mercredi 4 juin 2014

The BONESHAKERS "Book of Spells" (1996) by Bruno







     The Boneshakers c'est la concrétisation d'une rencontre entre Randy Jacobs et Sweet Pea Atkinson. Une première rencontre qui remonte à 1980 (!), dans un studio de Detroit, pour une session commanditée par Don Was & David Was (Don Fagenson et David Was). Les deux artistes s'apprécièrent alors mutuellement et se promirent de faire quelque chose ensemble. Cela, évidemment, dès qu'ils seraient libres de tout engagement. Par faute d'un emploi du temps bien chargé, travaillant alors tout deux pour Was (Not Was), puis, parallèlement, à de nombreuses et diverses sessions, il faudra attendre 1996 pour voir enfin l'objet d'un travail en commun.



     Randy Jacobs est né le 14 mars 1974 à San Francisco et émigra à Détroit pour commencer une carrière professionnelle à seulement 13 ans (un prodige !). Rapidement, il commença à se faire un nom pour ses talents évident de guitariste mais également de compositeur, notamment en collaborant à deux hits dès les années 80. Il devint un mercenaire apprécié et disputé, et jouera avec des artistes aussi divers que Stevie Wonder, Elton John, Bonnie Raitt, Ringo Starr, B.B. King, Seal, Jewel, Kriss Kristofferson, Willie Nelson, Herbie Hancock, Coolio, Dr Dre, Paula Abdul, Paul Kelly.

     "Sweet Pea" Atkinson, né le 20 septembre 1945, bien que pratiquement inconnu dans nos contrées, est considéré outre-atlantique comme un des plus grands chanteurs de Soul encore en activité. Sa carrière, après une courte période en solo au début des années 80, se fond avec celle du projet Was (Not Was) pour lequel il collabore pendant plus de vingt ans. Tout comme pour Randy, ses participations pour autrui sont assez nombreuses et éclectiques. Ainsi, pour les plus célèbres ont peut recenser  Bonnie Raitt, Michael 
McDonald, Solomon Burke, Bob Dylan, Elton John, Iggy Pop, Khaled, Keb Mo, Bob Seger, 
Leonard Cohen, et Willie Nelson. Depuis les années 2000, c'est un membre régulier des tournées du Lyle Lovett's band.

     C'est donc en 1996 que ces deux musiciens de studio parviennent à concrétiser leur souhait de réaliser un projet commun. Une entreprise où, enfin, il peuvent composer et interpréter une musique totalement conforme à leurs affinités. Le fruit de leur collaboration c'est du Funk : du Funk foncièrement burné, torride, dégoulinant d'une forte dose de Rock et irradiant d'une énergie séminale. C'est également de la Soul veloutée, souillée par un Blues cosmique.
Une fusion que l'on pourrait tenter de résumer comme la rencontre de Sly & the Family Stone, sans le côté pop, et de Mother's Finest (mais sans, hélas, de voix féminine), le tout nettement plus coloré de Soul. Ou encore la Soul des James Brown, Wilson Pickett et Otis Redding bousculée par des guitares perverties par une overdrive toxique et décapante, et d'une wah-wah omnipotente, nantie du feu sacré, tantôt radio-active, tantôt salvatrice.



     Avec The Boneshakers, Randy Jacobs se révèle être un guitariste émérite, (occasionnellement bassiste) influencé par Jimi Hendrix, Eddie Hazel, Nile Rodgers et la Family Stone. Son style particulier, très rythmique, joué aux doigts (soit sans médiator ou onglet) sur une Strato boostée, crée un son qui doit autant aux icônes citées qu'à la scène Heavy-rock US, en passant par Stevie Salas, Gary "M" Moore, et Jon Butcher, voire Edward Van-Halen. Une guitare Funk, avec un son coincée entre le Blues-rock et le Heavy-rock des 90's, sculptée par une Wah-wah faisant feu de tout bois ; une guitare qui donne l'impression de détenir le secret du groove imparable. 
Sweet Pea Atkinson, lui, se dévoile comme un chanteur Soul à la voix abrasive, graveleuse et chaude. Une voix autoritaire et ferme, que l'on pourrait attribuer à un mac sournois, flegmatique et vénéneux à la fois. Parfois charmeur, parfois un brin menaçant tel un reptile prêt à bondir.

