dimanche 31 décembre 2017

HAPPY NEW BEST OF !!



Lundi : C’est un Claude qui a été gâté par le Père Noel qui nous a concocté une sélection originale de  chansons autour de Noel de circonstances en ce 25 décembre, délaissant le petit papa Noel de Tino Rossi, mais avec Dutronc, Barbara, Renaud, Piaf, Mr Eddy et Johnny, pas mal !

Mardi : Décidément on va surnommer Pat "Monsieur Prog", en effet après Lazuli, Franck Carduci et autres Gens de la lune, cette fois il s'attaque carrément à Ange, pionnier du genre en France, maintes fois imité mais jamais égalé, et leur album de 1978 "Guet apens", grand album qui contient notamment un des morceaux de bravoure du groupe : "capitaine cœur de miel".

Mercredi : Bruno continue son exploration du nouveau rock burné  made in France, après Poste 942 voici les phocéens de Big Fat Papa'z et leur heavy bluesy seventies incandescent qui mit K.O. notre chroniqueur!

Jeudi :  pas  très original  le Rockin de nous pondre un papier sur Johnny en ce moment... mais on l'excusera car il en profite pour nous parler des versions originales de 3  classiques de son répertoire signées d'un groupe espagnol oublié, d'un obscur combo anglais et  des bien connus  Creedence Clearwater Revival...

Vendredi : Luc  a accompagné ses enfants voir Star Wars N° combien déjà 22 ? 23 ?  Un tel dévouement force l’admiration... En effet la franchise maintenant chez Disney a été  bien édulcoré : rien à dire sur les effets spéciaux mais coté scénario et profondeur des personnages ce n'est pas la bonne salle, un blockbuster sans âme qui, de plus, est passé du coté obscur de la force du tiroir caisse...

Samedi : Claude s'amuse et nous rappelle qu'autrefois (avant 1974), le 1er janvier était la fête de la circoncision de Jésus. Pauvre bébé pense Sonia. Les athées pratiquants se gaussaient de la multiplicité de "vraies" reliques du saint prépuce 😀. Bach, qui était un visionnaire, abandonnait en 1724 toute référence au rituel juif  pour proposer ce jour-là une Cantate 41 en l'honneur de l'année nouvelle. Une bien joyeuse carte de vœux musicale.

samedi 30 décembre 2017

BACH – Cantate BWV 41 "Nouvel an" – Christophe COIN – par Claude Toon



- Mais M'sieur Claude… Drôle de choix, une cantate de Bach pour la veille de la saint Sylvestre, le champagne, le foie gras, la gueule de bois du nouvel an, pas chrétien ça !
- Rien à voir, ici il s'agit de célébrer la "circoncision" du Christ, un office qui a toujours lieu le 1er janvier. Avec le temps on parle (à juste titre) de la cantate du Nouvel an…
- Ô, donc festif quand même. Pauvre petit Jésus, ça doit faite mal ce rite hébraïque, il doit avoir lieu au huitième jour du bébé je crois…
- Mal ? Ben oui je pense, la communauté israélite s'interroge sur son intérêt. Le blog n'est pas une tribune sur la pertinence des traditions religieuses, ce n'est pas l'esprit…
- Oui c'est vrai, place à la musique, vous parlez de nouveau des disques de Harnoncourt, Herreweghe, Ton Koopman, les grands du baroque souvent cités ?
- Non Sonia, mais de Christophe Coin, un spécialiste français du baroque entouré ici de grands artistes comme Andreas Scholl ou Barbara Schlick…

Triptyque de Santa Columba de Roger van der Weyden (1464)
La présentation au Temple (panneau de droite)
Le Temple de Jérusalem en architecture gothique 😊
Il y a une semaine, Marc-Antoine Charpentier et sa messe de minuit de Noël nous transportait dans la crèche où le petit messie venait de voir le jour, somnolant dans une mangeoire de fortune, réchauffé par les souffles tièdes d'un bœuf et d'un âne (image d'Épinal bucolique plus sympathique qu'un berceau en plexiglass entouré de monitorings).
Le 8ème jour de sa jeune vie, le bébé a un programme très chargé imposé par trois rituels juifs : la présentation au temple, la circoncision, et l'attribution définitive de son nom : Jésus. Cette triple étape marquant son entrée au sein du peuple d'Israël et son alliance avec Dieu.
C'est au début du moyen-âge que va apparaître la fête de la circoncision le premier jour de l'année, le remplacement du calendrier julien par le grégorien ne changeant rien à l'affaire. Dans les deux cas le mois de décembre dure 31 jours ; Noël étant célébré le 25 décembre depuis l'an 354. D'ailleurs dans le calendrier des PTT de ma tendre enfance, on pouvait lire : Circoncision ou bien Nouvel an – circoncision. Cela me posait question… C'est quoi ? En 1970, le pape Paul VI excédé par certaines paroisses qui toutes revendiquent la possession du vrai saint prépuce, sans doute bien ratatiné, décide de mettre fin à cette vénération fort peu spirituelle et qui donne du grain à moudre aux anticléricaux pour décliner à l'infini des blagues vaseuses. Il décide de supprimer l'expression. Le calendrier se transforme et devient Nouvel An - Sainte Marie Mère de Dieu (Solennité).
D'autant qu'à travers les âges, le profane a pris le pas sur le sacré et les offices du 1er janvier ne laissent guère de place à ces détails du rituel hébraïque. Et la preuve en est que le titre exact de cette cantate 41 (premiers vers) sera :
Jesu, nun seit gepreiset, et plus complètement en français : ""Gloire à toi Jésus / En cette nouvelle année". C'est très clair !

