jeudi 19 février 2015

L'Art Musical Breton : Du Traditionnel au Jazz par Pat Slade

Sans oublier les Sœurs Goadec : l’art du kan ha diskan






Qu’est ce que le Kan Ha Diskan ?




Quand on pense musique Bretonne, on pense cornemuses et Alan Stivell. Bien sûr la culture bretonne (Sevenadur Breizh) fait appel à des instruments et de chants traditionnels, mais le chant (Ar c’han) était présent avant les sonneurs (Ar Sonerien) et, avec les années, la musique celtique évoluera comme dans tous les genres...

Encore une page sur la musique Bretonne dans les colonnes du Déblocnot’ avec trois petites vieilles incontournable : les sœurs Goadec et le jazzman François Tusque.

Qu’est que le Kan Ha Diskan ? Une expression, que l’on pourrait traduire par : «chant et contre-chant (ou déchant)», cache une technique très particulière de chant. Tout commence avec un chanteur(Kaner) ou une chanteuse (Kanerez) qui chante le couplet qui est ensuite repris par les diskaner (ien) (Deuxième chanteur) démarrant sur les dernières syllabes du précédent ce que l’on nomme  le «tuilage» ce qui nécessite entre les deux chanteurs (ou chanteuses) un timing parfait. (Claude Toon dirait que ça lui rappelle l'art de la fugue, la forme "canon", etc.)

Il était une fois cinq sœurs nées à Treffrin, non loin de Maël-Carhaix, pays d’Emile Le Scanff dit Glenmor. Rien ne prédisposait ces humbles dames à devenir des icônes incontournables du chant traditionnel breton… et pourtant !



 The Goadec Sister et la Pop Celtic




Anasthasie - Maryvonne - Eugénie 
Dans la famille Goadec, le chant a toujours eu une place prépondérante. Un père et une mère (Qui chantera jusqu'à la fin de ses jours) et qui enseigneront  l’art du gwerz, kan ar diskan à leur fratrie. Le 20ème siècle naissait et les treize enfants (Huit frères et cinq sœurs) de la famille chantent chez eux, à l’église et au travail. Mais la vie, les mariages et le travail éparpillent la famille. Un des frères sera tué pendant la guerre de 14-18.

En 1956, alors que les festou-noz réapparaissent avec un visage rajeuni, Eugénie (Dite Tanie), Maryvonne (Dite Tanon), Anasthasie (Dite Tasie), Ernestine (Dite Tine) et Louise animent les fest-noz de la région du centre-Bretagne où la première fête aura lieu en décembre 1958 à Chateauneuf-du-Faou. Mais en 1964, le quintette perd deux de ses membres, Louise et Ernestine décèdent. Tanie, Tanon et Tasie continuent leur petit bonhomme de chemin en trio et continuent d'animer presque tous les week-ends une fête de nuit.

Fin des années 60, leur chemin va croiser celui du Penn-soner (Sonneur en chef) du bagad Bleimor et un certain Alain Cochevelou plus connu sous le pseudonyme de Alan Stivell. Le 13 août 1972, elles sont sur la scène du premier festival du Kertalg à Moëlan-sur-mer, les deux concerts seront enregistrés. Elles y interprètent «Elysa» accompagnées par Alan Stivell à la harpe celtique. En décembre, elles sont à la mutualité en compagnie de Glenmor. 1973 sonne l’heure de la consécration avec un passage dans la salle habituée à recevoir Georges Brassens : Bobino. Au début du concert, le public (En parti Breton) écoute avec étonnement les mélodies qui les bercent. Mais  très vite, l’enthousiasme l’emporte et des rangées entières de fauteuils se vident et les spectateurs deviennent acteurs en dansant la gavotte, le plinn ou le pach-pi dans les allées du music-hall parisien. L’album live à Bobino existe (Chant du monde LDX 74 535).

Leur popularité n’aura aucun impact sur leur vie quotidienne. Elles refuseront le statut de «Vedettes» tout en continuant à animer des festou-noz jusqu’à l’arrêt du trio en 1983 à la mort de Maryvonne. Anasthasie décède à son tour en 1998, Louise la fille d’Eugénie rechante sur scène lors de son 85 éme anniversaire et réenregistre un disque «Gwerziou».  En janvier 2003 à l’âge de 93 ans, Eugénie décède à son tour. Le trio des sœurs Goadec entre définitivement dans la légende. 

