mercredi 7 décembre 2016

GLENN HUGHES "Resonate" (novembre 2016), by Bruno


     Décidément, ce bon vieux Glenn ne semble pas vouloir accepter la vieillesse. Il cultive plus que jamais un look de djeun's et on peut légitimement se demander s'il n'aurait pas fait appel à la magie du bistouri. Ou sinon, il a eu accès à un ancestral secret permettant de rajeunir. A moins que lui aussi ait conclu un pacte , car si l'on peut tricher avec des étoffes chatoyantes et ajustées, et le savoir faire de riches chirurgiens, il en ait autrement avec la voix. Car c'est assez confondant, mais le temps a du mal à laisser sa terrible et implacable marque sur cet homme (64 ans depuis le 21 août dernier)
C'est même à se demander si elle - la voix - n'a pas rajeunie. Surprenant. Il faut dire aussi qu'il la ménage. Notamment en évitant dorénavant toutes gueulantes intempestives. Fini les sirènes stridentes et c'est tant mieux. Glenn Hughes peut bien être un des meilleurs chanteurs de Hard-rock depuis des décennies, il n'en est pas moins exaspérant lorsqu'il s'évertue à pousser ses cris de lutin diabolique qui s'est coincé les b...., les c..... les doigts dans le chambranle d'une lourde porte. 
Quelqu'un m'a dit qu'il chante même mieux que sur ses précédentes réalisations. C'est plausible. 

     Recherche de la jeunesse éternelle également avec la direction de son nouveau disque qui se veut résolument moderne. Pas d'inquiétude, la modernité ici ne consiste pas à piocher dans ce que nous impose l'industrie "musicale" et du divertissement à travers leurs employées (les poseuses aguicheuses et égocentriques apprêtées comme des as de pique dévergondés). Même pas quelques menues concessions à base de froids synthés, de raides boîtes-à-rythmes ou de violons larmoyants. 
Après quelques errances, voilà des années que Glenn Hughes affirme son appartenance à l'univers du Rock, et plus particulièrement à la sphère Heavy-rock. Et ce n'est certainement pas ce "Resonate" qui risque de faire dévier cette direction.

     Au contraire, car là, ça fait dans le lourd. Le gras, le furieux, l'agressif, le décapant. De quoi faire décoller la tapisserie et décrocher les cadres. Si vos enceintes affichent un nombre d'heures de vol bien conséquent, méfiez-vous, vous risqueriez de les achever. Attention, il n'a pas viré Thrash ou Indus. C'est toujours foncièrement du hard-rock mais une puissance de feu qui lui permet de bousculer bien des bastions Metal. 

     Paradoxalement, en dépit de la puissance sonique délivrée, son goût pour la Soul est palpable. Un goût relativement estompé avec Black Country Communion et California Breed et qui revient ici avec une certaine force. En bref, ses diverses collaborations avec le métallurgiste Tony Iommi remontent à la surface, tout en exploitant une Soul singulière, propre à cet illustre personnage. Une Soul assez originale, pour ne pas dire atypique, né de son amour pour Otis Redding, la Tamla Motown et Free couplé à ses années Trapeze et Deep-Purple, qui ont considérablement durci le vocabulaire. Son retour discographique des années 90 lié à ses diverses explorations ont poursuivi cette construction.
Adersen et Hughes avec sa nouvelle basse signature Yamaha

     La guitare de Soren Andersen est la première coupable de cette imposante effusion sonore, de ce formidable et écrasant élan électrique. Essayant de déborder de son cadre. Pas si démesurée que ça en fait, mais bien suffisamment pour imposer à elle seule l'utilisation de supports hi-fi pour une restitution honnête de la présente oeuvre. Les gadgets plats, ordinateurs et systèmes audio embarqués sont à bannir, car l'orchestration y étouffe, devenant alors, plus ou moins, un agglomérat de crépitements électriques. 
     Certains titres taquinent même le Stoner. "Flow", véritable machine destructrice d'un monde post-apocalyptique, en étant le meilleur exemple. Une pièce qui aurait dû être la bande son de tous les "Terminator".  
Parfois, c'est un montage improbable entre ce Stoner lourd et pesant et une Soul nettement plus lumineuse. L'ombre et la lumière. Ce qu'atteste "Let it Shine" qui alterne entre un raid dévastateur de cyclopes impitoyables et furibonds et des envolées de raffinées entités célestes ailées.

