jeudi 22 juin 2017

PINK FLOYD "Ummagumma" (1969) par Pat Slade




Qui n’a jamais écouté un album du Pink Floyd lève la main ! Qui ne connait pas «Ummagumma» se lève ! Le disque de l’après Syd Barrett, un demi live souvent considéré comme un album studio à part entière. 






Le psychédélisme en deux disques






Alors que David Gilmour s’affirmait comme un grand compositeur et guitariste, Nick Mason était déjà un grand percussionniste, Rick right était déjà beau gosse et un excellent clavier, Roger Waters était déjà atteint de mégalomanie, Syd Barrett commençait déjà à devenir barge et les quatre premiers vont prendre la décision de virer le dernier. A l’époque Pink Floyd en était à ses balbutiements, ils n’avaient que trois albums à leurs actifs, mais celui qui allait venir chamboulera leurs quotidiens en particulier et le monde du rock en général.

Pourtant, tout n’était pas gagné, les musicologues ne donnaient pas cher du groupe après l’éviction de Syd Barrett, mais la suite leurs prouvera qu’un homme ne fait pas un groupe.

Même si j’ai préféré l’album suivant «Atom Heart Mother» (Le plus vache !), ce double album contenant un disque en live, un autre en studio et une pochette mythique, «Ummagumma» reste comme une pièce maitresse dans la musique psychédélique. Sur le live, trois titres empruntés à leurs deux premiers albums «The Piper at the Gates of Dawn» et à «Saucerful of Secrets» et un inédit «Careful With That Axe, Eugene» qui apparaissait dans un concept album de 1969 «The Man and the Journey» sous le titre «Beset by the Créatures of the Deep» et qui réapparaitra dans «Relics» en 1971, et sur le second : 12 titres enregistrés en studio. Même si cet album est moite-moite, il ne restera pas dans les esprits comme un live mais comme un disque à part entière dans la carrière du flamand rose. 

C’est après deux albums studio et la BO du film de Barbet Schroeder «More» qui, étrangement, aura plus de succès en France qu’en Angleterre (Nul n’est prophète en son pays !) qu’arrive «Ummagumma» un titre qui ne veut rien dire et qui viendrait d’une expression argotique venant du roadie Iain Moore qui disait «Je retourne à la maison pour un Ummagumma» (Faire l’amour). Mais il existe aussi d’autres versions de l’étymologie du mot, ce serait aussi une manière de dire à Cambridge  «enlever ses bottes» en faisant toujours une allusion au sexe et, selon Wikipédia, cela pourrait aussi désigner le «Rock’n’roll» et la prononciation changera selon les personnes, Nick Mason dans une interview dira «Oo-mah-goo-mah» tandis que Roger Water lors d’un concert prononcera «Uh-ma-gum-a».

Sonia Charmante demoiselle ! Pourriez-vous m’apporter deux dolipranes s’il vous plait ! A force de prononcer ce mot, je crois que je vais finir aussi barge que Syd Barrett !!


Après le titre, la pochette. Un mur blanc donnant sur un jardin avec les membres du groupe dans de différente position. Au pied du mur, le disque de la comédie musical de 1958 «Gigi», le nom du groupe écrit en majuscule posé sur le sol et sur le mur, un cadre ou la même image est répété avec un changement de position des musiciens, le premier passe au fond, le second en premier… etc.  Et pour finir cette image en profondeur, la reproduction de la pochette de l’album «A Saucerful of Secrets». La photo du verso représente le matériel du groupe avec le camion  de tournée avec les deux roadies Alan Stiles et Peter Watts.    




Ummagumma, un désastre annoncé ?  






«Ummagumma ? Ce fut un désastre». Le commentaire de Roger Waters démontre bien que Pink Floyd en 1969 n’avait pas encore la virtuosité des groupes phare du moment qui avaient fenêtre sur cour. Mais l’expérimentation de leurs musiques progressives et psychédéliques sera un tremplin vers le succès de leurs futurs albums. Un live enregistré à Birmingham qui attaque avec «Astronomy Domine» ou David Gilmour devient chanteur à la place de Syd Barrett, un version beaucoup plus rock et plus longue que sur l’album studio avec un joli et doux solo d’orgue au milieu du morceau avant que celui-ci ne retrouve de la vigueur avec les grands accords de guitare de Gilmour.
«Careful with  that axe, Eugene» (Attention avec cette hache, Eugène), Début très progressif avec un orgue qui nous donne une note angoissante sur un long chant plaintif de Waters. Arrive ce qui fera le succès du morceau, une courte montée musical et le cri primal de Waters qui à l’époque fera sauter les tympans à beaucoup d’entre nous qui restions l’oreille collée au pick-up. 