Lors de la composition de la cantate, Bach était Cantor de Leipzig depuis deux ans, nous sommes en 1724. Il doit travailler pour des commanditaires de confession luthérienne. Pas de latin mais des textes en allemand écrits pas des lettrés dont le nom ne nous est pas souvent parvenu. Il existe d'autres cantates pour le jour de l'An, mais promis, je ne complique pas les choses. Un chef d'œuvre du genre, une suite de six cantates suivant la Nativité a été commentée il y a quelques années : l'Oratorio de Noël BWV 248. (Clic).
Jour de fête oblige, l'orchestre est très rutilant : 1 cor, 3 hautbois, 3 trompettes, timbales, deux violons, alto, violoncelle picolo et basse continue (dont un orgue positif). Dans l'enregistrement, on entend également un basson. Vocalement, au chœur, Bach ajoute quatre solistes, c'est rare : soprano, alto, ténor et basse. On va retrouver ce quatuor vocal depuis l'époque baroque jusqu'à la fin du romantisme…
La partition comprend six parties : 2 chœurs, 2 arias et 2 récitatifs.
Curieusement, le texte utilisé par Bach ne fait appel à aucun passage des Saintes Écritures du jour. Bach se concentre sur un hymne à l'année passée et, comme pour souligner le cycle du temps, implore la bénédiction du Christ pour l'année qui commence.
Pendant l'office, les lectures du jour seront tirées de l'épitre de Saint-Paul aux Galates, et de l’évangile de Luc qui évoque cette folle journée où le "divin enfant" portera enfin le nom de Jésus comme prescrit par l'ange qui visita Marie… La liturgie complète la cantate sans jamais lui faire concurrence sur le fond. Création le 1er janvier 1725, évidemment.
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Christophe Coin (né en 1958)
À l'intérêt musical de cet album paru en 1996 s'ajoute une distribution d'exception :
Côté solistes, des virtuoses du chant baroques :
Soprano : Barbara Schlick qui a chanté pour les meilleurs chefs qui ont redonné vie au style baroque authentique : de Philip Herreweghe à Franz Brüggen
Alto (contreténor) : l'allemand Andreas Scholl et sa voix féérique ne se présente plus où plutôt rendez-vous vers l'article consacré au Stabat Mater de Pergolèse (Clic).
Ténor : Christoph Pregardien : lui aussi complice des chantres du baroque des années 90 et pédagogue.
Basse : Gotthold Schwarz : encore un chanteur incontournable du chant baroque. Sa carrière l'a conduit jusqu'au poste mythique qu'occupait Bach : Cantor de Leipzig depuis 2016
Nous entendons aussi le Chœur Accentus créé en 1991 et dirigé par Laurence Equilbey (Clic). L'un des chœurs français les plus appréciés des mélomanes et même au-delà.
Et comme si tout ce beau monde méritait l'accompagnement orchestral rêvé, place à l'ensemble baroque de Limoges sous la baguette de Christophe Coin. Christophe Coin en dehors de cette activité de chef joue merveilleusement du violoncelle qu'il a appris auprès d'André Navarra et de Nikolaus Harnoncourt. Il a été le fondateur du quatuor Mosaïque entendu dans le blog à propos d'un quatuor de Mozart (Clic). Spécialiste également de la viole de gambe, il enseigne au Conservatoire de Paris. Il tient également le pupitre de violoncelle picolo pour l'exécution de cette cantate…
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Saint Thomas de Leipzig
1 - Chœur : Jesu, nun sei gepreiset : Clameur de joie instrumentale en ce jour de fête avec tambour (timbales) et trois trompettes (et non pas trombones comme marqué sur le livret – coquille 😊). Bien entendu, pas de chant à l'unisson, mais le  chœur nous offre une belle polyphonie jubilatoire. Christophe Coin retient les cuivres pour laisser les violons et les hautbois intervenir clairement dans ce climat de liesse. Un chœur assez développé de huit minutes avec de nombreux thèmes mélodiques et des solos des groupes vocaux.
2 - Aria (soprano) : Laß o uns, o höchster Gott : Un air surprenant avec ses trois hautbois complices qui papotent surveillés par le basson du continuo. Un air où la soprano sollicite du divin un début d'année aussi heureux que l'a été la fin de celle qui vient de s'achever. La ligne de chant très pure de Barbara Schlick s'accorde totalement avec la sincérité du sujet.  
3 - Récitatif (alto) : Ach! deine Hand, dein Segen muss allein : Le récitatif très bref reprend encore et encore cette thématique cyclique de la succession des ans. L'alpha et l'oméga, le commencement et la fin, thème chrétien fondamental. Une petite minute bien courte où Andreas Scholl déploie avec sa belle voix chaude et articulée des talents de persuasion.
4 - Aria (ténor) : Woferne du den edlen Frieden : Cet air est dominé par la sonorité soyeuse et lyrique du violoncelle picolo de Christophe Coin et, là encore, par la spontanéité de la ligne de chant de Christoph Pregardien ; un air exprimant la confiance en la miséricorde divine et la béatitude apportée par la Parole de Dieu.
5 - Récitatif (basse, Chœur) : Doch weil der Feind bei Tag und Nacht : curieux récitatif dans lequel se font entendre de concert le chœur et la voix de prophète de Gotthold Schwarz qui exige "Que satan soit foulé à nos pieds". Oui, curieux, car le chœur reprend les derniers versets pour appuyer la demande exprimée, principe assez rare dans un récitatif mais opportun ici…
6 - Choral : Dein ist allein die Ehre : Petit choral conclusif en forme de gloria sur le fond théologique. Assez classique, les trompettes interviennent joyeusement dans les ultimes mesures. Une symétrie dans l'orchestration qui souligne l'éternel recommencement, symbolique au cœur de l'esprit de la cantate.
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vendredi 29 décembre 2017