     On peut aussi déceler quelques réminiscences du Deep-Purple Mark III. Sensation exacerbée par la présence d'un orgue Hammond. Parfois, on se retrouverait presque en présence d'un Jon Lord en furie. L'introduction de "Steady" a d'ailleurs tous les attributs de l'hommage. Un titre d'ailleurs qui a bien des points communs avec les groupes de Heavy-rock progressif. Entre Warhorse, le Yes d'avec Trevor Rabin, le Pourpre Profond et Uriah-Heep
On pourrait croire que c'est Per Wiberg (de Spiritual Beggars) qui gère les claviers. Mais non. Il s'agit de Lachy Doley que Glenn considère que le plus grand joueur de claviers vivant. Une déclaration probablement et volontairement dithyrambique pour attirer l'attention. Néanmoins, cet Australien, capable de faire sonner son clavier comme une guitare habillée de wah-wah et de phaser (notamment grâce à la tige de vibrato de son clavinet Hohner D6 branché dans une Cry Baby et un Tremolo Harris), chantant plus qu'honorablement le Blues d'une voix assez rocailleuse, voit actuellement sa notoriété grossir rapidement. Une reconnaissance grandissante largement justifiée. Les représentations du trio Lachy Doley Group ne laissent pas indifférent. Que les amateurs d'orgue Hammond (présentement un Hammond C3 agrémenté de la Tube Driver de BK Butler et d'une cabine Leslie) y prêtent une oreille attentive ; ils ne seront guère déçus. C'est excellent. (L'absence de guitare ne se fait même pas ressentir. Incroyable)
Doley triturant la tige de vibrato de son Hohner D6

    On a pu le voir, en studio et/ou sur scène, avec des gens tels que Jimmy Barnes, Steve Vai, Powderfinger, The Beautiful Girls et Joe Bonamassa
Il est fort probable que dans les années à venir son nom devienne aussi connu que celui de Don Airey, Derek Sherinan et Brian Auger. Enfin, s'il y a une justice. Ce gars en a sous les doigts. 
Son jeu torride apporte ici une force et une consistance que l'on retrouve que trop rarement chez les claviéristes d'aujourd'hui. Un digne héritier des Jon Lord, Keith Emerson et Hensley. (Comme Per Wiberg).
Ne pas confondre avec Clayton Doley, le frangin, un virtuose reconnu de l'orgue Hammond (mais aussi chanteur, compositeur, producteur, directeur musical pour la télévision australienne), présent sur les disques de Jimmy Barnes, Mahalia Barnes ("Ooh Yeah - The Betty Davis Songbook" clic-lien), Billy Thorpe, Harry Manx, Rick Price.

     Dans la catégorie des ramponneaux, on a aussi "How Long". Une agression caractérisée qui s'empare de votre son cerveau pour le cogner contre la boîte crânienne. "ça fait Mururoa dans ta tête à toi". Réel et foudroyant attentat sonore où Glenn démontre qu'il peut encore s'arracher les cordes vocales (pourrait-il en faire autant en concert sans séquelles ?). Néanmoins, cette pièce peut s'avérer un brin rêche et irritante pour les esgourdes les plus sensibles. Soren a eu la main lourde sur le gain d'une pédale de distorsion de milieu de gamme.
"Heavy", une première salve offensive, dont le riff du refrain ne manque pas d'évoquer Deep Purple (le riff binaire de "Mistreated" copieusement gonflé à la distorsion).
"My Town" avec son rythme soutenu et appuyé, fait dans le hargneux. Et n'a de cesse de mordre tant qu'elle n'a pas goutté au sang. 
Sur "God of Money" (thème plus que jamais d'actualité) la basse se montre à la fois inquiétante et volubile. Le morceau évolue comme une sombre et incoercible menace rampante, dénuée de sentiments, mue par la soif de nuire. "Don't bow down on the ground to the God of money". 
Ne pas omettre "Stumble and Go" ; une réalité alternative où Glenn se retrouverait en studio avec David Bowie et James Williamson pour enregistrer ce qui va donner "Raw Power", avec donc, cette fois-ci, des parfums Soul marqués.
Andersen et sa Yamaha Revstars RSP20CR

