vendredi 17 février 2017

THE ROLLING STONES "Blue & Lonesome" (2016) par Luc B.


Un paquet de temps que les Stones n’avaient pas enregistré de nouveau disque - A BIGGER BANG en 2005 - trop occupés à leurs concerts-évènements, à Cuba, dans le désert du Nevada - et bientôt sur Costa Croisière ? - les disques solo des uns, les séries TV des autres...  Rencard est pris en studio, à Londres, sauf que l’inspiration, elle, n’est pas au rendez-vous. Ce qui sort des séances sonne creux. Keith Richard suggère de jouer « Blue and Lonesome », histoire de se décrasser. L’ingénieur du son a la bonne idée de laisser tourner la bande. Une prise unique (celle du disque) qui incite à tenter un autre titre, sans filet, et un suivant...

En trois journées, les 11,14 et 15 décembre 2015, 12 morceaux sont enregistrés. Et finalement, à défaut de nouveautés, sortiront tel que. Les Rolling Stones ont sans doute enregistré là leur dernier disque studio. La boucle est bouclée. Plus de cinquante après, ils rejouent du blues pur et dur.

Les formats sont courts (12 titres, 42 minutes), à une exception près les chorus ne remplissent qu’une grille de 12 douze mesures. C’est généralement l'omniprésent Jagger qui officie à l’harmonica. Donc pour les solos de grattes, on repassera... (faute de combattant ?)

Le premier titre « Just your fool » est de Walter Jacobs, connu sous le sobriquet de Little Walter, harmoniciste fameux, qui a débuté aux côtés de Muddy Waters, et pris son envol ensuite, réputé notamment pour avoir électrifier son harmonica. On est donc dans le pur Chicago Blues, shuffle up-tempo, et Mick Jagger se fend du chorus, comme il le fera au fil des 12 titres.   

76 + 70 + 74 + 74 = 294 ans !
On a ensuite « Commit a crime » de Chester Burnett, dont la ligne de guitare ne nous est pas inconnue. Stevie Ray Vaughan a beaucoup joué ce titre (notamment sur le Live de Montreux » en 1986) sous le titre « l’m leaving you ». C’est une boucle de deux mesures, typique aussi du genre, un seul accord et une complainte lancinante, que Jagger chante à la manière de son auteur Howlin’ Wolf.

L’ouverture de « Blue and Lonesome » (Little Walter) donne le ton, un blues bien lourd, désespéré, plombé par la frappe sèche de Charlie Watt, avec chorus d’harmo. « All of your love » est plus swinguant, et offre à Chuck Leavell sa grille au piano, et – enfin – de la guitare à la fin.   

« I gotta go » revient au binaire trépignant (encore du Little Walter) tout harmo en avant. Dès l’intro de « Every knows about my good thing », on se dit, tiens, y’a Clapton ? Voisin de studio, à la seconde séance, il est venu poser quelques grilles de slide, apporter sa texture moins granuleuse. Le morceau est génial, un blues 12/8 classique, plus touffu, le chant de Jagger, scandé, craché, impérial.

On poursuit avec un shuffle bien couillu  « Ride’em on down » (Eddy Taylor) qui n’est pas sans rappeler le « Dust my broom »,d'Elmore James (mais compo de Robert Johnson) avec gros coups sur la chinoise (euh, la cymbale chinoise... celle qui fait splash). Chuck Leavell est au B3. Court, carré. Au poil. Encore un Little Walter ? C’est « Hate to see you go », sur un seul accord, à la manière de John Lee Hooker. « Hoodoo Blues » est bien sombre, Jagger en mode grave, rasades d’harmonica. « Little rain » est un blues lent, lancinant, suivi de « Just like I treat you » de Willie Dixon, sautillant comme tout, guitares et harmonica à l’honneur. On retrouve Clapton sur « I can’t quit you baby » (Dixon), Mick Jagger y chante merveilleusement, vieux cabot, et les guitares s’expriment davantage.

C’est sûr, avant d’aimer les Stones, il faut surtout aimer le blues. Mais n’est-ce pas la même chose ?! Aucun compromis pop, ou rock, que du Chicago pur jus, et donc forcément répétitif pour les plus rétifs. Ce disque a fait causer dans les chaumières, sur le thème éculé du : à quoi ça sert de faire des trucs comme y’a 60 ans, y s’foutent du monde, qu’ils prennent leur retraite pour de bon. Mon avis sur la question ? En quoi ça vous emmerde ?! Si ça leur fait plaisir, s’ils ont envie de finir là-dessus, sur cette note, la note bleue ? Autre motif d’indignation, le son serait mauvais, hyper compressé, les pistes inaudibles, la voix trafiquée parce que Jagger ne sait plus chanter… Bla bla bla. Jagger ? Pas savoir chanter, non mais les mecs !! Il tient l'édifice à lui seul ! J’ai du matos classique, correct, le son ne m’a pas gêné. Y’a de la réverb dans la voix, c’est sûr, ça sonne live, normal, ça l'est, ce n'est pas aseptisé. On aimerait juste, parfois, distinguer davantage les deux guitares.

Si effectivement BLUE AND LONESOME est le dernier, le document est historique ! Alors qu’ils auraient pu se la jouer album de guest-stars sorties du bottin mondain, hyper produit, sur des scies bluesy, ils ont juste balancé quelques douze mesures bien râpeuses, secondé par un pote que le hasard a placé là (rappelons qu’en 1963, Clapton avait été approché pour intégrer le groupe !). Comment leur en vouloir ?

Le clip qui va bien, avec tous les poncifs du genre, bagnole, p'tite pépée et clope, et Kristen Stewart à la pompe (de la station service) qui n'a même pas de quoi se payer un tee-shirt sans trou, la pauvrette...
- - - - - - - - - - - -    
  000

3 commentaires:

  1. Il se trouve que j'adore le Blues (c'est pas un scoop!) et que j'aime pas trop les Stones , surtout depuis qu'ils n'ont plus de guitariste, soit depuis 1972....J'ai quand même acheté par curiosité. Verdict: un petit bon point pour avoir repris des titres peu connus à l'exception d'un ou deux. Donc ça OK! mais pour le reste.....un disque de reprises sans aucune originalité, encore heureux que Clapton traînait dans le coin et que l'excellent Chuck Leavell soit de la partie. Du blues sans guitare....c'est dur, remarque c'est normal vu qu'il y a plu de guitariste à la maison.....Pas grave j'ai le dernier John Mayall qui tourne depuis trois jours......Vous avez dit Blues? avec de beaux chorus? J'ai!!!!!

    RépondreSupprimer
  2. Ouah ! Elle est vraiment canon ... la voiture (of course). Ford Mustang Fastback Shelby 1968 ! Rhhââââ lovely !

    RépondreSupprimer
  3. Ouaip ... sinon, c'est encore un disque de reprises. Certes, c'est du bon, ça sonne, et tout, et tout ... Et même si effectivement, pour les Stones s'est un retour aux sources sachant qu'à leurs débuts ils n'espéraient rien d'autre que d'interpréter la musique de leurs idoles, c'est tout de même un disque de reprises. Et actuellement, ça pullule.

    RépondreSupprimer