mercredi 27 décembre 2017

BIG FAT PAPA'Z "Soul On Fire" (2017), by Bruno



       Big Fat Papa'z, un patronyme obscur, qui ne laisse rien présager de l'orientation musicale du groupe.
Pas plus que du lieu de leur Q.G situé dans la ville phocéenne. Une cité qui évoque, du moins dans l'esprit collectif, le Hip-hop, le Rap, les hymnes provocateurs et l'effervescence du stade Vélodrome (1). C'est effectivement très réducteur, cependant les vibrations de ce groupe refléteraient bien moins la musique recrachée par la sono des paillotes et des dancefloors que celui d'un tempérament fiévreux d'outre-Atlantique, voire des pays Scandinaves. Un euphémisme. D'ailleurs, leur Heavy-rock, c'est du chaud-bouillant, que l'on n'aurait aucun mal à croire créé spécialement pour adoucir les hivers les plus rigoureux ; apte à servir de kit de survie pour franchir les Scandes, voire même le Hvannadalshnjùkur.

       Big Fat Papa'zc'est depuis 2014 du gros Heavy qui tache, qui empoigne sans ménagement les tripes. A première vue, du brutal. Pourtant, derrière ce gros son, il n'y a pas que des salves d'énergie brute mais bien une mise en place fouillée. Ce n'est pas du Rock progressif, non plus. Ça respire la spontanéité.
Cependant, si la troupe loge apparemment à Marseille, les trois-quart de l'effectif sont originaires de Toulon. Municipalité, qui elle, est plutôt liée à l'armée ainsi qu'au stade Mayol ; haut-lieu historique du Rugby. Là, ça rigole moins, et l'on comprend un peu plus le caractère offensif et musclé. Même si tout ça n'est qu' "images d’Épinal".

     Eux-même se revendiquent, avec fierté, de la catégorie Heavy-blues. Heavy, sans aucun doute possible, mais Blues ... Il y en a déjà qui sautent au plafond et d'autres qui sortent les piques ou les fourches, voire le fusil-à-pompe. Sacrilège !!! Hérésie !!! Blasphémateurs !!! Dans ce cas, se serait du Blues cyclopéen, copieusement plombé. Du Blues trempé dans les hauts-fourneaux de Creusot-Loire, puis consciencieusement irradié dans un réacteur nucléaire de Civaux. Du Volcanic-Blues.

       Big Fat Papa'z se distingue par un chanteur dont la voix doit sans mal se classer parmi les plus fortes de l'hexagone. Et que pourraient jalouser certains hurleurs Anglo-saxons.
Qui ça ? Dave Grohl ? James Hetfield ? Je pouffe ! C'est d'la gnognotte. En comparaison ils chantent comme des fillettes ! Kanye West ?? Bande de tarlouzes ! 

   Il possède un organe incroyable. Une voix chargée, profonde et rocailleuse. Idéale pour un Heavy-rock des plus virils, mais en même temps une voix pleine de Soul. De la famille des Manu Lanvin, mais filiale Heavy-rock burné ; avec, peut-être bien, la verve, l'énergie et l'engagement d'un Paul Di'Anno d'antan.
C'est également de la grosse gratte nourrie de fuzz épaisse, ou d'overdrive nucléaire, une basse omniprésente terriblement groovy, capable à elle-seule de remplir pertinemment l'espace pour laisser libre cours à la guitare. L'apanage d'authentiques hérauts de la basse des power-trio. Et évidemment, un solide batteur, socle de ces pyroclastes de Hard-blues. Un gars alerte qui a une prédilection pour les toms (au détriment de la caisse claire) sur lesquels il semble vouloir tester la résistance des peaux, et pour une certaine obsession pour fracasser les cymbales.

       Le disque est entamé par un mouvement évoquant irrémédiablement Kingdom Come, avec râles Plantiens de rigueur, avant de rapidement tempérer le degré d'association. Cependant, le break, lui, n'a aucun scrupule à pousser le bouchon un peu plus loin. Ça sent la provocation, ou l'hommage sincère. On franchit le Rubicon en allant s'épanouir un long moment dans un univers totalement né de l'imagination de Led Zeppelin. En quelques instants, c'est une déflagration de clichés typés, menée tambour battant. Dans l'ensemble, on remarque alors que si la guitare laisse des espaces pour le chant, la basse, elle, est omniprésente, agissant avec autorité. Elle semble armée d'une fuzz faisant parfois baver la fin des notes. A l'image d'un Felix Pappalardi.

