mercredi 13 janvier 2016

Rory GALLAGHER « Irishman in New-York » (28 avril 2015), By Bruno




     Rory Gallagher n’échappe désormais plus à la règle des live sortis post-mortem, pour le plaisir du public... et des maisons d’édition.
Jusqu’alors la famille Gallagher semblait veiller au grain, n’autorisant que bien occasionnellement un disque du défunt. Aujourd’hui, les vannes semblent avoir été ouvertes. Peut-être est-ce juste quelques sorties pour compenser les nombreux pirates qui circulent.


Rory 1979

     Quoi qu’il en soit, cet enregistrement en public est de qualité. Le contraire aurait été fort étonnant, car mister Rory Gallagher avait la réputation de se donner sur scène, sans retenue, à 100 %. Comme il a très souvent été dit : « il mouillait sa chemise » (lui). Et cela, de la période Taste à ses dernières prestations. De plus, on a entendu des récits enthousiastes de spectateurs qui évoquaient, les yeux brillants, des concerts exaltants, où le gars sortaient des sons incroyables de sa vieille strato cabossée. Des passionnés de musique live, capables de suivre plusieurs dates d'un même groupe (du temps où il y avait encore des concerts de Rock dans l'hexagone...), clamaient, qu'avec Gallagher, ils avaient assisté à un des meilleurs concerts qui leur a été donné de voir.

     Cet « Irishman in New-York » est dans la lignée du fameux « Stage Struck » (témoignages de tournées de fin 1979 et début 1980), avec notamment quelques titres en commun. Cependant, le son de celui-ci est un chouia moins Hard : le timbre de la plus cabossée des Stratocasters célèbres est moins gras (on est plus sur du "Photo Finish"). Et pour cause, « Top Priority » ne sortira qu’une dizaine de jours plus tard, et ainsi, à l’exception de « Keychain », aucune pièce de ce fameux opus (classé comme un de ses plus durs) n’y figure.

A la différence de "Stage Struck", celui-ci offre l’intégralité (ou bien l'essentiel ?) d’un concert. D’où les deux pour restituer les 73 minutes avec le moins de compression possible. 

Une prestation effectuée au « My Father’s Place », à Roslyn (une salle qui fermera ses portes en 1987), le 7 septembre 1979, avec le fidèle Gerry McAvoy et le cogneur Ted McKenna. Un témoignage sans filet du trio, et sans aucun recours à la magie du studio pour rattraper - ou gommer - les éventuelles imperfections. (Il s'avère que souvent, la radio WLIR y organisait des concerts pour les enregistrer. C'est bien probablement la raison de cette captation de qualité).
Et c’est en connaissance de cause que l’on est frappé par tant de maîtrise, de cohésion, de musicalité. Toujours sans jamais perdre en chaleur, bien au contraire. L’énergie, l’engagement sans failles, la sincérité sont bien là. Avec même une furie qui progresse doucement, mais sûrement,  à partir de « Walk on Hot Coals » pour laisser le public exsangue, autant que les interprètes (Rory s’arrache les cordes vocales sur « Bullfrog Blues » - en aparté, un des rares titres où Rory délaisse sa fidèle Strato- ).
Le public exulte, manifeste sa joie et son approbation ; à tel point que l’on pourrait croire que se sont des fans irlandais qui ont fait le déplacement.

     Ce disque rappelle, si besoin était, quel musicien de talent il était. C’est certain : il a été l’un des instigateurs d’un Blues-Rock tel qu’il est pratiqué depuis l’aube des 90’s. A la différence notable que Rory Gallagher, lui, ne s’était jamais perdu dans des soli démonstratifs et hors-sujet. Ses envolées, même dans les moments les plus échevelés, qu’ils chantent, s’extasient ou vocifèrent, sont toujours en adéquation, adhérant au tempo et à l’harmonie. Toujours dans une parfaite continuité. Une qualité devenue rare dans ce monde qui privilégie l’image et l’attitude à la musique. 

Et puis, il y a ce son unique. Typiquement Fenderien, certes, mais ô combien singulier. Foncièrement bluesy, sacrément rugueux mais sans perdre en définition, un rien cabossé mais imperturbable, ne faillissant jamais même dans les chorus les plus vertigineux et les riffs les plus abruptes. Guitar-hero ? Absolument !
Dans la même veine que Roy Buchanan, dans le sens où le gars n'a pas besoin d'un arsenal de guitares et de divers pédales d'effets pour sortir des sons de fou. Ils exploitaient à 99% les possibilités de leur gratte. Des possibilités que l'on ne soupçonnait même pas auparavant. Tout en restant (paradoxalement ?) bien ancré dans un certaine tradition (celle du Blues et du Rock). Cela avec une désinvolture naturelle, comme si c'était une évidence.
Rory était un homme humble et respectueux ; de même qu’un performer de premier ordre, comme le rappelle cette galette. Un grand et authentique moment de musique live.

     Seul regret : aucun titre inédit en concert (« Walk on Hot Coals » l’était jusqu’à ce que soit édité un autre live inédit cet été : « Cradle Rock – Radio Broadcast 1974 »).


