mercredi 28 octobre 2015

BACHMAN "Heavy Blues" (2015), by Bruno

    


    Ce bon vieux Randy Bachman sort de sa retraite tel un ours de sa caverne.
Oui, on parle bien du Randy Bachman de Guess Who, le collectif auteur de quelques hits au Canada et aux USA dont le fameux et excellent “American Woman” (sur l'album du même nom qui contient aussi le délicieux "No Time") qui permit à Lenny Kravitz de garder sa place dans les charts en 1999 (repris aussi, mais plus confidentiellement, par Krokus, en 1982 - album "One Vice at Time" - et fait toujours partie de son répertoire scénique). Ainsi que du Bachman du Bachman Turner Overdrive, qui eut également ses heures de gloire  avec notamment « Let it Ride », « Takin’ care of Business » (inclus dans la B.O. de « Chevalier » de Brian Helgeland),  « Roll on down the Highway » et « You ain’t seen Nothing Yet » (repris par Al Gore pour sa campagne en 2000 - ouais, super -). C'est en écoutant cette dernière chanson, qu'un certain Stephen King (qui aurait écrit quelques romans de fantastiques et d'horreur à succès) aurait trouvé le pseudonyme, Richard Bachman.
En aparté, rappelons que Randolph Charles Bachman avait quitté Guess Who, non pas pour divergence musicale, pour incompatibilité d'humeur ou encore parce que le combo était sur son déclin (commercialement le groupe était alors à son apogée avec trois singles dans les charts en 1970, dont trois en pole position au Canada et deux aux USA ! - par ailleurs les derniers du groupe -), mais pour raisons de convictions religieuses. Il pouvait difficilement concilier sa foi mormone avec le train de vie d'un groupe de Rock à succès, dans les années 60 et 70. 



     Bien que les 33 tours "Bachman Turner Overdrive II", "Not Fragile" et "Four Wheel Drive" passaient de mains en mains dans les années 70 (cela jusqu'aux débuts des années 80), considérés comme des incontournables (tout en admettant qu'ils étaient inégaux et qu'ils peinaient à  rivaliser avec les mentors anglais et américains), le nom de Randy Bachman n'évoque plus grand chose de nos jours dans nos contrées. Et rien du tout pour les plus jeunes.
Pourtant l'homme demeure une icône au Canada. Membre de l'Ordre du Canada et du Global Impact Honour, intronisé dans deux catégories au Canadian Music Hall of Fame, il l'a été également au Musicians Hall of Fame de Nashville. Ce n'est pas rien. Sans omettre qu'il peut s’enorgueillir d'une collection de disque d'or dépassant la centaine (!).

     Mais tout ça fait partie d'une autre histoire. Revenons au présent et le dernier disque de Randy Bachman. Son quinzième en solo en incluant ceux en duo avec Fred Turner (le bassiste de B.T.O., qui partageait le chant avec Randy) et Burton Cummings (l'ancien partenaire de Randy au sein Guess Who, chanteur, guitariste, pianiste et compositeur), et son premier studio depuis 2010 ("Bachman & Turner" - et donc sans inclure le live de 2012, "Live at the Roseland Ballromm, NYC" -).
     « Heavy Blues » ? Certes, cependant, ici, le terme « Heavy » a bien plus droit de cité que celui de « Blues ». En d’autres mots, ce CD s’adresse avant tout aux amateurs d’un Classic-Rock bourru et franc du collier plutôt qu’à ceux du Blues (et surtout que les puristes passent leur chemin, avant d’attraper une jaunisse).
Même Leslie West et sa maousse guitare sur-amplifiée est, en comparaison, bien plus légitimement Blues. En deux mots, ce disque a bien moins d'affiliation avec le Blues que le Hard-Rock des années 70. D'ailleurs, Bachman répond sans détours qu'il s'a effectivement voulu retrouver l'esprit des icônes du Rock Anglais de la fin des années 60. Sans oublier que déjà dans les 70's, il avouait avoir été influencé par le son du Rock anglais.

Et pour y parvenir, le septuagénaire (72 ans) a recruté deux musiciennes : Dale Anne Brendon (Jeans’n’Classics, et membre d’orchestre symphonique) à la batterie et Anna Ruddick (Bry Webb, Ladies of the Canyon) à la basse, et au chant sur « Oh my Lord ». Les misogynes vont en prendre un coup car les deux donzelles (qui ont déjà du métier) sont loin de faire de la figuration et ne manquent guère d’énergie. Au contraire, ces Canadiennes insufflent une puissance qui s’harmonise avec la guitare lourde et la voix grave de Randy. Impression qu'elles confirment en concert : elles assurent comme des bêtes, procurent un son ample et puissant avec un groove et une assise à toutes épreuves. Elles sont parfaites, collant totalement à la guitare et la voix du Old Bachman. Ce dernier, en les évoquant, parle de férocité musicale. Un peu exagéré, toutefois il est indéniable qu'elles dégagent une patate d'enfer.
D'après Bachman, Bredon et Ruddick ont étudié le Rock de cette époque - précisément celui qui s'était largement abreuvé de Blues -, et souhaitaient en jouer. Comme il le clame, lui il l'a vécu (il tourna même avec les Who et Led Zeppelin).