     Même si, par l'absence de titre bâclé, l'album peut s'écouter d'un trait avec un égal plaisir, certains titres se dissocient néanmoins.
- A ce titre on peut citer la reprise stéroïdée du « Cold Sweat » de James Brown, nappée d'une guitare Lead bien saturée, travaillée à la Wah-wah ; le tout soutenu par une section de cuivres digne des JB's. A n'en pas douter, l'un des meilleurs titres.
- Le Funk revendicatif et autoritaire, « I Blew up the U.S. » (un titre des « frères » Was) ; une Protest Song soutenue par des cuivres lancinants et une wah-wah sobre mais élastique, bondissant comme un balle en caoutchouc.
- « Part time man » surgit comme un diable farceur hors de sa boîte ; un Rock enlevé et entraînant, laminé de chorus Hendrixiens sur lesquels vient s’immiscer un solo fiévreux d'harmonica de Teddy "Zig-Zag" Andreadis. Une pièce co-signée par Jon Butcher.
- « Welcome to my Life », entre Rock US et Soul viril, qui sonne comme un classique intemporel.
- « Why don't You Want Me » , une pièce sincèrement Soul où Atkinson chante son incompréhension d'une voix encombrée, raclant ses mots sur sa gorge ; avec le retour de cette guitare Wah-wah sautillant tel un farfadet farceur.




- Le petit bijou « Let's Straight it Out » : ballade Soul feutrée, langoureuse, avec une Wah-wah maîtrisée, tout en retenue, ponctuée de suaves silences ; en fond, une basse sourde couvre l'espace avec des notes larges, à la façon d'un Bill Laswell, sur lesquels se déposent délicatement, tel un fin voile, quelques notes d'orgue. Un solo typé S.R.Vaughan descend du ciel pour rappeler la parole divine (hélas bien court).

- Et « Don't Teart my Heart Apart » (autre titre co-signé Jon Butcher - il y en a trois -), un Funk nerveux où une rythmique en cocottes se dispute la seconde place avec un synthé imitant une flûte traversière (en plus grave) que l'on imagine jouée par un satyre taquin invitant à la fête. La basse groovy de Nathan Brown fait office d'arbitre. La première place étant ici le chant chant robuste de "Sweet Pea".


     Une galette s'adressant autant aux amateurs de Heavy-rock qu'à ceux de Funk et/ou de Soul de caractère, voire d'un Blues-rock qui prend plaisir à sortir du sentier et fraterniser avec le loup. Chacun aura ses préférences, suivant ses affinités. Et ce, même si l'album ne fait jamais preuve de démagogie, ou de recherche commerciale (même si la version de « Cold Sweat » en titre d'ouverture n'est pas fortuite).

     Fort de leur succès, Randy Jacobs et "Sweet Pea" Atkinson réaliseront un second album, "Shake the Planet, dans l'ensemble plus direct, sensiblement du même niveau, mais qui a souffert, semble-t'il, d'une bien mauvaise distribution.
     Plus tard, Randy Jacobs remontera le projet "Boneshakers" mais sans Sweet Pea. Ce sera cette fois Malford Milligan (de Storyville) qui se plantera derrière le micro pour un unique opus en 2001.

P.S. : à rapprocher éventuellement de Stevie Salas.
Affiche de leur "récente" tournée


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The Clip




3 commentaires:

  1. Voilà un disque que j'avais adoré, ej trouve ca très frustrant qu'ils n'aient jamais donné une suite à cet opus

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    1. Si, P, il y a eu une suite : avec "Shake the Planet". Plus Rock, moins Soul, toujours d'un très bon niveau, mais si un tantinet moins original (mais si peu). Il date de 1999 et a malheureusement souffert d'une mauvaise distribution (j'ai mit des années à le trouver) ; c'était la fin - hélas - de Point Blank, la division "Blues & consorts" de Virgin.

      Et plus récemment, Randy Jacobs a remonter le groupe mais avec Malford Milligan (ex-Storyville) et a enregistré "Pouring Gasoline" ; disque que je ne connais aucunement.

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