STAR WARS VIII de Rian Johnson (2017) par Luc B.



Il y a bien longtemps, dans une galaxie lointaine, très lointaine, il y avait des rédacteurs de génériques français travaillant pour la plus grosse production de cinéma mondiale, Disney, qui ne connaissaient pas les règles élémentaires de l’orthographe… La Force peut beaucoup, mais visiblement ne sait pas accorder l’auxiliaire être… Ainsi, quand le texte jaune défile dans la perspective, comme au début de chaque épisode de la saga, peut-on lire : « La Résistance s’est livré... ». Comme dirait Yoda : Au féminin est le sujet, « ée » doit donc prendre le participe… Véridique !
Après cette cocasse mise en bouche, que vaut ce huitième épisode de la saga intergalactique ? Sur le plan scénaristique, ce VIII n’apporte pas grand-chose de neuf, un épisode pour rien. Aucun développement. On reprend les mêmes, et on recommence. A savoir les vaisseaux de la Résistance (en rade de carburant, y’avait un blocus routiers ?!!) pourchassés par ceux de l’Empire. Une nouvelle arme qui ne va pas tarder à décimer les gentils, sauf s’ils peuvent s’introduire dans le vaisseau amiral, et détruire un générateur ultra bien gardé, mais auquel on peut accéder (on le verra plus tard) avec une simple carte de crédit… Du déjà-vu. Cet opus manque cruellement de tension dramatique.
En parallèle, on retrouve Ray, l’héroïne du VII, qui rappelez-vous, avait retrouvé Luke Skywalker, dernier Jedi en activité, retraité, seul sur son île. Et qui ne veut en aucun cas revenir dans le jeu. Il en a soupé de ces histoires de bien et de mal, n’aspire qu’à mourir en solitaire,  pêcher de gros poissons (scène ridicule !) et qu’on lui foute la paix. Mais alors, pourquoi avait-il – dans l’épisode précédent – tout fait pour qu’on le retrouve, grâce à une carte Michelin numérique glissée dans un droïde à l’attention de la Résistance ?
Ce qui nous amène au principal défaut de ce film : la cohérence des personnages. Comment peut-on imaginer Luke Skywalker, qui a tant combattu, s’est tant sacrifié, qui avait traversé la galaxie pour libérer Han Solo et Leia des griffes de la grosse limace (épisode VI, et oui les limaces ont des griffes), bref, comment imaginer le héros de notre enfance rechigner à voler au secours de sa propre sœur, à contrecarrer les plans maléfiques de son neveu Kylo Ren, parricide de son ami Han Solo ? Parce qu’il a échoué dans l’apprentissage du petit ? C’est un peu court. Que l’acteur Mark Hamill n’ait que ce vieux ronchon de Skywalker à défendre, c’est triste.
Et Rey, dont tout le monde se demandait qui elle était réellement, elle qui avait semble-t-il la Force en elle ? On aura des réponses ? Non. Une simple fille de carrossiers… Et Finn, lui aussi héros de l’épisode VII, qui faisait équipe avec Rey, que vient-il faire ? De la figuration. Il doit retrouver un type capable de craquer les codes d’accès du vaisseau amiral. Une aventure parallèle qui aurait dû prendre 10 minutes à l’écran, mais qui s’éternise. Le scénariste lui a collé une fille dans les pattes, Rose, niaise et sentimentale, une petite employée lambda, qui va évidemment se révéler très forte en maniement de tout.
Du côté des méchants, c’est pareil. Kylo Ren n’a toujours pas le charisme de son grand père, Vador, et son projet de devenir calife à la place du calife se comprend mal, à ce stade. Pourquoi vouloir dézinguer Snoke, le suprême méchant successeur de l’Empereur, plutôt que de s’en servir habilement à ses propres fins ? Et Snoke justement… Une tête de Quasimodo version Anthony Quinn, pas terrifiant pour un sou, quand l’Empereur, sous sa capuche, dont on ne devinait que les petits yeux rouges perfides sur son teint blafard, nous foutait les jetons à chaque apparition. Snoke, donc, le plus puissant des Siths, qui s’introduit dans les pensées de tout le monde, et ne voit même pas arriver le coup bas de Kylo, pourtant à trois mètres de lui…
Certes, Georges Lucas n’est pas Ingmar Bergman, mais ses personnages avaient au moins une qualité. Ils luttaient contre leurs faiblesses, étaient tiraillés par leurs doutes, leurs peurs, étaient animés par leur soifs de vaincre les Forces du Mal. Il y avait, osons le dire, un aspect shakespearien dans l'affaire. Y compris dans la deuxième (et pas terrible) trilogie, avec un épisode III où le jeune Anakin (futur Vador) était écartelé entre l’amour de sa mère, son affection pour Obiwan, et les projets dictatoriaux de Palpatine, alias l’Empereur. Revus et corrigés par Disney (qui a racheté la franchise), les personnages sortent des rails, ils sont soit gentils, mais très gentils, soit méchants, mais pas très méchants. Mais n’ont plus rien d’ambigus. Ils sont nombreux, si bien que dans ce film, il n’y a pas franchement de premiers rôles, mais une ribambelle de seconds couteaux, qui apparaissent et disparaissent au gré des séquences.
Ainsi, Phasma réapparait, mais pour pas grand chose, juste le temps de crever. Ce plan avec cet œil, mais ça veut dire quoi ? Dameron (Oscar Isaac) est tête à claques, même profil, pas d'évolution. Le nouveau DJ, pourtant joué par Benicio Del Toro (envoyez le cacheton) joue le mercenaire cynique, comme Harrison Ford en son temps, mais ne s'impose pas vraiment. La trahison fait long feu.
Ce film a aussi un problème dans la narration. On passe sans cesse d’une action à une autre, sans réelle transition, autre que le ciseau du chef monteur. Ainsi, Rey, dont on nous dit qu’elle s’est échappée du repère de Snoke avec sa capsule de secours (ah bon ? si vous le dites… j’aurais préféré le voir), revient 10 minutes plus tard dans le film avec le vaisseau Millénium, participe à une bataille, mais redisparaît ensuite, pour revenir à la fin, alors qu’on est censé être en temps réel ! Question : elle a fait quoi pendant qu’on ne la voyait pas ?  
Alors oui, sur la forme, le film est spectaculaire, les effets spéciaux sont évidemment réussis, certains décors aussi, comme l’antre de Snoke, tout en rouge vermillon, ou cette planète où se situe le dernier combat au sol, un sol blanc, justement, comme de la neige, qui recouvre une terre rouge sang, du plus bel effet. Grosse allusion à l’épisode V (mon préféré) avec assaut des dromadaires mécaniques. Mais encore une incohérence… Comment une arme qualifiée d’Etoile de la Mort miniature, censée détruire des planètes entières, ne peut-elle pas venir à bout d’une douzaine de résistants planqués dans une grotte ?! Les méchants sont vraiment crétins. Faut pas effrayer les mômes.
Le film est le plus long de la saga : 2h30. Beaucoup trop long pour le peu d’intrigues, il n’y a ni hauts ni bas, ni rebondissements ni climax, une succession ininterrompue et plate de duels, poursuites, mais aucune scène qui ne sort vraiment du lot. Du souffle ? Une simple brise, et encore. De la mise en scène ? Non, de la mise en image, nuance. Et cette idée qui germe… et si les nouveaux propriétaires de la marque avaient voulu, eux, décimer les derniers Jedi ?
Car finalement, le réalisateur-scénariste Rian Johnson a fait beaucoup plus de dégâts que l’Etoile Noire, l’Empereur, Snoke et Vador réunis !

