mercredi 27 novembre 2013

JUICY LUCY "Lie Back and Enjoy it" (1970) by Bruno

    



  Juicy-Lucy est un groupe né des cendres de The Misunderstood, groupe de blues et de rock psychédélique, que l'on dit pionnier du genre, d'où sont issus Ray Owen, Glenn Ross Campbell et Chris Mercer. Ces derniers souhaitent se démarquer du mouvement psychédélique et aborder de nouvelles contrées plus bluesy et même commerciales. 
Le combo a été réuni en 1969, et a perduré jusqu'en 1972, avec de perpétuels changements de musiciens, qui grèveront la pérennité du groupe. Malgré cela, l'intégralité de la discographie de Juicy-Lucy vaut son pesant de cacahuètes (et bien plus même... parce que les cacahuètes...). Mais s'il fallait n'en garder qu'un, ce serait ce fameux "Lie Back and Enjoy it". Et cela même si leur premier essai demeure le plus vendu, notamment grâce à leur premier 45 tours : la reprise "Who Do You Love" de Bo Diddley qui se hisse jusqu'à la quatorzième place des charts anglais (avec également de bonnes ventes dans d'autres pays européens). La pochette représentant une femme dont la nudité est cachée par des fruits plus ou moins écrasés, parfois censurée, généra une petite publicité bienvenue.
     En aparté, pour les passionnés des origines des patronymes de groupes, "Juicy Lucy" est le nom d'un des personnages du roman "The Virgin Soldiers", de Leslie Thomas.


Paul Williams

     A partir du présent opus, donc en 1970, arrive un tout jeune Micky Moody (1) à la guitare, fraîchement débarqué de Tramline, (encore sans moustache
en remplacement de Neil Hubbard (2) ainsi que Paul Williams (3) à la place de Ray Owen parti tenter sa chance en solo, incorporent la formation.
Ce groupe est un pur condensé de blues rugueux (la trame, l'essentiel), de funk, de Soul, de Rythm'n'Blues, et de country (facette la moins présente), le tout sur un rythme principalement « laid-back » (soit non loin d'un J.J. Cale, ou d'un futur Eric Clapton). Le premier album, toutefois, privilégiait encore fortement le Blues et le Rockn'Roll, et des rythmes plus effrénés.
Bien que parfois référencé comme groupe de Heavy-rock des années 70, les attaches avec cette musique sont pourtant infimes, si ce n'est que la grande majorité des groupes du début de la décennie gardent un lien étroit et commun avec le Blues fondateur. Le groupe écoute beaucoup du Blues du Delta, qu'il joue également lors des répétitions et en concert ("That's Woman Got Something" n'est rien d'autre qu'un Country-Blues). Le collectif définit sa musique de Country-funk-blues-Rock'n'Roll.

     La musique de Juicy Lucy, bien qu'interprétée par des natifs de la pure Albion, à l'instar d'un futur Foghat (qui lui, s'orientera plus vers un boogie-rock incandescent), sonne radicalement plus américain qu'anglais. L'omniprésence de la pedal-steel de Glen Ross Campbell (donc un des fondateurs du combo), de temps à autre allié à un piano bastringue, « roots », y sont pour beaucoup. D'ailleurs, le choix de leurs reprises, allant de Willie Dixon à Spirit, en passant par les Allman Brothers Band et Frank Zappa, ne dément pas leur attrait pour la musique populaire américaine.


     Le son est également éloigné du stéréotype naissant d'un Rock plombé et exacerbé (et égocentrique ?). Ou même de l'influence des Rolling Stones, qui commençait déjà à être empirique. Il y a dans le son de Juicy-Lucy une certaine pureté ; aucun effet de guitare, outre la slide ou une légère saturation naturelle d'amplis à lampes (bien crunchie) - une timide wah-wah quand même sur quelques placages d'accords sur « Hello L. A., Bye Bye Birmingham » (un titre qui confirme bien de quelle côté penche le cœur du collectif). Assez rudimentaire. Un son entre les Faces, le Savoy-Brown de l'ère Peverett, le George Thorogood de « Move it on Over », et des deux premiers opus du Keef Hartley Band et de Joe Cocker (en plus rustique pour ce dernier). Une musique qui a en définitive autant de liens avec un Blues-rock US moderne et rugueux (non Heavy et sans les kilomètres de soli à rallonge) que le British-blues au moment où il commence sa mue en une créature plus sombre et rugueuse.

Avec Juicy Lucy, on est loin de la naïveté de certains groupes du British-blues, ainsi que des débordements des guitaristes de l'époque.

     Trois reprises sur cet opus : « Built for Comfort » (écrit par Willie Dixon pour Chester Burnett) en version alourdie pourvue d'un superbe solo de saxo, "Hello L.A., Bye, Bye Birmingham" plus viril et poussiéreux que l'original (écrit par Delaney Bramlett et Mac Davis popularisé par Blue Cheer, un an avant Nancy Sinatra et Mac Davis himself) et « Willie the Pimp » (de Zappa), en version écourtée, plus cintrée afin de se concentrer sur la facette Heavy-Blues-rock, et donc exempte de tout psychédélisme (tout comme l'album en question d'ailleurs), et meilleure que l'original.
     Le ciment est avant tout la voix de Paul Williams (principal compositeur), rocailleuse et âpre à souhait, virile mais pas écorchée, assez chaude et plutôt grave. On imagine aisément Williams comme un solide gaillard. Son timbre n'est pas loin d'un George Thorogood, en moins éraillé, de Jon Butcher et de Delbert McClinton.