   Après l'impact foudroyant et explosif du Hard-blues précédent, Big Fat Papa'z prend des risques avec une surprise déstabilisante. "See You There" est une sorte de Heavy-blues-Stoner bastringue.  Le célèbre "I Put A Spell on You" a largement servi de matière première. Bien logiquement, le quatuor de ce French-Deep-South, irrespectueusement, a retraité le classique de Screamin' Jay Hawkins en l'envoyant se faire une nouvelle jeunesse au centre VHU pour le passer au broyeur, tout en y rajoutant une bonne dose de ferraille au passage. Pour le liant. La voix chargée de braises rougeoyantes de Damien Ricard rajoute une filiation avec le poète trublion New-Yorkais, Tom Waits. Il fallait oser, mais c'est ça aussi qui est bon !

   Retour à un tempo bien plus soutenu. La chanson éponyme pulse, vibre, bouscule et martèle les sens. Entraînée par une basse autoritaire, crâneuse, qui reprend le riff de "Fight Fire with Fire" de Kansas (volontairement ou pas, on s'en fout totalement) en le ralentissant un chouia. Légèrement fuzzy, cette quatre-cordes claque, vrombit, et n'a aucun complexe pour se mettre en avant ; son jeu est parfois proche d'un guitariste de Blues jouant son riff sur deux ou trois cordes, sans accords. Son timbre, plus riche en medium qu'en grave, lui permet de percer le mix de l'orchestre.

   Sa tonalité s'accorde avec celle des Tim Bogert, Felix Pappalardi, Jack Bruce, voire parfois celle de Geezer Bulter. Cette dernière référence est plus évidente sur "Come Around", où là encore, la basse s'impose. Cette fois-ci, plus en souplesse. Elle s'érige comme un socle. Elle évolue alors tel un reptile aux yeux brillant d'un appétit inassouvi et impatient. C'est un Blues psychédélique, entrecoupé de soli déchirants et implorants. Le dernier, sonnant comme une Stratocaster gorgée d'une overdrive et d'un phaser généreux, s'envole vers des cimes immaculées. Remember le sulfureux "Limb From Limb" d'une  mythique galette de 1979 ? Oui ? Et bien, à mon sens, outre la voix, c'est la même catégorie. Et les circonvolutions de la guitare sur ce titre renvoient au bon souvenir de Fast Eddie lorsqu'il daignait ralentir un instant le tempo. Ceci étant, avec néanmoins un son qui se frotte à celui de Samsara Blues Experiment. Le solo est de toute beauté : un croisement entre Gilmour et un Fast Eddie halluciné. Cela même si le coda n'est autre qu'un clin d’œil au Black Sabbath des 70's.
Pour en revenir à "Soul Fire", le titre éponyme, en deux mots: ça envoie le bois ! Du Heavy-rock palpitant, un rien hypnotique.

   On sort la guitare-folk pour "Real Sons" ; une ballade appuyée par la batterie et ponctuée de ponts amplement plombés. Belle chanson sur le sentiment d'un fils envers son père. D'un fils qui attend des réponses. Bien que différent, "Real Sons" possède quelque chose qui fait irrémédiablement penser à 4 Non Blondes, et plus particulièrement au hit international "What's Up". Probablement dû à l'intonation du chant. Les chœurs qui ponctuent la fin de certaines phrases, évoquent les voix des musiciens du Grease Band qui se forçaient à prendre un ton plus haut, féminin, frôlant dangereusement les voix de faussets. Toutefois, ici, l'effet apparaît nettement plus maîtrisé, tranchant avec l'aspect rugueux et volcanique général.
"Ce qui était silencieux dans le père parle dans le fils, et souvent j'ai trouvé dans le fils le secret dévoilé du père " F. Nietzsche.

   "Head Buttin' Man" fait dans le boogie impétueux et tonitruant. Un truc plus juvénile, sautant sur place, aussi haut que possible, tel un dératé en se secouant de part et d'autre la crinière. Et en rugissant. GrrRRrr ...!!! 😸 [désolé ... j'ai pas plus gros comme félin ...]. Instant héroïque avec un solo bien enlevé qui se termine par un duo à l'unisson. Du Heavy-boogie à la Ted Nugent first period ou celui de The Starz.