Nick Mason - Rick right
Le cosmique et oriental «Set the Controls for the Heart of the Sun» avec un instrumental crescendo. Quatre couplets que Roger Waters empruntera d’un livre chinois de poésies écrit par Li He (791-817) de la dynastie T’ang. En 2015 Nick Mason  déclarera que «Set the Controls for the Heart of the Sun» est sa chanson favorite.
Arrive le monstrueux «Saucerful of Secrets» et ses quatre parties. «Something Else» ou un mélange d’orgue et de guitare montant crescendo dans un registre plutôt dramatique. «Syncopated Pandemonium» Le roulement de batterie de Mason alors que Gilmour continue de massacrer le manche de sa guitare avec un bottleneck (A l’époque, il jouait avec une stratocaster et une Telecaster). «Storm Signal» le morceau pratiquement inexistant pour faire la transition avec le superbe final «Celestial Voices» qui commence par Rick Wright avec les 15 accords sur son orgue sur lesquels viennent ensuite se greffer tous les instruments pour finir par la voix de Gilmour. Des trois versions connus de ce titre, celle de l’album avec Syd Barrett et celle du «live Pompéii», celle de «Ummagumma» reste la meilleure.   



Après le live arrive la partie studio avec une mini symphonie en quatre parties de Rick Wright «Sysyphus». Une petite symphonie à elle toute seule avec une intro qui nous plonge dans le péplum suivie par une belle ligne de piano du style de Georges Gershwin qui aurait fini d’écrire sa partition sous LSD. La suite est plutôt angoissante avec ses bruits, ses cris et ses sons entrechoqués. Retour à une partie plus zen avec de longues plages de synthétiseurs avec en plus des bruits de cascade et de chants d’oiseaux. Mais le calme n’a qu’un temps, le son des grandes orgues apparaissent comme un rappel à l’ordre de l’histoire de Sisyphe, soit son retour en enfer et le thème du début revient pour conclure le morceau.

«Grantchester Meadows» Les abeilles bourdonnent, les oiseaux chantent, une petite ballade acoustique interprétée par Waters et Gilmour.

Nick Mason
«Several Species of Small Furry Animals Gathered Together in a Cave and Grooving with a Pict» (Plusieurs espèces de petits animaux à fourrure rassemblés dans une caverne et rainurant avec un pict).  5 minutes de bruits étranges d’animaux couverts par la voix de Roger Waters joués à différentes vitesses avec un message caché a 4 :32 si la vitesse était rabaissée, on pourrait entendre David Gilmour dire : «That was pretty avant-garde, wasn't it?» (C'était assez avant-gardiste, n'est-ce pas ?). 
«The Narrow Way» Une chanson en trois partie de Gilmour, la première axée sur l’accoustique avec quelques bruits de slide guitar en arrière plan, une seconde avec un riff diabolique vite recouvert de bruits spatiaux pour finir sur une chanson qui sonne entre le médiéval et le fantastique.

«The Grand Vizier’s Garden Party» écrit et joué par le moins prolifique des musiciens du Pink Floyd, ce titre est l’un des trois que composera Nick MasonLe morceau commence avec une flûte traversière jouée par sa femme Linda (le nom ne sera pas crédité sur l’album), la suite sera une ambiance de roulement de batteries et autre bruit d’instruments de percussion avec quelquefois un accord de Wright qui apparaitra ici ou là, le tout est conclu par la flûte de sa belle. 

«Ummagumma» a été une prise de risque pour le groupe à l’époque, mais ce ne fut pas un désastre comme le pense Roger Watermême si il reste un champ d’expérimentation en tout genre avec ses bizarreries, il est un album important dans la discographie du groupe.




5 commentaires:

  1. Cet album m'avait fasciné quand j'étais môme (c'était mes frangines qui l'avaient) surtout le disque live, c'était ma première excursion chez Pink Flyod. Mais plus encore que leur musique, c'était le matos du groupe, avec la photo au dos de la pochette !!

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  2. Et attention, Pat, au faux-ami le plus célèbre du rock : Pink Flyod ne signifie pas flamand rose (c'est flamingo), c'est les noms accolés de deux bluesmen que Syd Barrett aimaient beaucoup !

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    1. Oui, je sais: Pinkney Anderson et Floyd "Dipper Boy" Council, deux mecs qui faisaient du blues et que Syd Barrett avait quelques disques.

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  4. Ce qui m'avait fasciné avec cet album, c'était l'étalage du matériel du groupe sur le dos de la pochette, façon avion de combat en bien évidemment la mise en abîme de la pochette qui se "répète" à l'infini... merci Hypgnosis et Storm Thogerson encore une fois.

    Cet album est vraiment instable: les enregistrement live sont grandioses, ils sont les témoignages live les meilleurs que l'on puisse trouver, car même si il en existe d'aussi bons sur des albums pirates, ils n'ont pas cette qualité sonore (même les versions Pompeii sont en deçà de celles-ci); mais la partie studio est assez moyenne par moments, même si certains morceaux seront interprétés en live... c'est difficilement écoutable et parfois poussif, on à l'impression d'un manque d'inspiration ou d'une inspiration forcée.

    Par ailleurs, attention sur la traduction de Careful With That Axe Eugene, qui peut vouloir dire effectivement "Attention à cette hache Eugène", mais aussi en argot "Attention à cette guitare, Eugène", et là le titre prend tout son sens, étant donné le solo de guitare torturé.

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