     "Resonate" ne se limite pas à une débauche d'énergie, une déferlante de décibels. 
Ainsi "When I Fall" vogue sur un nuage ; une ballade Soul éthérée, limite onirique. Un écrin pour la voix de Glenn qui écrase alors tous les imposteurs de Nü-Soul. Une douceur qui, étonnement, ne choque pas au milieu de ce dangereux arsenal de Rock dur et abrasif. Néanmoins, il est certain que les adeptes de Metôl lourd vont s'empresser de le vilipender.
Sur "Landmines", une Stratocaster crâneuse se pointe en se pavanant sur une rythmique Funky Hendrixienne, et, lors du solo, chante à l'aide d'une Talk-box. Bien que l'esprit de ce morceau soit indéniablement issu des 70's, la section rythmique crée un lien indéfectible avec un big sound absolument actuel, irradiant d'un halo métallique. La batterie est assurée par un bûcheron apte à faire trembler le sol sous ses coups de butoir, et la basse est tenue par un orque belliqueux. Pourtant, Glenn n'a physiquement rien de ces êtres fabuleux robustes et inquiétants. Cependant, le jeu de basse ici est monumental. Certes, aucunement dans le sens technique et prodigieux mais plutôt par sa présence, sa fluidité et un groove imparable. Quoique, au niveau technique, sur le break de "Stumble & Go" (comme sur celui de "Steady"), dans un élan virtuose, la basse se débat tel un forcené dans une camisole de force, à la manière de feu-John Entwistle (sans les harmoniques).

     L'album a fait le choix de se concentrer sur les rythmiques au détriment des soli de guitares qui se limitent ici à moins qu'une peau de chagrin. Préférant plutôt le temporaire changement de rythme, ou moduler le riff, voire un chorus déstructuré à la manière de Tom Morello (en bien mieux). Au mieux, c'est un court et concis solo ("Steady", "Landmines") afin de ne pas perturber le rythme et l'intensité. Ce n'est pas une manière de contourner des lacunes, car le Danois est plutôt un fin bretteur. Guitariste de Mike Tramp (ex-White Lion), il a aussi joué pour Thorbjorn Risager, Oliver Weers et Superfuzz. Il a aussi arpenté les planches, outre ceux mentionnés précédemment, en présence des Bonamassa, Marco Mendoza,  Billy Sheehan, Dave Mustaine. Andersen est également producteur.
     Les quelques rares soli sont joués par l'orgue qui permet alors, malgré ses attaques franches et relativement saturées, de tempérer le propos. Une politique qui, si elle n'est pas vraiment nouvelle, permet de nuancer les climats et les couleurs. Offrant un complément de vie à des morceaux qui peuvent pécher par des excès de brutalité. D'autant plus que Lachy Doley a l'art pour faire sonner son clavier comme une guitare, de s'exprimer comme elle (certainement grâce au vibrato manuel de son Hohner). 

     Un disque qui peut surprendre à la première écoute. Au point où il est possible de le négliger, de ne pas faire l'effort d'aller plus loin, sans lui laisser de seconde chance. Une erreur car "Resonate" s'avère être finalement un bon cru de monsieur Glenn Hughes
A écouter à donf ou au casque.
L'album risque fort de diviser, mais il compte déjà dan ses rangs et fidèle et âpres défenseurs.