François Tusques free jazz et musique celtique





François Tusques le jazzman bretonnant 




Né à Paris en 1938, François Tusques abordera la musique en autodidacte avant de prendre des cours au conservatoire. Très vite le jazz devient une référence musicale pour lui. Bercé entre Sidney Bechet, Charlie Parker et Thelonious Monk, il constitue un groupe de jazz avec François Jeanneau, le saxophoniste de Claude François et du groupe Triangle.

En 1965, il crée le premier ensemble de free-jazz français qui comprend dans ses rangs Michel Portal. Après les évènements de mai 68, il accompagne des chanteurs engagés comme Colette Magny (Dont je parlerai sûrement un jour !).

Dans les années 70 le free-jazz parait à bout de souffle et François Tusques se tourne vers une musique plus engagée et plus militante. Il joue dans les usines en grève, les fêtes militantes ou les manifestations ouvrières. Il publie deux disques «Maoïste» en 1970 et 1971 : «Dazibao 1» « et «2» avec les portraits de Mao, Marx, Lénine et Arthur Ashe.

Mais pour revenir à la musique celtique, François Tusques enregistrera un album en 1979 chez «Chant du Monde» : «Après la marée noire - Vers une musique bretonne nouvelle». La Bretagne servira à de nombreuse reprise de parking-poubelle pour pétroliers et les années 70 furent les plus «Prolifiques». Mars 1976 : L’Olympic Bravery au large d’Ouessant, Octobre 1976 : le Boehlen au large de l’île de Sein, 1978 l’Amoco Cadiz à Portsall (le mal nommé), 1979 : le Gino encore au large d’Ouessant (Comme dit le dicton de marin : «Qui voit Ouessant, voit son sang»), 1980 le Tanio au nord de l’île de Batz et pour finir la série (marée) noire l’Erika en 1999 sur la pointe de Penmarc’h(*). 
Le musicien va s’encadrer d’instruments traditionnels comme les bombardes et le biniou-koz et vas mélanger jazz et traditionnel issue du Kan Han Diskan. Si à la première écoute, le mélange des genres avec des titres  comme : «La Rencontre» ou «Biniou koz free blues valse» peuvent choquer à l’oreille des puristes de musique traditionnelle et du jazz, à la deuxième écoute, on se surprend à battre la semelle sans s’en rendre compte. On retrouve toujours le coté militant de François Tusques avec «Marée Noire» et «La Marche des Pollués». Un excellent disque de jazz qui ne court pas les rues. Si vous le voyez dépasser d’une caisse en brocante, jetez vous dessus ! 
(*) Et notre doyen Claude me rappelle que toute cette m**e avait commencé en 1967 avec le Torrey Canyon... (Un désastre dans les côtes d'Armor, et une chanson de Gainsbourg...)

Parmi les musiciens bretonnant, on peut entendre Jean-Louis Le Vallegant à la bombarde qui plus tard sera le soliste du Bagad de Kemperle, Philippe Lestrat qui joua dans le groupe Diaouled Ar Menez, Tanguy Ledoré à la basse qui joua aussi au sein de Diaouled Ar Menez. Dans les jazzmen, Michel Marre à la trompette et au saxo alto qui jouera avec Archie Sheep, le trombone Ramadolf (Adolf Winkler) musicien d’origine togolaise qui collaborera avec Ben Zimet et Samuel Ateba aux congas et bongos qui fera quelques apparitions derrière Jacques Higelin dans les années 80.

La musique bretonne a su évoluer avec le temps, malgré certains qui ont fait avec de la musique traditionnelle une machine a sous comme la bande de Manau et leur "tribu de Dana" alors que la chanson originale "Tri martolod" parle de trois jeunes marins qui se retrouve à Terre Neuve. Sans commentaire…. je serais désagréable.

Il n'existe pas de vidéo sur l'album de François Tusques, alors, deux vidéos des sœurs Goadec...

2 commentaires:

  1. Sur l'album de François Tusques : Marx, Lénine et Mao, je vois le lien... Mais Arthur Ashe ??? Il leur avait donné des cours de revers à deux mains ?!

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  2. Arthur Ashe c'est engagé pour la cause noir en Afrique du sud durant l'apartheid, la défense des réfugiés Haïtiens et la lutte contre le sida ! Ce n'etait pas du raquette !!

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