STAR WARS 8 (Rian Johnson, 2017)
couleurs  -  2h30  -  scope 2:40 (et 3D)

jeudi 28 décembre 2017

JOHNNY EN VERSION ORIGINALE



Ouais je sais, vous en avez mangé du Johnny, même des fans me confiaient qu'ils étaient en overdose suite au déferlement d'émission, de "unes" ,  d'hommages  en tous genres, le Deblocnot aussi s'y est mis la semaine dernière sous la plume émue de Vincent (clic). A juste titre car qu'on l’idolâtre,  qu'on le déteste ou simplement qu'on l'apprécie  (ce qui est mon cas) Johnny restera un monument de la musique populaire francophone du 20ème siècle, et un type bien d’après plusieurs témoignages directs que j'ai pu recueillir. Un gars aussi qui n'a jamais triché avec son public, voir le  "Rester vivant tour"  de 2016 (clic), plus de 2 heures de rock'n'roll à 73 ans, chapeau!
(merci Cat pour la photo)
Pour ne pas trop me fatiguer en cette période de fêtes et ne pas vous lasser avec un nième article sur l'ex "idole des jeunes", j'ai choisi  de revenir sur les originaux de 3 titres du son répertoire, car on le sait Johnny a beaucoup chanté des adaptations en français de titres anglo-saxon. Souvent même les aficionados ignorent l'origines de ces morceaux , ce que l'on peut déplorer; d'autant que Johnny a  puisé chez tous les pionniers, de Chuck Berry à Fats Domino, en passant par Jerry Lee, Eddie Cochran, Little Richard et tous les autres, ce n'est pas un reproche au contraire puisqu'il a ainsi (un peu) contribué à amener le rock'n'roll sur les hostiles terres hexagonales...je regrette simplement qu'il n'ait pas un peu plus cité ses sources (mais bon, il n'a pas été le seul, c'est pratique courante dans le monde du rock).
Ainsi donc revenons sur 3 morceaux en particulier :