     Pour cette grosse production (dans le sens de "gros son" et non dans celui d'une surcharge d'orchestration ou d'effets en tous genres), assez replète et cossue, c'est l'australien Kevin « Caveman » Shirley (qui semble être sur tous les fronts – surtout ceux dont l’optique marketing s'avère intéressante -) qui a été requis (réquisitionné ?)  et qui a "offert" cinq jours de son temps (planning très chargé) pour enregistrer le disque. Un enregistrement fait donc dans une relative urgence bien qu'à aucun moment ne transparaisse la moindre sensation de partie bâclée. Au contraire, la mise en place impeccable fait croire à de longues sessions, des heures et des heures d'enregistrement jusqu'à atteindre la prise parfaite. Un trio bien préparé et d'indéniables bons musiciens.


Oula ! C'est d'la belle Gibson, ça madame.

     Pour fêter le retour de ce vieil ogre, une pléiade d’invités ont été conviés à participer, afin de fournir une petite touche personnelle. Une démarche du vieux renard Shirley ? Probablement car tout serait parti d'un solo effectué par Joe Bonamassa à la demande de ce dernier, lors du mixage de la chanson "Bad Child".
Enthousiasmé par le résultat, Bachman a contacté quelques vieux potes et autres musiciens croisés lors de prestations scéniques (avait qui le courant était passé - uniquement musicalement ou bien aussi d'un point de vue religieux ou théosophique ? -).
Scott Holiday (Rival Sons), Bonamassa (…),  le pote Neil Young (pour qui Randy a déjà écrit des parties de guitare) et, the great, Peter Frampton ont été sollicités ; ainsi que Luke Doucet (de Whitehorse) et Robert Randolph que l’on ne s’attend pas à retrouver sur ce genre de disque. 
Et plus étonnant encore, un autre héros Canadien, le regretté Jeff Healey ( ?). 
Pour ce dernier, Randy a récupéré le solo que Jeff (avec autorisation de l'épouse de Jeff) avait joué lors d’une jam commune. 
Des convives qui permettent d’apporter un peu d’air frais sans pour autant casser l’ambiance ou changer la couleur générale. Généralement, ils sont assez discrets, se fondant bien dans l'esprit du morceau. Seul Randolph est de suite identifiable.
Le bruit cours que Townshend et Billy Gibbons auraient été approché mais qu'ils n'étaient pas alors disponibles. Toutefois, il y aurait une liste prévue dans l'éventualité d'une suite à l'aventure.

     Le vieux routard barbu canadien affirme avoir retrouvé avec ce groupe une seconde jeunesse. Une satisfaction et un enthousiasme qu'il n'avait plus retrouvés depuis qu'il avait composé, et joué sur scène à l'époque, les emblématiques "American Woman" et "Taking Care of Business".

     Un disque sans surprises, avec parfois la sensation de resucées millésimés 70’s (« The Edge », placé en ouverture, pille sans retenue les Who, notamment le célébrissime "Won't Get Fooled Again"), se balançant entre un Classic-Rock droit dans ses bottes et un « Hard-blues bubble-gum », mais qui toutefois remplit bien sa mission en offrant un simple plaisir pour flatter les esgourdes en produisant son « Heavy-blues » un rien festif. Dans l’ensemble proche des années fastes de B.T.O., soit de 1973 à 1976, ce qui devrait combler les fans du quatuor.

1- The Edge
2- Ton Of Bricks – Feat. Scott Holiday
3- Bad Child – Feat. Joe Bonamassa
4- Little Girl Lost – Feat. Neil young 
5- Learn To Fly 
6- Oh My Lord – Feat. Robert Randolph
7- Confessin’ To The Devil – Feat. Jeff Healey 
8- Heavy Blues – Feat. Peter Frampton 
9- Wild Texas Ride 
10- Please Come To Paris – Feat. Luke Doucet 
11- We Need To Talk







le clip


un autre


Article paru initialement dans la revue BCR

7 commentaires:

  1. Ouais, je l'ai écouté ce truc, alléché par la participation de Scott Holiday sur Ton of bricks. Les compos sont balourdes, sans imagination, la voix de Randy très quelconque mais ses interventions en solo sont plutôt bonnes, même parfois brillantes ( Please Come to Paris, fumant!).
    Merge, album de 1996, est par contre très recommandable ( Born to ride, Made in Canada...).
    Bref, tout ça vole pas très haut mais on oublie son rhume...Aaaaatchaaaahh!!....

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    1. Message reçu : "Merge" en prévison.

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  2. je ne sais pas si pour sa foi mormone ses deux musiciennes au look trés rock'n'roll sont bien appropriées...
    j'avais un pote grand fan de Guess Who et pour ma part j'ai toujours bien aimé Not fragile de BTO, qui n'a pas trop mal vieilli je trouve, mais comme tu le dis c'est la catégorie en dessous du Zep' ou de Cactus..

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    1. Pour les deux musiciennes, je ne sais pas, mais il n'est pas improbable qu'elles sont aussi de confession mormone. Quoi qu'il en soit la foi de Randy ne semble pas l'empêcher de fréquenter des gens en marge de sa religion.
      A ce titre, Scott Holidays serait plus ou moins affilié à une secte, ou un groupement de sympathisants, se référant à Krishna.

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  3. Si vous n'avez pas " Not Fragile" de B.T.O il faut rentrer dans les ordres.
    Dans la même lignée des vieux éléphants, en pré commande une nouveauté, à voir sur mon blog, entrée gratuite et abonnement à vie à partir de 2 €.

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    1. Ouaip, sortie annoncé depuis quelques temps. Cependant, un engouement bien terni par le contenu : seulement des reprises.

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