No.Titredurée
1."Heavy"  3:22
2."My Town"  4:07
3."Flow"  4:37
4."Let It Shine"  4:48
5."Steady"  6:33
6."God of Money"  5:05
7."How Long"  5:59
8."When I Fall"  3:56
9."Landmines"  4:25
10."Stumble & Go"  3:24
11."Long Time Gone"  4:36
All songs by Glenn Hughes

     Il existe déjà une version Deluxe (!?) avec un titre bonus. Une reprise de Gary Moore, "Nothing's by the Same". Une jolie chanson romantique de l'Irlandais qui clôture l'album "After Hours" de 1992. En aparté, on oublie souvent que Gary Moore était aussi un fameux compositeur de ballades et de tendres slows romantiques ("Evenin' ", "Empty Rooms", "Parisian Walkways", "I Had a Dream", "Johnny Boy", "Separate Ways", "Picture of the Moon", "Just Can't Let You Go").
On peut concevoir l'édition "deluxe" avec un DVD en sus, mais cette stratégie d'édition parallèle comprenant un ou deux titres supplémentaires est tout simplement synonyme de pure arnaque et d'irrespect total de la personne. Pourquoi pas des livres avec un chapitre en plus, ou une série avec un épisode ou deux supplémentaires ? A mon sens, c'est pratiquement la même chose. Un disque est un tout et en proposer tronqué d'une pièce ou deux dénonce une perte de sincérité et d’honnêteté. Ça pue.  
Les italiens de Frontiers Records s'inspirent dorénavant du mercantilisme agressif américain pour se remplir les poches. A mon sens, c'est un comportement indigne, d'autant plus venant de personnes sensées s'intéresser et travailler pour la musique. Rappelons qu'à l'origine, c'était un label indépendant fondé pour promouvoir le Hard-rock mélodique (FM et/ou AOR) et le Métal-progressif. Et il a bien œuvré depuis 1996 et on peut le remercier. Malheureusement, apparemment certaines choses changent.
  On cultive l'avidité, la convoitise et la cupidité.  "God of Money" ?
Bande de troucduc ! Ne vous plaignez pas si les gens finissent par télécharger comme des sauvages !!




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Connexions (clic-liens) :
- California Breed (2014)
- Black Country Communion (2010)
- DEEP PURPLE "Burn" (1974)
- DEEP PURPLE "Come Taste The Band" (1975)
- TRAPEZE "You are the Music ... We're just the Band" (1972)
- BLACK SABBATH "Seventh Star" (1986)

3 commentaires:

  1. Après l'avoir vu dans Rock et Folk, j'étais sûr que tu allais le chroniquer. A la suite de chroniques précédentes j'avais acheté deux Trapeze, un très bon (You are the music...) et un très moyen (Medusa), mais là, bof.

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  2. Aaahhh... "You are the Music ... We're just the Band" fait partie de ses disques rares et incroyables qui ne prennent pas une ride. Un disque, par certains aspects, plutôt avant-gardiste, et qui nous fait comprendre la tournure du Deep-Purple mark III, et plus particulièrement "Stormbringer" (très, trop, sous-estimé). On se demande même si Coverdale ne s'est pas forgé la voix en s'inspirant de Glenn Hughes. Plus que de Plant.
    "Medusa" est effectivement deux crans en-dessous. Il nettement est plus inégal. Toutefois, à mon sens, il n'est pas négligeable ("Touch my Life", "You're love is alright", "Makes you gonna Cry", "Black Cloud"). Étonnement, c'est parfois celui-ci qui est désigner comme l'album à connaître.

    Des lustres que je n'ai pas acheté un Rock'n'Folk. Les dernières lectures m'avaient donné une sensation d'articles pompeux et condescendants. (pas tous, mais quelques uns) Et, finalement, en dépit d'un débit de bons mots et de belles phrases, certes fort bien écrites, m'avaient paru assez vides. Pire, j'y avais déceler quelques erreurs de taille.
    Mais, vraiment ? Un article sur Glenn Hughes dans Rock'n'Folk ? Si j'avais su.

    Par contre, au sujet de ce "Resonate", les avis sont très partagés. La guitare d'Andersen branchée dans une disto maosse costaud, limite grésillante, manquant parfois de définition, est loin de faire l'unanimité.

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  3. Rock et Folk, je ne l'achète plus depuis longtemps non plus. Je le feuillette en vitesse à la médiathèque pour voir les sorties et surtout les rééditions. IL n'y avait pas d'article sur Hughes, juste un chronique du disque.

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