Black is black est un titre du groupe espagnol Los Bravos (1966), un  nom rarement cité, c'est pourtant le premier groupe espagnol (avec un chanteur allemand, Mike Kogel) à avoir obtenu un hit mondial.  Enregistré en Angleterre par Ivor Raymonde (producteur à succès) pour Decca Records.  Il est adapté en français par Georges Aber (un breton, parolier qui écrivit -outre 47 titres pour Johnny- pour Bashung, Christophe, Dick Rivers, Richard Anthony, Sylvie Vartan, Pétula Clark...) et sort en 45 tours le  20 septembre 1966, puis sur le 33 tours "la génération perdue" (19 octobre 1966). Le titre squattera les sommets des charts français un bon moment et restera un des titres phares de Johnny.  La version est plus sombre que l'original, sans doute car à  cette époque c'est assez sombre pour Johnny, traqué  par le fisc, en plein divorce avec Sylvie, il fit même une tentative de suicide (10 septembre 66). Pour en revenir à Los Bravos ils publieront 6 albums fin des années 60 et une trentaine de singles dans leur style pop/rock/rhythm'n'blues pas très loin des Animals, Easybeats, Manfred Mann et compagnie, à noter une bonne anthologie en CD (Los Bravos-Anthology-1966-1969)



Fils de personne sur l'album "Flagrant delit"(1971) , adaptation  du "Fortunate son" de Creedence Clearwater Revival (tiré de "Willy & the poor boys" (1969) . Fogerty  signait là un pamphlet anti-guerre du Vietnam, dénonçant en particulier le favoritisme envers les "fils de" , cantonnés loin du front et des dangers, chanson qui lui avait été inspiré par le petit fils du président Eisenhower, marié à la fille du futur président Nixon et qui servit dans les réserves de la Navy.  L'écrivain Philippe Labro l'adapte ici fidèlement, il signe d'ailleurs tous les textes de cet album, mon préféré du Johnny, qui contient d'autres perles comme "Oh! ma jolie Sarah", "Flagrant délit", "Fille de la nuit" (adaptation de "Delta Lady" de Léon Russell). Musicalement ça assure aussi avec les présences notamment  de Gary Wright (claviers), Mick Jones (guitare), Tommy Brown (batterie), Bobby Keys et Jim Price (cuivres), Nanette Workman et Doris Troy (choristes). 



Joue pas du rock 'n' roll pour moi (album "derrière l'amour" (1976))  issu de "don't play rock 'n'roll to me"  de M. Chapman et N. Chinn, chanté initialement par le groupe anglais Smokie en 1975, combo que j'avoue ne pas vraiment connaitre même s'ils ont sorti une vingtaine d'albums  de 1975 à 2010...Ce que je sais c'est que ce groupe se nommait Smokey mais que Smokey Robinson  les menaça de poursuites et qu'ils devinrent Smokie, qu'ils eurent quelques hits dûs justement à la plume du duo Chapman/ Chinn (qui en écrivirent pour Suzi Quatro, Sweet, Hot Chocolate..), Chapman produisit également Blondie et the Knack (My Sharonna), et qu'enfin Liza Blackwell fut sur plusieurs disques leur choriste et eu parait-il une liaison avec leur leader Chris Norman, voilà une info capitale, pour briller en société. L’adaptation française est signée Long  Chris alias Christian Blondieau (le papa d'Adeline) musicien et parolier qui collabora avec Johnny sur plusieurs albums, signant notamment les emblématiques titres "Gabrielle" ou "je suis né dans la rue".

ROCKIN-JL

mercredi 27 décembre 2017

BIG FAT PAPA'Z "Soul On Fire" (2017), by Bruno



       Big Fat Papa'z
, un patronyme obscur, qui ne laisse rien présager de l'orientation musicale du groupe.
Pas plus que du lieu de leur Q.G situé dans la ville phocéenne. Une cité qui évoque, du moins dans l'esprit collectif, le Hip-hop, le Rap, les hymnes provocateurs et l'effervescence du stade Vélodrome (1). C'est effectivement très réducteur, cependant les vibrations de ce groupe refléteraient bien moins la musique recrachée par la sono des paillotes et des dancefloors que celui d'un tempérament fiévreux d'outre-Atlantique, voire des pays Scandinaves. Un euphémisme. D'ailleurs, leur Heavy-rock, c'est du chaud-bouillant, que l'on n'aurait aucun mal à croire créé spécialement pour adoucir les hivers les plus rigoureux ; apte à servir de kit de survie pour franchir les Scandes, voire même le Hvannadalshnjùkur.

       Big Fat Papa'zc'est depuis 2014 du gros Heavy qui tache, qui empoigne sans ménagement les tripes. A première vue, du brutal. Pourtant, derrière ce gros son, il n'y a pas que des salves d'énergie brute mais bien une mise en place fouillée. Ce n'est pas du Rock progressif, non plus. Ça respire la spontanéité.
Cependant, si la troupe loge apparemment à Marseille, les trois-quart de l'effectif sont originaires de Toulon. Municipalité, qui elle, est plutôt liée à l'armée ainsi qu'au stade Mayol ; haut-lieu historique du Rugby. Là, ça rigole moins, et l'on comprend un peu plus le caractère offensif et musclé. Même si tout ça n'est qu' "images d’Épinal".

