys Knight qui en fait un succès. Marvin Gaye l'entraîne encore plus haut. Par la suite, il y a la version de Creedence Clearwater Revival, des Temptations, d'Ike & Tina Turner, de Joe Cocker et de Ben Harper (pour les plus notables).



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Autres articles / FOGHAT : "Live" (1977) ; "Last Train Home" (2010)
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