mercredi 29 janvier 2014

Steve GAINES "One in the Sun" (1988) by Bruno



     Steve Gaines peut faire parti du club des artistes maudits. Pas dans le sens où il rama indéfiniment sans jamais pouvoir récolter les fruits de son travail méritant, mais dans le sens où, 
à seulement 28 ans, il fut stoppé net dans son ascension, alors que le succès avait fini par venir taper à sa porte.

     Né à Seneca dans le Missouri le 14 septembre 1949, Steven Earl Gaines part grandir à Miami. Comme beaucoup d'américains à l'époque, le facteur déclencheur de la passion pour la musique est un concert des Beatles. Ensuite c'est le parcours habituel : apprentissage d'un instrument et premier "band" de copains. Avec son groupe de lycée, The Ravens, il parvient à enregistrer au célèbre studio Sun Records, mais c'est sans lendemain. Enfin, après quelques groupes dans les années 70 (dont The Detroit Band avec l'ancien hurleur de Cactus, Rusty Day), il saute sur l'opportunité que lui offre sa sœur.



      Lynyrd Skynyrd ne compte "plus" que deux guitaristes depuis qu'Ed King, suite à ses ennuis cardiaques, l'a quitté en 1975. Jouant un temps sous la forme d'un sextet (1), le collectif souhaite retrouver un troisième larron pour jouter à la six-cordes. Cassie Gaines (2) propose son jeune frère, Steve. Bien qu'hésitant, le groupe finit pas accepter de lui donner sa chance. Ainsi, le 11 mai 1976, Steve Gaines rejoint un des groupes les plus illustres du Southern-Rock. Toutefois la partie n'est pas encore gagnée. Le groupe souhaite faire plaisir à Cassie, mais ne semble pas attendre grand chose de cet inconnu. Il l'ignore même lorsqu'il monte sur la scène pendant les préparatifs précédents le concert du soir. Le pauvre Steve doit attendre la fin du soundcheck pour parler à Gary Rossington et Allen Collins afin de savoir sur quel titre il va pouvoir jouer (un seul !). L'ingé-son a reçu ses recommandations : "le débrancher s'il estime que ce n'est pas bon". Steve joue sur la reprise de Jimmie Rodgers, "T for Texas". Et c'est concluant (il aurait impressionné Gary Rossington). Environ un mois plus tard, le jeune Steve est entraîné dans une tournée et, grâce à son insertion, il se retrouve exposé, du jour au lendemain, sous feux de la rampe.

     Dans la discographie de Lynyrd, Steve est présent sur le live « One from the road » et sur « Street Survivors » à la pochette prémonitoire (où Steve est nimbé de flammes). 
Pour ce dernier disque, Steve parvient à inclure deux de ses compositions, et deux autres co-écrites avec Ronnie Van Zant. Une troisième pièces signé "Gaines-Van Zant" ("Geogia Peaches") verra le jour lors de la réédition CD de 2001.
     Son jeu aura un impact marqué sur le chef de file du Southern rock en insufflant une touche funky et Soul, et en commençant à partager les vocaux avec Ronnie Van Zant. La réciproque est aussi valable car Steve durci aussi quelque peu son jeu.
     Lors de la sortie du dernier disque du Lynyrd Skynyrd "original", "Street Survivors", Steve ne cache pas son enthousiasme et déclare que c'est ce qu'il a toujours voulu faire, et, humblement, qu'il espère être assez bon pour continuer. Malheureusement, trois jours après le début de la tournée, Il décède dans le tristement célèbre crash d'avion du 20 octobre 1977 (près de Gillsburg, Mississippi) qui emporte également sa sœur Cassie, Ronnie Van Zant, ainsi que leur manager, Dean Kilpatrick, sans oublier les deux pilotes (3)



    Cet album, initialement édité en 1988, soit 11 ans après son décès, est un recueil de sessions datant de 1974, enregistrées avec son groupe Crawdad. La sortie de ce disque inespéré n'aurait certainement jamais été possible si Lynyrd Skynyrd ne s'était pas reformé l'année précédente, en 1987, et permettant alors à l'industrie musicale e constater que ce fameux groupe avait gardé une belle côte de popularité.