     Eux-mêmes se revendiquent, avec fierté, de la catégorie Heavy-blues. Heavy, sans aucun doute possible, mais Blues ... Il y en a déjà qui sautent au plafond et d'autres qui sortent les piques ou les fourches, voire le fusil-à-pompe. Sacrilège !!! Hérésie !!! Blasphémateurs !!! Dans ce cas, se serait du Blues cyclopéen, copieusement plombé. Du Blues trempé dans les hauts-fourneaux de Creusot-Loire, puis consciencieusement irradié dans un réacteur nucléaire de Civaux. Du Volcanic-Blues.

       Big Fat Papa'z se distingue par un chanteur dont la voix doit sans mal se classer parmi les plus fortes de l'hexagone. Et que pourraient jalouser certains hurleurs Anglo-saxons.
Qui ça ? Dave Grohl ? James Hetfield ? Je pouffe ! C'est d'la gnognotte. En comparaison ils chantent comme des fillettes ! Kanye West ?? Bande de tarlouzes ! 


   Il possède un organe incroyable. Une voix chargée, profonde et rocailleuse. Idéale pour un Heavy-rock des plus virils, mais en même temps une voix pleine de Soul. De la famille des Manu Lanvin, mais filiale Heavy-rock burné ; avec, peut-être bien, la verve, l'énergie et l'engagement d'un Paul Di'Anno d'antan.
C'est également de la grosse gratte nourrie de fuzz épaisse, ou d'overdrive nucléaire, une basse omniprésente terriblement groovy, capable à elle-seule de remplir pertinemment l'espace pour laisser libre cours à la guitare. L'apanage d'authentiques hérauts de la basse des power-trio. Et évidemment, un solide batteur, socle de ces pyroclastes de Hard-blues. Un gars alerte qui a une prédilection pour les toms (au détriment de la caisse claire) sur lesquels il semble vouloir tester la résistance des peaux, et pour une certaine obsession pour fracasser les cymbales.

       Le disque est entamé par un mouvement évoquant irrémédiablement Kingdom Come, avec râles Plantiens de rigueur, avant de rapidement tempérer le degré d'association. Cependant, le break, lui, n'a aucun scrupule à pousser le bouchon un peu plus loin. Ça sent la provocation, ou l'hommage sincère. On franchit le Rubicon en allant s'épanouir un long moment dans un univers totalement né de l'imagination de Led Zeppelin. En quelques instants, c'est une déflagration de clichés typés, menée tambour battant. Dans l'ensemble, on remarque alors que si la guitare laisse des espaces pour le chant, la basse, elle, est omniprésente, agissant avec autorité. Elle semble armée d'une fuzz faisant parfois baver la fin des notes. A l'image d'un Felix Pappalardi.

   Après l'impact foudroyant et explosif du Hard-blues précédent, Big Fat Papa'z prend des risques avec une surprise déstabilisante. "See You There" est une sorte de Heavy-blues-Stoner bastringue.  Le célèbre "I Put A Spell on You" a largement servi de matière première. Bien logiquement, le quatuor de ce French-Deep-South, irrespectueusement, a retraité le classique de Screamin' Jay Hawkins en l'envoyant se faire une nouvelle jeunesse au centre VHU pour le passer au broyeur, tout en y rajoutant une bonne dose de ferraille au passage. Pour le liant. La voix chargée de braises rougeoyantes de Damien Ricard rajoute une filiation avec le poète trublion New-Yorkais, Tom Waits. Il fallait oser, mais c'est ça aussi qui est bon !

   Retour à un tempo bien plus soutenu. La chanson éponyme pulse, vibre, bouscule et martèle les sens. Entraînée par une basse autoritaire, crâneuse, qui reprend le riff de "Fight Fire with Fire" de Kansas (volontairement ou pas, on s'en fout totalement) en le ralentissant un chouia. Légèrement fuzzy, cette quatre-cordes claque, vrombit, et n'a aucun complexe pour se mettre en avant ; son jeu est parfois proche d'un guitariste de Blues jouant son riff sur deux ou trois cordes, sans accords. Son timbre, plus riche en medium qu'en grave, lui permet de percer le mix de l'orchestre.

   Sa tonalité s'accorde avec celle des Tim Bogert, Felix Pappalardi, Jack Bruce, voire parfois celle de Geezer Bulter. Cette dernière référence est plus évidente sur "Come Around", où là encore, la basse s'impose. Cette fois-ci, plus en souplesse. Elle s'érige comme un socle. Elle évolue alors tel un reptile aux yeux brillant d'un appétit inassouvi et impatient. C'est un Blues psychédélique, entrecoupé de soli déchirants et implorants. Le dernier, sonnant comme une Stratocaster gorgée d'une overdrive et d'un phaser généreux, s'envole vers des cimes immaculées. Remember le sulfureux "Limb From Limb" d'une  mythique galette de 1979 ? Oui ? Et bien, à mon sens, outre la voix, c'est la même catégorie. Et les circonvolutions de la guitare sur ce titre renvoient au bon souvenir de Fast Eddie lorsqu'il daignait ralentir un instant le tempo. Ceci étant, avec néanmoins un son qui se frotte à celui de Samsara Blues Experiment. Le solo est de toute beauté : un croisement entre Gilmour et un Fast Eddie halluciné. Cela même si le coda n'est autre qu'un clin d’œil au Black Sabbath des 70's.

