mardi 6 décembre 2016

ERIC FRASIAK "Sous mon chapeau" (2016)

Un nouvel album d'Eric Frasiak dans ma boite aux lettres, c'est Noel avant l'heure; quoique Noel...mais nous y reviendrons plus tard. Nous avons déjà croisé l'attachant chansonnier de Bar le Duc dans ces colonnes à l'occasion de son album de 2012 ("Chroniques") puis de son hommage à François Béranger (2014), un album tous les  2 ans, le temps de peaufiner des textes qui sont autant de tranches de vie  (revoilà du Béranger), de cris d'amour ou de colère, car ce qui fait la rareté  d'un Frasiak c'est qu'il en a des choses à dire. En fait ce gars a tout ce qu'il faut pour ne jamais passer en télé et radio:des chansons intelligentes voire corrosives et  des musiques qui ne cèdent pas aux modes (merdiques) en vigueur . Les NRJ daube awards ce ne sera jamais pour lui et il ne remplira pas Bercy en première partie  de Jenifer, il ne fera pas non plus danse avec les débiles  (quoique ça pourrait être marrant..) ni ne sera juré de la voix, autant de vrais gages de qualité par les temps qui courent, et puis il s'en fout, il a son public qui se développe de salles en salles par le bouche à oreilles .
Parlons un peu des nombreux  musiciens qui au fil des tites entourent Eric (chant, guitares acoustiques et électriques, guitalélé (mélange de guitare et ukulélé), claviers, percus) et donnent leurs couleurs au morceaux: batterie Raphael Schuler et Olivier Baldissera, basse Philippe Gonnand, guitare électrique Jean Pierre Fara, claviers Benoit Dangien et au fil des titres un petit coup de violon (Philippe Girodon), violoncelle (Patrick Leroux), accordéon (Steve Normandin), trompette, bugle (Patrick Lerech ), clarinette (Bruno Sansalone), trombone (Sebastien Hughenin).

Pas de doute il s'en passe sous son inséparable chapeau noir , il y avait la "dame en noir" et le "men in black"(*)  voici l'homme au chapeau noir... Un homme qui dresse un autoportrait plein d'autodérision dans le morceau titre "sous mon chapeau" "moitié chanteur, moitié anar , du genre à ne pas boire que de l'eau" sur un musique vraiment sympa et richement arrangée, avec violon, violoncelle, guitare électrique ou piano. Puis le temps se fait plus grave avec "Migrant" qui s'attaque au drame des populations déplacées, sujet sensible pour ce fils d'immigré polonais:  "dans ce bateau de misère 500 visages d'effroi" ; sur un rythme coloré qui nous fait voyager vers l'Afrique ou les Caraïbes, un titre qui aurait pu figurer au répertoire d'un Lavilliers.  pas beaucoup plus gai le voyage glacé en Sibérie vers la "Colonie 6" et  les goulags du grand démocrate Poutine avec un bon solo de guitare électrique pour se réchauffer. Une belle tranche de vie  que "Hotel Richelieu" avec en avant une  trompette nostalgique puis le rebelle se fait tendre avec "t'as ce qu'il faut" déclaration d'amour à la femme et à son corps , poétique et coquine à la fois " c'est pas un cul c'est une planète ou s'est crashé mon météore/ un île déserte  ou t'as enterré ton trésor" avec là encore plein d'instruments (violon accordéon violoncelle piano) et un bon solo de gratte. J'étais en train de me dire que Frasiak était décidément mon chanteur français préféré du moment avec Jeremie Bossone (clic) ; ça tombe bien le voila Bossone pour un duo  détonant "Espèce de cons" pas vraiment tendre mais réaliste et désenchanté sur l’espèce humaine "ça inquisitionne, ça croisade, ça colonise et ça djihade; à coups d'missiles à coup d'rockets ça va faire  sauter la planète, l'humanité disparaîtra, bon débarras". Aprés l'intimiste "Je t'écris" voici peut être le clou de l'album "c'est beau Noel" , on s'en doute un peu mais c'est une attaque en régle envers  le consumérisme ambiant dans la lignée de ce qu'en disait Renaud dans "Hexagone" (1975) ("c'est beau Noel mais putain vivement que ça s'termine10 réveillons dans notre pays nourrirait toute la Somalie") sur une musique évoquant le folk des pays de l'Est; un morceau réjouissant et qui me rassure un peu, je croyais être le seul à pas blairer ces "fêtes".. Aprés la seule reprise,  "la solitude" de Léo Ferré, "Le jardin de papa" piano chant et un accordéon discret pour un titre plein d'émotion dédié à son père et à l'enfance, c'est l'autre facette de Frasiak.
Nouvelle tranche de vie avec "44 tonnes"  sur la vie on the road des  chauffeurs, pas étonnant avec un frangin qui tenait un bisto à routiers.
Émotion encore avec "je suis humain" écrit aprés les attentats de janvier 2015 et dédié aux victimes de Charlie Hebdo  et de l'Hyper casher puis  "de l'amour, des fétiches" nous emmene dans les lingeries feminines  et égratigne au passage les pubs qui étalentla nudité.
"Une ville de l'Est" est une sorte de suite de "Mr Boulot" sur l'album précédent sur ces villes ouvrières sinistrées et on se quitte avec  "Cuisine politique"  qui fait référence au fameux "Magouille blues" du maître  Béranger dont il prend la continuité en l'actualisant vers la présidentielle de 2017.

Encore un petit bonheur  que nous offre Mr Frasiak qui s'inscrit dans les pas de son maître à chanter François Béranger mais aussi des Férré, Ferrat, Brassens, Félix Leclerc, le Renaud des débuts et quelques autres. C'est rassurant de constater que la race n'est pas éteinte malgré les efforts des  décervelleurs de tous poils. Si vous lisez ce blog et cette chronique je prêche des convaincus car vous faites partie des gens un peu curieux qui ne vous contentez pas du prémâché tiède et mièvre qui a envahit les ondes, alors jetez une oreille sur les albums de ce Frasiak, vous risquez d'aimer. (Tiens voila une idée de cadeau intelligente plutôt  que de mettre sous le sapin la dernière daube des enfoirés ou hit nrj de merde 2016!)

le site de Frasiak pour plus d'infos, les dates, commander les albums:frasiak.com
(*) Barbara et Johnny Cash

ROCKIN-JL

 

1 commentaire:

  1. Superbe batterie Yamaha club custom black swirl sur la vidéo de la reprise de Béranger. Il en est pas sorti beaucoup.

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