    Douceur acidulée avec "The Restart", qui se frotte au Blues halluciné à la sauce Frank Marino.
Un final plus pesant, mais moins piquant, presque Stoner. "Hangin' On" prend son temps. Seule la basse suit son propre rythme ; d'un pas plus alerte, elle devance ses compagnons. Et lorsqu'elle décide de les semer, réveillés par l'écho de sa cadence, ils la rejoignent dans un dernier mouvement synonyme de fuite désespérée. "After so many years, I became a free man. But isn't enough for you ... You nasty shadows, shadows of the Klan !"

       Passé le doux traumatisme - un rudoiement pour esgourdes non averties - que peuvent entraîner les premières écoutes, on découvre que finalement, Big Fat Papa'z est l'héritier d'une cohorte de barbares des années 70. Ceux qui avait copieusement plombé - le mot est faible - un Blues principalement hérité d'Howlin' Wolf et de Muddy Waters, dans une libération extatique des sens, pouvant parfois l'entraîner à effleurer l'épiderme du Heavy-Metal ; toujours en gardant, cultivant même, soigneusement, ses racines.
Big Fat Papa'z, c'est l'esprit de formations tels que Leaf Hound, Buffalo, CactusStray DogGranicus, Messendgers, Incredible HogGrand Funk RailroadIrish Coffee, Head Over Heels, Frijid Pink, Ancient GreaseMountain,  ainsi que des deux premiers Black Sabbath. Pourtant, malgré tout, et même en dépit de quelques plans typés Led Zep, il ne s'agit pas d'un quelconque revival, car ces sudistes suivent leur propre voie.
Putain con ! C'est du lourd ! Ça déchire sa race !!! 🙆🙌🙌🙆
Depuis ses précédentes réalisations, Big Fat Papa'z a fait preuve d'une belle évolution. Tant dans la composition que dans l'interprétation et l'enregistrement.

     Une mention spéciale pour l'artwork (signé Artak Melko) qui a l'avantage d'attirer irrésistiblement l’œil. Les couleurs de feu qui embrasent la pochette (plus évident dans son intégralité) traduisent bien l'atmosphère incandescente de ce bien nommé "Soul of Fire". Cependant, l'étude du dessin (dans sa totalité, recto-verso), on pourrait penser qu'il trahit un esprit salace de l'auteur ; un peu comme celui d'un Hans Ruedi Giger. Le gros barbu vomit dans un puissant flot des jambes de femmes, des seins, des culs et des petits minous.
A l'intérieur, un livret travaillé présentant toutes les paroles des chansons. A chaque page, une chanson, illustrée par une oeuvre de l'artiste. Et en bas de chaque page, une citation qui pourrait avoir été l'objet déclencheur de l'inspiration des paroles. Des citations pertinentes, qui peuvent inciter à la réflexion.
Comme celle du chef guerrier amérindien, Crowfoot, aka Isapo-Muxika (1830-1890): "Nos terres ont plus de valeur que votre argent. Elles existeront toujours. Elle ne périront pas dans les flammes du feu". Ou encore celle de Martin Luther King : "Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensembles comme des idiots". Ou celle de Nietzsche cité plus haut.
de G à D : Nils, Damien, Quentin et Hugo

Damien Ricard : Chants et Guitares
Quentin Crenes : Basse
Hugo Mondena : Batterie et auteur
Nils Kirchner : Guitares
Musique composé par Big Fat Papa'z

 (1) Pourtant, depuis l'aube des années 70, la ville a toujours enfanté un lot de groupes toujours prêts à brancher leurs guitares et prêcher la bonne parole des dieux du Rock. Il y a bien longtemps, à une époque où les radios libres existaient, des combos tels que Klaxon et Wild Child parvinrent même modestement à illuminer l'hexagone. Aujourd'hui, il y a Dagoba qui, avec une musique extrême, est toujours d'attaque après vingt ans d'existence. 


🎼🎶

1 commentaire:

  1. Malheureusement ils jouent pour des néo-nazis en Harley avec des croix celtiques au mur..

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