lundi 16 mai 2016

GOV'T MULE featuring John Scofield "Sco-Mule" (2015), by Bruno

  


      En 1999, suite au décès d'Allen Woody, Gov't Mule avait voulu rendre hommage à l'ami et au musicien disparu, en conviant les bassistes qu'il admirait à jouer sur une chanson. Ce fut un pavé édité en deux volumes plus un monumental live pour clore le chapitre d'une façon festive et respectueuse.
     Parmi cette armada de pièces de haute teneur, il y en avait une qui se détachait par sa singularité. "Sco-Mule" où la rencontre de l'univers particulier de la Mule avec celui du Jazz-rock, légèrement bluesy, de John Scotfield. Avec pour résultat un morceau de Jazz-funk aux guitares graisseuses de toute beauté ; pratiquement une pièce de bravoure sans céder aux sirènes de la surenchère technique, ou du duel entre deux fines lames.


    C'était suite à une collaboration exceptionnelle entre John Scofield et Gov't Mule, avec l'aide de Dan Matrazzo aux claviers, qui avait donné lieu à une série de concerts effectuées en 1999, que naquit cette pièce miraculeuse.
      
     Malheureusement, si le morceau "Sco-Mule" nous avait bien fait saliver, la bave jusqu'aux babines, aucun témoignage de la collaboration ne fut jamais publié. Jusqu'à ce jour. Et on l'a attendu ce document, alléchés par ce titre qui déclencha tout. On était impatient. D'autant plus que John Scofield fait parfois preuve d'une attirance pour des sonorités plus Bluesy ou Funky ("A Go-Go", "Piety Street").
Une impatience, hélas, à l'échelle de la déception.

     Pourtant le répertoire sélectionné est intéressant, avec une majorité de matériel issu de la Mule, un de Scofield, une pièce de Wayne Shorter, l'Afro-Blue de Mongo Santamaria (déjà repris par le trio en concert) et deux morceaux de James Brown ; probablement les deux meilleurs moments avec le "Hottentot" de John.
     Cela commence fort bien avec ces patterns de batterie secs et nerveux, cette basse qui ronronne tel un smilodon, ce clavier funky et surtout ces guitares en mode sulfateuse rivalisant de trouvailles, de bons mots. Et cela continue sans débander, sans temps morts. La prestation de tous les musiciens est époustouflante, indéniablement c'est du grand art. Parfois, on a l'impression d'être replongé dans le "Moonflower" ou le "Lotus" de Santana, ou encore cela nous évoque les rencontres entre ce dernier et John McLaughlin, ainsi que le Return to Forever.
Indéniablement, Matt Abts et Allen Woody impressionnent par leur jeu groovy coincé entre un Jazz enlevé et un Funk alerte. Et Warren et John ne se tirent jamais la bourre ; bien au contraire, ils sont ici fusionnels à un point où il n'est pas toujours aisé de savoir qui joue quoi.

      Seulement voilà, jamais les loustics ne relâchent la pression pour travailler sur des ambiances plus smoothy, ou moins agitées. Certes, c'est fort et pointu, néanmoins le quatuor semble ailleurs, perdu dans son monde, en pleine extase égoïste, à délivrer des notes à foison.

     C'est sûr qu'à cette allure les deux gratteux doivent changer leurs cordes tous les soirs. 
T'en veux du solo ? Tiens ! En voilà un stock pour le semestre, ou l'année. Finalement, bien plus une récréation qu'un recueil de titres mûrement réfléchis et travaillés. Un témoignage qui reste néanmoins intéressant ... à condition de se le passer à dose homéopathique.

     Un disque que l'on aurait plutôt dû présenter comme "J. Scofield featuring Gov't Mule" car forcément, la galette risque fort de contenter bien plus facilement les amateurs du premier que ceux du collectif ; d'autant plus qu'il n'y a pas l'ombre d'une seule chanson. C'est du 100 % instrumental débridé et délivré dans la chaleur et les effluves de patchouli. Babillages. Cela manque cruellement de respiration. De bons moments, mais on a plus de chance de ressortir avec un mal de crâne avant la fin d'une des deux galettes (oui, parce qu'en plus, il y en a deux) qu'après deux disques de Motörhead à fond la caisse.
     Bref, les amateurs de Jazz-rock épique à la John McLaughlin, et John Scofield bien sûr, voire de Mike Stern, pourraient être comblés, tandis que ceux de Gov't Mule risquent fort d'être circonspects, voire vraiment déçus, car point de Hard-blues ici. 