   Pour en revenir à "Soul Fire", le titre éponyme, en deux mots: ça envoie le bois ! Du Heavy-rock palpitant, un rien hypnotique. 
   On sort la guitare-folk pour "Real Sons" ; une ballade appuyée par la batterie et ponctuée de ponts amplement plombés. Belle chanson sur le sentiment d'un fils envers son père. D'un fils qui attend des réponses. Bien que différent, "Real Sons" possède quelque chose qui fait irrémédiablement penser à 4 Non Blondes, et plus particulièrement au hit international "What's Up". Probablement dû à l'intonation du chant. Les chœurs qui ponctuent la fin de certaines phrases, évoquent les voix des musiciens du Grease Band qui se forçaient à prendre un ton plus haut, féminin, frôlant dangereusement les voix de faussets. Toutefois, ici, l'effet apparaît nettement plus maîtrisé, tranchant avec l'aspect rugueux et volcanique général.
"Ce qui était silencieux dans le père parle dans le fils, et souvent j'ai trouvé dans le fils le secret dévoilé du père " F. Nietzsche.

   "Head Buttin' Man" fait dans le boogie impétueux et tonitruant. Un truc plus juvénile, sautant sur place, aussi haut que possible, tel un dératé en se secouant de part et d'autre la crinière. Et en rugissant. GrrRRrr ...!!! 😸 [désolé ... j'ai pas plus gros comme félin ...]. Instant héroïque avec un solo bien enlevé qui se termine par un duo à l'unisson. Du Heavy-boogie à la Ted Nugent first period ou celui de The Starz.

    Douceur acidulée avec "The Restart", qui se frotte au Blues halluciné à la sauce Frank Marino.
Un final plus pesant, mais moins piquant, presque Stoner. "Hangin' On" prend son temps. Seule la basse suit son propre rythme ; d'un pas plus alerte, elle devance ses compagnons. Et lorsqu'elle décide de les semer, réveillés par l'écho de sa cadence, ils la rejoignent dans un dernier mouvement synonyme de fuite désespérée. "After so many years, I became a free man. But isn't enough for you ... You nasty shadows, shadows of the Klan !"

       Passé le doux traumatisme - un rudoiement pour esgourdes non averties - que peuvent entraîner les premières écoutes, on découvre que finalement, Big Fat Papa'z est l'héritier d'une cohorte de barbares des années 70. Ceux qui avait copieusement plombé - le mot est faible - un Blues principalement hérité d'Howlin' Wolf et de Muddy Waters, dans une libération extatique des sens, pouvant parfois l'entraîner à effleurer l'épiderme du Heavy-Metal ; toujours en gardant, cultivant même, soigneusement, ses racines.
Big Fat Papa'z, c'est l'esprit de formations tels que Leaf Hound, Buffalo, CactusStray DogGranicus, Messendgers, Incredible HogGrand Funk RailroadIrish Coffee, Head Over Heels, Frijid Pink, Ancient GreaseMountain,  ainsi que des deux premiers Black Sabbath. Pourtant, malgré tout, et même en dépit de quelques plans typés Led Zep, il ne s'agit pas d'un quelconque revival, car ces sudistes suivent leur propre voie.
Putain con ! C'est du lourd ! Ça déchire sa race !!! 🙆🙌🙌🙆
Depuis ses précédentes réalisations, Big Fat Papa'z a fait preuve d'une belle évolution. Tant dans la composition que dans l'interprétation et l'enregistrement.

     Une mention spéciale pour l'artwork (signé Artak Melko) qui a l'avantage d'attirer irrésistiblement l’œil. Les couleurs de feu qui embrasent la pochette (plus évident dans son intégralité) traduisent bien l'atmosphère incandescente de ce bien nommé "Soul of Fire". Cependant, l'étude du dessin (dans sa totalité, recto-verso), on pourrait penser qu'il trahit un esprit salace de l'auteur ; un peu comme celui d'un Hans Ruedi Giger. Le gros barbu vomit dans un puissant flot des jambes de femmes, des seins, des culs et des petits minous.
A l'intérieur, un livret travaillé présentant toutes les paroles des chansons. A chaque page, une chanson, illustrée par une oeuvre de l'artiste. Et en bas de chaque page, une citation qui pourrait avoir été l'objet déclencheur de l'inspiration des paroles. Des citations pertinentes, qui peuvent inciter à la réflexion.
Comme celle du chef guerrier amérindien, Crowfoot, aka Isapo-Muxika (1830-1890): "Nos terres ont plus de valeur que votre argent. Elles existeront toujours. Elle ne périront pas dans les flammes du feu". Ou encore celle de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensembles comme des idiots". Ou celle de Nietzsche cité plus haut.
de G à D : Nils, Damien, Quentin et Hugo

Damien Ricard : Chants et Guitares
Quentin Crenes : Basse
Hugo Mondena : Batterie et auteur
Nils Kirchner : Guitares
Musique composé par Big Fat Papa'z

 (1) Pourtant, depuis l'aube des années 70, la ville a toujours enfanté un lot de groupes toujours prêts à brancher leurs guitares et prêcher la bonne parole des dieux du Rock. Il y a bien longtemps, à une époque où les radios libres existaient, des combos tels que Klaxon et Wild Child parvinrent même modestement à illuminer l'hexagone. Aujourd'hui, il y a Dagoba qui, avec une musique extrême, est toujours d'attaque après vingt ans d'existence. 


🎼🎶

mardi 26 décembre 2017

ANGE - GUET APENS (1978) - par Pat Slade




La fin d’une époque, l’Ange a pris du plomb dans l’aile, mais la blessure n’est pas si profonde… !