  D'emblée, on est surpris par la chaleur, le feeling, la maturité qui s'en dégage. Ça sent le soleil, la nonchalance, la décontraction et une certaine joie de vivre, ainsi qu'une certaine légèreté. La mise en place, impeccable, est plus du niveau du vétéran de la scène, et du studio, plutôt que d'un jeune loup de 25 ans. Et contre toutes attentes, la production est riche, digne des meilleures de l'époque

     On y découvre un Steve Gaines bon chanteur, à la voix chaleureuse, nuancée, assez émotionnelle, légèrement rauque, au ton toujours juste, dont le style se placerait entre un jeune Gregg Allman, Peter Wolf et Eric Clapton, voire même parfois aussi, mais bien légèrement, Freddie King, dont il reprenait d'ailleurs certains de ses titres en concert. 
Son jeu de guitare (Fender Stratocaster ou Gibson LesPaul), loin d'être en reste, se révèle éclectique, sautillant, vif et mordant,  sachant se faire incisif, groovy ou langoureux, et ce, toujours avec fluidité. Certains chorus semblent même avant-gardistes dans le sens où ils nous ramènent au meilleur de Larry Carlton et de Robben Ford, voire, à la limite, de Joe Perry tel qu'il se présente sur son « Joe Perry Project ».
Il aborde avec égal bonheur des contrées Funky ("Summertime's Here"), Soul (Il reprend de fort belle manière le « It's allright » de Curtis Mayfield), Blues rock, West-Coast-jazzy-blues ("Take my Time") et même Reggae avec la version du traditionnel "Blackjack Davy" réarrangé par Taj Mahal d'un titre traditionnel ;



     Sur les neuf titres proposés, deux sont des reprises, un est à attribuer à John Moss (guitariste qui l'accompagne depuis 1968 à travers diverses formations y compris sur ce disque), et les six autres sont des originaux de Steve. Ces derniers se révèlent être les meilleurs.

    Le son général se situe quelque part entre - sans surprise - le Lynyrd Skynyrd de « Street Survivors » (le piano évoque d'ailleurs souvent Billy Powell de Lynyrd), les Allman Brothers, les Doobie Brothers première période et le J. Geils Band en mode studio.
Un disque fantastique, lumineux, précoce, intemporel, imprégné de « black music », qui pourrait surprendre le fan basique de Lynyrd, mais qui enchantera tous les esthètes de bonnes guitares et de chansons sachant véhiculer une émotion.

     Cet album posthume démontre bien que Steve Gaines avait du talent, Un talent qui n'avait pas attendu d'être au sein de Lynyrd Skynyrd pour se dévoiler; "One in the Sun" démontre une versatilité et une maîtrise impressionnante. Steve Gaines avait les qualités nécessaires pour s'élever au rang des grands musiciens. 


  1. "Give It to Get It" (Gaines) – 4:47
  2. "It's Alright" (Curtis Mayfield) – 3:05
  3. "Blackjack Davy" (traditionnel - arr. Taj Mahal) – 2:40
  4. "On the Road" (John Moss) – 2:48 - chanté par Moss 
  5. "One in the Sun" (Gaines) – 4:49
  6. "Talkin' About Love" (Gaines, J.Moss) – 4:09
  7. "Nothin' Is New" (Gaines) – 2:44
  8. "Take My Time" (Gaines) – 4:28
  9. "Summertime's Here" (Gaines) – 5:27





(1) Et c'est sous cette forme que le groupe de Jacksonville enregistra, en septembre et novembre 1975, "Gimme Back My Bullet" (soit avec Allen Collins et Gary Rossington).
(2)  Cassie Gaines a été invité depuis peu par Ronnie Van Zant et Jojo Bilingsley (la première choriste), à rejoindre le trio de chanteuses baptisé "The Honkettes", qui doit accompagné le groupe pour la tournée qui suit "Gimme Back my Bullet".
(3) Pour la petite histoire, deux jours avant le terrible accident, Jojo Billingsley aurait fait un cauchemar concernant le crash. Elle aurait alors tenté de convaincre le groupe de ne pas prendre l'avion. Elle-même ne l'a pas pris. 

Bon, attention, la qualité sonore est plutôt pauvre par rapport à l'original.


"One in the Sun" sera repris sur scène par John Moss et Andrew Reed

2 commentaires:

  1. On en avait déjà parlé. Allez, ce coup-ci, je vais me le prendre. Et il est à un prix raisonnable.

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