     Gov't Mule est en sommeil depuis l'année dernière. Pour subvenir à une demande (du public ou du management ?), le groupe a publié des enregistrements en public. 
Il y a eu le "Dark Side of The Mule" qui rend hommage à Pink Floyd, et plus particulièrement, comme son titre l'indique, à "Dark Side of The Moon" ; avec, pour se faire, un orchestre étoffé avec chœurs et saxophone. C'est une franche réussite. A mon sens, bien supérieur au Blue Floyd de Matt Abts et Marc Ford
Et puis, il y a aussi le "Stone Side of the Mule - vol. 1 & 2" qui, lui, rend hommage aux Rolling Stones. Principalement à la période pré-Ron Wood, à l'exception de "Slave" et de "Shattered". Là aussi, l'orchestre s'est mué pour collé au mieux à la musique des Stones sans la dénaturer. On retrouve ainsi Jackie Green (Black Crowes, Trigger Hippy) en renfort, passant de l'orgue à la guitare et Steve Elson au saxophone. Sans oublier le rôle non négligeable de Danny Louis qui passe au besoin de la trompette à la guitare, et aux claviers. Là encore, un double intéressant, peut-être moins passionnant que le "Dark Side..." mais qui s'écoute avec plaisir, même si l'on connait son Stones sur le bout des doigts.
Quoi qu'il en soit, ces deux là valent largement mieux que ce "Sco-Mule" dont on nous a pourtant tant vanté les mérites.

Notation ? Désolé, j'avais balancé tout ce qui était en-dessous des 3/6.

Dedicated to Shuffle M.


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Autres articles liés (clic/liens): 
GOV'T MULE (1993) premier disque
GOV'T MULE "Shout !" (2013)
Warren HAYNES "Man in Motion" (2011)
PLANET Of ABTS "All Things the Valley" (2015)  (groupe de Matt Abts et Jorgen Carlsson)

5 commentaires:

  1. Le dédicataire te salue bien. Il a lu avec intérêt et satisfaction les réserves émises à l'encontre de ce disque. Trop, c'est trop. La baudruche Haynes, le Kim Jong de la guitare électrique, n'en a plus pour longtemps. Tu vas te brouiller à mort avec JP (le "on" du dernier paragraphe?).

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    1. Pour les plus résistants, il existe une version triple CD (ouch !).

      - "Le "on" " : je ne sais plus si JP avait émis un avis sur ce disque, mais le "on" concerne tout simplement une majorité de commentaires favorables qui flottent sur le net. D'autant plus étonné que les deux autres CD mentionnés en fin d'article sont pratiquement passés sous silence. Du moins en comparaison. Alors que tous deux sont largement plus valables et plus intéressants (peut-être parce que plus recentrés sur la musique à laquelle ils rendent hommage - sans se limiter à une simple copie -).

      - Par contre, j'ai pu lire quelque part (une autre critique qui restait dubitative, passablement déçue de ce "Sco-Mule") que la tournée Scofield-Gov't Mule de 2015 était bien meilleure.

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  2. Ah ben non les mecs, il en faudrait quand même plus que cela pour me mettre en colère! Je viens d'aller voir sur Amazon , je me souvenais plus si j'avais pondu un truc sur ce disque à sa sortie.....et ben si et quatre étoiles en plus! Et pourtant je n'ai jamais été amateur de jazz-rock épique loin de là! Pas changé d'avis sur ce Sco-Mule depuis ce commentaire. Le "Dark Side of the Mule " est excellent, par contre le "Stone Side of the Mule" me laisse dubitatif, pas terrible..... Le dernier Planet of Abts est très bon.
    C'est super t'auras fait un heureux Bruno....Shuffle! Tant qu'on tape sur Haynes, c'est que du bonheur pour SM!

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    1. Tiens ... j'aurais presque parié que ce "Sco-Mule" ne t'avais guère emballé. Au contraire du "Stone Side of the Mule". Étonnant non ? On ne peut jurer de rien ...

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  3. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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