Quand un Ange bat de l’aile





Ange le mythique groupe français a déjà eu cinq fois les honneurs de nos colonnes et c'est amplement mérité car depuis la disparition du journal «Best», qui parlerait d’eux hormis le journal du fan club Plouc Magazine ?

Bouffi et Jo
Après leur dernier album en studio «Par les Fils de Mandrin» qui restera le plus beau et le double live «Tome VI» en 1977, le groupe va exploser et perdre quelques plumes dont deux de ses membres les plus emblématiques. Jean-Michel Brezovar et Daniel Haas vont quitter le vaisseau. Jo et Bouffi le guitariste et le placide bassiste partiront suite aux tensions dans le groupe et surtout à un problème d’argent avec la production. Ils sortiront chacun par la suite un album solo, «Rue du Salbert…» pour Jean-Michel Brezovar et «Couleurs du temps» pour Daniel Haas.

Claude Demet et Christian
C’est donc une page qui se tourne et une époque qui change, même si les trois derniers membres du groupe, soit les frères Decamps et le batteur Jean-Pierre Guichard resteront en place, Ange va subir un petit lifting, Claude «Chouchou» Demet prendra la guitare et Mick Piellard la basse. Pour rassurer les fans, Christian annoncera que le groupe continue. Ils partiront en tournée en Belgique, Pays-Bas, Danemark, Suède et en Finlande.

Début 1978, Le journaliste Hervé Bréal deviendra leur nouveau manager et au mois de mai ils rentrent en studio pour enregistrer un nouvel album. «Guet-apens» qui sera mis en boîte en deux semaines. Mick Piellard sera remercié à l’issue de l’enregistrement, ce dernier ne voulant pas jouer certaines lignes de basse avec comme prétexte un environnement sonore non propice. Ils vont enregistrer 7 titres sans basse et Claude Demet jouera lui-même quelques parties de basse qui seront mixées par la suite en studio et rajoutées à certains titres. Tout cela avant d’engager Gérald Renard qui rejoint le groupe vers la fin des séances.

Le son Ange que l’on connaissait avec sa particularité un peu médiéval va s’actualiser pour se faire une place dans la tourmente musical de l’époque, la jeune vague punk vient apparaître sonnant le glas des seventies. Mais dans le fond, rien ne changera, Christian est toujours aussi «habité» par ses textes et les arpèges des claviers de Francis continueront à envoûter l’oreille. « Guet-apens», soit on aime, soit on déteste, mais on ne reste pas insensible. Un nouveau son que l’on ne connaissait pas venant des belfortains.

"Réveille toi"
«Guet-apens» et sa pochette urbaniste, fantastique et violente de Phil Umbdenstock, accompagnée d’un jeu de l’oie et la pochette intérieure avec le beau dessin de Christian qui, en regardant rapidement, vous fait penser à une tête de femme, mais en regardant de plus près : la coiffure n'est autre que des attributs masculins. Une meilleure production que sur les albums précédents (Sûrement l’époque qui voulait ça !) Un Ange moins classique, mais qui ne reniera pas sa ligne musicale, avec «A Colin Maillard» et ses huit minutes, les fans du groupe seront rassurés, Ange est encore là ! Il faut toujours que l’on trouve une jolie ballade sur leur album comme «dans les poches du berger» ; celle-ci sera mis en musique par le batteur Jean-Pierre Guichard dit Pinot. L’un des trois morceaux qu’il écrira avec Ange, les autres étaient «Ainsi s’en ira la pluie» et «Au café du colibri» sur l’album «Par les fils de Mandrin», un des deux morceaux de l’album où l’on retrouve bien le passé musical du groupe, l’autre sera le très court «Virgule». «Un trou dans la case» un morceau bizarrement tarabiscoté où l’histoire parle d’un écolier qui crapahute en découvrant la vie. En face B, que deux titres, mais qui vont
"Capt'aine coeur de miel"
marquer les mémoires des aficionados d’Ange. «Réveille-toi» avec une musique plus musclée et l'histoire sordide d’un homme qui n’a pas supporté la  mort de sa compagne et qui tous les soirs retournera au cimetière pour un rituel de nécrophagie. La folie aussi s’emparera de Christian qui sur la pochette, après les paroles écrira : «Par le délire et l’intensité du moment, la suite des paroles fut totalement improvisée…»
Mais l’Ange de «Guet-apens» ce sera son «Cap’taine cœur de miel» avec ses deux parties bien distinctes. Une intro rapide et rock pour passer à des moments plus calmes et planants avec les claviers de Francis. Christian à la proue du navire jouant les vieux loups de mer alcoolique, le tout entrecoupé des soli de Claude Demet. Le morceau qui dure quand même quatorze minutes est admirablement construit, une deuxième partie dramatique:  «Poussière dans l’absolu, j’ai le cœur qui remue, le couteau dans la plaie» avec un magnifique final.
Un autre titre sera enregistré pendant la même session : «Un Jésus cloué main en calvaire véritable» et qui ne sera pas gardé sur l’album mais que l’on peut retrouver sur la compilation «Mémo».  

«Guet-apens», c’est l’album de la fin d’une époque pour Ange, mais, il le finit en beauté. «Guet-apens» Un bon album d’Ange ? Non un grand Album pour une fin de décennie.