     La présence de Chris Mercer (saxophoniste de John Mayall de 1967 à 1969) est un atout non négligeable. Sans s'imposer, Mercer passe avec aisance des claviers (orgue ou piano) au saxophone. Ce dernier instrument intervient, trop rarement, pour de chaleureux soli , alors que les claviers, plus en retrait, s'effaçant devant les guitares, servent plus à étoffer l'orchestration.
La section rythmique est composée de Rod Coombes à la batterie, et de Keith Ellis à la basse.
Le premier rejoindra les Strawbs et John Entwistle.
Le second, commença sa carrière avec Van Der Graaf Generator (il est allemand), et jouera avec Mike Patto au sein de Boxer. Keith décédera prématurément lors d'une tournée avec Iron Butterflyen Allemagne.

     Les deux bonus proviennent de faces « B » de 45 tours. Deux titres de bonne facture qui méritent leur intégration, bien dans le ton général de l'album. Du cool Blues-country-Rock, avec quelques éclairs furtifs vaguement jazzy pour "Walking down the Highway", et un Blues-Rock 70's plus standard pour "I'm a Thief". Bien que datant de 1970, "Walking down the Highway" est chanté par Ray Owen.
Cet opus arriva à la 53ème place des charts anglais.

Le titre éponyme,  "Lie Back and Enjoy it" (4), n'est en fait qu'un court instrumental, un petit mouvement au piano, une agréable ritournelle, un retour au calme après la décharge d'adrénaline de "Willie The Pimp".
L'album est produit par Gerry Bron (futur fondateur du label Bronze), avec l'aide de Nigel Thomas.


  1. Thinking of my life - 4:26 (Williams)
  2. Built for comfort - 5:58 (Dixon)
  3. Pretty woman - 3:12 (Williams)
  4. Whisky in my jar - 4:00 (Moody, Ellis, Williams)
  5. Hello L.A. bye bye Birmingham - 4:10 (Davis, Bramlett)
  6. Changed my mind - 3:06 (Hubbard, Campbell)
  7. That woman's got something - 2:53 (Campbell, Williams, Moody)
  8. Willie the pimp - 7:08 (Zappa)
  9. Lie back and enjoy it - 1:31 (Williams)
  10. Walking down the highway - 4:38 (Campbell, Mercer, Ray Owen) - bonus, face B de "Who Do You Love"
  11. I'm a thief - 3:10 (Campbell, Mercer, Thomas) - bonus, face B de "Pretty Woman"

  • Paul Williams - vocals, congas, piano
  • Glenn Ross Campbell - steel guitars, mandolin
  • Chris Mercer - saxophone, keyboards
  • Keith Ellis - bass guitar
  • Rod Coombes - drums & percussion
  • Mick Moody - guitars




,50



(1) Michael Joseph "Micky" Moody (né le 30 août 1950 à Middlesbrough - Yorkshire du Nord -), après donc Tramline et Juicy Lucy (auparavant, il avait joué avec Paul Rodgers), et après l'album solo de Paul Williams ("In Memory of Robert Johnson) il joue avec SNAFU, puis Young & Moody, Frankie Miller (avec Chris Mercer), Roger Chapman, Graham Bonnet, Whitesnake, Moody-Marsden Band et Snake Charmer. Micky Moody a également à son actif quelques disques solo, dont les très bons "Don't Blame Me" et "I Eat Them for Breakfast". En 2002, il retrouve Paul Williams avec qui il enregistre "Smokestacks, Broomdusters and Hoochie Coochie Men". Un disque sans prétention, s'appréciant comme un bon bourbon, et qui, comme son nom l'indique, rend hommage à Howlin' Wolf, Elmore James et Muddy Waters. De 1970 à aujourd'hui, il apparaît en guest sur des dizaines de disques.

(2) Neil Hubbard est parti jouer sur le disque "Jesus Christ Superstar" où l'on retrouve Ian Gillan, Victor Brox, Murray Head, Chris Mercer, Ian McCullough, entre autres. Ensuite il rejoint The Grease Band - l'ancien groupe d'accompagnement de Joe Cocker -. 
En 1973, il collabore à la fondation d'un collectif de Funk-Soul anglais avec Mel Collins et Frank Collins. Plus tard, Roxy Music fait appel à ses services pour "Flesh & Blood", avant d'être incorporé au groupe avec qui il reste jusqu'en 1982. Ainsi, il est présent sur "Avalon" et sur le live "Heart Still Beating". Puis, Bryan Ferry le recrute pour sa carrière solo et il participe alors aux albums "Boys and Girls", "La Bête Noire", "Taxi" et "Mamouna".

(3) Rien à voir avec le compositeur des Carpenters apparaissant dans le film « Phantom of the Paradise » de Brian De Palma. Paul Williams était auparavant chanteur de Zoot Money (George Bruno Money).

(4) Allongez-vous et profitez-en




En bonus, extrait de POP2 (avec une prise de vue bien française, rodée à la variété et qui, en conséquence, a une caméra qui a du mal à décoller du chanteur)

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