Disc 1
  1. Shin Kicker  -  3:38
  2. Last Of Independants  -  5:40
  3. Keychain  -  5:52
  4. Moonchild  -  5:1
  5. The Mississippi Sheiks  -  5:44
  6. I Wonder Who  -  7:47  (McKinley Morganfield)
  7. Tattoo'd Lady  -  5:09
  8. Too Much Alcohol  -  3:47  (J.B. Hutto)
  9. Pistol slapper Blues  -  3:02  (Fulton Allen)
Disc 2
  1. Shadow Play  -  5:42
  2. Bought and Sold  -  4:59
  3. Walk on Hot Coals  -  5:25
  4. Messin' with the Kid  -  5:22  (Melvin London)
  5. Bullfrog Blues  -  2:50
  6. Sea Cruise  - 2:57  (Frankie Ford)
Le journaliste : "What is it like to be the best guitarist in the World ? "
Jimi Hendrix : "I don't know, ask Rory Gallagher."




9 commentaires:

  1. J'ai quasiment tout Gallagher (un peu par obligation, le musicalement correct?), mais je l'écoute assez peu ou pas longtemps, à l'exception de Calling Card. Au bout d'un moment, ça me casse la tête, surtout Stage Struck, comme tu l'as dit.

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    1. J'adore "Stage Struck". Il y a dedans quelques solo de ouf incroyables. Mais "Calling Card" est aussi une perle. Certainement un de ses disques les plus ambitieux.
      Pour ma part, j'ai une grande admiration pour ses deux derniers : "Defender" et "Fresh Evidence". Pas assez reconnus, à mon sens.
      Il y a que "Blue Print" et surtout "Jinx" qui me paraissent bien moyens (surtout en comparaison du reste du catalogue). Et p't-être le 1er, éponyme (plus écouté depuis des lustres, celui-ci).

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  2. Quand je pense que le quidam m'a traité de complétiste.......bon d'accord moi aussi j'ai tout Gallagher mais j'ai une bonne raison, je suis breton donc celte donc cousin des Irlandais Ah!!!!Pour ma part ceux que je ressors le plus souvent c'est le "Irish Tour" et "Tatoo".Je vais bien-sûr jeter une oreille sur ce live.

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  3. Attention aux citations tronquées, j'avais parlé de "complétiste maniaque". Il y a une nuance. On déforme mes propos.

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  4. Un jour, en 1990, invité dans une soirée un peu déchirée chez un gars que je connaissais pas, je me suis permis de prendre les rennes en tant que DJ. Le propriétaire est venu me voir, a moitié bourré, pour me dire qu'il était content de la nouvelle tournure que prenait la soirée avec une ambiance sonore un peu plus électrifiée. Je ne sais pas si c'est sous sympathie ou sous emprise de son délirium (très mince), mais le gaillard est parti quelques minutes et il est revenu, tant bien que mal, avec une guitare électrique sous le bras et il m'a dit :
    Tiens ! prend cette gratte, il y a des cordes à changer ( elle était dépourvu de cordes ! ) elle traine chez moi depuis plus de 20 ans et j'ai jamais su jouer.
    Je l'ai regardé goguenard, il me présentait une FRAMUS. Et il rajouta, il parait qu'elle a appartenu à Rory Gallagher.
    J'ai étouffé mon rire et conservé une certaine maitrise pour le remercier chaleureusement.
    2 ans après je m'en débarrassais, évidemment j'ai tout lu sur RG et j'ai jamais eu de source qu'il est eu dans ses mains une FRAMUS, mais depuis je regrette quand même de l'avoir vendu car elle sonnait bien cette gratte.
    Ca fait avancer le schimilblick ?

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    1. Une Framus ??? Bah, pourquoi pas.
      Bien sûr, on connait tous forcément sa célèbre Strato (qui a dû faire toutes les guerres...), mais il lui arrivait d'empoigner d'autres six-cordes (notamment, par exemple, sur "Bullforg Blues" sur lequel il employait une Telecaster ou une Grestch antique de 63 ; une Corvette).
      Ce qui est moins connu, c'est qu'il avait tout de même une belle collection hétéroclite de grattes. Des Fender, évidemment, mais aussi quelques Gibson (du genre Melody Maker et LesPaul Jr à 1 seul PAF ou P90), mais aussi des Danelectro, des Tokaï (!), des Ibanez (!), des vieilles Rickenbaker, des Gretsch, des Charvel même, et des planches telles que Burns et Bison.
      Apparemment, il aimait bien essayer d'autres planches ; alors pourquoi pas une Framus.
      Il aurait fallu faire des analyses d'ADN (sueur, poils, cheveux...) :-)
      Cela doit être moins coté qu'une "Clapton" ou une "Hendrix", mais une "Gallagher" devrait bien valoir 5 ou 10 fois le prix d'origine ou de la cote argus.
      Cours vite la récupérer !

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    2. Gloupsss !
      Tu me fout les boules toi !

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  5. Ben moi, mon album de chevet, celui que je ressors le plus, c'est un double cd posthume, "BBC Sessions" (sorti en 1999) avec un disque studio, et l'autre en live (avec un claviers).

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    1. Le fameux "BBC Sessions" sur lequel on s'était tous précipité, car à lors de sa sortie, c'était gavé d'inédits. Après, certains ce sont retrouvés sur les rééditions.

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